UN RAPPORT DE LA CHAMBRE DES COMMUNES SALUÉ PAR LES FRÈRES MUSULMANS

Un rapport de la Chambre des Communes salué par les Frères Musulmans

Un rapport de la Chambre des Communes salué par les Frères Musulmans

09.11.2016Carla Parisi

La Chambre des Communes du Royaume Uni vient de publier un rapport où elle prend de grandes distances avec les critiques du gouvernement britannique contre la confrérie des Frères musulmans.

David Cameron avait en décembre 2015 déclaré que « certains des Frères musulmans ont une relation très ambiguë avec l’extrémisme violent », « tant comme idéologie que comme réseau, ils sont un rite de passage pour certains individus et groupes qui se sont ensuite engagés dans la voie de la violence et du terrorisme. , « ils ont manifesté leur opposition à al-Qaïda, mais n’ont jamais dénoncé de manière crédible l’utilisation par les organisations terroristes de l’œuvre de Sayyid Qutb, un des plus importants idéologues de la fraternité. », et que certains aspects de la Confrérie pouvait être en confrontation avec les « valeurs britanniques de démocratie, de liberté individuelle et de respect mutuel des différentes religions et croyances. ». Les liens de la Confrérie avec le Hamas avaient également été mis en valeur par le rapport gouvernemental, ainsi que la mainmise de la Confrérie sur de nombreuses œuvres de charité ou associations islamiques.

Les députés anglais ne semblent manifestement pas d’accord avec ces conclusions, pourtant argumentées, du rapport gouvernemental. Certains propos du rapport de la Chambre de Communes sont même particulièrement complaisants envers la Confrérie.

La Chambre des Communes suggère de collaborer avec les représentants de l’ « Islam politique » qui pour elle « participent et préservent la démocratie », qui ont une « interprétation de la foi qui protège les droits, les libertés et les politiques sociales compatibles avec les valeurs anglaises », et qui « ne font pas usage de violence ». Le parti islamiste Ennahdha de Rached Ghannouchi est même décrit comme « un exemple primordial » de parti qui a respecté ces critères ! La Chambre des Communes conclue que l’on doit « encourager les partisans de l’Islam politique (…) à accepter les valeurs démocratiques », et que le fait que la Confrérie soit « secrète et ambiguë » est  « compréhensible du fait de la répression qu’elle a expérimentée ». Sans vraiment citer directement de représentants de l’Islam politique (mais en évoquant à plusieurs endroits l’AKP de Recep Tayyip Erdogan, le Parti de la Justice et du Développement marocain, ou encore le Parti de la Justice et de la Liberté de Mohamed Morsi) la Chambre des Communes suggère de « voir leur pragmatisme de ces islamistes-politiques comme une opportunité de s’engager avec eux ». Cependant, il paraît objectivement difficile de faire rentrer ces partis politiques dans les critères qu’elle décrit ci-dessus.

A propos de Mohamed Morsi, la Chambre des Communes affirme que « les peurs autour d’une introduction d’une interprétation restrictive de la loi islamique par le Parti de la Liberté et de la Justice étaient en partie dues à des spéculations plus qu’à une réelle expérience ». Elle regrette que le rapport gouvernemental ne parle pas de « l’événement le plus significatif de l’histoire des Frères musulmans qu’est l’intervention militaire qui les a destitué du pouvoir » ainsi de la répression de la Confrérie depuis août 2013.

Les députés se réjouissent que le gouvernement anglais n’ait pas désigné la Confrérie des Frères musulmans comme terroriste car « des groupes partisans de l’Islam politique ont été des remparts contre l’extrémisme et la violence ». Cependant, les députés affirment que le gouvernement a « détérioré la réputation du Royaume-Uni » avec les déclarations de David Cameron basées sur son rapport gouvernemental.

Les députés concluent : « la critique du manque de transparence qui est faite aux Frères musulmans s’applique également au rapport gouvernemental », rapport qui a « endommagé la réputation du Royaume-Uni pour un commerce équitable ».

Amr Darrag, ancien ministre de Mohamed Morsi, a félicité ce nouveau rapport de la Chambre des Communes sur le site Middle East Eye en la qualifiant d’ « initiative bienvenue » pour les relations entre les Frères musulmans et le Royaume-Uni.

Le site Middle East Monitor (MEMO) rapporte que les leaders des Frères-musulman à Londres se sont également félicités de ce rapport, le qualifiant de « document important ». Néanmoins, il regrette que le gouvernement ne change pas publiquement d’attitude envers la Confrérie suite à ce nouveau rapport.

Le fait que Sir John Jenkin (qui a supervisé la rédaction du rapport gouvernemental) ait été ambassadeur en Arabie Saoudite est pointé du doigt à la fois par le rapport gouvernemental, par Middle East Eye ou par le MEMO pour sous-entendre un parti-pris anti Frères-musulmans. La Chambre des Communes affirme que ce point n’a pas été abordé dans le rapport gouvernemental, ce qui « crée l’impression que l’Arabie Saoudite (…) aurait pu influencer le rapport ». En revanche, le rapport de la Chambre des Communes ne rappelle pas que son propre rapport a été dirigé sous la direction de Crispin Blunt, qui a été longtemps responsable du Council for Arab-British Understanding (CAABU). Le CAABU s’est notamment opposé à la décision des Emirats Arabes Unis de classer les associations des Frères musulmans de terroristes, en prenant notamment la défense de l’ONG Islamic Relief qu’Ikhwan Info a déjà présentée ici.

Les députés de la Chambre des Communes ayant réalisé le rapport sont Crispin Blunt MP (Conservative) (Chair), Mr John Baron MP (Conservative), Ann Clwyd MP (Labour), Mike Gapes MP (Labour), Stephen Gethins MP (Scottish National Party), Mr Mark Hendrick MP (Labour), Adam Holloway MP (Conservative), Daniel Kawczynski MP (Conservative), Ian Murray MP (Labour), Andrew, Rosindell MP (Conservative), Nadhim Zahawi MP (Conservative), Yasmin Qureshi MP (Labour).

Carla Parisi

Pour lire le rapport gouvernemental :

Cliquer pour accéder à Muslim_Brotherhood_Review_Main_Findings.pdf

Pour lire le rapport de la Chambre des Communes : http://www.publications.parliament.uk/pa/cm201617/cmselect/cmfaff/118/11801.htm

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FRATERNITÉ MUSULMANE – SANABIL BIENTÔT INTERDITE

Fraternité musulmane - Sanabil bientôt interdite

Fraternité musulmane – Sanabil bientôt interdite

27.10.2016Carla Parisi

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve a ordonné le 26 octobre 2016 le gel des avoirs de l’association Sanabil avec une procédure de dissolution.

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Sanabil  est dédiée selon ses statuts « à la bienfaisance envers les musulmans en milieu carcéral et leurs familles éprouvées par l’incarcération de leur proche. »

Elle est citée dans plusieurs affaires terroristes, pour ses liens avec de nombreux djihadistes. Son président Antho « Bilal » Bonamba a été en lien direct en Égypte avec avec les frères Clain. Amedy Coulibaly a participé à un pique-nique organisé par Sanabil. L’association a également été en contact avec Djamel Beghal, Samy Amimour, Mourad Hamyd, ou encore Mehdi Nemmouche. Un autre membre de Sanabil, qui a depuis rejoint la Syrie, est cité dans l’enquête sur les attentats de Paris du 13 novembre 2015.

L’association revendique des liens avec près de 600 détenus. Les activistes de l’organisation expliquent qu’ils s’efforcent, « par des mobilisations collectives régulières, à leur écrire mensuellement un courrier chaleureux ; leur envoyer des dessins d’enfants ; des cartes postales ; à répondre à leurs courriers ainsi qu’à leurs demandes de calendriers d’horaires de prières, de livres, de rappels divers. » Sanâbil prend en charge les frais de cantine des détenus et leur fait parvenir des colis alimentaires.  Sanâbil prend aussi en charge les frais de déplacement des familles, et intervient dans le paiement des factures en cas de grande difficulté.

Lorsqu’Antho « Bilal » Bonamba est assigné à résidence le 17 novembre 2015, l’imam Abdelfattah Rahhaoui lui apporte son soutien : « pourquoi le musulman en France aujourd’hui prend la place du juif d’hier ? Soutien à notre cher frère Bilal. A partager s’il vous plaît pour dénoncer l’injustice ».

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Le 5 septembre 2016, le CCIF demande à ses followers de mener une campagne de pression pour que l’école d’Abdelfattah Rahhaoui, l’école hors contrat Al Badr de Toulouse, ouvre ses portes, alors que le Ministère de l’Education Nationale a demandé sa fermeture.

Le 28 octobre 2016 l’avocat du CCIF, M. Guez Guez, soutient sur T  witter l’association Sanabil : « il faut contester le décision [du ministère de l’Intérieur] »

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POUR LA CORDOBA FOUNDATION LA RADICALISATION ISLAMISTE N’EXISTE PAS

Pour la Cordoba Foundation la radicalisation islamiste n'existe pas

Pour la Cordoba Foundation la radicalisation islamiste n’existe pas

11.10.2016 Carla Parisi

« Circulez, y’a rien à voir » aurait dû être le sous titre du rapport publié par la Cordoba Foundation. La Fondation  a été créée en Grande Bretagne par Anas Al Tikriti est le fils du leader officiel des Frères musulmans en Irak. En 2009, David Cameron a dénoncé la Fondation Cordoba, comme étant un faux nez des Frères musulmans en Grande Bretagne. Raison pour laquelle elle apparaît sur une liste publiée par le gouvernement des Émirats arabes unis d’organisations musulmanes soutenant le terrorisme.

Malgré ce lourd contexte, Anas Al Tikriti  et la Cordoba Foundation sont régulièrement sollicités pour délivrer leurs analyses. Dernier rapport en en date, les mythes de la menaces djihadistes à l’Ouest et la radicalisation islamique ». L’auteur : Alain Gabon est professeur au Wesleyan College (Wesleyenne), institution de la grande bourgeoise wasp américaine.

En introduction, le Dr Abdullah Faliq, responsable du Forum islamique européen explique sur un ton alarmiste que des gouvernements européens ont actuellement « commencé à confisquer et interdire la littérature islamique », à « confondre les pratiques religieuses conservatives avec de l’extrémisme », à « surveiller les mosquées, madrasas et centres de jeunesse (avec le pouvoir de les fermer) », et à « cibler les leaders de la communauté et les organisations islamiques mainstream ». Les « attaques islamophobes » envers les musulmans seraient le fruit d’une « menace surévaluée du djihadisme ». Et finalement, les djihadistes utiliseraient seulement « des slogans anti-autorité (pour un monde meilleur) », dans une « culture rebelle qui peut se retrouver dans presque toutes les communautés ».

A sa suite, Anas Al Tikriti, rend hommage à l’ancien maire de Londres, Ken Livingston, pour son comportement qu’il juge exemplaire après les attentats qui ont frappé la capitale britannique en 2005. Néanmoins, il reconnaît que des attaques racistes touchent Londres, comme les autres capitales mondiales. Il en profite pour fustiger le gouvernement actuel, moins accommodant envers les demandes communautaristes, dont la stratégie de lutte contre le djihadisme conduirait à des pratiques dignes de « l’Inquisition » et du « McCarthysme ». Plusieurs centaines d’enfants, d’après le lobbyiste, auraient été arrachés à leurs parents « sous le prétexte de radicalisation ». Et Anas Al Tikriti de déplorer « la criminalisation de chaque suggestion autour de la responsabilité de la politique étrangère britannique  et de ses interventions étrangères dans l’augmentation du terrorisme ».

Dans son étude, Alain Gabon veut démonter 3 réalités qu’il décrit comme mythes :

  • la plupart des terroristes sont des musulmans islamistes ou djihadistes
  • le terrorisme en général, et sa variété djihadiste en particulier, constitue une grande menace pour la vie humaine dans ces sociétés
  • il existe une radicalisation alarmante d’une partie significative des populations musulmanes européennes.

Ces trois « mythes » seraient propagés et renforcés par les discours politiques, médiatiques et académiques, dans un contexte quasi « orwellien ». En France, ces mythes auraient pour résultat l’interdiction des « voiles et niqab dans l’espace public » ainsi que « la surveillance des mosquées », et donc une « islamo-paranoïa ». Alain Gabon oublie bien sur de préciser que le voile n’est pas interdit dans la rue,  et que la loi contre les signes religieux à l ‘école date de 2004, bien avant les attaques terroristes de Toulouse, de janvier 2015 ou de novembre 2015 à Paris.

En juillet 2016, juste après l’attaque terroriste de Nice, Alain Gabon n’avait pas hésité à publier un article dans Middle East Eye, expliquant que  le tueur n’était « ni un islamiste, ni un djihadiste, ni même un « terroriste » ». En mettant bien entendu le terme mot terroriste entre guillemets.

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Pour minimiser les attaques terroristes islamiques, Alain Gabon explique que seuls 6% des attentats sont perpétrés par des djihadistes sur le sol américain. Le reste serait du à des groupes « latinos, chrétiens, juifs, d’extrême-gauche, écologistes, suprématistes blancs, anti-gouvernement, anti-avortement, souverainistes ou sécessionnistes ». Les attentats islamistes seraient les seuls que la presse couvrirait, alors que le nombre de victimes serait « statistiquement négligeables », et dûs  à des « loups solitaires ». En France, on entend parfois le chiffre de 1% du terrorisme qui serait djihadistes. Si le nombre d’attaques djihadistes est inférieur au nombre d’attaques des séparatistes régionaux par exemple, les attentats djihadistes sont de loin bien plus meurtriers : 245 morts en France depuis 2012. De plus, l’ampleur mondiale du terrorisme islamique, ses réseaux, son budget est incomparable à des groupuscules séparatistes ou anarchistes locaux. Cela n’empêche pas Alain Gabon de blâmer en priorité « l’hystérie et la quasi-apocalyptique rhétorique » autour du djihadisme.

Alain Gabon liste 6 raisons à ce qu’il nomme l’ « hystérie collective » :

  • le choc traumatique du 11 septembre 2001 puis du 13 novembre 2015 couplé à une « absence de distance rationnelle et à une absence de mise en perspective » : en effet, dans les attentats sur le sol européen, il n’y aurait « rien de ressemblant au 11 septembre avant (…) ni après ». Rien à voir, laisser passer. Alain Gabon prend même le pari que rien de similaire au 13 novembre ne se produira de nouveau. En effet, si l’on parle de projeter à nouveau deux avions sur les tours jumelles qui n’existent plus, ou de lancer le même commando dans les mêmes bars et salle de concerts parisiens, il y a peu de chance que cela se reproduise. En revanche, on ne compte plus le nombre d’attentats déjoués en Europe depuis 2 ans. Sans oublier les autres attentats en Irak, en Indonésie, au Bangladesh…
  • le rôle des médias et des politiciens qui « cultivent et nourrissent la mémoire du 11 septembre, de Charlie Hebdo et du 13 novembre ». Les « commémorationnisme » et les hommages aux victimes participeraient donc à ce qu’il décrit comme de l’hystérie… sous forme d’ « auto-asphyxie ».
  • la « mauvaise image rapportée par les médias de » : la Révolution Iranienne, de l’Irak, de la Syrie ou du Yemen…et le fait de présenter certains conflits comme des « divisions chiite-sunnites comme si l’Islam était la cause ».
  • les « calculs électoraux » des gouvernements occidentaux qui veulent « garder les populations focalisées sur la menace djihadiste (…) tout en autorisant des régimes despotiques comme Assad ou Al-Sissi en Egypte, dont le régime de terreur est encore pire que Daesh (…) et en justifiant des interventions militaires néocoloniales ». Cela permettrait à ces gouvernements de « supprimer toute dissidence » dans leur pays par la mise en place d’ « états d’urgence » et de regagner en « popularité » grâce au statut de chef de guerre. «La liste des bénéfices s’allonge », et Daesh serait même « utile ». Alain Gabon n’est pas loin de la vision complotiste du false flag, qu’il induit sans le nommer.
  • l’ « obsession vis-à-vis du terrorisme islamique pour ne pas parler des violences domestiques ou par armes à feu (…) pour retrouver les anciens stéréotyes racistes et islamophobes anti-arabes et anti-musulmans ».
  • le « traitement politique et médiatique qui souligne systématiquement le terrorisme de musulmans en ignorant ou en minimisant les autres formes de terreur, surtout si elles concernent des blancs, chrétiens, de droite ». L’auteur blâme la mobilisation en soutien à Charlie Hebdo, comparée à celle de Charleston ou Dylann Roof tua neuf afro-américains dans une église.

De plus, Alain Gabon prend le parti de définir Bachar al-Assad et Saddam Hussein comme des tyrans laïcs . Il oublie que ces deux personnages n’ont pas tué leur peuple au nom de la laïcité, que la Syrie et l’Irak n’étaient pas laïcs au sens propre, et qu’il n’a jamais existé de mouvement laïque terroriste appelant à soutenir ces criminels. Le général al-Sissi est également épinglé pour avoir massacré « 1000 civils sans défense supporter de Morsi ». Le fait que ces régimes ne soient pas taxés de terroristes prouveraient que nous ne sommes pas loin du « négationniste révisionnisme » au service d’ « objectifs de politique étrangère des Etats-Unis ».

Dans son rapport Alain Gabon affirme que croire que « le terrorisme est une menace majeure pour la vie humaine dans les sociétés occidentales est une grosse erreur ». Il s’agirait même de la  « plus petite cause de mortalité, violente ou non violente, de toutes »…. En la comparant à des accidents domestiques ou de la route, donc par définition, non prévisibles ! Il rajoute même, avec cynisme, qu’un cancer est « bien plus long et plus douloureux qu’une mort rapide ».

Alain Gabon parle de « mythe de la radicalisation islamique », qui induirait que de nombreux jeunes hommes musulmans « se radicaliseraient ».  Il considère que la notion de radicalité ou d’extrémisme est arbitraire, et qu’elle ne veut rien dire. Il rejette l’idée selon laquelle des comportements « salafistes », comme refuser de serrer la main à une femme, mèneraient au djihadisme. Alain Gabon ne propose cependant pas d’autre qualification pour désigner cette « radicalité ». Il pointe du doigt Manuel Valls pour avoir déclaré que « la France doit combattre le djihadisme, mais également le conservatisme et le fondamentalisme » dont « les Frères musulmans et les salafistes (…) et en particulier l’UOIF ». Manuel Valls irait même « plus loin » en faisant appel à la société civile, ou en proposant une ligne téléphonique contre le djihadisme ou en mettant en ligne des vidéos comme antidote à la propagande de Daesh. Les signes de radicalisations décrits seraient « paternalistes ». Alain Gabon dénonce également la fermeture de trois mosquées salafistes, qui serait « injustifiée ».

Finalement, selon Alain Gabon le djihadisme serait un « minuscule phénomène »,  et ce serait avant tout le médias et les gouvernements, qui travaillent à convaincre et à apeurer les populations.

Carla Parisi

Ce article est également disponible en English.

QUAND MOULOUD ACHOUR SUCCOMBAIT AU CHARME D’ ADNAN OKTAR

Quand Mouloud Achour succombait au charme d’ Adnan Oktar

Quand Mouloud Achour succombait au charme d’ Adnan Oktar

13.09.2016

Adnan Oktar et Mouloud Achour, l’image est magnifique.

Adnan Oktar est assez connu dans le monde enseignant français. En janvier 2007, les établissements scolaires reçoivent son « Atlas de la création » contre la théorie de l’évolution. Des volumes de 770 pages richement illustrés publié par ce chantre du créationnisme turc qui signe sous le nom d’Harun Yahya.

Contrairement aux créationnistes chrétiens qui tiennent à ce que le monde ait été créé en sept jours, Harun Yahya /Adan Oktar explique que le monde est plus vieux mais que « les espèces n’ont jamais changé« .

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L’Atlas de la Création, contient des reproductions de fossiles et d’animaux vivants, ainsi que de nombreuses citations du Coran, dans le but de prouver que les animaux n’ont pas évolués au fil du temps. Malgré les multiples incohérences et confusions d’espèces, le caractère religieux et non-scientifique, Oktar y conclue : « la création est un fait » et « l’évolution une imposture ». Sous la photo des tours du World Trade Center embrasées, il précise « ceux qui perpétuent la terreur dans le monde sont en réalité des darwinistes ». Suivent des démonstrations étonnantes sur les liens existant entre le darwinisme, le fascisme, le communisme et le terrorisme.

« Quelle que soit l’idéologie qu’ils épousent, ceux qui perpétuent la terreur dans le monde sont en réalité des darwinistes. Le darwinisme est la seule philosophie qui valorise et donc encourage le conflit. »

Malgré une importante mobilisation du corps enseignants, les thèses du prédicateur circulent parmi les jeunes. Le 16 janvier 2011, il fait même salle comble au Théâtre du Gymnase avec un duplex d’Istanbul. Néanmoins, Adnan Oktar a un peu de mal à convaincre son public francophone en expliquant que «La fin du temps est pour bientôt. Toute l’humanité va bientôt voir, dans les dix années à venir, le retour du messie Jésus et de l’imam Mahdi.»

Qu’importe, Adnan Oktar ne renonce pas à radicaliser les jeunes français. Une nouvelle occasion lui est donnée le 16 octobre 2014. Mouloud Achour décide d’interviewer Adnan Oktar pour Canal+. Pourquoi ? Mystère. Ce dernier accepte, à condition que l’interview ait lieu en direct sur sa propre chaine A9 TV. Ce que Mouloud Achour accepte, servant de prétexte à un show de propagande.  Sa présence n’est qu’un instrument à l’intérieur du monde merveilleux créé par Adnan Oktar, où Mouloud Achour joue le rôle d’objet de curiosité et de caution, en présence de Kim Chapiron et Elsa Scetbon.

Il ne faut pas hésiter à regarder ce moment dans son ensemble.

L’entretien est incroyablement partisan, ponctuée de compliments et de remerciements. Et ce, alors que les réponses d’Adnan Oktar font froid dans le dos.
Extraits :

Mouloud Achour : quel est votre avis sur ce qu’il se passe à la frontière syrienne ?

Adnan Oktar : il n’y a pas de Kurdistan qui existe. La solution au conflit, c’est de suivre le Coran à la lettre.

Mouloud Achour : êtes-vous antisémite ? J’ai lu ça sur internet.

Adnan Oktar : non.

Mouloud Achour : sur Wikipedia, j’ai lu (…) que vous êtes anti-sioniste et anti-maçon, et que vous pensez que sionisme et franc-maçonnerie sont connectés ?

Adnan Oktar : je suis moi-même grand maître franc-maçon (…) je protège les juifs en Turquie. L’origine de l’antisémitisme est le darwinisme, qui rejette Dieu, qui est primitif et païe

On reste ahuri par le niveau des relance. Au delà du fait que Mouloud Achour, qui se présente comme journaliste, puise ses questions sur Wikipedia sans lire les nombreuses enquêtes sur Adnan Oktar, il ne rebondit ni ne cherche jamais à contredire ses réponses. Adnan Oktar nie par exemple ici les différentes sources d’antisémitisme, qui peuvent être d’ordre religieuses, ou politiques comme le nazisme. A l’entendre, la mission des juifs et des francs-maçons de Turquie est de saper les valeurs morales, religieuses et spirituelles du peuple turc et de transformer ainsi les musulmans en animaux. Une théorie qu’Oktar développe dans des colloques, dans des livres ou sur Al Jazeera.

Oktar a même été plus loin en 1996 : sa fondation pour la recherche scientifique, la Bilim Araştırma Vakfı (BAV), publie alors « le mensonge de l’Holocauste », ouvrage ouvertement révisionniste qui explique que « ce qui est présenté comme Holocauste est la mort de certains Juifs à cause de la peste typhoïde pendant la guerre et la famine à la fin de la guerre provoquée par la défaite des Allemands ». Les jeunes qui regardent l’émission de Mouloud Achour n’en seront nullement informés.

Mouloud Achour : vous dites que juifs et francs-maçons veulent détruire la morale religieuse et la spiritualité pour changer les hommes en animaux. 
Adnan Oktar :  il s’agit là d’une mauvaise pratique du judaïsme, comme Isis pour l’islam et les croisades pour la chrétienté. La violence, c’est de détruire des civils, des enfants.

Mouloud Achour ne demandera malheureusement pas de quelle « mauvais pratique du judaïsme » parle Adnan. Il ne s’offusquera pas non plus de sa réponse, qui confirme l’accusation envers les juifs et les francs-maçons. Il ne sera pas non plus très curieux sur son placement en psychiatrie.

Mouloud Achour : en 1986, après votre livre Judaïsme et Franc-maçonnerie, vous êtes allé en hôpital psychiatrique ? 
Adnan Oktar :  : j’y ai passé 19 mois, avec des tueurs (…) sans être autorisé à y voir mon docteur. 
Mouloud Achour : selon un témoignage, vous seriez le Mahdi ? C’est incroyable, comment pouvez-vous vivre avec cette pression ?

Adnan Oktar serait persécuté pour ses idées. Pas pour incitation au meurtre, détention massive de cocaïne ou pour violences sexuelles !

Mouloud Achour : comment êtes vous traité à l’université ? 
Adnan Oktar : je suis menacé par des gauchistes, des marxistes qui ont des couteaux. C’est de la propagande pour dire que une maladie mentale. Ils ont d’ailleurs cessé après mon rapport médical.

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Mouloud Achour ne dira pas un mot des nombreux professeurs et scientifiques enseignant ou étudiant l’évolution de Darwin ayant été menacés ou harcelés sur leur lieu de travail. Des prospectus de l’organisation d’Adnan Oktar les présentant comme maoïstes, athées, séparatistes, voire terroristes ont été également distribués. En 1999, six professeurs ont gagné un procès en diffamation contre l’organisation d’Oktar, la BAV, et ont reçu chacun 4 000 dollars.

Mouloud Achour : Vous avez été condamné pour organisation illégale ?
Adnan Oktar :  non, j’ai été acquitté.
Mouloud Achour : en France, lorsque tu es suspect, tu es coupable. Comme Sarkozy, qui est tout le temps obligé de dire qu’il n’est pas coupable.

On ne voit pas bien le rapport. Prendre l’exemple de Nicolas Sarkozy pour défendre l’innocence présumée est pour le moins surprenante. Oktar était accusé d’avoir créé une organisation avec intention de commettre un crime, de chantage et d’extorsion.

Mouloud Achour : en 1991, vous avez été arrêté avec de la cocaïne ?
Adnan Oktar : j’ai été acquitté, la cocaïne a été introduite dans mon repas au poste de police.
Mouloud Achour : vous ne vous en êtes pas rendu compte ?
Adnan Oktar :  c’était un kebab très épicé.
Mouloud Achour : wahou ! Votre page Wikipedia est folle ! (…) ce serait peut être à la police d’aller en hôpital psychiatrique ! (…) François Hollande, tu dois rencontrer cet homme !

Toujours cette fameuse enquête Wikipédia… S’ensuit une série de questions, presque digne d’un dialogue de secte :

Mouloud Achour : le darwinisme est la cause de Daesh ?
Adnan Oktar :  oui, le PKK est un groupe violent.  

Les djihadistes, les décapitations, les esclaves sexuelles, les exécutions, les spoliations du groupe terroriste islamiste… ont manifestement disparu. En revanche l’émission roule avec tambour, trompettes et gros blancs sur de drôles de blondes un petit peu trop maquillées, faisant partie partie du décor de l’émission. Lors de l’entretien Adnan Oktar expliquera d’ailleurs que que la chirurgie esthétique ne pose pas de problème en Islam quand elle est nécessaire : « si quelqu’un a un nez cabossé il faut pouvoir le réparer ».

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Mouloud Achour :  vous me dites si c’est bon ou mauvais. Le communisme ?
Adnan Oktar :  il nie Dieu, les valeurs, l’homme… Il ne peut pas être accepté. Le PKK est une organisation terroriste.
Mouloud Achour :  le capitalisme ?
Adnan Oktar :   il va aussi à l’encontre de l’homme, qu’il considère comme matériel.
Mouloud Achour :  le bouddhisme ?
Adnan Oktar : c’est de l’idolâtrie (…) mais nous respectons les personnes.
Mouloud Achour : wahou, vous respectez toujours les autres ! J’aime être là car vous êtes très tolérants, c’est bien !

En réalité, Oktar considère le bouddhisme comme une fausse religion fondée sur l’idolâtrie et le mensonge, aux rituels« insignifiants » et « vides ». Ce qui pourrait passer pour de la liberté d’expression, si ce n’était qu’Oktar considère que l’Islam est la seule vraie religion.

Mouloud Achour :  vous pensez qu’il y aura un choc des civilisations, une 3ème guerre mondiale ?
Adnan Oktar :  non.
Mouloud Achour : que pensez vous d’ebola, du sida ?
Adnan Oktar : on va trouvez un traitement.
Mouloud Achour :  quelle est la meilleure façon de s’amuser ?
*musique*.
Mouloud Achour :  merci ! Merci ! Et où est l’amour ?
Adnan Oktar :  dans Dieu.

Adnan Oktar est une sorte de gourou. En 1999, le parquet affirme que la Fondation créationniste d’Adnan Oktar utilise des jeunes femmes pour attirer des chercheurs à des événements créationnistes en échange de faveurs sexuelles. Plusieurs de ces relations sexuelles ont également été filmées pour faire du chantage aux personnes souhaitant quitter le groupe. Adnan Oktar se présente lors de ses interviews souvent en compagnie de ces jeunes femmes blondes, ultra-maquillées, avec des robes de haute-couture, qu’il nomme ses « kittens », ses « chatons » ou même son harem. Oktar considère que les femmes musulmanes n’ont pas besoin d’être couvertes. Il s’agit ici de femmes le plus souvent issues de riches familles, qui rejoignent ses enseignements.

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Subjugué par le charme d’Adnan Oktar, l’équipe de Canal plus n’a pas non plus été troublée par la déclaration concernant Elsa Scetbon.

Babuna Oktar : (assistant d’Adnan Oktar) : Elsa est l’assistante (de l’équipe)

Adnan Oktar : : Vous êtes une très jolie fille Masha Allah. (…) Vous êtes très douce Elsa, vous avez un joli visage et des de très beaux yeux.

Babuna Oktar :   Elle est juive.

Adnan Oktar :  C’est une personne juive ! J’aime le peuple juif. J’ai eu des juifs ici. Des rabbins. Les juifs sont beaux et elle en est la preuve.

Vous pensez que ce show hallucinant allait se conclure par une petite prise de distance, un soupçon d’esprit critique… Pas du tout.

Mouloud Achour :  on a parlé de darwinisme toute la nuit, votre interprète est génial, il m’a appris tant  de choses cette nuit, merci beaucoup, vous êtes venus nous chercher à l’hôtel, sans nous dire  où on irait, en nous parlant de darwinisme pendant 2,3,5 heures ! Merci !

Que d’enthousiasme… pour une théorie anti-darwinienne anti-scientifique islamiste !

Ce article est également disponible en العربية.EnquêteNews

RASSEMBLEMENT ISLAMIQUE DU SÉNÉGAL

Rassemblement Islamique du Sénégal

20.08.2016Carla Parisi

Le Rassemblement Islamique du Sénégal (RIS-Alwahda) a été fondé en 2009 dans le but de regrouper et d’unir les différentes organisations islamiques sénégalaises. Le RIS est actuellement presque entièrement aux mains des Frères musulmans. Son site internet regorge de liens vers la  Jamatou Ibadou Rahmane (JIR) qui a pour but d’ « instaurer une société véritablement islamique au Sénégal » et l’AEEMS (Association des Elèves et Etudiants Musulmans du Sénégal) qui s’oppose à la laïcité, et participe à une « ré-islamisation » de la société, selon le mode des Frères musulmans. Le Rassemblement Islamique du Sénégal ne cache pas ses domaines d’intervention :

  • « Social, en renforcement des liens de fraternité et de solidarité islamique
  • Economique, par la promotion d’une alternative économique islamique crédible et la contribution à éradication de la pauvreté ;
  • Politique, par l’effort d’exercice d’une influence sur les processus de décisions publiques, pour une prise en compte des préoccupations des musulmans ;
  • Culturel, par la proposition d’une alternative culturelle islamique ; de la communication, par une visibilité des actions du mouvement islamique et en informant juste ; de la prédication et de l’orientation, par une compréhension juste et une pratique saine de l’Islam ; de l’éducation, par l’érection d’institutions éducatives et d’enseignement préscolaire, scolaire, moyen et supérieur ».

Le RIS entend également : « guidé par le Coran et la Sunnah, prôner l’authenticité du Message et son adaptabilité, au-delà du temps et de l’espace, sans risque de trahir les principes directeurs, ainsi que l’Ijtihad et le Djihad à la fois méthode, esprit et action, la globalité et l’universalité de l’Islam ». Ce qui peut être entendu comme une condamnation des pratiques animistes des musulmans sénégalais.

En pratique le RIS organise des conférences sur des sujets de sociétés, met en place des camp de vacances islamiques pour les enfants, donne des cours coraniques aux élèves, et produit des vidéos islamiques en ligne ; en diffusant l’idéologie des Frères musulmans. Lors des conférences, femmes et hommes sont séparés. Sur sa page Facebook, le RIS relaie de nombreux posts en faveur de Tariq Ramadan, ou d’Hassan Al Tourabi.

RIS Ramadan

Le RIS participe également au défilé commémorant l’indépendance du Sénégal, véritable jour de fête, en faisant défiler sa branche féminine, voilée, de façon militaire.

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En août 2013, le RIS manifeste à Dakar pour défendre Mohamed Morsi et les Frères égyptiens, qu’ils appellent « les militants de la cause juste ». Le RIS déclare que « le Peuple sénégalais épris de justice et de paix civile joint sa voix à celle des esprits libres en considérant ce qui s’est passé en Egypte le 03 juillet 2013 comme un coup detat pur ». Il demande également au président Macky Sall de convoquer l’Ambassadeur d’Egypte pour « lui signifier son opposition au coup detat et à la violation des droits de l’homme et du peuple en Egypte ». La JIR a de nombreuses fois appelé au boycott d’Israël, à la « rupture des relations avec le régime sioniste », en « soutien avec Gaza ». En 2014, le RIS manifeste à nouveau à Dakar, avec parmi les slogans : « Vive la Palestine, à bas Israël ».

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En 2015, le gouvernement sénégalais à pour projet d’interdire le port du voile intégral sur son territoire. Le RIS mène la fronde contre le projet de loi, face au gouvernement qui considère que l’Islam sénégalais n’est pas compatible avec cette pratique wahhabite sexiste. Le RIS lui répond qu’il « considère l’évocation exclusive d’un « particularisme islamique sénégalais » comme une source d’amalgames qui menace la cohabitation pacifique de toutes les tendances doctrinales au Sénégal ». Il accuse également le gouvernement de « dogmatisme conduit à la dictature, au chaos », en qualifiant le voile intégral de « pratique traditionnelle », et en assimilant islam et voile intégral : « l’islam peut, en effet, être un puissant médium pour la paix et la stabilité. Mais il est surtout une référence pour notre libération, notre développement, notre épanouissement à la fois spirituel, social et économique ». La loi contre le voile intégrale est finalement adoptée fin 2015.

En janvier 2016, le RIS organise une table ronde sur les Valeurs Sénégalaises face à la Menace de l’Homosexualité, en association avec d’autres mouvements islamistes, pour former le Collectif Non à l’Homosexualité. Le communiqué de presse est édifiant :

« Constatant les scandales liés au phénomène de l’homosexualité, dans ses multiples formes qui se résument dans l’acronyme LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres), se développent de manière inquiétante au Sénégal, le pool des associations membres du COLLECTIF NON A L’HOMOSEXUALITE a décidé d’engager un combat énergique afin deradiquer ce mal rampant dans notre pays. Dans une conférence publique tenue au Lycée Cheikhou Oumar Foutiyyou de Saint-Louis, M. Aboubacry Mbodj, le Secrétaire général de la RADDHO déclarait : « Le Sénégal compte au total 9 associations d’homosexuels reconnues. Parmi elles, 4 évoluent à Dakar et les 5 restantes sont basées à voir ce nombre augmenter. Ce, au regard de l’ampleur prise par cette pratique »…
En octobre 2012, un certain Djamil Bangoura, se disant leader d’Association d’homosexuels, déclarait péremptoirement que : « Nous allons nous battre pour la légalisation de l’homosexualité au Sénégal », n’hésitant pas à publier sa photo à la une des journaux.
Récemment à Kaolack, au moment où des fidèles musulmans célébraient la naissance du Prophète Muhammad, paix et salut sur lui, 11 présumés homosexuels ont été appréhendés entrain de célébrer, à leur manière, des mariages gays ! Traduits devant le Procureur de la ville sainte de Cheikh ibrahima Niass, celui-ci les libéra à la stupéfaction générale des populations de Kaolack et des Sénégalais « faute de preuves suffisantes » !
Plus grave, le Ministre Sénégalais de la Justice, Me Sidiki Kaba, affirmait à l’occasion de l’inauguration du « Quartier des détenus mineurs » à la Maison d’Arrêt de Thiès : « Aux yeux de la loi au Sénégal, il n’y a pas d’homosexuels. Nous avons une législation qui condamne ceux qui pratiquent des actes contre nature dans un lieu public, c’est-a-dire ce qui est attentatoire à la pudeur. C’est ce qu’il faut surtout retenir », avant de s’empresser de préciser : « toute personne, quelle qu’elle soit, a des droits »…
Des porteurs de projets aux antipodes de nos valeurs veulent manifestement nous imposer ces pratiques contre nature qui heurtent la conscience de l’écrasante majorité des Sénégalaises et des Sénégalais et qui visent à saper les valeurs fondatrices de notre société. Considérant qu’il n’y a pas pire terrorisme morale et sociétal que l‘homosexualité, nous, les Associations, Personnalités et Structures signataires :
1- Interpellons le chef de l’Etat sur sa responsabilité de préserver nos valeurs culturelles, religieuses et morales, base de la paix et de la cohésion nationale ;
2- Exigeons du Ministre de l’intérieur, M. Abdoulaye Daouda Diallo, au cas où les déclarations de M. Mbodji s’avèrent exactes, de dissoudre, dans les meilleurs délais toutes les Associations homosexuelles ;
3- Demandons la démission immédiate de M. Sidiki Kaba de son poste de Ministre de la justice du Sénégal, à cause de sa propension manifeste à défendre les homosexuels ;
4- Exigeons de nos députés à l’assemblée nationale de réviser les lois portants sur les actes contre nature en interdisant nommément : l’homosexualité, le lesbianisme, la bisexualité et le transgenre, afin de maitre fin à toute interprétation perverse de la loi en question ;
5- Avons décidé de porter plainte contre les 11 présumés homosexuels de Kaolack pour les délits d’attentat à la pudeur, atteinte aux bonnes mœurs et à la conscience des croyants que nous sommes, toutes obédiences confondues et pour avoir traumatisé et porté atteinte à l’innocence des enfants de cette école à qui les juridictions nationales et internationales accordent une protection sociale en raison de leur manque de maturité physique et intellectuel ».

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Le RIS diffuse une morale rigoriste et anti-choix, il appelle également à lutter « contre les maladies endémiques et les fléaux qui assaillent la jeunesse sénégalaise comme la drogue, l’usage du tabac et de l’alcool ».

Suite à la tentative de coup d’état en Turquie, le RIS soutient ardemment Recep Tayyip Erdogan. Il le félicite de faire primer un élan islamique qui permet d’ « islamiser » la société, en opposition à d’autres visions nationalistes ou régionalistes. Le RIS fustige l’Occident qui en fait « l’homme à abattre », et l’accuse de « complot international », aux manettes derrière le coup d’état. Le RIS se félicite : « l’échec de cette opération diabolique est un miracle divin et salvateur », car selon l’organisme, une réussite aurait fait émergé « dizaines de millions de personnes s’autoproclamant DAESH ».

En conclusion, les libertés individuelles, la liberté d’expression, la liberté de presse attendront : « la Turquie est en ce moment le poumon par lequel la Oummah respire. Elle est le refuge des exilés et l’espoir de tout ceux qui sont épris d’un islam modéré et rayonnant. Bref, les raisons qui poussent l’Occident à s’opposer à Erdogan et à son régime sont les mêmes qui poussent les musulmans à le soutenir. Qu’Allah protège et « islamise » la Turquie ».

Carla Parisi 

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TARIQ RAMADAN AU SÉNÉGAL

Tariq Ramadan au Sénégal

16.08.2016Carla Parisi

Tariq Ramadan est intervenu au Colloque International des Musulmans de l’Espace Francophone (CIMF) du Sénégal en 2013. Comme il le fait régulièrement depuis les années 90.

Voici une partie du discours de Tariq Ramadan au CIMEF :

« Si je viens au CIMEF et si j’y participe, et continue à faire tous ces voyages et à venir ici, c’est pour entendre des voix divergentes, pour entendre des voix différentes pour que nous établissions notre unité non pas dans l’uniformité mais dans l’esprit critique.

Et j’aimerais dire une chose, c’est que quand on voit ce qui est en train de se passer dans le monde majoritairement musulman, quand à l’heure où je vous parle, on voit ce qui est en train de se passer au Moyen-Orient, quand on voit ce qui se passe ici dans la région, et vous avez parlé du Mali, mais on peut parler de ce qui se passe à l’intérieur du Sénégal, on peut parler de ce qui se passe dans toute la sous région, comprendre aujourd’hui que nous ouvrons des espaces où on dialogue, où on est pour l’esprit critique, où on est pour le respect des opinions divergentes, c’est l’un des plus grands jihad de la pensée musulmane contemporaine. C’est en fait un jihad du dialogue, de la diversité et du respect mutuel. Pourquoi ? Parce que ce qui est en train de se passer sous nos yeux, c’est une formidable pression interne et externe pour nous pousser à la division, à la déstabilisation, et au conflit interne […]

Dire aujourd’hui que nous avons besoin d’un dialogue interne, c’est la plus grande résistance à ce que nous sommes en train de faire de nous-mêmes et dont nous sommes les premiers responsables. Les musulmanes et les musulmans sont les premiers responsables de leurs propres divisions, et de leur incapacité à s’écouter, à s’entendre et à dialoguer. Ce n’est pas l’Occident ; l’Occident n’est fort que de nos faiblesses. Il nous divise que parce que nous sommes divisables et il nous colonise que parce que nous sommes colonisables. »

Tariq Ramadan a souvent profité de ses voyages en Afrique et notamment au Sénégal pour y exprimer ses positions parmi les plus rétrogrades, notamment à propos des femmes comme la décrypté Caroline Fourest dans son livre Frère Tariq et que nous reprenons ici. Il a produit trois cassettes enregistrées lors de conférences au Sénégal dès 1998, intitulées « La femme musulmane. Réalités et espoir », « Islam et laïcité, compréhension et dialogue » ainsi que « le renouveau islamique ».

Dans ces cassettes, toujours disponibles, Tariq Ramadan affirme l’obligation islamiste de se voiler pour les femmes : « ce qui est demandé, c’est le port de ce qui couvre les cheveux et qui fait en sorte qu’on ne voit pas les apparences du corps », alors que le Coran ne parle que de se couvrir la poitrine.

Il enchaîne : « le voile est une obligation mais il ne peut faire l’objet d’une contrainte. C’est un acte de foi ».

Il dit respecter les femmes qui font le « cheminement » vers le voile, entendez le chemin tout tracé jusqu’au port définitif du voile. Son explication est toute trouvée : « s’il est demandé à la femme de porter le voile, c’est parce que le plus faible d’entre les deux, ce n’est pas la femme (…) c’est l’homme et que le regard de l’homme sur la femme est beaucoup plus fragile qu’en sens inverse, ce voile est une protection pour le plus faible d’entre les deux ».

Plutôt que de lutter contre le viol en éduquant les hommes, présentés comme incapables de retenir des pulsions sexuelles innées que n’auraient pas les femmes… Tariq Ramadan préfère voiler les femmes, par un tour de passe-passe qui vante une soi-disant force féminine pour les inviter à se montrer plus soumises.

Tariq Ramadan raille également le féminisme, occidental à ses yeux : « nous n’allons pas rentrer dans la logique qui s’est produite dans les pays européens où les femmes sont devenues féministes contre les hommes, et il y en a même qui ne voulaient plus saluer un homme parce que c’était l’ennemi, nous n’avons pas du tout cette logique ».

Personne ne saura de qui Tariq Ramadan veut bien parler, et son discours complètement mensonger pourrait faire rire si la manipulation façon « choc des civilisations » n’était pas si grave. Il décrit une société occidentale décadente : « quand nous voyons ce qui est en train de se passer dans le monde et vous en avez des exemples par télévision interposée, par la presse, où toute pudeur est oubliée… quand la pudeur est oubliée, c’est fais ce qu’il te plaît, et quand tu fais ce qu’il te plait, il n’y a ni valeur, ni limite, ni sens, il y a permissivité totale ».

Tariq Ramadan assure aussi la promotion du « féminisme islamique », en précisant : « cela ne veut surtout pas dire que pour une femme libérée, il faut forcément ressembler au modèle de libération de l’Occident (…) nous devons apporter un nouveau modèle de présence féminine, dans son être et non pas dans son apparence, dans son intelligence, et non pas dans sa séduction ». Il met en garde : « dans notre société, on voit se développer des discours féministes qui sont des discours empruntés à l’extérieur de notre référence, vous voyez des jeunes femmes qui sont extrêmement négligentes avec elles-mêmes dans leur foi et vis-a-vis de Dieu », et conclut : « Malheur à ceux qui tiennent un discours de libération et qui s’enferment dans l’oubli de Dieu ! ».

Tariq Ramadan, toujours devant son auditoire sénégalais, vante l’exemple du Pakistan, où « la mobilisation des femmes a dépassé la mobilisation des hommes (…) les responsables vous disent elles ont pris les choses en main, elles sont intelligemment formées, religieusement orientées ». Pour le prédicateur, une femme active est donc acceptable… si elle suit le cadre religieux qui lui est imposé. Il cite également l’exemple de son grand-père, fondateur des Frères musulmans : « je viens d’une famille où mon grand-père, chaque fois qu’il faisait une école pour les hommes, il en faisait une pour les femmes (…) ça l’obnubilait, vous ne faîtes pas une société islamique avec la moitié de la population ».

Au Sénégal, Tariq Ramadan utilise la même rhétorique que l’extrême-droite chrétienne à propos de la famille : « pas de libération de la femme au dépens de la famille ! ». Tariq Ramadan parle de lui-même comme d’un « résistant »  et  affirme « nous voulons propager l’expression de la famille dite traditionnelle », « ce qui nous intéresse, c’est un papa, une maman, et des enfants qui trouvent cet équilibre là ». Il martèle une conception patriarcale : « une des choses sur lesquelles nous tiendrons, même aujourd’hui dans nos sociétés contemporaines où tous les repères sont mis en cause, c’est qu’il y a dans l’Islam, effectivement, cette notion d’un homme responsable de son foyer sur le plan financier, responsable de son foyer sur le plan de l’orientation ».

Carla Parisi

PERCÉE DES FRÈRES MUSULMANS AU SÉNÉGAL

Percée des Frères musulmans au Sénégal

16.08.2016Carla Parisi

95% de musulmans, 4% de chrétiens forment une population qui pratique à 99% l’animisme. Le Sénégal est un pays unique au monde. En effet, l’Islam s’accommode avec les marabouts, les amulettes, ou encore les convocations d’esprit. Il s’agit d’un statut particulier, puisque pour les littéralistes, il n’existe normalement pas d’intermédiaire entre l’Homme et Allah. L’Islam, arrivé sur le territoire au IX ème siècle est structuré en confréries soufies plus ou moins en concurrence, dont la plus grande, la confrérie Mouride, a été fondée par Ahmadou Bamba au XX ème siècle. Il existe une multitude d’associations islamiques, parfois réformistes, dans chacune des confréries.

Fruit de la mondialisation et de l’influence financière de riches mécènes musulmans pour construire écoles et mosquées, un mouvement plus rigoriste prend de l’ampleur au Sénégal depuis le début des années 2000 : le mouvement Ibadou Rahmane (Association des Serviteurs de Dieu). Il rejette l’organisation en confréries soufies et les pratiques animistes, et fort de la jeunesse de ses membres, propose un Islam plus ostentatoire avec notamment le port du voile islamique pour les femmes. Les Ibadou Rahmane désignent le plus souvent les Frères musulmans sénégalais, bien qu’il existe aussi des fondamentalistes apolitiques de tendance wahhabite, parfois regroupés avec les Frères musulmans sous cette appellation. Nous désignons dans cet article uniquement les Frères musulmans. Les étudiants Ibadou Rahmane sont essentiellement regroupés dans l’Association des Étudiants Musulmans de Dakar (AEMUD), dont le nom rappelle son équivalent français Etudiant Musulman de France, association frériste étudiante propulsée par l’UOIF et Tariq Ramadan pour investir les campus universitaires.

Les Ibadou Rahmane se présentent comme réformateurs, militent pour un retour aux textes fondateurs, tout en pratiquant un activisme politique dans les écoles, universités, ou centres sociaux. Créée en 1978 par des dissidents de l’Union Culturelle Musulmane, jugée trop soufie, la Jamatou Ibadou Rahmane (JIR) a pour but d’ « instaurer une société véritablement islamique au Sénégal », avec pour modèles les Frères musulmans égyptiens, le pakistanais Mawdudi, et l’algérien Ben Badis. Longtemps restée assez confidentielle, la JIR prend de l’essor dans les années 90 en soutenant des candidats islamistes, puis dans les années 2000 avec l’influence de sa branche jeunesse, l’AEMUD, qui détient les clés de la mosquée de l’université de Dakar. L’AEMUD revendique l’héritage radical des Frères Sayyid Qotb ou Hassan Turabi, tandis que leurs aînés de la JIR sont plus proches des thèses d’Hassan Al-Banna. L’Association des Elèves et Etudiants Musulmans du Sénégal (AEEMS) s’oppose elle aussi à la laïcité, et participe de façon conjointe et parallèle à une « ré-islamisation » de la société, selon le mode des Frères musulmans.

Le mouvement frèriste sénégalais a son propre candidat aux élections législatives de 2001 avec l’imam Mbaye Niang. Il dirige le parti MRDS (Mouvement de la Réforme pour le Développement Social), qui a pour objectifs déclarés «  la conquête du pouvoir par les urnes, pour participer au développement économique et socioculturel du Sénégal ; la généralisation de la justice sociale et de la solidarité nationale ; l’éducation civique et politique de ses membres ; la consolidation de l’unité africaine ». Bien que la Constitution du Sénégal interdise la formation de partis religieux ou ethnique, ce bras politique des Frères musulmans met l’accent sur « la crainte de Dieu en politique » et l’infiltration du tissu social. Bien que d’un faible poids électoral, Mbaye Niang a été brièvement conseiller du Président actuel Macky Sall, ainsi que Président du Réseau des Parlementaires Africains contre la Corruption au Parlement en 2013. L’imam donne des gages de démocratie au corps politique laïque sénégalais d’un coté, tout en vantant les mérites de la Charia et en militant pour l’application de la peine de mort.

Le Rassemblement Islamique du Sénégal (RIS-Alwahda) a été fondé en 2009 dans le but de regrouper et d’unir les différentes organisations islamiques sénégalaises. Le RIS est actuellement presque entièrement aux mains des Frères musulmans. Son site internet regorge de liens vers la JIR et l’AEEMS, et ne cache pas ses domaines d’intervention :

–      « Social, en renforcement des liens de fraternité et de solidarité islamique

–      Economique, par la promotion d’une alternative économique islamique crédible et la contribution à éradication de la pauvreté ;

–      Politique, par l’effort d’exercice d’une influence sur les processus de décisions publiques, pour une prise en compte des préoccupations des musulmans ;

–      Culturel, par la proposition d’une alternative culturelle islamique ; de la communication, par une visibilité des actions du mouvement islamique et en informant juste ; de la prédication et de l’orientation, par une compréhension juste et une pratique saine de l’Islam ; de l’éducation, par l’érection d’institutions éducatives et d’enseignement préscolaire, scolaire, moyen et supérieur ».

Le RIS entend également : « guidé par le Coran et la Sunnah, prôner l’authenticité du Message et son adaptabilité, au-delà du temps et de l’espace, sans risque de trahir les principes directeurs, ainsi que l’Ijtihad et le Djihad à la fois méthode, esprit et action, la globalité et l’universalité de l’Islam ». Ce qui peut être entendu comme une condamnation des pratiques animistes des musulmans sénégalais.

En août 2013, le RIS manifeste à Dakar pour défendre Mohamed Morsi et les Frères égyptiens, qu’ils appellent « les militants de la cause juste ». Le RIS déclare que « le Peuple sénégalais épris de justice et de paix civile joint sa voix à celle des esprits libres en considérant ce qui s’est passé en Egypte le 03 juillet 2013 comme un coup detat pur ». Il demande également au président Macky Sall de convoquer l’Ambassadeur d’Egypte pour « lui signifier son opposition au coup detat et à la violation des droits de l’homme et du peuple en Egypte ». La JIR a de nombreuses fois appelé au boycott d’Israël, à la « rupture des relations avec le régime sioniste », en « soutien avec Gaza ».

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La plus grande démonstration de force des Frères musulmans au Sénégal est très certainement la tenue du 7ème Colloque International des Musulmans de l’Espace Francophone (CIMEF) en 2013 à l’Université de Dakar. Regroupant les leaders du RIS, de la JIR, mais aussi quelques représentants de confréries soufies et des personnalités politiques, elle a reçu le soutien du Président Macky Sall qui y a envoyé sa représentante Penda Mbow. Tariq Ramadan, reçu en VIP, participait à la conférence « Ethique, Gouvernance et Paix : Quelles contributions de la pensée islamique ? ».

Dans un débat télévisé précédant la conférence, le Dr Bakary Sembe, enseignant-chercheur, accusait Tariq Ramadan « de vouloir faire de l’Afrique francophone sa nouvelle zone d’influence pour régler ses comptes avec l’Occident», et les Frères musulmans d’ « impérialisme » et de « paternalisme sous couvert de d’une œuvre d’islamisation considérant les africains comme d’éternels musulmans de seconde zone ». Bakary Sembe enfonça le clou : « alors qu’en France, il se vante d’être pleinement européen, en Afrique, il désigne l’Occident comme l’origine de tous les maux des musulmans ». Le face-a-face télévisé provoqua une polémique, et permis de faire tomber le masque de Tariq Ramadan. Bakary Sembe fut par la suite l’objet de campagne de diffamation, le présentant comme « anti-arabe » et « pro-israélien ».

A la fois membre de l’Organisation de la Coopération Islamique  et de l’Organisation Internationale de la Francophonie, le Sénégal est un pays clé pour les Frères musulmans, qu’ils considèrent à l’intersection entre l’Islam et l’Occident. Le terrain, fait de différentes confréries soufies, animistes, leur permet de proposer un Islam plus homogène et de premier abord assez investi dans le domaine social. L’opération-séduction n’empêche pas les militants frèristes de pratiquer une certaine pression sur les musulmans pratiquant des rituels animistes, et parfois de les écarter de certaines mosquées à cause de leur impiété. Après l’infiltration réussie du RIS, la mise en place d’un réseau d’associations étudiantes et sociales fréristes, les appels du pied au Président Macky Sall, ainsi que l’imam Nbaye Niang placé dans les plus hautes sphères politiques, il est à craindre que les Frères musulmans étendent leur influence au Sénégal – à moins que des chercheurs avisés tels que Bakary Sembe tirent suffisamment fort la sonnette d’alarme.

Carla Parisi

Ce article est également disponible en العربية.EnquêteNews

CONFÉRENCE EUROPÉO-TURQUE SUR L' »ISLAMOPHOBIE » À SARAJEVO

Conférence européo-turque sur l’”islamophobie” à Sarajevo

06.07.2016Carla Parisi

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Un « Premier Sommet Européen sur l’Islamophobie » a eu lieu à Sarajevo du 24 au 26 juin 2016. Malgré le titre « conférence européenne », la rencontre était surtout une l’initiative du think-tank turc SETA (Fondation pour la recherche politique, économique et sociale).

Seta est un think tank gravitant autour de l’AKP. La SETA, a été mise en place sous la tutelle du Ministère des Affaires Etrangères, qui finance les projets de recherche et les nominations. Appelés « Instituts de Recherche Stratégique » (stratejik düşünce kuruluşu), ces think-tank font le relais entre l’AKP de Recep Tayyip Erdogan et le milieu universitaire, en circuit quasi-fermé. Le Monde diplomatique s’était félicité en 2010 de la présence d’un tel maillage du milieu intellectuel et politique et avait même osé un titre : « Les think tanks turcs, agents du changement ». Tout un programme.

Gilles Kepel a qualifié la SETA de « boîte à idées d’Ahmet Davutoglu ». Universitaire, ancien premier ministre, ancien ministre des Affaires Etrangères turc, ancien patron de l’AKP il est considéré comme le penseur de la « profondeur stratégique » de la Turquie post-kémaliste de l’AKP ».

La SETA possède une antenne à Washington. La Seta y fait du lobbying, invite des militants de l’association controversée CAIR. Ou même Dalia Mogahed. Un lobbying qui a du succès puisque les responsables de cette Fondation sont invités sur des chaines internationales sans que soit systématiquement rappellé pour qui il font du lobbying. Sur France 24, le 7 octobre 2014 Kadir Ustun était invité à parler de Kobane ! La SETA a conservé son implantation au Caire. Elle considère le maréchal Al-Sissi comme illégitime, et fait l’éloge de l’ancien président Morsi.

La SETA a présenté au Parlement Européen en mai dernier un rapport sur l’ « Islamophobie en Europe » portant sur l’année 2015. Le rapport de 600 pages a été rédigé par Farid Hafez, chercheur de l’université de Salzbourg, et Enes Bayrakli, responsable de département à l’université germano-turque d’Istanbul. Plusieurs rédacteurs se sont chargés des parties nationales. Des « universitaires extraordinaires » selon les mots du Think Tank. On noter Olivier Esteves, Agrégé d’Anglais, qui a rédigé la partie consacrée à la France.

La partie anglaise a elle été rédigée par Arzu Merali. Elle est une des contributrice de l’ Islamic Human Rights Commission, la maison mère pro-khomeiniste qui a diffusé le terme confus en Grande Bretagne. En 2015, Islamic Human Rights Commission a trouvé pertinent de remette à Charlie Hebdo le prix de l’islamophobe de l’année.

Une cinquantaine de personnalités politiques, n’ont pas du tout été gênés de participer à un forum organisé par un think tank de L’AKP. Parmi eux Bernard Kouchner, José Luis Zapatero, Jack Straw et Mustapha Chérif ancien ministre algérien de l’Enseignement supérieur.

Que nous dit ce rapport ?

Au delà d’un paragraphe sur la montée du Front National et le danger qu’il représente, ou sur les quelques odieux cas de racisme décrit, le reste du rapport est édifiant.

Le rapport reprend tout d’abord les chiffres peu fiables du CCIF concernant les cas d’ « islamophobie » en France. Plusieurs observateurs ont à de nombreuses reprises signalé les erreurs, les approximations et les affabulations des chiffres du CCIF. Comme l’histoire tragique d’un musulman assassiné. Un crime islamophobe d’après le CCIF qui oubliera tout simplement que cet homme assassiné est certes musulman mais qu’il est assassiné par un autre musulman dans une affaire de règlement de comptes et de stupéfiants. (Pour en savoir plus voir IciIciIci, et Ici.)

La partie française du rapport met en accusation ceux qui ceux qui refusent d’utiliser le terme « islamophobie » pour décrire le racisme anti-musulmans : Manuel Valls, Caroline Fourest ou encore… Charb.

S’ensuivent des interviews de personnalités membres ou proches des Frères musulmans : des membres d’Etudiants Musulmans de France, du CCIF, du lycée musulman Averroès de Lille…

La laïcité est plusieurs fois décrédibilisée : « la laïcité sert souvent à légitimer une respectable forme d’hostilité anti-musulmans ».

Le journal Charlie Hebdo est à nouveau pointé du doigt, avec la même rhétorique qui a conduit au pire : les assassinats de Charb, Cabu, Bernard Maris… ont « provoqué des conditions difficiles pour les musulmans pour exprimer à la fois leur détestation des attaques mortelles ainsi que leur distance critique envers Charlie Hebdo qui a largement flatté et attisé des préjudices islamophobes dans la société française et européenne ».

Le slogan « Je suis Charlie » fait également partie du rapport contre l’ « islamophobie ». Emmannuel Todd aurait même eu le tord de le renforcer…

Plusieurs livres sont qualifiés d’ « islamophobes », avec au coté d’Eric Zemmour, les ouvrages d’Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq ou Isabelle Kersimon. Au contraire, le livre d’Edwy Plenel, Pour Les Musulmans, est salué.

Le rapport est également critique envers le CFCM et Anouar Kbibech qui a déclaré au gouvernement que le CFCM allait « certifier les imams pour qu’ils ne donnent que des sermons de paix, et non-radicaux ».

La conclusion est attendue : finalement, les « voies de la radicalisation » sont les « prisons surpeuplées, le faible niveau académique, les discrimination dans le monde du travail, ou comme le dit Olivier Roy, un environnement où la seule cause romantique est le djihad »… mais au lieu de ça le gouvernement fait du seul problème « l’Islam, via les imams radicaux, les mosquées qui ont des choses à cacher, ou les musulmans médiatiques qui ont du mal à embrasser la laïcité ». Jamais l’idéologie islamiste, la propagande religieuse, ne sont mis en cause : « le manque de causes politiques et le déclin de la foi expliquent que François ou Marie embrassent le djihadisme ».

La conférence de Sarajevo a donc été l’occasion de reprendre les éléments de langage anti-laïcs de ce rapport.

Yasser Louati, porte-parole du CCIF pour l’année 2015, a pris la parole pour démontrer via un tableau la « Guerre institutionnelle de la France envers ses citoyens de confession musulmane ». Une hallucinante liste dans laquelle on trouve mêlé des lois qui viennent de l’état et qui concernent juifs, chrétiens et musulmans comme visant uniquement les musulmans. Ou des affaires provoquées par une revendication communautaire. Ou même un débat.

Nu besoin de décrire la mauvaise foi de cette liste, mêlant Charte de la laïcité, crèche privée, voile intégral… et dont les effets législatifs concernent toutes les religions.

Devant un auditoire international, le ton est volontairement catastrophé :

− « voici ce qui est en train d’arriver aux français de confession musulmane au XXIème siècle, une série de mesures prises pas les institutions, l’État lui-même, pour rendre acceptable le fait de toucher a la constitution pour cibler les musulmans ».

− « on a transformé la laïcité pour en faire un outil de stigmatisation et de ciblage des musulmans, en appliquant l’obligation de neutralité religieuse aux citoyens,(…) c’est comme si on vous disait par exemple : vous avez votre liberté d’expression, très bien, mais à la maison »

− « une série d’abus ciblant spécifiquement les jeunes filles de confession musulmane »

− « nous venons de recevoir un nouveau projet de loi pour contrôler de manière plus sévère l’émergence d’écoles privées ». A noter que Yasser Louati rejoint ici le seul parti politique vent debout à s’opposer au projet de loi, qui est le Parti Chrétien Démocrate de Christine Boutin.

− « ce qui est en train de se passer, c’est ce que j’appelle une Résistance des français de confession musulmane »

Yasser Louati présente ensuite, selon ses termes, « plusieurs histoire (de réussite) qui ont fait la Une en France » :

− « Wahiba », une jeune entrepreneuse, a qui un chef d’entreprise aurait dit: « avec ce bout de tissu sur ta tête, nous ne t’embaucherons pas, nous embaucherons des LBGT, des transsexuels, tout autre être humain, mais pas toi ».

− En recherchant sur Internet, il s’agirait de Wahiba Khallouki, qui a tweeté en réponse à une journaliste d’Orient XXI, Warda Mohamed : « Le recruteur d’une célèbre agence m’a dit de me réorienter parce qu’un transsexuel avait plus de chances que moi ».

− « Al Kanz : célèbre bloguer, un des plus influents de twitter, avant gardiste qui donne le la, quand il tape quelque chose, tout le monde suit ».

− Ah bon. Intéressant, pour un blogeur salafiste.

− « Le Lycée Averroès, premier lycée confessionnel musulman de France, meilleur de France, meilleures notes au bacs chaque année scolaire ».

− Yasser Louati oublie que le Lycée Averroès a quitté le top 100 depuis plusieurs années, et qu’il est classé 258ème en 2016.

− « Les coalitions pour faire face à l ‘état d’urgence en France »,

− où « la communauté musulmane a été traitée par le gouvernement comme l’ennemi intime », comme « lorsque Valls dit plusieurs mois avant le 13 novembre : ‘nous menons une guerre contre un ennemi invisible, un ennemi interne’. L’état d’urgence décrété après le 13 novembre est un projet qui avait déjà été écrit quelques mois avant même les attaques de novembre 2015 ». Preuve irréfutable, bien que complotiste, pour Yasser Louati.

− La suite est explicite : « la coalition a gagné, notre victoire majeure a été d’harceler les membres du parlement, harceler les médias, travailler avec la CNCDH ». Yasser Louati avoue que c’est « première victoire, d’une convergence d’associations non musulmanes et musulmanes travaillant ensemble ». Le CCIF tente depuis plusieurs mois d’associer la lutte contre l’ « islamophobie » à des luttes sociales, sous couvert de « convergence de lutte », comme lors de sa présence à Nuit Debout contre la Loi Travail.

− Yasser Louati affirme enfin : « Le gouvernement français a dit : nous allons nous retirer de la Convention Européenne des droits de l’homme ». Il déforme une fois de plus la réalité. L’article 15 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme prévoit de déroger à certains droits en cas de danger public menaçant la vie de la nation, la France a donc fait une demande officielle au vu des attaques terroristes, tel que le prévoit le droit, sans se retirer de la Convention.

Yasser Louati dit rapporter les paroles d’une rédaction d’un journal majeur : « nous avons des ordres clairs, ne pas critiquer l’état d’urgence en France ».

Il compare la France aux pires régimes dictatoriaux sanguinaires : « le guide du ministère des affaires étrangères, 10 Idées Reçues sur la France, l’Islam et les musulmans, ça m’a rappelé la propagande de l’ère soviétique ou de l’Afrique du Sud pendant l’apartheid »

Pour l’ancien porte-parole du CCIF, la France « fabrique l’ennemi interne », comme en 2003 « pour faire passer lois régimes de retraites », ou actuellement pour « faire passer l’état d’urgence ». Les musulmans seraient donc « le baromètre de la démocratie et de l’état de droit dans les « démocraties » occidentales ».

Il conclue sur son plan d’action :

− 1) faire parler les victimes

− 2) faire du lobbying (UN, EU, Conseil européen, OSCE, association non musulmanes, réseaux sociaux, médias)… pour « ridiculisez votre pays face à l’opinion internationale »

− 3) éduquer (fonctionnaires, journalistes, événement public…) et investir les médias.

Le mot de la fin revient à Haroon Moghul : « les efforts contre l’islamophobie sont essentiels pour les efforts contre l’extrémisme. » Au moins tout le monde est prévenu.

Carla Parisi

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GUERRES D’INFLUENCES ISLAMISTES À CUBA

Guerres d'influences islamistes à Cuba

Guerres d’influences islamistes à Cuba

12.05.2016Carla Parisi

La plus célèbre des îles communistes, qui n’a pas hésité à emprisonner plusieurs centaines d’ecclésiastiques après sa révolution de 1959 avant de théoriquement « garantir la liberté religieuse » dans sa Constitution, doit faire face à un nouveau défi. Certes, les musulmans pratiquants sont ultra-minoritaires mais leur nombre est en évolution depuis une dizaine d’années. L’organisation du culte islamique cubain ainsi que la construction de mosquées sur l’île font l’objet de convoitises étrangères. Entre prosélytisme wahhabite, intérêts iraniens et manœuvres d’Erdogan, les musulmans cubains se retrouvent pris en étau, au profit des réseaux islamistes.

La population musulmane de Cuba est estimée entre 1 500 et 10 000 personnes dont une très large majorité de convertis. Les non-convertis sont pour la plupart des étudiants pakistanais, en échange scolaire avec des universités cubaines. Il existe environ 20 000 personnes susceptibles d’être reconvertis. Leurs ancêtres originaires du Levant, ont émigré à Cuba à la fin du XIXème siècle

Acte 1 : le prosélytisme de la Ligue Islamique Mondiale

Une des premières connexions sur le sol cubain entre les musulmans cubains et l’islam politique a lieu en mai 2001. Le Cheikh Mohamed Ibn Nasser Al-Aboudi, représentant du Secrétaire Général de la Ligue Islamique Mondiale, est alors en visite à Cuba. Le but du déplacement est de négocier la gestion de l’ « islam cubain », c’est à dire de placer la création de mosquées ou d’associations religieuses musulmanes sous la tutelle de la Ligue Islamique Mondiale.

La Ligue Islamique Mondiale aussi appelée Rabita ou Muslim World League, a été fondée en 1962 à La Mecque. Pour ses promoteurs, dont le plus connu est Saïd Ramadan qui a participé à la rédaction des statuts de la Ligue, il s’agissait de réislamiser et de politiser les sociétés modernes. La Ligue sera placée sous les auspices du prince Faycal d’Arabie pour promouvoir un islam conservateur et politique, en opposition féroce à la modernité, au panarabisme, ou au communisme. Elle se compose d’un comité exécutif de 53 membres originaires de l’ensemble des pays musulmans, qui se réunit une fois par an à Jeddah. Les associations européennes de la Ligue sont coordonnées depuis Londres. Présentes dans près de 120 pays, la Ligue Islamique Mondiale contrôle une cinquantaine de mosquées, dont celle de Mantes La Jolie, Bruxelles, Genève, Copenhague ou encore Rome.

Les activités de la Ligue sont, au départ, fortement influencées par l’idéologie des Frères musulmans. L’Arabie Saoudite a accueilli dans les années 1950 de nombreux Frères formés et expérimentés fuyant la répression nassérienne envers la confrérie en Egypte. La Ligue Islamique Mondiale a financé la création de plusieurs Centres islamiques dont le Centre Islamique de Genève, avec à sa tête le Frère musulman Saïd Ramadan, gendre d’Hassan Al-Banna (fondateur des Frères musulmans) et père de Tariq et Hani Ramadan. Les relations de Ligue et de la famille Ramadan se sont distendues au cours des années.

La mosquée de Genève est, elle, restée dans le giron de la Ligue Islamique Mondiale. En 2015, deux de ses fidèles sont partis rejoindre l’Etat Islamique. La Tribune de Genève a révélé que deux imams promus par la Ligue Islamique Mondiale faisaient l’objet de fiche S, dont un pour ses contacts avec Mohamed Merah. Les mosquées de la Ligue Islamique Mondiale ont, à l’instar des mosquées contrôlées par des associations fréristes, un caractère globalisant : les salles de prières côtoient des bibliothèques, des salles de conférences, des salles de cours ou encore de soutien scolaire. L’Islam n’est plus une spiritualité, mais une politique mêlée aux problématiques sociales, culturelles et politiques européennes. La Ligue Islamique Mondiale est également un des principaux mécènes de l’UOIF, partenariat renouvelé sous l’actuel secrétaire général de la Ligue, Muhsen Al-Turki, qui en cache pas ses sympathie avec la confrérie. En 2003, Al-Turki est reçu par Nicolas Sarkozy pour promouvoir les intérêts de la Ligue, alors que la France est en plein débat autour de la création du CFCM et l’intégration de l’UOIF au CFCM. Abdallah Basfar, le secrétaire de l’Organisation Internationale pour la Mémorisation du Saint Coran, émanation de la Ligue Islamique Mondiale se rend en 2013 au Rassemblement Annuel des Musulmans de France du Bourget, organisé par l’UOIF. Il s’y était déjà rendu en 2008, année où il avait légitimé devant le public parisien le fait de battre sa femme, avant de se faire interdire l’entrée sur le sol français en 2012. La Ligue Islamique Mondiale est régulièrement décriée pour ses liens avec le théologien de référence des Frères musulmans, Youssef al Qaradhawi. Al Qaradawi justifie les attentats-suicides contre les juifs et la peine de mort à l’encontre des homosexuels. Il était, avant d’être recherché par Interpol régulièrement invité au Centre Islamique de Kensington de Londres, mosquée appartenant à la Ligue Islamique Mondiale. Ironiquement, il condamne sans relâche la “laïcité marxiste (…) qui nie l’existence de Dieu”… Pourtant, ce type de déclaration ne semble pas froisser la susceptibilité de dirigeants se réclamant du marxisme.

La Ligue Islamique Mondiale jure n’avoir aucun rapport avec des mouvements terroristes. Cependant elle possède la tutelle de l’organisation de bienfaisance Islamic Relief, déclarée organisation terroriste aux Emirats Arabes Unis.

Brochure diffusée devant la Mosquée

Dans un premier temps le régime cubain refuse la proposition de financement saoudien de la Ligue Islamique Mondiale, car cela impliquerait d’autoriser également la création d’associations chrétiennes, ce que le régime a toujours refusé au nom du communisme. Le Cheikh insiste : une mosquée à Cuba prouverait la coopération de Cuba avec le monde musulman, au nom des pays Non-Alignés. Au siège de l’ONU, Cuba est l’un des membres les plus éminents du bloc des Non-Alignés, aux côtés d’autres pays d’Amérique du Sud, d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie. Imaginé en 1956, ce bloc a pour vocation initiale de refuser l’hégémonie des Etats-Unis et de l’URSS, malgré la proximité évidente de Cuba et de l’URSS. Petit-a-petit l’Organisation de la Coopération Islamique qui regroupe les « pays musulmans » à l’ONU, et less pays Non-Alignés se rejoignent. Par exemple, Cuba apporte son soutien à la résolution, proposée par l’OCI depuis les années 1990 jusqu’à son adoption en 2008, visant à introniser le concept de « diffamation des religions, en particulier la diffamation de l’Islam », faisant fi des failles évidentes en matières de libertés individuelles et religieuses sur le sol cubain.

Une alliance racontée dans plusieurs documents. [1]

Les alliances anti-occidentales et surtout anti-américaines semblent prioritaires. En 2007, Fidel Castro reconnaît donc finalement la Ligue Islamique de Cuba, qui comporte 200 membres, après une visite de la Turkey’s Humanitarian Aid Foundation, et promet finalement en 2008 qu’une première mosquée pourra être construite à Cuba.

Acte II : Et l’Iran ?

Pour ne pas froisser l’Iran chiite avec qui Cuba maintient de forts échanges économiques et technologiques depuis la chute de l’URSS, ainsi qu’une complicité dans le camp des Non-Alignés, Fidel Castro décide de ne pas financer cette mosquée avec l’argent saoudien, mais avec des fonds cubains. L’Iran et Cuba ont une vieille histoire de collaboration. Selon Mohammad-Reza Djalili et Clément Therme, dans les années 1980, l’alliance avec Cuba permet à l’Iran de sortir de son isolement diplomatique en Amérique latine*.

Les échanges entre Iran et Cuba sont divers, et concernent à la fois le textile, l’agriculture, la pétrochimie ou le secteur des transports. Pour palier à ses problèmes de circulation intra-nationaux, Cuba a fait appel en 2007 à la société iranienne Wagon Pars pour la mise en place de près de 750 wagons. Les échanges dans le domaine de la recherche médicale et pharmaceutique ont fait l’objet d’un accord signé par les deux pays. Pour avoir un ordre d’idée, le montant des échanges commerciaux entre Cuba et l’Iran a été multiplié par 9 entre 2006 et 2008. Ce commerce s’inscrit dans une coopération économique plus globale entre Cuba, l’Iran et le Venezuela d’Hugo Chavez, et qui concerne aussi l’industrie pétrolière et automobile. Cuba et le Venezuela sont d’ailleurs les seuls pays, avec la Syrie, à soutenir en 2006 le programme nucléaire iranien.

En visite à Téhéran en 2001, Fidel Castro affirmait : « l’Iran et Cuba, en coopérant l’un avec l’autre, peuvent mettre les Etats-Unis à genoux ». Cette amitié va jusqu’à présenter l’athée marxiste Che Guevara comme un héros croyant lors d’une conférence à Téhéran en 2007 pour célébrer son « martyr ». En 2008, l’ambassadeur du régime des Mollah dans l’île communiste enfonce le clou : « Cuba et l’Iran partagent des visions politiques communes dans l’arène internationale ». Mahmoud Ahmadinejad se rend à La Havane en janvier 2012 pour le 14ème sommet du mouvement des Non-Alignés. Fidel Castro en profite pour condamner la politique américaine, européenne et israélienne envers l’Iran. Radio Havane Cuba diffuse régulièrement les éléments de langage du régime iranien : on y apprend par exemple que les « deux pays sont victimes de la manipulation politique de la part des États-Unis et de l’Occident en ce qui concerne le thème migratoire ».

Acte III : le modèle Erdogan

La visite à la Havane du président turc Recep Tayyip Erdogan en février 2015 bouscule les projets saoudiens de construction de la première mosquée cubaine. En novembre 2014, il fait réagir de nombreux universitaires lors d’une conférence à Istanbul réunissant des leaders musulmans d’Amérique Latine. Erdogan déclare que les musulmans avaient « découvert » l’Amérique au XIIème siècle, et que « [Christophe] Colomb a mentionné l’existence d’une mosquée sur une colline de la côte cubaine » à son arrivée. Il s’agit en réalité d’un détournement d’une métaphore du journal du dominicain Bartolomé de la Casas, qui avait rapporté les paroles de Colomb sur les montagnes cubaines en ces termes : « l’une d’entre elles avait une petite colline au niveau de son sommet, comme une mosquée gracieuse ». S’inspirant de cette contre-vérité historique, Erdogan promet en novembre 2014 de bâtir une nouvelle mosquée : « Je souhaiterais en parler avec mes frères cubains ».

Lors de sa visite à la Havane, Erdogan propose alors à Castro de construire une mosquée d’une capacité de 500 personnes, sur le modèle de la mosquée Ortaköy d’Istanbul. Erdogan écarte la possibilité de s’allier au projet de la Ligue Islamique Mondiale : « Nous voulons créer une mosquée nous-mêmes. Nous ne voulons pas de partenaire ».

L’Arabie Saoudite, l’Iran et la Turquie ne sont pas les seules puissances étrangères à convoiter le leadership de l’Islam cubain. La Maison Arabe, dans le quartier historique, appartenait à un riche immigré d’origine arabe dans les années 1940. D’architecture andalouse, elle comporte maintenant un musée sur les traditions moyen-orientales et une salle de prière pour les diplomates musulmans, grâce au don de 40 000 dollars du Qatar. La Maison Arabe organise également de nombreuses conférences sur le conflit israélo-palestinien, avec en avril 2016 la participation du professeur Reinaldo Sanchez Porro, accusé de soutenir le Hamas, pour célébrer la 40ème journée de la Terre Palestinienne.

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La mosquée de La Havane ouvre finalement dans le centre historique en juin 2015. La devanture, ornée de quelques éléments architecturaux islamiques, est discrète. Au niveau de son entrée une exposition de photographies sur le pèlerinage de La Mecque est installée. En avril 2016, un stand devant la mosquée distribuait des livres et dépliants de la World Wide Association for Introducing Islam, branche de la Ligue Islamique Mondiale, chargée de la diffusion d’ouvrages prosélytes. Un homme explique à un passant les similitudes visuelles entre un embryon et un chewing-gum mâché, qui seraient appelés « mugdah » dans le Coran, en s’appuyant sur le dépliant « Una Breve Guia ilustrada para entender el Islam ».

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D’autres « miracles » du Coran sont également décrit. Enfin, un chapitre explique comment se convertir à l’Islam, la profession de foi, ainsi que les 5 piliers islamiques à suivre. Un dépliant intitulé « Los derechos de la mujer en el Islam », explique que les hommes sont « meilleurs » que les femmes pour « les mathématiques » ou encore « la domination », qu’ils sont responsables du « bien être financier » du foyer, alors que les femmes sont responsables du « bien-être émotionnel », insistant sur leur « complémentarité ». Un autre dépliant s’attarde sur « l’esprit islamique [en Andalousie, depuis l’an 711 et pendant 800 ans] qui a amené la lumière et la tolérance en Europe médiévale jusqu’à la Renaissance et l’ère moderne ».

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Ces guides de la Ligue Islamique Mondiale sont distribués localement par une association salafiste cubaine, la Jamma`ah Salafí de Cuba. Sur son site internet, elle revendique ses liens avec la Ligue et renvoie également à ses brochures. Elle déclare également que les chiites ne font pas partie de l’Islam, et célèbre des penseurs islamistes parmi les plus radicaux, comme Ibn Taymiyya qui légitime le recours au djihad armé. La Jamma`ah Salafí de Cuba rejète l’autre association musulmane de Cuba, la Liga Islamica de Cuba, qu’elle considère trop proche du Parti Communiste. C’est pourtant la Jamma`ah Salafí de Cuba qui distribue des dépliants prosélytes devant la mosquée de La Havane.

Carla Parisi 

Voir sur le sujet

 John Andrew Morrow, Religion and Revolution: Spiritual and Political Islām in Ernesto Cardenal, Cambridge scholars, 2012

Mohammad-Reza Djalili et Clément Therme, « L’Iran en Amérique latine : la République islamique dans le pré-carré des États-Unis », Maghreb – Machrek 2008/3 (N° 197)

[1] A propos de la collaboration entre Cuba et les pays de l’OCI :

Jean-Claude Buhrer et Claude Levenson, L’ONU contre les droits de l’homme, 2003, Mille et Une Nuits ;

C. Fourest, F. Venner « L’ONU au service de la lutte anti-blasphème », Charlie Blasphème, 2006 ;

Numéro spécial de Prochoix : Durban, l’ONU contre les droits de l’Homme, n°44, 2008 ;

Malka Marcovich Les Nations désUnies. Comment l’ONU enterre les droits de l’Homme, Mouton Duvernet, 2008 ;

Caroline Fourest et Fiammetta Venner, la Bataille des Droits de l’Homme, 2009, Doc en Stok/Arte ;

Jeanne Favret Saada, Jeux d’ombres sur la scène de l’ONU : Droits humains et laïcité, L’Olivier, 2009.

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LE MEETING DES “NI CHARLIE NI PARIS” APPELLE À SANCTIONNER LA GAUCHE

Le meeting des “ni Charlie ni Paris” appelle à sanctionner la gauche

12.12.2015 Carla Parisi

Après le massacre de Charlie Hebdo, les intégristes et leurs amis avaient attendu un mois pour se réunir contre l' »islamophobie » plutôt que contre l’intégrisme. Certains blessés sortaient à peine du coma.

Après les attentats de St Denis et de Paris,  les intégristes et leurs amis se sont retrouvés… à Saint-Denis, pour expliquer qu’ils n’étaient ni Charlie ni Paris. Et qu’au fond les vraies victimes ce n’était pas les 130 êtres humains morts le 13 novembre ni les 350 blessés, dont certains ne sont pas encore sortis de l’hôpital, mais eux… Les victimes d' »islamophobie ».

Qui étaient à la tribune  de ce meeting, dont l’annonce a été relayée par « Ensemble« , le courant de Clémentine Autain, sur son site ?

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Salma Yaqoob

Salma Yaqoob est un des relais britanniques de Tariq Ramadan. En 2004, c’est elle qui, au FSE de Londres, parvient à inscrire Tariq Ramadan sur huit tables-rondes. Ce dernier ayant le don de double discours et non d’ubiquité, il a fait faux bond à plusieurs d’entre elles.

Salma Yaqoob a été l’une des représentantes du parti Respect (jusqu’en 2012) et porte-parole de la Mosquée de Birmingham. Elle a soutenu Jeremy Corbyn durant sa campagne.

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Par ailleurs, elle a écrit une nouvelle où elle imagine que la Grande-Bretagne deviendra une république islamique et Salman Rushdie quittera le pays effrayé. Quant aux attentats de Londres, ils seraient simplement une réaction aux attaques américaines.

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Lors de ce meeting, Salma Yaqoob, a expliqué que lorsque le Sun publie un sondage disant que 1/5 musulmans soutient Daesh, c ‘est une attaque contre les musulmans !

Les puissances impérialistes seraient « comme des parents qui nieraient leur responsabilité de leur enfants incontrôlables, qui se rassurent dans la vengeance ».

L’ »islamophobie », dit-elle encore, est « créée par les élites comme arme de distraction massive en temps de guerre, une population terrorisée pose moins de questions à ses dirigeants », et « cela provoque un retrait de la vie politique des musulmans ».

Alain Gresh

Autre participant, Alain Gresh, vieux compagnon de route de Tariq Ramadan. A ce meeting, il a expliqué que la LDH était la seule « à s’occuper de l’islamophobie ».  Ou que lorsque « Valls déclare la guerre à Daesh (…) St denis en paie le prix ». Sic.

Tariq Ramadan

Tariq Ramadan a poursuivi  à la tribune en congratulant Alain Gresh qui a « très bien présenté le lien avec la politique étrangère et les attentats ».

Il a ajouté qu’on ne « doit pas interdire ni criminaliser le salafisme ni les lectures littéralistes, car en plus on traite avec les Rois de ces lectures à l’international » et qu' »il faut discuter de la lecture religieuse » mais ne pas faire l’amalgame « entre lecture littéraliste et attentats ».

D’après Tariq Ramadan, les attentats du 13 novembre sont « un prétexte pour déclarer la guerre à la Syrie », guerre qui aurait été « préparée par la France bien avant ».

Mais bien sûr, « des forces pro-israéliennes et sionistes en France ne veulent pas de son discours et provoquent des déstabilisations ». Et de rajouter, qu' »on connaît les sources d’islamophobie, on sait d’où ça vient… Elles sont liées à des associations pro-sionistes mais on a pas le droit de le dire ».

Tariq Ramadan a ensuite évoqué le cas de l’imam Kattabi, assigné à résidence. Seul imam proche des Frères musulmans à être inquiété, il a tout de même expliqué soutenir les jihadistes (qu’il appelle « moudjahidines ») où qu’ils se trouvent. L’imam a également déclaré : « de nos jours, notre société et l’éducation incitent à la fornication ». Il a lancé des campagne de haine contre Mohamed Sifaoui et aurait, selon le Fisc, un petit problème de mémoire avec ses  déclarations.

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Tariq Ramadan en appelle aux militants dans la salle : après avoir créé des associations contre l’islamophobie, il faut maintenant « passer à la deuxième étape », et « être beaucoup plus offensif en France et à l’international ».

Et de terminer par une diatribe contre la laïcité. « Arrêtez avec cette laïcité a toutes les sauces !! Il y en a marre !!! Unité de la république, laïcité, viande hallal, foulard, journée de la laïcité… c’est quel désordre ça ? On est où ? C’est de la distraction !!! »

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Marwan Muhammad

Prenant la suite, l’ancien patron du CCIF, devenu conseiller OSCE et donc diplomate, a dédié la soirée à Caroline Fourest et Eugénie Bastié. Il a plaisanté en disant avoir déclaré vivre chez Caroline Fourest pour qu’elle soit perquisitionnée… Ce qui est effectivement assez drôle puisqu’il y a certainement plus de documents à charge contre Marwan Muhammad au domicile de Caroline Fourest que chez lui.

Et de poursuivre : « Valls a une fracture du cerveau car il ne veut pas comprendre les excuses sociologiques des terroristes ». Ou encore : « On nous a vendu la république, alors maintenant on en veut pour notre argent ».

Sihame Assbague

Toujours à la tribune, Sihame Assbague a appelé à ne pas voter pour la gauche: « Pas de justice, pas de voix »

Un moment surprenant a eu lieu. Au moment de partir, Tariq Ramadan n’a pas pris la peine de saluer Houria Bouteldja. Très peinée, la leader du PIR s’en est émue auprès de Sihame Assbague. Houria Bouteldja serait-elle devenue si repoussoir qu’elle ne lui est plus d’aucune utilité ou est-ce plus personnel ?

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La responsabilité de la Mairie de Saint Denis

La Mairie de St Denis avait déjà été mise en cause dans le meeting contre les #JesuisCharlie organisé après les attentats de janvier. Presque 200 personnes, les mêmes réseaux, se sont réunies ce 11 décembre dans la salle prêtée par la même Mairie de St Denis. Elle a d’ailleurs été remerciée à la tribune par Sihame Assbague pour la salle et le local. Quel local !?

Un élu y est également intervenu. Il s’agit de Madjid Messaoudene, élu de gauche connu pour ses diatribes contre la gauche, les laïques (surtout arabes) et son soutien à Tariq Ramadan.

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A la tribune, il a expliqué que Saint Denis a été touchée trois fois. Le 13 nov, le 18 nov (avec une intervention policière « qui a choqué les habitants »), puis avec les « attaques à l’encontre de St denis »… Il parle des perquisitions ! Pour Madjid Messaoudene, un attentat faisant 130 morts est donc visiblement équivalent à une action anti-terroriste pour prévenir un autre attentat.

Depuis de nombreuses années, des citoyens de Seine Saint Denis alertent contre la politique de communautarisme venant de la mairie. (voir ici le documentaire de Caroline Fourest sur la laïcité qui leur donne la parole).

C’est le cas de Fewzi Benhabib, universitaire algérien menacé de mort dans son pays et qui a choisi la France, il y a plus de 20 ans, à cause des islamistes. Après les attentats de Saint Denis, il a écrit une tribune dans laquelle il remet les pendules à l’heure (voir ici). La ville de Saint Denis n’a plus rien a voir avec ce qu’elle était quand il est arrivé, et « la patrie des droits de l’homme regarde ailleurs ». Et y décrit un salon de coiffure réservé aux femmes qui s’appelle « Mixte Coiffure« . Pourquoi mixte? Parce qu’au fond du salon, il y a une salle spéciale pour les femmes voilées.

Plusieurs protestations ont eu lieu contre ce meeting de la honte

• La pétition du mouvement REVE.

Et de nombreux tweets…

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• Un article de Causeur.

• Un article du Figaro.

• Des questions concernant le soutien d’Ensemble de Clémentine Autain qui ont été balayée pour « islamophobie ».

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Fiammetta Venner, Carla Parisi