Faut-il interdire l’UOIF et Pegida ?

Comment réagir face à deux mouvements radicaux se jouant de la démocratie pour contrer ses principes? C’est une question aussi brûlante que délicate.

Ce week-end du 6 février 2016 se tenait, d’un côté à Lille, une rencontre intégriste sous la bannière de l’UOIF. De l’autre, des manifestations racistes, à Calais et dans d’autres villes d’Europe, sous la bannière de Pegida. Deux visages de la radicalité, de l’incitation à la haine, mais qui ne représentent pas exactement les mêmes défis, au regard de la loi et de l’opinion publique.

Dans le cas de Pegida, nous ne sommes pas seulement, comme l’écrivent de nombreux journalistes, face à un mouvement « islamophobe » (littéralement peur de l’Islam). Nous sommes face à un mouvement raciste et xénophobe, anti-migrants et anti-musulmans. Ce qui est bien plus grave.

À Dresde, où le mouvement a été fondé, Pegida a rassemblé 5000 personnes. En France, il séduit beaucoup moins, très peu de troupes même, au vu du contexte. Essentiellement celles que l’on a vu à l’œuvre lors de « l’Apéro saucisson pinard » contre les prières de rue: l’écrivain Renaud Camus, les Identitaires et leurs alliés anti-musulmans de Riposte laïque.

Ils étaient moins de 200 à Montpellier, où la manifestation était autorisée, et beaucoup moins à Calais, où la manifestation était interdite pour risque de « trouble à l’ordre public ». Notamment par crainte de confrontations avec les réfugiés ou des opposants. Pegida ayant bravé l’interdit, plusieurs de ses militants, dont un général à la retraite, ont fini au poste. Bien sûr, la fachosphère crie au scandale. Et même au « deux poids, deux mesures ».

L’UOIF contraint de faire profil bas

Car pendant ce temps, à Lille, la Rencontre annuelle des Musulmans du Nord de L’UOIF (l’Union des organisations islamiques de France) a pu se tenir, mais sans ses invités les plus sulfureux…

Les prédicateurs les plus extrémistes, ceux incitant au meurtre des apostats, des homosexuels, à la haine des juifs, ou ceux critiquant la coalition contre Daech, ont été décommandés… Par les organisateurs, mais sur pression du ministère de l’Intérieur. Bernard Cazeneuve a prévenu qu’il ferait poursuivre le moindre propos sortant du cadre de la liberté d’expression. Pour le reste, le Congrès a bien eu lieu. Car contrairement à ce que l’on peut penser, l’Etat d’urgence ne permet pas d’interdire un rassemblement, fût-il radical. Surtout lorsqu’il se tient dans un cadre privé, sans risque de trouble à l’ordre public, et non, comme Pegida, sur la voie publique.

Ce qui ne doit pas empêcher ni la vigilance, ni d’en débattre. L’alerte est venue de Mohamed Louizi. Un homme qui connaît bien ces rencontres du Nord puisqu’il a milité à l’UOIF, avec les frères musulmans de Lille, pendant des années. Il faut absolument lire son livre, Pourquoi j’ai quitté les frères musulmans, paru récemment aux éditions Michalon. Il démontre, avec une extrême précision, textes et vécu à l’appui, ce que nous sommes quelques-uns à dénoncer depuis des années. À savoir qu’il existe un double discours structurel, pensé et théorisé, au sein de cette confrérie militante très particulière que sont les Frères musulmans. Ceux que l’on appelle parfois les trotskistes de l’islam. Capables de dénoncer les attentats et l’Etat islamique côté face (les Frères musulmans et Daech se détestent et n’ont pas du tout la même vision de comment cheminer vers un Etat islamique). Tout en initiant une génération à l’islam le plus radical côté pile.

Le double discours structurel des Frères musulmans

Certains passages du livre de Mohamed Louizi sont franchement ravageurs pour l’UOIF et pour Amar Lasfar, l’homme qui représente La Ligue islamique du Nord et la mouvance frériste dans la région.

Il raconte par exemple la cérémonie où l’auteur a prêté secrètement allégeance aux Frères en sa présence. Un modèle d’obéissance absolue, qui, une fois que l’on intègre les préceptes d’Hassan Al Banna, le fondateur égyptien des Frères, n’exclut plus de passer au jihad armé si une société résiste au projet de radicalisation, culturelle et politique, menée patiemment par le mouvement, ses associations et ses écoles.

Un projet qui avance grâce à la complaisance d’élus locaux, comme à Marseille, Bordeaux ou Lille. Mais aussi bien sûr, grâce au soutien national apporté par Nicolas Sarkozy, lorsqu’il a institutionnalisé l’UOIF au sein du Conseil français du culte musulman.

Les attentats de 2015 vont peut-être changer la donne. C’est en tout cas sous la gauche, pour la première fois, que le ministère de l’Intérieur hausse le ton vis-a-vis de l’UOIF.

Est-il possible ou souhaitable de faire plus?

Aux Emirats Arabes Unis, l’UOIF est considérée officiellement comme organisation terroriste. La démocratie française, elle, doit convaincre l’opinion publique avant d’interdire une organisation. C’est plus facile à faire avec les groupes d’extrême droite comme Jeunesses nationalistes, dissout il y a trois ans au titre de la loi votée contre les Ligues après le 6 février 1934. Ce serait beaucoup plus difficile avec l’UOIF, qui dissimule ses objectifs et laisse la radicalité ouvertement physique à d’autres. Avec un double risque.

Si la République interdit trop, elle trahit la démocratie et donc elle-même. Si elle se laisse piétiner, elle laisse le champ libre à ceux qui, ne croyant plus à la force de la loi, finiront par répondre à la haine par la haine.

Caroline Fourest

POURQUOI JE VOTERAI NI-NI AU SECOND TOUR DES ÉLECTIONS RÉGIONALES EN NORD-PICARDIE

Pourquoi je voterai ni-ni au second tour des élections régionales en Nord-Picardie

10.12.2015 Mohamed Louizi

Ni Le Pen, ni Bertrand. Bertrand est le soutien des Frères Musulmans de l’UOIF. Quant au FN, il n’est que le reflet des islamistes sur le miroir brisé de la République.Le 13 novembre, des islamistes ont tenté d’assassiner la République. Le 13 décembre, la droite-extrême et l’extrême-droite vont-elles lui porter le coup de grâce ?

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Après les résultats du premier tour des élections de la région Nord-Picardie, « voter FN » ou « voter LR », au second tout, fera le jeu du communautarisme mené par l’UOIF d’Amar Lasfar. En effet, une victoire de Xavier Bertrand renforcera, matériellement, la « qatarisation » islamiste de la région. Xavier Bertrand, l’ami des Frères musulmans de Lille, comptant sur le dit « vote musulman », leur garantirait, entre autres, les moyens de la région, pour prospérer et continuer à endoctriner la jeunesse musulmane, en particulier au Lycée Averroès. Une victoire de Marine Le Pen pourrait, certes, menacer des ressources et des aides matérielles qu’assurerait la région aux établissements scolaires islamistes et mettrait, de fait, l’UOIF hors-jeu politicien durant six ans.

Cette situation de frustration pour les « frères » leur permettra de continuer à crier à l’islamophobie, d’actionner le levier de la victimisation, qu’ils maîtrisent parfaitement, et de gonfler davantage les rangs de la pleurniche islamiste et communautariste. Dans les deux cas, quel que soit le résultat des élections le dimanche prochain, le FN et l’islamisme sortiraient renforcés. Obscurité sur obscurité. La République perd le Nord !

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Par ailleurs, entre l’actuel LR, tel qu’il est conduit par Sarkozy, et le FN, il n’y a que très peu de différences. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Xavier Bertrand en sait quelques choses (lire : iciiciiciici et ici). Nicolas Sarkozy, le maître des LR, et de Xavier Bertrand au passage, a dit : « le vote FN n’est pas immoral ». Ainsi, ceux qui voteront Xavier Bertrand, investi officiellement par le parti de Sarkozy, pour des considérations dites « morales », ils apprécieront l’hommage sarkozyste rendu à Marine Le Pen, à la veille du second tour. En réaction à la déclaration de son chef, Xavier Bertrand n’a pas clarifié sa position « pour » ou « contre » le propos de Nicolas Sarkozy. Il a juste lâché, en étant visiblement très agacé du timing mal choisi : « Mais, attendez quelques jours ! » a-t-il suggéré aux responsables LR chassant toujours sur le terrain du FN. Ceux, parmi ladite communauté musulmane, qui sont mobilisés par des islamistes, dans les rangs de la prière, pour assurer et pérenniser leurs intérêts locaux, se réveilleraient dès le lundi 14 décembre, si « Bertrand » est élu, avec un autre discours droitier de « Xavier » !

Au-delà des islamistes, éternels abonnés de l’incohérence et de l’opportunisme barbu et voilé, un coup à gauche, un coup à droite, l’on ne pourrait que constater d’autres incohérences insolites. Lorsque l’on rencontre dans un marché à Lille un militant EELV et un militant CPNT, bras dessus, bras dessous, en train de distribuer « joyeusement » les tracts de Xavier Bertrand, l’on ne pourrait que s’interroger sur le sens même de la cohérence et de la crédibilité en démocratie. Si une biche apprend la nouvelle, elle va certainement voter pour une louve. Et ce « n’est pas immoral » dixit Sarkozy.

Par ailleurs, voter Xavier Bertrand, c’est oublier le discours « républicain » de Grenoble de Nicolas Sarkozy. Son discours de Dakar. C’est oublier la proposition de Xavier Bertrand, au Touquet, de fusionner la Justice et l’Intérieur, en créant le ministère de l’autorité. Dans un article sur Mediapart (ici), Hubert Huertas dit : « Bertrand veut en finir avec la séparation des pouvoirs théorisée par Montesquieu ». Dès le lundi 14 décembre 2015, les idées FN seront défendues par le FN traditionnel mais aussi par un parti LR, poursuivant sa mutation ultra droitière. Au lieu d’un seul FN, pauvre République en sera dotée de deux. Ceux qui voteront LR au deuxième tour, en pensant devoir et pouvoir contrer le FN, seront dupés, comme d’habitude, et se mordront les doigts.

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Comme au premier tour, bien que je sois tenté par l’abstention, j’irai voter, pour entretenir ce qui reste des ruines de notre démocratie souffrante, traversant hélas un épisode de très faible intensité, tel un hiver brumeux qui ne connaît pas de fin. Aller voter, c’est aussi ma manière d’exprimer un attachement à ce moment symbolique. Celui de glisser un bulletin dans l’urne : Un ni-ni. Un non-choix. Un désir. Une contestation. Une déception. Mais un espoir. Ce non-choix, même symbolique et souvent sans conséquences, car pas comptabilisé, ma citoyenneté me le permet. Des anciens ont lutté pour qu’il soit permis et protégé. Que ce jour soit un moment pour s’en rappeler et s’en souvenir. Oui, j’irai voter pour la mémoire. J’irai mettre dans l’urne mon vote ni-ni pour l’espoir. Ni Marine Le Pen, ni Xavier Bertrand. Bertrand est le soutien des Frères Musulmans de l’UOIF. Quant au FN, il n’est que le reflet des islamistes sur le miroir brisé de la République :

Le 13 novembre, des islamistes ont tenté d’assassiner la République. Le 13 décembre, la droite-extrême et l’extrême-droite vont-elles lui porter le coup de grâce ?

Mohamed Louizi

L’ÉGYPTIEN AL SISSI MENACÉ DE TURBULENCES

L’Égyptien Al Sissi menacé de turbulences

30.11.2015 Antoine Sfeir

Pour Antoine Sfeir, analyste du monde arabe, le maréchal Al-Sissi a bénéficié jusque-là d’une période de grâce auprès d’une population qui attend aujourd’hui des résultats sur le terrain.
Les faits – Les enquêteurs qui mènent les investigations sur l’accident d’un Airbus russe le 31 octobre dernier dans le Sinaï sont «sûrs à 90%» qu’un bruit enregistré par les boîtes noires de l’appareil correspond à l’explosion d’une bombe, selon un membre du comité d’enquête cité par l’agence Reuters. Jusque-là, les Egyptiens estimaient qu’il était trop tôt pour en tirer des conclusions, alors que la thèse d’un attentat à la bombe est évoquée depuis plusieurs jours par les services secrets américains et britanniques.

Comment expliquez-vous les réticences du Caire à admettre qu’une bombe a sans doute été à l’origine du crash d’un avion russe dans le Sinaï ? 

Parce que si c’est un attentat, c’est une catastrophe pour l’Egypte ! Le tourisme est une des quatre mamelles du pays avec le pétrole, l’argent des expatriés et le canal de Suez. Cela représente une manne d’une dizaine de milliards de dollars par an. Le secteur était déjà tombé au plus bas, proche de zéro. Seuls résistaient les côtes de la Mer Rouge et Charm el-Cheikh où affluaient encore les touristes israéliens, britanniques, allemands et russes. Et si aujourd’hui cette source se tarit, ce sera une perte sèche pour l’Egypte.

Pourquoi l’Egypte semble-t-elle avoir du mal à contrôler la situation dans le Sinaï ?

Le Sinaï représente un problème pour Le Caire car il était prévu jusque-là dans les accords de paix conclus en 1979 avec Israël, que la région soit démilitarisée avec l’interdiction de la présence d’armes lourdes. Il semble que les Israéliens aient donné leur accord, il y a quelque temps, pour que l’armée égyptienne investisse ce territoire, devenu une zone de non-droit échappant à toute autorité de l’Etat, avec ses bédouins rackettant les Ethiopiens, les Erythréens et trempant dans tous les trafics possibles et inimaginables… Maintenant, cette reprise en main n’a commencé que depuis peu et elle se fait dans les pires conditions avec cette attaque contre les touristes.

Quel est l’intérêt de l’Etat islamique à s’attaquer à l’Egypte et existe-t-il un lien avec les Frères musulmans chassés du pouvoir en juillet 2013 par l’armée ?

L’Egypte est une cible toute désignée. N’oublions pas que c’est le plus grand et le plus peuplé des pays arabes et tout le défi de l’armée égyptienne est d’empêcher l’Etat islamique de s’installer dans le Sinaï. Et notamment que les Frères musulmans, fortement réprimés dans l’ensemble du pays, n’y trouvent refuge pour s’y regrouper. On estime aujourd’hui leur nombre entre 200 et 250 déjà installés. Ils chercheraient à être adoubés par l’Etat islamique car ils n’ont pas les moyens militaires et financiers de ce dernier. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, ils ont recours à des attentats. Si la piste de la présence d’une bombe dans l’avion russe est définitivement avérée, il n’a pas dû être très difficile pour eux de bénéficier de la complicité d’un petit employé de l’aéroport, d’un personnel au sol, que cela soit un bagagiste ou autre.

N’était-il pas possible d’imaginer de nouvelles attaques contre Charm el-Cheikh, déjà cible d’une série d’attentats meurtriers par le passé ?

Si. Le problème c’est que l’ancien président Morsi avait commencé à démanteler les services de renseignement égyptiens. Il a fallu que le maréchal al-Sissi reprenne tout à zéro pour reconstituer les fameux Moukhabarat. Ces derniers sont par ailleurs fortement mobilisés, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans les grandes villes d’Egypte et ils ont délaissé, semble-t-il, certains lieux touristiques comme Charm el-Cheikh.

La situation dans le reste du pays est-elle stabilisée ?

Il y a beaucoup moins d’attentats dans les grandes villes et ceux qui ont eu lieu ces derniers temps avaient pour cibles les commissariats ou les casernes. Le travail a été fait. Maintenant, il ne reste plus qu’à reconquérir le Sinaï. Jusque-là, le maréchal Sissi a bénéficié d’une période de grâce mais la population attend aujourd’hui des résultats sur le terrain. Ce qui n’est pas encore le cas. Si la piste d’un attentat est avérée, la période promet d’être difficile pour le Président égyptien. Maintenant, ce n’est pas la première crise que connaît ce pays et il est toujours là.

Le Caire se plaint du manque de coopération de certains pays dans la lutte contre le terrorisme. Le régime du président al-Sissi demeure-t-il toujours marginalisé depuis le coup d’état militaire de juillet 2013 contre le président islamiste Morsi ?

Si les Etats-Unis ont commencé à changer d’attitude, l’Egypte continue d’être boudée par l’Union européenne et les pays occidentaux en général. La France a longtemps considéré le Président Sissi comme un putschiste jusqu’au jour où il a acheté des Rafales. D’un seul coup, il est devenu plus fréquentable ! Il y a un fantasme occidental qui est de vouloir parler d’instauration de la démocratie dans cette région. Elle s’applique difficilement qu’on le veuille ou non à une population issue d’une civilisation clanique, tribale et familiale et qui a besoin d’un chef. L’Egypte reste « fidèle » aux régimes militaires que cela soit avec à sa tête Nasser, Sadate, Moubarak et Sissi aujourd’hui.

Pourquoi la Russie serait-elle visée par un éventuel attentat ?

La Russie a investi dans toute la région. S’autoproclamant le défenseur des chrétiens en Orient, annonce qui a été chaleureusement accueillie par les communautés concernées, Vladimir Poutine a lancé une véritable offensive diplomatique. Pas seulement en Syrie ! Il place ses pions partout. Il reçoit Bachar al-Assad mais parle aussi avec Benjamin Netanyahou. La Russie est en train de jouer le rôle d’une grande puissance au Moyen-Orient.

Antoine Sfeir

Tribune publiée dans L’Opinion, 08/11/15

LE JOURNALISTE SALAMA ATTAALLA AGRESSÉ

Le journaliste Salama Attaalla agressé

07.11.2015 La rédaction

Le journaliste Salama Attaallah qui filmait la Foire musulmane de Bruxelles pour les besoins d’un reportage, a été agressé par un islamiste qui s’est présenté comme responsable à la fondation Al Aqsaa.

Cette violence physique fait suite à une violence verbale et à des menaces proférées par ce même responsable.

Contacté par Ikhwan Info, Salama Attaallah a déclaré : « ce qui m’a fait plus mal, ce n’est pas le coup de poing que j’ai reçu, mais la passivité des organisateurs. Une passivité qui a été jusqu’au dédain. »En 2011, Salama Ataallah, correspondant pour l’antenne arabophone de France 24 dans la bande de Gaza, avait été soutenu par Reporters Sans Frontières suite au harcèlement des services de sécurité du Hamas.

ARRÊT SUR IMAGES CHERCHE À SAUVER CORBYN ET L’ENFONCE

Arrêt sur Images cherche à sauver Corbyn et l’enfonce

16.09.2015 La rédaction

Le site ASI estime que IKHWAN INFO (qu’il ne cite pas) va trop loin en expliquant que Jeremy Corbyn a des bureaux à la Mosquée de Finsbury Park.

En faisant cela, la rédaction du site ASI est persuadée de faire du fact checking.

Est ce que nous nous serions trompés en diffusant cette information ?

Pour vérifier une information plusieurs possibilités s’offraient à nous.

1 – Enquêter localement. C’est ce que nous avons fait. Deux personnes, qui ne se connaissent pas nous ont confirmé avoir été reçues par Corbyn dans la mosquée. Le premier pense avoir été aiguillé vers la mosquée parce qu’identifié par l’équipe de Corbyn comme musulman. Le second est juste un habitant du quartier.

2 – Vérifier la version de la Mosquée de Finsbury Park. Aucun problème. La présence d’un lieu de réception de Jeremy Corbyn y est mentionnée à deux reprises sur le site. Une première fois suite à un incident impliquant une étrange poudre blanche possiblement due à un acte de haine.

On peut le voir ici. Sur la page donc du site de la mosquée.

Voici la partie soulignée en bleu par nous.

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L’existence d’un lieu de réception pour Corbyn apparait une  seconde fois dans la rubrique « about us ».

Cela signifie « a propos de nous ». C’est en général sous cette mention que l’on met les éléments qui concernent les gens qui font partie du site.

Dans cette rubrique, dans le paragraphe « services and facilities » on peut lire la phrase suivante.

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L’activité de Jeremy Corbyn fait partie des bonus offerts par la mosquée un peu comme la piscine ou un terrain de foot. Jeremy Corbyn y entrepose ses affaires et y reçoit. Il y possède des bureaux.

L’équipe d’ASI aurait pu très facilement vérifier ces éléments, en moins de 5 minutes grâce aux liens hypertextes. Tout comme les autres informations que nous avons mis en ligne pour réagir au concert de louanges qui a suivi son élection.

Sur ses voyages à Téhéran, à Gaza. Sur sa collaboration avec une organisation fichée comme terroriste aux Etats-Unis. Sur ses relations avec des négationnistes et des antisémites… Ici 

ASI parle du vieille histoire, qui date au moins d’une décennie. Le 22 août 2015, Jeremy Corbyn devait parler dans un événement hébergé par le Middle East Monitor, un site qui explique « les donateurs israéliens contrôlent Westminster ».

C’était il y a moins d’un mois !

L’équipe d’ASI aurait pu aussi appeler pour vérifier. Avec un téléphone comme celui ci par exemple.

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Mais visiblement ce n’était pas le but de l’opération. L’idée était de faire taire toute critique.

Ikhwan infos est un site de veille et d’information sur les Frères musulmans. Notre but est évidemment la pédagogie mais il nous est techniquement impossible de babysitter toute les personnes qui ont un agenda pour dégommer ceux qui résistent à l’islamisme ni ceux atteint de twitoparkinsonia.

Avec toute la candeur dont je suis capable, je me demande qui sur le site ASI à intérêt à faire oublier que Corbyn travaille avec des Frères musulmans, intervient lors de réunions en hommage à Khomeiny et appelle des membres du Hamas et du Hezbollah ses « amis ».

Si quelqu’un à une idée …

Fiammetta Venner

LES AMIS INTÉGRISTES DE JEREMY CORBYN

Les amis intégristes de Jeremy Corbyn

14.09.2015 Caroline Fourest

Faut-il se réjouir de la victoire de Jeremy Corbyn? La gauche radicale parle de « tremblement de terre ». D’autres y voient, au contraire, un suicide politique.

Tout dépend, en fait, de l’angle sous lequel on regarde Jeremy Corbyn. Vu sous l’angle économique uniquement, celui de la plupart des journaux, sa victoire a de quoi réjouir. Il existe encore une gauche capable de défendre l’Etat-providence en Angleterre.

Le nouveau leader du parti travailliste est fermement opposé aux politiques d’austérité. Il prône même des renationalisations, dans le secteur de l’énergie et des chemins de fer. C’est très rafraîchissant après tant d’années de dérégulations et de privatisations, sous Margaret Thatcher ou Tony Blair.

L’élection de Corbyn peut être vue comme une mise à mort du blairisme. Le signe qu’après Syriza et Podemos, il est possible de rêver d’une Grande-Bretagne qui ne pense pas qu’à torpiller l’Europe politique mais favorise, au contraire, une vraie politique de relance européenne. Ce serait réjouissant si c’était le cas. Mais cette victoire est trompeuse.

L’élection de Jeremy Corbyn ne va pas tuer le blairisme, mais plonger la gauche anglaise dans un très long coma. Car avec lui à la tête des travaillistes, sitôt certaines de ses positions connues du grand public, les conservateurs ont de quoi régner sur le 10 Downing street pour de très longues années.

Soutien aux victimes de l’anti… terrorisme

Les conservateurs se frottent déjà les mains à l’idée de l’affronter, tellement l’homme a accumulé les prises de positions douteuses au fil des années. Il n’est pas question de ses positions économiques.

Cette politique alternative ambitieuse, à contre-courant de beaucoup d’Anglais, mérite d’être débattue et défendue. Il est question de ses prises de positions en matière de politique internationale, de liberté d’expression ou de terrorisme. Des sujets parfois minorés dans le commentaire politique, et pourtant pas vraiment mineurs.

Des associations s’inquiètent par exemple des fréquentations complotistes et antisémites de Corbyn. Il y a ceux qu’il appelle « ses amis »: des cadres du Hamas et du Hezbollah, avec qui il partage de nombreuses tribunes en expliquant que c’est un plaisir et un honneur.

L’entourage de Corbyn le défend en expliquant qu’il ne connaissait pas les convictions négationnistes de deux de plusieurs de ses amis et qu’il appelle tout le monde « ses amis ».

C’est pourtant bien chez ses amis de la Mosquée de Finsbury, l’une des plus radicales d’Europe, reprise tout récemment aux djihadistes par les Frères musulmans, que Jérémy Corbyn a des bureaux… Un « endroit merveilleux » à l’entendre.

Il soutient aussi l’association CAGE, créée par des islamistes pour soutenir les victimes de l’antiterrorisme. Oui, vous avez bien entendu les victimes de l’anti-terrorisme et non du terrorisme. Question de priorité.

La gauche « inclusive » avec les extrémistes

Toujours au chapitre des positions douteuses, Corbyn donne volontiers des interviews à la télévision iranienne et à Russia Today, la chaîne de propagande du régime russe, celle qu’il préfère. Il l’a même décrite comme la chaîne la plus « objective » du paysage audiovisuel. Ce qui en dit long sur sa vision du monde.

En 2006, il manifestait contre la publication des dessins sur Mahomet. En compagnie d’intégristes anglais et à côté de qui nos islamistes à nous ont l’air de soixante-huitards débridés. À part ça, il est tout à fait désolé pour ce qui s’est passé le 7 janvier.

En résumé, Jérémy Corbyn est un pur produit de cette gauche radicale flirtant avec les pires extrémistes de la planète par esprit rebelle ou anti-américanisme primaire.

Sa priorité est moins de réduire les inégalités que de prôner une politique multiculturaliste « inclusive ». Une expression séduisante qu’il faut traduire par l’adhésion au modèle communautariste anglo-saxon, si favorable à la mise en concurrence des communautés aux dérogations intégristes, au détriment de l’égalité-hommes-femmes ou de la laïcité.

Il est assez effarant de se dire que pareilles casseroles ne lui ont pas nui au moment de son élection à la tête des travaillistes. Mais une chose est certaine: cela sera rappelé et fatal aux yeux de l’opinion anglaise lors d’une élection nationale.

Jeremy Corbyn n’a aucune chance de convaincre un large public 

Si la gauche travailliste voulait rester dans l’opposition, elle ne pouvait mieux choisir. Pour certains de ses sympathisants, ce n’est d’ailleurs pas si grave. Quand on est gauchiste dans l’âme et non progressiste, le but n’est pas de convaincre le plus grand nombre d’adhérer au progrès, mais d’avoir raison, seul contre tous, et de pouvoir ainsi conserver sa pureté.

Dans ce domaine, ceux qui défendent une gauche radicale alliée aux intégristes et aux tyrans au niveau international peuvent être tout à fait rassurés. Tant qu’ils seront incapables de proposer une alternative économique sans se défaire de cette forme d’indulgence voire d’aveuglement envers les intégristes ou les dictateurs, ils ne risquent pas de se salir les mains en gouvernant.

Malgré la crise, et tout ce qui lui souffle dans les voiles, cette gauche radicale-là n’attirera jamais la gauche démocrate. Dans une décennie marquée par le risque d’attentats, elle travaille uniquement à faire monter l’extrême droite, sans avoir aucune chance de peser réellement sur le sort de l’Europe, autrement qu’au bord du gouffre et dans le rôle de l’épouvantail.

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LA TUNISIE, LABORATOIRE DES RELATIONS ENTRE FRÈRES MUSULMANS ET DJIHADISTES

La Tunisie, laboratoire des relations entre Frères Musulmans et Djihadistes. 

31.08.2015 Hala Abdennour

L’Islam politique en général et l’idéologie des Frères Musulmans en particulier peut mener au terrorisme. Il existe de nombreux exemples de connivences entre les Frères musulmans et les djihadistes, et la Tunisie apparaît comme un laboratoire de ces relations.

Quatre dates sont à retenir :

1. A peine arrivé au pouvoir, Mohammad Ghannouchi amnistie les prisonniers politiques y compris Seif Allah Ben Hassine (alias Abu Iyadh) condamné pour activités terroristes. Ce dernier va immédiatement fonder Ansar Al Charia*

2. Son mouvement est non seulement toléré par le gouvernement dirigé par Ennahdha (24/12/2011-13/3/2013) mais plusieurs membres du parti assistent à ses meetings, Seif Allah Ben Hassine prêche librement dans les mosquées et son organisation multiplie les actions « humanitaires » dans tout le pays.

3. Après l’assaut contre l’ambassade américaine, les assassinats de Chokri Belaïd et plus tard de Mohammed Brahmi deux figures de l’opposition laïques, Ansar Al Charia continue ses activités en Tunisie.

4. Environ un mois après le dernier assassinat, les preuves de l’implication d’Ansar Al Charia sont apportées, l’organisation est désignée comme terroriste et interdite.

Fallait-il attendre aussi longtemps pour le savoir alors que Ben Hassine était connu comme un des principaux lieutenants d’Oussama Ben Laden ? Le gouvernement d’Ennahdha ne savait-il pas que cette organisation est dirigée par un extrémiste qui prône la violence ?

Fallait-il attendre que Ben Hassine ait recruté et entrainé nombre de jeunes tunisiens qui commettront d’autres attentats au Bardo ou à Sousse, avant de le neutraliser, comme l’explique Richard Spencer du Telegraph qui pose la question des relations troubles entre Ennahdha et Ansar Al Charia ?

Faut-il faire confiance à Ennahdha et à son leader Rached Ghannouchi qui séduit encore une partie de l’intelligentsia occidentale alors qu’il a été pris en flagrant délit de double langage ne serait-ce que dans cette vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux et dans les plus grands médias tunisiens et français** ?

Encore cette semaine, le 25 août, Rached Ghannouchi a réclamé que la Tunisie accueille les djihadistes revenus de Syrie. Il a déclaré au journal « Ettounsiya », que la clémence pour les terroristes rentrés de Syrie leur permettra de se défaire des idées noires et obscures qu’ils ont adopté par ignorance et inconscience.

Aujourd’hui, Rached Ghannouchi déclare que son parti est seul capable de contrer les djihadistes parce que selon lui, il sait faire la différence entre les extrémistes et les musulmans modérés. Or Ennahdha n’est pas modéré, c’est un parti extrémiste qui vise à terme à instaurer un état islamique et à appliquer la sharia.

Ce sont les vrais musulmans modérés qui estiment que la religion est une affaire personnelle et ne doit pas être instrumentalisée par la politique qui sauront mieux que quiconque contrer les extrémismes grâce à un islam tolérant.

Oui, on peut dire que le principal rempart contre la violence islamiste est un islam non politique, c’est-a-dire le contraire du mouvement des Frères Musulmans.

Hala Abdennour

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CRIMINALISER LE SALAFISME ET INTERDIRE LES ORGANISATIONS LIÉES AUX FRÈRES MUSULMANS

Criminaliser le salafisme et interdire les organisations liées aux Frères musulmans

06.07.2015 Mohamed Sifaoui

La communauté internationale et singulièrement les grandes démocraties, font preuve d’incohérence et manquent cruellement de courage dans le cadre de la lutte idéologique qui les oppose aux tenants du totalitarisme islamiste.

Depuis plusieurs années, je plaide, malgré les cris d’orfraies, à la criminalisation de l’idéologie salafiste et à l’interdiction pure et simple des organisations s’inspirant de la pensée des Frères musulmans. Ce double objectif devrait être celui de tout démocrate, attaché à la laïcité, qui aspire à vivre au sein d’une société apaisée où la violence et le terrorisme seraient bannis. Ce double objectif permettra de préserver, par ailleurs, l’ordre républicain et de garantir une compatibilité de l’islam avec la République. Car, disons les choses clairement, si aujourd’hui, à certains égards, l’islam pose problème, c’est parce qu’il n’est pas représenté pas une spiritualité, un culte ou une culture, mais parce qu’il est largement phagocyté par deux idéologies nihilistes : celle des salafistes et celle des Frères musulmans. En d’autres termes, si la majorité des musulmans est apaisée et n’aspire qu’à vivre dans la quiétude, les courants, associations et organisations visibles et actifs sont dominés par les deux idéologies en question.

La criminalisation du salafisme et l’interdiction des organisations liées aux frères musulmans sont confortées par des arguments qui s’articuleraient autour de trois raisons objectives.

Pour des questions politiques d’abord. Ces deux idéologies, nous le voyons tous les jours, représentent un danger pour la cohésion d’une société. Elles la clivent et la segmentent y compris en usant de violence. Si la démarche des salafistes peut-être constatée au quotidien, les visées non avouées des Frères musulmans doivent, elles, être décryptées. Quoi qu’il en soit, les uns et les autres veulent provoquer la rupture du lien social. Pour se convaincre de leur nocivité, il suffit d’observer leurs agissements et leur comportement dans les pays dits « musulmans ». Ils sont souvent à l’origine du désordre et du chaos même lorsqu’ils font face à des régimes détestables.

Pour des questions idéologiques ensuite. Ces deux courants sunnites (on pourrait dire la même chose des intégristes chiites) sont des pensées totalitaires – à certains égards fascisantes – incompatibles avec la lettre et l’esprit du corpus démocratique qu’elles cherchent à anéantir et à réduire en cendres. Un simple examen froid et critique des textes salafistes ou fréristes permettrait de faire ce constat. Que le groupe islamiste ait pour nom le Hamas (Frères musulmans) à Gaza ou Daech (salafistes) à Raqaa, que l’ennemi ait pour nom Israël, l’Amérique ou la France, la barbarie qui s’exerce à l’endroit de leurs propres coreligionnaires suffit à illustrer le caractère fasciste et nihiliste de ces idéologies.

Pour des questions juridiques enfin. Ces deux idéologies sont criminogènes. Au mieux, elles impliquent, là où elles sont fortement représentées, un risque de trouble à l’ordre public. Et de ce point de vue, il serait naïf de constater le caractère violent du salafisme et des Frères musulmans à travers les seules manifestations terroristes. La violence est consubstantielle à l’un et aux autres. Violence à l’égard des minorités religieuses, spirituelles, sexuelles, philosophiques. Violence par le verbe, par l’épée et par le texte, mais aussi violence par l’humiliation, par le regard, par le comportement et violence enfin par la diabolisation, l’excommunication ou le rejet de la « différence » réelle ou supposée. Les deux pensées sont, de manière assumée ou dissimulée, antisémites, homophobes, misogynes, apologétiques de la violence et de la haine dans leurs textes et dans les discours de la plupart de leurs représentants.

Écrire ce qui précède pourrait susciter le scepticisme. De belles âmes pourraient trouver que ce serait là une démarche excessive, un propos extrême et une attitude intolérante. Je suis prêt à entendre de telles critiques à condition que l’on m’explique comment devrait-on gérer les dogmes qui structurent les deux pensées en question.

Sait-on au moins ce que celles-ci pensent du projet de société que nous défendons ?

Quelques petits rappels :

S’agissant de la démocratie, les Frères musulmans ont toujours rejeté cette valeur que ce soit à travers la voix de leur fondateur Hassan el Banna ou à travers des figures du mouvement comme Sayed Qutb ou, au Pakistan, Al Mawdoudi. Les uns et les autres estiment que la souveraineté doit être détenue par Dieu, et non par le peuple. Les islamistes estiment que toutes les lois nécessaires à la gestion de la cité existent dans le corpus islamique à travers le Coran et la Sunna (la tradition du Prophète). Les quelques « évolutions » qui ont été consenties par la Confrérie ont accepté l’idée d’une sorte de démocratie qui soit contrôlée et assujettie à la loi religieuse, la charia. Pour la Confrérie intégriste, la prépondérance de la législation islamique sur l’ensemble des lois « inventées par l’homme » est une question non négociable. De ce point de vue, pour s’en convaincre, il suffit de lire ou de relire le mot d’ordre de la Confrérie : « Dieu est notre objectif. Le Prophète Mahomet est notre chef. Le Coran est notre loi. Le djihad est notre voie ».

Les salafistes, eux, sont plus explicites. Ils ont ce mérite d’être moins hypocrites que les Frères musulmans et moins dissimulateurs. Pour eux, le rejet de la démocratie est clair et sans ambages. L’un de leurs leaders spirituels contemporains, le jordanien Abou Mohamed El Maqdissi, écrivait au cours des années 2000, un texte intitulé La démocratie est une religion dans lequel il qualifiait la démocratie de « religion autre que la religion d’Allah ». Elle y est décrite comme « une religion mécréante innovée dont les partisans sont soient des seigneurs législateurs ou des suiveurs qui les adorent ».

Un autre idéologue, le cheikh Mouqbil, un yéménite formé en Arabie saoudite, affirmait dans l’un de ses prêches : « La démocratie est une mécréance. Nous n’avons pas besoin de la démocratie. Qu’implique t-elle ? Le fait de donner au peuple l’occasion de se gouverner par lui même. C’est à dire sans Livre (Coran) et sans Sunna (Tradition du Prophète). La démocratie vote en faveur de la pornographie, ils ont voté dans certains pays mécréants qu’il est autorisé à un homme d’en épouser un autre. La démocratie n’est qu’ignominie. Elle met sur un même pied d’égalité le pieux et le pervers ». On ne peut pas être plus clair.

S’agissant de la laïcité, pour connaître l’avis des Frères musulmans, il suffit de lire Hassan el Banna ou d’écouter attentivement Tariq Ramadan, son petit-fils et néanmoins représentant médiatique de sa pensée. Le fondateur de la Confrérie extrémiste affirmait : « l’islam est foi et culte, patrie et citoyenneté, religion et État, spiritualité et action, Livre et sabre… ». Ce mot d’ordre est repris de nos jours par Tariq Ramadan qui le résume d’une phrase : « l’islam est un englobant ». Donc, point de séparation entre le temporel et le spirituel pour les tenants de cette pensée intégriste dont les promoteurs savent se draper généralement derrière les habits et le langage de la modernité.

Même vision pour les salafistes. Un exemple pour illustrer la position de ces derniers à l’égard de la laïcité : un texte rédigé par un idéologue algérien, Mohamed Ferkous. Il écrit : « la laïcité est une idéologie mondaine qui vise à isoler l’influence de la religion sur la vie » avant de conclure: « la religion et le pouvoir sont inséparables, et ce, depuis le jour où s’est composée pour la première fois la société musulmane… L’Islam ne tolère pas l’athéisme et ne reconnaît pas de liberté de combattre la religion d’Allah et ses préceptes. Il refuse que le principe de liberté permette l’éviction de l’éducation religieuse et des valeurs éthiques ».

Aussi, si le salafisme et la pensée des Frères musulmans ne reconnaissent pas deux des principales valeurs universelles, qu’en est-il des autres principes ? Les droits de la femme par exemple ?

A ce sujet, l’une des plus grandes références du salafisme, le cheikh Otheimine, une figure du wahhabisme saoudien, estime, dans ses recommandations, que « les femmes musulmanes ne doivent quitter leur domicile qu’avec l’autorisation du mari ou du tuteur ». Il précise même très sérieusement que « La femme est libre chez elle, elle se rend dans toutes les pièces de la maison et travaille en accomplissant les tâches ménagères ». Et de prévenir : « Que ces femmes craignent Allah et délaissent les propagandes occidentales corruptrices ! »

Il serait faux de croire que les adeptes des Frères musulmans seraient éloignés de cette vision. Très récemment, en 2013, la Confrérie annonçait en Égypte, qu’accorder trop de droits aux femmes et en faire les égales des hommes conduirait à « la destruction totale de la société ». Pour s’en convaincre davantage, il suffit de relire les « conseils » de Youssouf al Qaradhaoui le chef spirituel de l’UOIF, l’organisation prosélyte qui défend en France la pensée frériste, et de toutes les associations qui se reconnaissent dans l’idéologie des Frères musulmans. Dans son livre Le licite et l’illicite en islam, al Qaradhaoui écrit que le mari, s’il fait face à une épouse « rebelle », peut « la corriger avec la main tout en évitant de la frapper durement et en épargnant son visage. Ce remède est efficace avec certaines femmes, dans des circonstances particulières et dans une mesure déterminée… »

Je mets au défi qui le souhaite de me dire quel article de la Déclaration universelle des Droits de l’homme serait respecté par le salafisme ou par la pensée des Frères musulmans. En vérité, aucun.

Il n’y a pas un seul principe fondamental qui soit compatible avec les idées islamistes. C’est là, la triste réalité. Et ce que pourraient dire certains de leurs représentants – notamment ceux des Frères musulmans – ne serait que balivernes. Les salafistes, eux, au moins assument publiquement leur rejet de la modernité et des valeurs universelles. Ces derniers assument y compris la rupture qu’ils doivent opérer avec une société, non régie par les principes salafistes.

En commentant le dogme de « l’alliance et du désaveu », le cheikh Fawzen, l’un des ténors du salafisme assure qu’il est « interdit de tenter de ressembler aux mécréants » et ce, « qu’il s’agisse de coutumes, d’adorations, d’allures ou de comportements ». Pire, il recommande de ne pas « secourir » les mécréants ni « faire leur éloge ou les défendre » et « ne pas exalter leur culture ou leur civilisation ». Comprendre qu’il est même interdit pour eux de dire ou d’écrire que la démocratie est une formidable valeur. Ceci annulerait l’islam selon cet idéologue.

Par conséquent, au moment où doit s’ouvrir au ministère de l’Intérieur une réunion de la nouvelle « instance de dialogue avec l’islam de France », ce qui précède et qui est loin d’être exhaustif doit nous amener à sortir collectivement de cette léthargie qui s’installe dès qu’il est question d’islamisme. Face à ce phénomène, il faut puiser une réponse ferme dans les principes républicains et démocratiques. Et cela est du champ du possible. Il faut défendre cette fermeté républicaine d’autant plus que c’est cette même léthargie, ce même laxisme, cette même peur, ces mêmes complexes, cette quête de la paix sociale au prix de toutes les compromissions, parfois à partir de positions très nobles et fort louables, que des organisations douteuses comme l’UOIF ont pu faire leur prosélytisme en faveur du voile ou que des groupuscules criminels ont pu endoctriner des Merah ou des Kouachi.

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous suffire de quelques palabres organisées sous les crépitements des appareils photo ou sous l’œilleton des caméras nous ne pouvons plus tolérer ces « représentants » de l’islam de France – qui ne servent à rien – militant pour leurs médailles en chocolat.

L’État doit hisser son niveau d’exigence, car il est insupportable de voir une association comme l’UOIF par exemple se jouer de la naïveté républicaine.

Un préalable pourrait être instauré avant d’entamer un dialogue sérieux avec des organisations dite religieuse : la signature d’une charte qui amènerait ces associations à s’engager pour une dénonciation sans conditions de toutes les violences qui s’expriment, en France ou à l’étranger, au nom de l’islam, un rejet de toutes les lectures extrémistes qui valident, directement ou indirectement, le terrorisme et/ou la haine de l’Autre, un strict respect de l’ensemble des principes contenus dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme et notamment ceux relatifs à la liberté de conscience, à la liberté de croire ou de ne pas croire, de changer de religion ou de ne pas en avoir et, dans le cadre des lois de la République, à la liberté d’opinion, d’expression et de création et, d’un autre côté, à une adhésion pleine et totale aux valeurs républicaines et singulièrement au corpus démocratique et laïque ainsi qu’aux droits des femmes, pour ne citer que ces valeurs.

Un non respect de ce smig républicain pourrait, y compris d’un point de vue juridique, justifier une criminalisation de l’idéologie salafiste et une interdiction des organisations et associations se réclamant de la pensée des Frères musulmans.

Mohamed Sifaoui

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TARIQ RAMADAN (OFFICIEL) MENT SUR LES OUIGHOURS

Tariq Ramadan (officiel) ment sur les Ouighours

23.06.2015 La rédaction

Aujourd’hui, les Ouighours connaissent un sort tragique. Une population musulmane en désarroi face aux exactions des Chinois dans l’indifférence internationale totale. Ne pas en parler est une chose, mais en parler en semant le doute sur ses souffrances réelles en est une autre. Un journal électronique Khabar press, sans tendance affichée, vient de publier un article « Scandale, Tariq Ramadan ment aux internautes sur FB » signé Saad dine El Mansouri.

Pour résumer, l’auteur se demande « est-ce que Tariq Ramadan cherche à enflammer les musulmans contre les chinois ? ». L’article traite de la discussion soulevée par les internautes suite à la publication par Tariq Ramadan sur son compte officiel le 22 juillet 2015 d’une image qui ne correspond pas au message qui l’accompagne. Ce post a été visualisé par plus de 27 218 internautes. Malgré les preuves fournies par les fidèles du site, cette photo continue à orner le mur Facebook de Tariq Ramadan (officiel).

N’est pas Tariq Ramadan qui veut. Il faut savoir jouer avec les langues, soutenir l’esprit de fratrie, être docteur et ne pas être Charlie…. Seulement une seule personne peut surpasser Tariq Ramadan. C’est Tariq Ramadan (official) car il y en a plusieurs. Le succès exige une parfaite assiduité aux rendez vous… de l’histoire. Mais comment garder le cap de la vérité quant on est au sommet de la connaissance confuse… pardon infuse ?

Il suffit de vous faire doubler, comme votre discours et de poster sur votre page officielle Facebook un « SCANDALEUX OUTRAGEOUS » « Chinese police forcing Muslims to drink during Ramadan », le traduire par « Police chinoise obligeant les musulmans à boire pendant le Ramadan ». Vous pouvez également afficher une photo qui remontrait à plus de 10 ans selon l’article publié en 2003. La photo peut être puisée dans la bibliothèque des images de la toile. Dès que les mots clés  « chinois » et « torture » sont lancés, un catalogue s’affiche et vous aurez l’embarras du choix. Vous pouvez avoir un chrétien, un bouddhiste, ou un musulman. Les trois en un si vous le souhaitez. Pour vous distinguer dans votre grandeur, orientez votre empathie sur l’une d’elle et affichez-là sans prendre de précautions. Dans votre bonne foi la récompense ne sera que plus grande et le résultat sera immédiat. La portée de votre prêche résonnera, faisant douter les uns et pleurer les ouighours.

Sara Grand

PS : Les souffrances du peuple Ouïgour sont inimaginables et le mensonge de Tariq Ramadan (officiel) est doublement scandaleux.

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LES DENTS DU QATAR

Les dents du Qatar

16.06.2015 Mohamed Louizi

Abdellatif El Korchi, le traducteur du livre « Pour les musulmans », vient de publier un billet de « soutien » à Edwy Plenel, contre ce qu’il considère comme étant une « attaque islamophobe » et une « compagne malfaisante venue des milieux conservateurs » ! C’est bien en ces termes là qu’il présenta, « sans précaution et sans nuance »,  en introduction le billet du directeur de Mediapart : « L’art pour lutter contre l’intégrisme », sur sa page Facebook, le 12 juin 2015 (voir l’image ci-après).

Après une longue hésitation, et pour plus d’éclairage, j’ai décidé donc d’engager ce dernier billet, très cordialement, pour répéter et redire les choses autrement, avec d’autres formulations, d’autres rappels et d’autres faits incontestables. En effet, il va falloir répéter et se répéter. Mon père me disait en arabe, tout le temps, exactement ce que disait, en français, le papa Plenel à son fils Edwy : « L’enseignement, c’est la répétition ». Comme quoi deux papas, parlant deux langues différentes, l’arabe et le français, des deux côtés de la Méditerranée, peuvent dire, avec sagesse, exactement la même chose. Mais lorsque deux fils parlant la même langue, exprimant peut-être les mêmes idées et dans le même pays, n’arrivent plus à s’entendre et à se comprendre, cela devient symptomatique d’une « triste époque » où les principes sont vidés de leur substance et où la fin justifie, hélas, tous les moyens. Un adage marocain ancien, qui rappellera au traducteur quelques souvenirs d’enfance, dit : « A force de répétition, l’âne finit par apprendre ». Répétons-donc !

Dans sa dite « mise au point » (ici) – son seul et unique billet sur Mediapart ! – force est de constater que le traducteur, dans un prolongement presque naturel d’une certaine posture victimaire non assumée, considère les interrogations légitimes exprimées, ici ou là, et qui restent hélas sans aucune réponse convaincante, comme étant l’expression d’un « procès d’inquisition » et un « tourbillon dans une tasse ». Ainsi, il a fait le choix, lui-aussi, d’éteindre les lumières, autour de lui  et autour de sa raison, et de maudire, avec une impuissance manifeste, l’éclat des lumières de ses voisins, celles de ses contradicteurs sur qui il n’hésite pas de coller sur leurs fronts l’étiquette d’islamophobe.

Bizarrement, il semble être quelqu’un d’ouvert d’esprit, de cultivé, de fin et d’intelligent. Nous partageons de nombreuses références littéraires et artistiques arabes comme, par exemple, le grand poète irakien Ahmed Matar, vivant en exil en Angleterre et qui demeure un modèle de constance et de combat pour les libertés contre les tyrans pétrodollars et contre l’islamisme guerrier d’un certain Youssef Al Qaradawi (ici la traduction de l’un de ses poèmes publié sur mon ancien blog en 2007) ; ou le caricaturiste palestinien Naji al-Ali, qui fut assassiné à Londres en 1987, par le Mossad israélien, ou par l’OLP de Yasser Arafat ; ou le grand intellectuel marocain Mehdi el-Mandjra, que j’avais invité en mars 2003, pour animer une conférence dans le cadre des journées culturelles de l’université plurielle, lorsque j’étais président de l’association EMF-Lille, etc.

D’ailleurs, après les attentats de Paris, le traducteur publia sur sa page Facebook, le 19 janvier, une caricature montrant un « islam radical » prenant en otage, au moyen d’un sabre, un autre «islam » (voir ci-après). Je ne sais pas si, à ce moment précis, lui-même était « islamophobe » ? Car ce qu’il ne semble pas comprendre désormais, c’est justement cette différenciation nécessaire que Mediapart refuse, obstinément, de faire et de voir entre un islam humaniste pacifié, et un autre islam radical, dans toutes ses représentations extrémistes, politiques et jihadistes. Au lieu d’assumer un humanisme indépendant et affranchi, la rédaction de Mediapart préfère le déni – l’islamisme n’existe pas, écrivait Pierre Puchot – et de fréquenter des « preneurs d’otages », jugés fréquentables, ceux-là même qui revendiquent, ouvertement, la lettre et l’esprit d’un certain héritage islamiste, sous la bannière d’un Coran, pris en otage à son tour, par deux sabres !

Ce Monsieur vient, visiblement, de s’abonner à Mediapart. Les données statistiques de son blog, relevées ce matin à 8h30, sont édifiantes : 0 contact (Même pas Edwy), 0 édition, 0 article dedition, 0 commentaire. Cependant, et avec un tel score, la rédaction de Mediapart a jugé bon de mettre en valeur, en « une », son billet (voir ci-après) et de continuer d’ignorer délibérément, pour ne pas dire de « censurer », tous mes billets, sachant que je fais parti des abonnés fidèles à Mediapart depuis 2007/2008, et que mes « billets », surtout les deux derniers, devaient, à mon sens, dans le respect d’une certaine déontologie, être traités égalitairement. L’on ne doit pas – disait mon maître – censurer la question et publier la prétendue réponse.  Mediapart préfère-t-elle, à ce point là, la parole qui flatte l’égo à celle qui interroge le sens ?

Par conséquent, en ne pouvant pas accéder aux éditions payantes, si mon constant est toujours vrai – ce que je crois intimement – comment ce Monsieur pouvait-il avoir le recul nécessaire et la hauteur de vue semblable à celle des anciens abonnés ? Ce recul permettant de constater des dérives progressives et inquiétantes quant aux virages idéologiques et autres points d’inflexion inexplicables, dans la ligne éditorialiste de ce journal numérique participatif. Des inflexions que l’on pourrait situer relativement, premièrement, au lendemain de la réclamation du fisc français d’une somme de quelques millions d’euros à la rédaction de Mediapart (lire ici), et deuxièmement, au moment de la disparition étrange du vocable « islamiste » de certains articles consacrés, entre autres aux « Frères Musulmans » – comme ceux de Pierre Puchot ?

En mars 2008 (ici), ce dernier utilisait abondamment des termes comme « islamistes », « islam radical », « islam politique », « salafistes », « djihadistes », « extrémistes », « terroristes », etc. En décembre 2013, le fisc français réclama la somme d’un million d’euros à Mediapart (ici). En juin 2014, le parti tunisien « Frère Musulman » Ennahda n’est plus considéré, au moins par Pierre Puchot, comme étant un parti « islamiste » mais uniquement comme un parti « musulman » (ici). Comme si, il fallait le préciser dans une Tunisie à 144 partis politiques, tous musulmans sans exception. En septembre 2014, le fisc corrigea son calcul et réclama une somme de 4,2 millions d’euros à la rédaction (ici). En mai 2015, l’islamisme n’est plus (ici) !

La question à laquelle Mediapart, et Edwy Plenel en particulier, refuse de répondre, en toute simplicité et transparence, est le sens de cette inflexion constatée et de ce changement de discours. Y’aurait-il, ou pas, une adaptation du langage journalistique qui serait dictée par une probable dépendance financière à une manne barbue étrangère ?  En langage mathématique, y’aurait-il ou pas, une corrélation entre la situation fiscale d’un côté, et l’amalgame entretenu, depuis peu de temps, entre « islam » et « islamisme », entre « musulmans » et « Frères Musulmans » au sein de la rédaction ? Mediapart sait produire des preuves et faire son métier, je n’en doute point. Puisse sa déontologie impartiale se manifeste au grand jour. Je précise ici, que je n’accuse personne et que je ne diffame personne. Je pose juste quelques interrogations que se posent aussi de nombreux abonnés.

Non le traducteur du livre de Plenel ne peut pas constater ces changements, très subtils, sur une durée relativement longue. Il ne peut pas comprendre la profondeur des nuances du sens des interpellations exprimées par de nombreux anciens abonnés, qui accompagnent ce modèle numérique depuis presque sa création ; depuis les années des vaches maigres ; depuis l’ère où Mediapart s’autofinançait et s’auto-appliquait, courageusement, un taux de TVA de 2,1 % comme la presse papier ; lorsque « le combat pour une presse libre » avait encore un sens et lorsque « la liberté de la presse n’était pas un privilège des journalistes, mais un droit des citoyens ». Mais les temps ont, paraît-il, changé depuis.

Je ne vais pas pouvoir reprendre, point par point, les éléments d’un argumentaire très superficiel qui étouffe, au passage, toutes ces questions profondes, en les noyant, involontairement me semble-t-il, dans un amas de détails presque insignifiants. Je suis d’accords avec lui lorsqu’il décrit la situation calamiteuse de l’édition dans le monde arabe, j’en sais quelque chose. Mais de là à considérer le Ministère de la Culture et des Arts qatari, et sa revue Al-Doha Magazine, comme seuls et uniques vecteurs de diffusion de la pensée humaniste d’Edwy Plenel, cela me paraît tirer par des cheveux, somme toute, voilés.

A aucun moment, dans mon propos, je n’ai dit que ce magazine appartenait aux « Frères Musulmans ». A aucun moment, jusqu’à preuve du contraire, je n’ai confirmé que les membres du comité de la rédaction de ce magazine, ou ceux de la commission consultative était membres de la confrérie. Ce que j’ai confirmé c’est le lien entre cette revue littéraire et le gouvernement qatari qui la finance et la contrôle, et qui, lui, a depuis de nombreuses décennies des relations affichées et assumées avec la confrérie, ses symboles et ses leaders, là-bas comme ici. J’ai démontré simplement la dépendance symbolique, financière et politique de cette revue au gouvernement qatari. Si l’on pousse les investigations encore plus loin, peut-être l’on découvrirait d’autres facettes inconnues jusqu’à lors, mais cela n’a pas beaucoup d’intérêt à mes yeux.

Pourquoi le faire donc, lorsque l’on sait déjà qu’en plus de la diffusion gratuite par cette revue gouvernementale du plaidoyer « Pour les musulmans », la chaîne qatarie Al-Jazzera lui avait déjà consacré, le 24 septembre 2014 – moins d’une semaine seulement après sa parution ici en France – un article sur son site Internet http://www.aljazeera.net (ici) ?

En effet, Boualem Ramdani, journaliste et correspondant d’Al Jazeera à Paris, a publié une présentation très tendancieuse de ce livre, intitulée, je traduis de l’arabe, mot par mot : «Pour les Musulmans … Un cri contre l’islamophobie en France ». Les qataris, en général, et Al-Jazeera en particulier, sont donc au courant de ce plaidoyer, au moins à partir de cette date précise. Et ce, bien avant la date du 23 octobre 2014, matérialisant la première rencontre, décrite comme fortuite, entre le traducteur et Edwy Plenel à Grenoble, bien avant le 28 janvier 2015 et bien avant le 1 juin dernier, la date de parution du numéro 92 du magazine qatari en question. Celui-ci, pour information, afficha sur sa couverture le caractère gratuit de cette diffusion ainsi que le titre du livre offert.

En effet, pour le magazine le livre d’Edwy Plenel, sur cette couverture, s’intitulait : « Pour l’islam », et non pas : « Pour les musulmans » (voir l’image ci-après). Dans la tête d’Edwy Plenel, c’était « Pour les Musulmans » mais dans la tête du Qatar, c’était plutôt « Pour l’Islam », un certain islam bien évidemment. Moi, je n’y vois qu’une erreur de frappe qui a visiblement échappé à la vigilance de la commission de correction. En somme, ce n’est qu’un détail me dirait-on, même si mon maître ne cesse de me rappeler que le petit Qatar se cache toujours dans les détails !

Ainsi les islamistes trop présents au sein de la rédaction d’Al-Jazeera le savaient déjà. Ici, je ne vais pas prouver, encore une fois, les liens anciens et permanents entre cette chaîne et les « Frères Musulmans » depuis sa création. J’aborderai, en détails, ces liaisons dans mon prochain papier. Je précise juste, pour un avant-goût, que le leader stratège « frère musulman » qatari, nommé Jassim Sultan, qui fut l’architecte de la dissolution de la branche qatarie des « frères » en 1999, pour raisons géopolitiques et pour pouvoir faire de l’entrisme dans les sphères du pouvoir, sans risquer d’être étiqueté idéologiquement, était aussi l’un des principaux conseillers en planification stratégique de la chaîne, lorsqu’un autre « frère musulman », le palestinien Waddah Khanfar occupait le poste de directeur général de la chaîne, entre 2003 et 2011. Ce « frère » directeur général avait passé un temps en Afghanistan, en couverture médiatique d’un certain Oussama Ben Laden à côté d’un autre « frère » nommé Tayseer Allouni, le premier journaliste à avoir interviewé le « frèremoujahid » à la tête d’Al-Qaïda. En 2011, Waddah Khanfar a été démis de ses fonctions pour différentes raisons, liées, selon diverses analyses, à un léger changement dans la ligne de la chaîne satellitaire, après le début dudit « Printemps arabe », paraît-il. D’autres évoquent ses liens flous avec la CIA américaine, dévoilées par des révélations WikiLeaks, etc. J’y reviendrai dans mon prochain billet. En attendant, un article du journal Le Monde à son sujet ici.

Je ne sais pas si l’auteur et son traducteur ont vraiment péché par naïveté dans un milieu obscur. L’avenir apporterait son lot d’éclairages nécessaires. Le traducteur, d’origine marocaine, dit simplement que son « premier mouvement » était de prendre contact avec ce magazine qatari, en prétextant, au passage, la large diffusion assurée et le prix abordable. Mais 13.300 exemplaires pour des centaines de millions de lecteurs potentiels, dans le monde arabe, c’est un chiffre insignifiant. C’est presque un grain de sable dans un désert. D’autant plus, qu’il y a de nombreuses maisons d’édition au Maroc, en Algérie et dans d’autres pays d’origine de la plupart des citoyens français musulmans. Des maisons d’édition, relativement indépendantes des pouvoirs politiques en place, pouvaient publier ce plaidoyer sans problème. Aussi, Edwy Plenel pouvait rester fidèle à sa conception du numérique et mettre cette traduction gratuitement sur des sites d’information et d’autres plateformes de partage et de téléchargement. Cela n’aurait provoqué aucun « tourbillon » dans aucune « tasse ».

Cela n’aurait pas contraint le traducteur à se défendre en essayant, tant bien que mal, à s’accrocher à de faibles branches flottantes, ici où là, au risque de dire parfois des énormités sablonneuses. Je cite : « Et après tout, où est le mal – s’interrogeait-il – si une petite partie de l’argent du pétrole, qui est d’ailleurs argent public, finance le livre et la culture et contribue au développement humain, en déficit dans notre région ». Ainsi, il parla d’ « argent public » comme si l’on était dans un pays démocratique  et non  dans une monarchie oligarchique  où ni le concept démocratique d’ « argent public » ni sa réalité politique et sociale n’existent en vérité. Quant au soutien au développement humain, en déficit dans la région arabe, à travers l’art et la culture, l’on ne trouvera pas mieux qu’un « frère » qatari, le même qui conseilla, sur le plan stratégique Al-Jazeera, pour décrire ce que fait déjà le Qatar depuis 2003, en faveur de la jeunesse musulmane, arabe et occidentale, pour la préparer, dans des centres de formation aux exigences du Tamkine, pour assurer des fonctions de leadership et devenir influents dans leurs pays respectifs. Le prochain article apportera des éléments prouvant toutes ces actions ciblant une jeunesse dans différents pays arabes et européens.

Par ailleurs, en faisant fi de tout ceci, je répète que ce n’est pas l’odeur de « l’argent du pétrole » qui me bouche les narines, même si, au sein de Mediapart, une certaine conception verte – au sens écologique évidemment – serait plutôt adaptée avec l’idéal humaniste en faveur d’une action culturelle non polluante et sans emprunte carbone. Ce qui demeure mystérieusement en suspens dans toute cette affaire, c’est plutôt l’orientation du traducteur, comme par réflexe pavlovien, en présence de nombreuses alternatives insoupçonnables, et l’acceptation par l’auteur lui-même, sans précaution, de l’idée d’être diffusé par les deniers pétroliers, entre autres, qui se trouvent entre les mains de l’oligarchie qatari. Pourquoi ? Pourquoi ? Et encore pourquoi ?

Ce n’est pas moi qui expliquais, il y a quelque temps, que les médias et les organes de presse devaient être totalement indépendants des industriels, des financiers et des cartels de la drogues et des armes. L’on expliquait sur tous les plateaux TV que des organes de presse français ne seraient plus crédibles car ils seraient détenus par des industriels de l’armement, entre autres. Je sais, jusqu’à preuve du contraire, que Mediapart n’a pas été racheté par des fonds qataris. Toutefois, le choix de cet éditeur et de cet émirat, en particulier, me parait pour le moins suspect. Et ce, tant que toutes les questions posées restent non élucidées, par la rédaction,  et demeurent ignorées pour des raisons encore plus suspectes !

Enfin, il est de notoriété publique qu’une énormité peut toujours en cacher une autre. Le traducteur expliquait, je cite : « Je me suis donc dit que ce livre méritait d’être traduit dans la langue d’Al-Mutanabbî ».

La langue d’Al-Mutanabbî ?

Effectivement, le traducteur utilise ici une périphrase pour désigner la langue arabe. Il pouvait dire aussi la langue d’Ismaël, ou la langue du Coran, tout simplement. Un peu comme lorsque l’on dit la langue de Molière, la langue de Shakespeare, la langue de Tolstoï, etc. Why not ?

Sauf que cette périphrase, chargée de symboles, est terriblement mal choisie, au regard du contexte actuel et des interrogations formulées, au sujet de cette diffusion « gratuite » de ce plaidoyer, par l’émirat du Qatar. Car bien qu’Al-Mutanabbî (915 – 965) fut incontestablement grand poète arabe, grand homme de culture, doué d’une grande sagesse et d’une facilité poétique presque inégalée, à imposer le respect, il était, aussi et surtout considéré comme un poète du palais, à la solde des princes.

Il chantait les louanges au plus offrant.  Il commença à l’ombre du prince abbasside Sayf al-Dawla (سيف الدولة) en Syrie. Une fois frappé par la disgrâce, il le quitta pour aller flatter le prince Kaffûr l’ikhchidide (كافور الإخشيدي) en Egypte. De même, il partit jusqu’en  Perse, pour chanter, dans un premier temps, les louanges du prince Ibn al-Ameed (ابن العميد), et puis, dans un deuxième temps, le prince Adhoud al-Dawla (عضد الدولة).

Ainsi, Al-Mutanabbî monnayait ses vers contre de l’argent. Comme d’autres poètes dans son genre, il laissa tout un héritage connu dans la poésie arabe sous le titre de la « Poésie de la courtisanerie » (الشعر التكسبي). Selon une étude littéraire, 80% de la poésie d’Al-Mutanabbî était composée de flatteries poétiques adressées aux rois et princes. Cela n’enlève rien de la beauté de son verbe et de la profondeur de sa sagesse.

Ainsi, lorsque le traducteur du plaidoyer exprime que son intention était de traduire la voix d’Edwy Plenel dans la langue d’Al-Mutanabbî, je ne pense pas qu’il a fait attention à ce détail énorme et à la pertinence de l’exemple litteraire qu’il a pris. Car :

– La langue d’Al-Mutanabbî était vendue aux princes. La voix humaniste d’Edwy Plenel se veut une langue sans compromission ;

– Al-Mutanabbî passa son temps à faire l’éloge des guerres et de la bravoure armée de son prince adoré. Edwy Plenel, en humaniste pacifique assumé, veut éviter les guerres par son plaidoyer et il a raison de le faire.

– Al-Mutanabbî ne jurait que par l’épée, en chantant : « La gloire est pour l’épée, non pour la plume ». Edwy Plenel ne jure que par la plume et par la liberté d’expression.

– Al-Mutanabbî était un courtisan des princes, Mediapart, sous la direction d’Edwy Plenel, s’est construite dans l’indépendance totale aux séductions de la cour.

– …

Toutefois, l’une des belles sagesses que ce poète arabe pouvait enseigner, encore et toujours, à toute personne censée et à Mediapart en particulier, c’est lorsqu’il dit : « Si tu vois que les dents d’un lion surgir, ne crois pas que le lion te sourit »!

L’on pourrait remplacer le mot « lion » par le mot «Qatar », l’avertissement reste aussi valable.

Fin


Mise au point importante en six points :

1- Je suis absolument responsable de ce que j’écris. Je ne suis en aucun cas responsable de la compréhension et des interprétations des uns et des autres.

2- Par manque de temps, je réagirais uniquement aux commentaires que je juge « sérieux ». Ceux qui s’engagent dans le cadre d’un débat d’idée.  Je ne réagirais pas à toute « attaque personnelle » et tout commentaire ne traitant pas, uniquement, le thème abordé, les idées développées et les interrogations formulées.

3- J’avais réagis quelques minutes après la présente publication à quelques commentaires sans respecter l’engagement du deuxième point, je me permets, pour la cohérence d’ensemble, de supprimer mes propos. Je ne peux discuter avec une personne qui ne vise pas l’échange d’idées mais qui vise simplement à donner des noms d’oiseaux à leurs contradicteurs. Peut-on vraiment discuter avec des spécialistes des noms d’oiseaux ?!

4- Il est absolument indispensable de situer ce billet sur un plan dialectique (Thèses + Antithèses => Synthèse). Pour le rappel de certains faits. « Pour les Musulmans » est paru en français, en septembre 2014. Je l’ai lu. Je l’ai trouvé très intéressant et courageux. J’avais quelques réserves sur la manière comment « les musulmans » y sont essentialisés et décrits. Je n’avais pas jugé nécessaire, pour autant, d’écrire un quelconque papier à son sujet. J’étais engagé sur d’autres questions en parallèle, en plus des exigences de mon boulot et de mes études (sans parler de ma petite famille !).

Huit mois plus tard, j’apprends que le plaidoyer d’Edwy Plenel a été traduit en arabe. Dans un premier temps, j’ai trouvé cela intéressant et même indispensable. D’autant plus que l’Occident est essentialisé et décrit par la machine islamiste comme un monstre haineux et que « les musulmans » – parce qu’ils sont musulmans – essentialisés à leur tour, en seraient les victimes ! Mais lorsque j’ai vu que c’est le Qatar qui diffuse et, en plus, « gratuitement », ce n’était plus l’arabisation du livre qui m’intéressait mais plutôt le pourquoi de cette diffusion par le … Qatar ? Pourquoi le Qatar ?

Dès lors, je ne suis plus dans un débat au sujet des idées intéressantes du livre ou la pertinence de cette traduction. Absolument pas ! C’est la prise en charge « qatarie » de cette diffusion qui me pose problème. Si je rajoute à cela toutes les interrogations que j’ai posées, en public ou par messages privés, durant les derniers mois à la rédaction de Mediapart, à Edwy Plenel en particulier, et qui sont restées hélas lettres mortes, si je rajoute, enfin, l’inflexion pour le moins langagière dans le traitement de la question de l’islam politique et des « Frères Musulmans », il y avait, dans mon esprit, matière à se poser toutes les questions, toujours avec précaution et prudence.

A ce moment là, Edwy Plenel publia un premier billet au sujet de cette traduction. J’ai à mon tour publié un premier billet avec de nombreuses interrogations que j’estime légitimes. Edwy Plenel publia, à nouveau, un deuxième billet laissant penser que ses contradicteurs, en l’occurrence l’auteur de ses lignes, aurait un problème avec la langue arabe et qui serait animée par des sentiments de haine et d’islamophobie. Il a dit plein de belles choses mais n’a répondu à aucune question de fond et surtout « Pourquoi le Qatar ?« , sachant qu’il y a d’autres alternatives. J’ai publié un deuxième billet pour redire certaines convictions, rappeler des antécédents, recentrer le débat sur la question du Qatar et reformuler mes interrogations autrement. Ensuite le traducteur publia un billet pour soutenir Edwy Plenel, expliquer les détails de ce choix mais sans expliquer ses raisons et comment ce choix « politique », avant qu’il ne soit « financier », pourrait influencer négativement l’image et l’indépendance de Mediapart. J’ai décidé d’engager un dernier billet, vraiment le dernier au sujet de Mediapart – et non pas au sujet du Qatar (Il y a encore des zones à éclairer). Pour redire mes interrogations légitimes, en âme et conscience et en toute liberté … d’expression. Au total, si je ne me trompe pas, il y aurait au moins six billets (Thèses et antithèses) à ce sujet, mais, pour l’instant, aucune « synthèse » digne de ce nom et respectueuse du débat contradictoire.

Encore une fois, il est absolument indispensable de situer ce billet dans son contexte et sur un plan dialectique(Thèses + Antithèses => Synthèse). Il ne s’agit pas d’une chasse à l’homme, en tout cas, pas dans mon esprit.

5- Je rappelle que vous êtes entrain de lire un billet dans un blog tenu par une seule personne (un blogueur). Je rappelle que je ne suis pas journaliste au sens où je n’ai jamais été formé à ce métier et que je n’ai pas de « carte de presse » – Ah, si j’avais cette carte ! Un blog, pour ceux qui l’ignorent est presque un « journal intime » ouvert à la curiosité de tout public. Personne n’est obligé de le lire. Personne n’est obligé de le prendre au sérieux. Personne n’est obligé de croire à ce que je raconte. Chacun pourra lire et laisser un commentaire, une question, une antithèse, etc. Personne n’est forcé de se rabaisser, humainement, en usant son vocabulaire du registre de l’insulte. Si vous n’êtes pas d’accord, dites-le et exprimez-vous mais n’oublions pas que l’insulte ne sera jamais le témoin d’une intelligence. Une insulte est une insulte (La charte de Mediapart est à lire ici).

6- « Avoir des liens avec la Qatar » n’a jamais été un « sixième pilier de l’islam ». Tout le monde a le droit de questionner les raisons déclarées et même obscures de ce choix, sans risquer d’être taxé d’islamophobe. Traiter quelqu’un d’islamophobe, ce n’est pas répondre à ses interrogations, c’est juste le traiter d’islamophobe. Que cela soit entendu !

Mes amitiés !

Mohamed Louizi