Recep Tayyip Erdogan en guest-star à Brooklyn

Recep Tayyip Erdogan en guest-star à Brooklyn

30.07.2019 Ramzi Abbas

Le président turc Recep Tayyip Erdogan est cette année l’invité vedette de l’organisation américaine TASC (Turkish American Steering Committee). TASC se donne pour mission d' »amplifier une voix unifiée turque aux Etats-Unis », en relayant sur son site internet et sur les réseaux sociaux un discours très orienté en faveur de l’AKP, et à la gloire du président Erdogan. Les médias qu’elle conseille et relaie sur son site internet sont dirigés par des proches de ce dernier, où bien souvent des journalistes ont été purgés (Anadolu Agency, l’agence gouvernementale, TRT World, Aksam Daily Newspaper, Hurriyet Daily News ainsi que Daily Sabah). L’organisation TASC organise le 22 septembre à Brooklyn une conférence intitulée « Uniting the Ummah, stronger together » (Unir la Oumma, plus forts ensemble) profitant de la visite d’Erdogan à l’assemblée annuelle des Nations Unies pour le promouvoir au public turcophone américain. Outre le président islamiste turc, sont également invités :

Siraj Wahhaj. Imam de la mosquée al-Taqwa de Brooklyn, leader de la MANA (Muslim Alliance in North America) et ancien vice-président de la très frèriste ISNA (Islamic Society of North America). Il a été formé par la Nation of Islam, coutumière des déclarations antisémites, complotistes et homophobes, qui l’a converti à un Islam orthodoxe. Fervent supporter de la Charia, Siraj Wahhaj défend les châtiments corporels, y compris la lapidation, et considère que « l’Islam est meilleur que la démocratie ». En août 2018, trois de ses enfants ont été accusés par la police de terrorisme et de crime après la découverte d’un camp d’entrainement djihadiste au Nouveau-Mexique.

Abdullah Hakim Quick, imam américano-canadien officiant dans la région de Toronto, qui soutient la peine de mort pour les homosexuels : « dans l’Islam, l’homosexualité est punie par la mort et il est impossible de changer l’Islam », déclare t’il en 2016 à propos d’El-Farouk Khaki, imam gay de Toronto. Dans plusieurs de ses prêches diffusées sur Youtube, il pourfend un complot démoniaque qui voudrait mettre en place un « Nouvel Ordre Mondial ».

Oussama Jamal, secrétaire général de l’USCMO (Conseil des organisations musulmanes américaines), qui comprend plusieurs entités représentatives des Frères musulmans, y compris la MAS (Muslim American Society), CAIR (Concil of American Islamic Relations), ou encore l’ICNA (Islamic Circle of North America).

Fait notable, trois autres invités vedettes, également proches de l’idéologie des Frères musulmans, ont indiqué sur les réseaux sociaux avoir finalement décliné l’invitation à cette conférence sensée « unir l’Oumma« , malgré leur nom inscrit sur l’affiche :
Dalia Mougahed, très complaisante avec l’application de la Charia comme décrit dans ce précédent article d’Ikhwan Info,
Yasir Qadhi, qui a tenu par le passé des propos négationnistes sur la Shoah, récemment épinglé par le Times pour ses propos tenus en 2017 : « tuer les homosexuels et lapider les personnes adultères fait partie de notre religion »
Omar Suleiman

Le journal turcophone Ahval, dont le directeur de publication a fui le régime, a interrogé Lorenzo Vidino, directeur du Centre Universitaire George Washington pour la sécurité Nationale à ce sujet. Ce dernier conclue également que les invités qui ont renoncé à l’invitation sont proches des Frères musulmans. Concernant les annulations des personnalités aux Etats-Unis Dalia Mougahed, Yasir Qadhi et Omar Suleiman, il avance l’explication d’une Turquie (non arabe) devenue encombrante à cause de son influence grandissante dans le milieu islamiste, accompagnée d’une mauvaise réputation due à ses attaques contre les droits de l’Homme. Les atteintes aux libertés opérées par Erdogan deviendraient-elles trop récurrentes, trop encombrantes ? Son idéologie islamiste deviendrait-elle trop « visible » ?

Mort de Mohamed Morsi : les réactions

Mort de Mohamed Morsi : les réactions

25.06.2019 Fiammetta Venner

Mort de Mohamed Morsi : les réactions

La mort de Mohamed Morsi a endeuillé au niveau international comme français de nombreux soutiens directs ou compagnons de route de l’ancien président égyptien représentant des Frères musulmans.

En voici une liste non exhaustive :

Le clan Ramadan s’est exprimé par les voix de Tariq Ramadan, de sa fille Maryam Ramadan et de son frère Hani Ramadan :

Pour finir, de nombreux militants français se revendiquant de gauche, souvent proches de la mouvance indigéniste, ont rejoint la tristesse de militants… salafistes :



Les conférenciers de la 33e RAMF de l’UOIF

L’UOIF organise depuis 33 ans une rencontre annuelle. En 2015, les invités se sont exprimés devant des Rabia, symbole du soutien aux Frères musulmans. L’organisation est sur la liste des organisations terroristes des EAU comme la plupart des organisations des Frères musulmans. L’UOIF qui a longtemps bénéficié d’une bienveillance politique et médiatique qui semble s’écorner peu à peu. Lors de son rassemblement de Lille, l’UOIF avait du décommander plusieurs prédicateurs de haine*.

L’UOIF diffuse par bribes les noms de ces conférenciers, nous mettrons donc cet article à jour dans les heures qui viennent.

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Parmi les intervenants : 

• Omar Abdelkaffy. Ce prédicateur égyptien expliquait le 18 janvier 2015 que les attaques de Paris étaient la suite du 11 septembre et ne concernait pas les musulmans. « Cette pièce de théâtre, dans laquelle les musulmans sont confinés ad nauseam dans le monde entier, est la suite de la comédie du 11 septembre. Le premier acte s’est déroulé à New York, et la suite a lieu à Paris. » (…) « Mes frères bien aimés, c’est nous qui avons enseigné la miséricorde au monde. Notre prophète Mohammad est le prophète de miséricorde. Très bientôt vous vous apercevrez que les attentats de Paris étaient une comédie, dans laquelle nous n’avons joué aucun rôle. » La notion de la miséricorde selon Omar AbdelKafi est assez floue, mais pleine de promesse comme cette vidéo titrée : « Le judaïsme, le sionisme et la maçonnerie« . Omar AbdelKafy a déclaré qu’il n’était pas Frère musulman mais qu’il les appréciait. Il fait cependant partie de l’Union des savants musulmans de Youssef Al Qaradhawi, ce qui contredit la première moitié de la phrase précédente. Comme d’autres membres plus récents de l’Union des savants musulmans, Omar AbdelKafi fait un usage peu conforme des hadiths, ce qui a amené le journal Al Chourouq à s’interroger sur les motivations du prédicateur. Pendant la présidence de Mohamed Morsi, Omar Abdelkafi a travaillé avec Mohamed Khaled (commission pour le retour des bonnes moeurs). En mai 2012, Omar Abdelkafi est intervenu à la Grande Mosquée de Lyon. Il prêche aussi la Mosquée Qatar Education City.

• Issam Al-Bachir discutera de  « Radicalisation : des concepts à corriger ». Partisan d’un loi internationale contre le blasphème de toutes les religions, Issam Al-Bachir n’hésite pas à pousser ses ouailles à un discours plus guerrier. Le cheikh a signé en février 2012 avec nombre de Frères musulmans un appel à rejoindre la lutte armée des révolutionnaires islamistes en Syrie. La même année, sa venue en Belgique avait suscité des débats mais Issam Al-Bachir avait reçu le soutien de Tariq Ramadan. Tariq Ramadan avait même qualifié le cheikh Al-Bachir de « représentant de la voie médiane » et fustigé : « L’ignorance des journalistes »

• Abdallah Ben Mansour. Cofondateur de l’UOIF, proche d’Ennahda, il est désormais président de la FOIE (Fédération des organisations islamiques d’Europe). En 1999, le Conseil d’Etat a rejeté sa demande de naturalisation, bien que on épouse était française.  « M. Ben Mansour était en 1995 l’un des principaux dirigeants d’une fédération à laquelle étaient affiliés plusieurs mouvements extrémistes prônant le rejet des valeurs essentielles de la société française » ( Extrait de la décision du Conseil d’État, 7 juin 1999, n° 178449, Ben Mansour.) Mais moins de dix ans plus tard, ce sera Abdallah Ben Mansour qui accueillera Nicolas Sarkozy au Bourget, donnant le tempo des sifflets et des applaudissements. Partisan du voile islamique, Abdallah Ben Mansour expliquera au sujet du voile : « On interdit aujourd’hui aux femmes musulmanes de porter le voile, comme on forçait naguère les juifs à porter l´étoile jaune ». Pour plus de détails sur ses discours lire le portrait qu’Isabelle Kersimon lui consacre. 

• Mohamed Ghamgui (Iesh de Paris) : « la citoyenneté et l’histoire musulmane ». Il a été correspondant en France d’une émission de la chaîne Iqraa.

• Hassan Iquioussen. Dans une cassette,  « Palestine, histoire d’une injustice »,  Hassan Iquioussen comparait le Hamas à Jean Moulin et que «Les Juifs ne cesseront de comploter contre l’islam». Des juifs décrits comme «ingrats» et«avares» et qui «ont toujours méprisé les êtres humains». Mis à l’écart pendant quelques mois (en 2004) suite à la révélation du contenu de cette cassette par Cecilia Gabizon (Le Figaro), Hassan Iquioussen est rapidement redevenu une valeur sûre de l’UOIF. La cassette, elle, est devenu un collector, elle n’est plus diffusée. Les magnetos à cassette non plus. En revanche, on la trouve facilement en mp3. Pour lire le décryptage.

• Père Michel Lelong. Très vieux compagnon de route, il expliquait déjà en 1995 dans les colonnes du Monde que les islamistes algériens étaient des interlocuteurs dignes de confiance.

• Mahinur Ozdemir, femme politique belge controversée. En mai 2015 elle a été exclue de son parti (CDH) pour avoir refusé de reconnaître le génocide arménien.

•  Sayida Ounissi, députée d’Ennahda en Tunisie, elle n’hésite pas à propos du statut des femmes, à parler de « mythologie bourguibiste » et de « l’instrumentalisation benaliste ».

• Tariq Ramadan (désormais présenté comme « théologien ») et Ahmed Jaballah discuteront de « Comment être bien ensemble? »

• Nisrine Zaibi, élue du Parti Socialiste a été vice-présidente de la région Bourgogne. Elle est aujourd’hui membre de la Commission finances. Elle a relayé le meeting du 6 mars 2015 contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire, moins de deux mois après les massacres de Charlie Hebdo. En avril 2015, dans un tweet elle notait que BFM et Itélé parlaient du FN et que M6 parlait des banlieue et en déduisait : « Ces chaînes sont des succursales du FN ».

• Moncef Zenati, prédicateur de Havre du Savoir a traduit plusieurs textes de Hassan Al Banna.

Mais aussi : 

• Amar Lasfar

• A. Nihad

• A. Gaci

• A. Gessoum

• C. Roucou

• Coexister

• F. Adjebli

• G. Bencheikh

• H. Khomsi

• H. Seniguer

• J. Rayyan

• L. Kechat

• M. Bajrafil

• M. Ngazou

• Medine

• Mgr Dubost

• Nabil Ennasri

• N. Addou

• O. Guegah

• Pascal Boniface

• Pierre Conessa

• Raphaël Liogier

• S. Lacroix

• S. Assbague

• Tareq Oubrou

• Vincent Geisser

• Yasser Louati

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Hakim el Karoui interpellé à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France

Hakim el Karoui interpellé à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France

Hakim el Karoui interpellé à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France

24.04.2019 Ramzi Abbas

Du 19 au 22 avril a eu lieu au parc des expositions du Bourget la 36ème « Rencontre Annuelle des Musulmans de France » (RAMF) organisée par l’ex-UOIF, désormais rebaptisée Musulmans de France (MF). La RAMF 2019 a reçu peu d’écho médiatique, à l’image de son déclin progressif, comme décrit dans le journal Libération qui note un « public très clairsemé » pour une rencontre « peu reluisante ». Les déboires judiciaires de son ancienne tête d’affiche Tariq Ramadan n’y sont certainement pas étrangers.

On aurait en revanche pu observer un nouvel élan à la RAMF avec la participation de Marwan Muhammad et de sa structure « L.E.S. Musulmans » créée en partenariat avec le CCIF pour peser sur l’organisation de l’Islam de France. Le pari est visiblement loin d’être gagné, Libération relevant que Marwan Muhammad « peinait à mobiliser l’assistance dans la grande salle conférence sur son thème favori de l’inclusion des musulmans dans la société française ».

Marwan Muhammad a voulu cependant marquer le coup. Profitant d’une intervention d’Hakim el Karoui, auteur du rapport largement débattu « un Islam français est possible » pour l’Institut Montaigne, il a violemment pris à partie son interlocuteur avant de poster la vidéo sur les réseaux sociaux. Hakim el Karoui avait précédemment accusé le CCIF de véhiculer un message victimaire. Marwan Muhammad lui avait reproché de « piétiner la dignité des musulmans pour cautionner l’agenda des élites dont les intérêts convergent avec les siens ». Lors de la RAMF 2019, Marwan Muhammad est donc intervenu face au consultant proche d’Emmanuel Macron pour affirmer avec véhémence que lutter contre l’islamisme et le terrorisme comme Hakim el Karoui n’est pas un besoin des musulmans présents. Après avoir pris à partie l’auditoire, rallié à son bord, Marwan Muhammad a cité le CCIF, le secours islamique, le CBSP et Musulmans de France comme seules organisations représentatives à ses yeux, contrairement à l’Association Musulmane pour l’Islam de France (AMIF), nouvellement créée par Hakim el Karoui. Sur la vidéo, on aperçoit Amar Lasfar, président de Musulmans de France, applaudir les propos de Marwan Muhammad.

L’on pourrait se demander ce qu’espérait Hakim el Karoui en se rendant au salon vedette des Frères musulmans français. Simplement présenter l’AMIF ? Tenter de rallier à son projet d’AMIF les plus « modérés » des Frères ? Pacifier le débat avec les cadres de Musulmans de France pour éviter une mise en concurrence des associations ?

Hakim el Karoui prétend connaître les méthodes d’infiltration des Frères musulmans dans la société. De fait, il a longtemps fermé les yeux sur la stratégie frériste notamment au sein de l’Institut des cultures d’Islam. Il a par la suite déclaré que les Frères musulmans étaient un « danger » pour les musulmans eux-mêmes. Mais en parallèle, il a créé en 2019 l’AMIF avec Tareq Oubrou, cadre historique de l’UOIF jusqu’en 2018, et Mohamed Bajrafil, (ancien ?) protégé de Tariq Ramadan qui affirmait en 2016 : » Voir apparaître aujourd’hui une relève de la qualité de mes jeunes frères Mohamed Bajrafil et Marwan Muhammad (..) est juste apaisant, réconfortant et énergisant ». Un autre signataire de l’appel pour la réorganisation de l’Islam de France avec Hakim el Karoui, et pré supposé à la commission Théologie et formation des imams de l’AMIF est… Abdelghani Benali, enseignant à l’IESH, antenne à Saint-Denis du centre de formation de l’UOIF de Chateau-Chinon.

Ilhan Omar, une élue qui divise

Ilhan Omar, une élue qui divise


Ilhan Omar, une élue qui divise

28.02.2019 Ramzi Abbas

Ilhan Omar a été élue représentante du Minnesota au Congrès américain en novembre 2018 après une campagne axée sur la défense de l’écologie et du modèle multiculturaliste. D’origine somalienne et portant le voile islamique depuis 2001, elle devient la première femme voilée à siéger au Congrès. En effet, dès son arrivée elle exige de faire modifier la législation interdisant le port de tout couvre chef distinctif depuis 181 ans. Elle apparait alors avec un voile couvrant son cou alors que son staff préférait un bandeau couvrant ses cheveux pendant la campagne

Elle est au cœur d’une polémique aux Etats-Unis depuis le 10 février 2019 après deux tweets du même jour qui ont suscité de nombreuses accusations d’antisémitisme, jusque dans les rangs démocrates. Répondant au journaliste de Glenn Greenwald, qui critiquait les personnalités politiques s’opposant à un boycott d’Israël, Ilhan Omar a cité une chanson du rappeur Puff Daddy : “It’s all about the Benjamins baby.”, évoquant ainsi « une affaire de dollars » qui motiveraient ces politiques à refuser le boycott de l’état hébreu (Benjamins désigne les billets de 100 dollars à l’effigie de Benjamin Franklin). Elle a dans un autre tweet explicité sa réponse en affirmant qu’elle parlait bien de l’AIPAC, un lobby pro-israélien aux États-Unis.

La présidente du groupe démocrate à l’Assemblée, Nancy Pelosi, a condamné une « rhétorique antisémite et d’accusations préjudiciables sur les partisans d’Israël ». Plus d’une dizaine de parlementaires de tous bords ont demandé que l’élue soit sanctionnée. L’association représentative des Frères musulmans aux USA et connue du FBI pour ses liens avec le Hamas, CAIR, lui a en revanche apporté son soutien en niant tout antisémitisme dans ses propos. La section CAIR de Californie a d’ailleurs confirmé la présence d’Ilhan Omar à son dîner annuel de levée de fonds à Los Angeles le 23 mars 2019. Après avoir présenté le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions contre Israël) comme pouvant être contre-productif dans un discours dans une synagogue pendant sa campagne, elle lui a depuis réitéré son « soutien » dans un entretien sur le forum Muslim Girl comme le révèle le quotidien Haaretz.

En 2012, elle tweetait : « Israel has hypnotized the world, may Allah awaken the people and help them see the evil doings of Israel.”, usant cette fois-ci encore d’une rhétorique complotiste et bigote.