LES FRÈRES MUSULMANS VISENT LE TAMKINE

Les Frères musulmans visent le Tamkine

Les Frères musulmans visent le Tamkine

08.04.2016Mohamed Louizi

L’an « un » après Charlie, la crise est toujours là. La terreur et les frères musulmans aussi. L’unité nationale ? Elle vient et puis s’en va. Triste chant du cygne ? Je ne l’espère pas. Marianne a désormais peur d’elle-même. Elle ne se comprend plus. Elle doute. Elle s’interroge. Elle pose, peut-être, les bonnes questions, mais elle ne parvient pas, pour diverses raisons, à trouver son chemin, son salut durable. Elle demeure confuse, hésitante et embarrassée. Pour les uns, elle capitule. Pour d’autres, elle s’acharne. Autant d’enfumage, autant depouvantails agités à l’horizon. Ma religion en fait partie.

Ikhwanul-Muslimin (2)

En effet, la question passionnée sur l’islam clive toujours. Marianne croit offrir une place honorable à l’islam, elle cède du terrain à l’islamisme. Elle quitte des quartiers, l’islamisme s’y installe. Elle autorise des mosquées, l’islamisme s’y propage. Elle finance des écoles, l’islamisme y endoctrine sa relève. L’islamisme avance. Marianne recule. Il sait se plaindre, en victime coutumière. Elle lui octroie davantage de pouvoir. Lorsque Marianne dit la Constitution, rappelle le cadre laïc de la loi républicaine, l’islamisme crie à l’islamophobie. Entre « islam » et « islamisme », pauvre Marianne perd vraiment son … français.

La lutte contre le terrorisme wahhabite et la radicalisation islamiste est presque sur toute les lèvres. L’on devrait s’en réjouir. Mais, force est de constater que cette lutte ne vise qu’une partie du spectre islamiste français et, de fait, épargne une autre partie autant efficace que dangereuse : les Frères Musulmans, représentée principalement par l’union des organisations islamiques de France (UOIF). Pis, ceux-là poursuivent, au vu et au su de Marianne, leur stratégie d’islamisation de la société, par étapes et par étages, aidés de l’argent du pétrole, des deniers publics et des complaisances de nombreux acteurs. Mais que visent ces islamistes très habiles ?

Avant de donner des éléments de réponse, je précise que ni l’islamisme ni les frères musulmans ne me sont étrangers. Elevé dans une famille qui fut très marquée par le salafisme et l’idéologie frériste, jusqu’au milieu des années 90, j’ai intégré les cercles éducatifs de mouvements islamistes marocains en 1991. J’étais en 6ème. J’avais 13 ans. Depuis, et durant une quinzaine d’années, après avoir acquis les standards idéologiques, et juré fidélité et allégeance, je suis devenu très vite un vecteur de diffusion de l’islamisme dans les milieux scolaires et universitaires au Maroc. J’ai participé aux premières élections législatives du Parti Justice et Développement (PJD) en 1997. Ce même parti qui est à la tête du gouvernement marocain depuis 2012.

PJDPICT

A mon arrivée en France en 1999, j’ai rejoints le Tanzim international des Frères musulmans, sous la bannière de l’UOIF. J’ai occupé plusieurs postes de responsabilité et suis devenu président des Etudiants Musulmans de France à Lille et membre des instances nationales de ce syndicat confessionnel. Localement, en métropole lilloise, j’ai cumulé plusieurs responsabilités, à la mosquée de Villeneuve d’Ascq et à la mosquée de Lille-Sud qui sont, toutes les deux, dominées, gérées et influencées par les frères musulmans.

En 2006, à mes 28 ans, acquis à la cause humaniste de la non-violence et de la nécessaire réforme de l’islam, j’ai décidé de tourner la page de l’islamisme après avoir vécu, de l’intérieur, ses dérives sectaires et violentes. Je suis arrivé à la conclusion que les frères musulmans représentent un réel danger. Si toute personne, dotée d’une intelligence non frelatée, considère le progrès tel un idéal à construire, en marchant ensemble en direction de l’avenir. L’islamisme, lui, de part son identité salafiste, préfère marcher en reculant, en direction d’un passé bédouin figé à reproduire à l’identique, en écrasant sans scrupule les acquis de la modernité et des libertés fondamentales. 15 ans d’activisme islamiste pour comprendre enfin un projet dévoyant une foi et son récit historique pour imposer une loi et ses terreurs. Un projet se servant des moyens de la démocratie pour soumettre la République. Une idéologie affichant un sourire de façade mais ne reniant jamais son emblème mythique : Deux sabres croisés en-dessous d’un Coran et au-dessus d’un mot d’ordre : « Et préparez ! » extrait du verset 60 de la sourate « Le butin » : « Et préparez pour lutter contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée afin d’effrayer l’ennemi d’Allah et le vôtre » !

Depuis la création de la mouvance en 1928, par Hassan Al-Banna, le but ultime est de rétablir le califat islamique. Un cadre politique et institutionnel où doit régner le pouvoir suprême de la loi de Dieu, telle qu’elle est comprise par les frères. Dans l’idéologie de la mouvance, cela s’appelle la Hakimiyyah. Ainsi, les frères sont convaincus que la loi de Dieu doit atteindre, tôt ou tard, la suprématie et l’hégémonie sur la loi des Hommes. Dieu doit gouverner totalement la société. Dans cet état islamique rêvé, c’est Dieu qui est l’unique Législateur. La Hakimiyyah se doit d’être observée sur le plan individuel comme sur le plan collectif, institutionnel et étatique.

Pour y arriver, les frères musulmans déploient des plans stratégiques secrets et ô combien efficaces. En 1992, la police égyptienne avait mis la main sur un plan secret, chez un frère cadre. Vingt ans plus tard, en 2012, le frère Mohamed Morsi était élu président après la chute d’Hosni Moubarak. Ce plan-guide décrivait comment la mouvance islamiste comptait, dans le secret total, préparer son ascension vers le pouvoir suprême à travers la constitution d’un réseau hyper vaste et hyper structuré, au sein de la société égyptienne. Un réseau constitué de nombreux établissements indépendants les uns des autres, mais très communicants : des banques, des sociétés d’investissement, des crèches, des écoles, des universités, des centres hospitaliers, etc. Tous ces établissements, précise le document, devraient servir de moyens de diffusion de l’idéologie des frères musulmans, et à tous les niveaux de la société égyptienne, en attendant l’avènement du jour tant attendu : l’assaut du palais présidentiel.

Aussi, ce document secret préconisait de mieux s’organiser, en interne, d’un point de vue institutionnel ; de privilégier l’éducation des jeunes et la formation des prochains cadres élites de la mouvance ; detablir des alliances pragmatiques avec des partis politiques, pour pouvoir, par la suite, gagner en influence, petit à petit, au parlement, dans les collectivités territoriales, les syndicats, les médias, les instances judiciaires, l’armée, la police, les associations detudiants, auprès des hommes d’affaires et au sein des couches populaires.

Ce plan porte un nom : le plan Tamkine. Mais que veut dire ce concept ? Dans la littérature idéologique de la mouvance, le Tamkine désigne l’ultime étape de toutes les actions islamistes de la mouvance. Le but de la prise du pouvoir politique pour que la Hakimiyyah soit. Partout où les frères se trouvent. Une étape caractérisée par l’état de domination politique totale de l’islam des frères sur tous les autres islams et sur toutes les autres religions. L’état de triomphe et de possession, sans partage, du pouvoir politique, pour qu’enfin cet islam salafiste, sunnite, conquérant, jihadiste, du haut de sa grandeur supposée, domine les cœurs, subordonne les intelligences, conquiert des territoires, efface la diversité et organise la société, selon la loi de Dieu et la tradition du prophète.

Trois étapes avant l’assaut final : D’abord, une diffusion de l’islamisme sous couvert de l’islam, s’adressant au large public, sans distinctions. Ensuite, une sélection des individus à endoctriner, parmi ce large public, qui porteront et transmettront le message islamiste, là où ils sont dans la société, en infiltrant les différentes sphères du pouvoir. Puis une troisième étape intermédiaire d’autoévaluation, visant à corriger les écarts, à affronter les faiblesses quantitatives et qualitatives constatées et à combler toutes les lacunes, à tous les niveaux et dans tous les domaines. L’objectif est que l’organisation ait une armée de religieux dissimulés, fréquentables, très respectueux par ailleurs de la lettre et de l’esprit de la loi islamique, et qui soient, en plus, très spécialisés dans tous les domaines de la vie sociale, économique, politique et autres. Le Tamkine représente alors l’aboutissement lointain de ce processus stratégique mené minutieusement par une minorité d’islamistes, en instrumentalisant, au passage, les moyens et les établissements de la communauté de foi musulmane à des fins politiques que ne partagent évidemment pas la majorité des citoyens français musulmans.

Des documents secrets, dévoilés dans mon essai Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans, retour éclairé vers un islam apolitique, démontrent que l’UOIF et ses satellites poursuivent la stratégie Tamkine à l’échelle nationale et locale. La diffusion de l’islamisme se fait dans le cadre de toutes les mosquées que dominent les frères dans les différentes régions. La sélection de la jeunesse et l’endoctrinement de l’élite islamiste de demain se passent, en partie, au sein de nombreuses associations culturelles. Toutefois, le lieu privilégié pour l’islamisation reste l’école coranique et d’apprentissage de la langue arabe ainsi que dans les établissements scolaires, gérés par la fédération nationale de l’enseignement privé musulman (FNEM), annexée à l’UOIF.

Dans un rapport interne, l’actuel président de l’UOIF dit au sujet de l’école coranique : « Cette institution doit être une de nos préoccupations majeures. Elle est l’un des lieux de renouvellement de notre potentiel humain. Elle est le terrain de culture de nos idées et de notre pensée. Elle est l’institution qui héritera de nos acquis pour en faire un avenir meilleur. » Ainsi, des enfants de 5 à 15 ans sont considérés comme terrain de culture de l’idéologie islamiste d’Hassan Al-Banna.

Dans un autre document, en langue arabe, destiné aux riches donateurs des pays du Golfe, l’équipe de gestion du Lycée Averroès précise que l’un des objectifs, jamais avoué publiquement, de cet établissement privé sous contrat d’association avec l’Etat, est de : « former et préparer une élite, choisie parmi les enfants de la communauté musulmane, pour qu’elle puisse occuper des postes sensibles au sein de la société française comme : l’ordre des avocats, l’enseignement supérieur, la médecine, les médias, etc. ». L’idée d’infiltrer les différentes sphères du pouvoir français est dans toutes les têtes islamistes. Je me souviens de la déclaration d’un frère qui disait, je cite : « En vue des prochaines élections présidentielles, parlementaires et municipales, il va falloir sélectionner et préparer une élite qui s’occupera de l’action politique. Il faudrait intégrer les partis politiques pour les influencer de l’intérieur » !

La marche du Tamkine, à la française, avance à son rythme, mais elle avance tout de même. Les marcheurs chantent en chœur la devise officielle des frères musulmans : « Allah est notre ultime but. Le Messager est notre exemple et guide. Le Coran est notre constitution. Le jihad est notre voie. Mourir dans le sentier d’Allah est notre plus grand espoir. »Au début des années 2000, il y avait seulement une école privée musulmane en France. En 2015, la FNEM dénombre 35 établissements. La presse révèle la création d’une cinquantaine d’autres établissements. En 15 ans, on est passé d’un seul établissement à plus de 80, qui sont, soit en phase projet, soit en cours d’exploitation très islamiste, dopée par l’argent de la Qatar Charity mais aussi par quelques dizaines de millions d’euros puisées de l’argent du contribuable français, c’est un comble !

Mohamed Louizi

QUAND LES FRÈRES VEULENT DÉRADICALISER AVEC ABOU HOUDEYFA

Quand les Frères veulent déradicaliser avec Abou Houdeyfa

31.03.2016La rédaction

Depuis quelques-mois la Confrérie des Frères musulmans essaye de se placer comme agents incontournables de la déradicalisation. Pourtant, on constate que les cadres de l’UOIF continuent à privilégier la diffusion de discours radicaux.

La mosquée Arrahma de Roubaix devait accueillir le 28 mars 2016 une conférence entre entre Amar Lasfar et Rachid Abou Houdeyfa.

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Amar Lasfar, à la fois directeur de l’UOIF, recteur de la mosquée de Lille Sud, homme d’affaire, et fondateur du lycée Averroes de Lille, est un habitué des conférences polémiques. Le mois dernier, il invitait à la tribune pour la Rencontre Annuelle des Musulmans du Nord (RAMN) un député du parti islamiste marocain PJD Abouzaïd Al-Mokri, au côté du prédicateur syrien Mohammed Rateb Al-Nabulsi, connu pour ses prêches sur la chaîne du Hamas ou ses propos en faveur du jihad armé, de la peine de mort pour les homosexuels, de la soumission des femmes vis à vis de leur mari, ou encore de la défaite des juifs face aux musulmans. Face à la mobilisation, les interventions des trois invités les plus sulfureux avaient été annulées, et Barnard Cazeneuve avait promis une totale vigilance. Également invité, Tariq Ramadan membre de l’Union des Savants musulmans considérée comme une organisation terroriste par les Emirats, s’était défendu en affirmant : « nous sommes des agents de la réconciliation ».

Rachid Abou Houdeyfa lui, fait partie des prêcheurs salafistes influents sur les réseaux sociaux et sur les plateformes de vidéos. Imam à la mosquée Sunna de Brest, avec plus de 230 000 followeurs et des centaines de milliers de vues sur Youtube, il se fait connaître du grand public lors du sulfureux salon musulman de Pontoise consacré à la femme, ayant précédemment justifié le viol « si la femme sort sans honneur, qu’elle ne s’étonne pas que des hommes abusent de cette femme là ». Après les attentats du Bataclan, une de ses vidéos créé une nouvelle polémique : il y déclare devant un public d’enfants « ceux qui écoutent la musique écoutent le diable » et « seront engloutis et seront transformés en singe et en porc ». Salafiste 2.0, il avait déjà tissé des liens depuis plusieurs années avec le CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France),  en étant invité à son dîner annuel de 2014. Perquisitionné lors de l’état d’urgence, le CCIF lui avait renouvelé son soutien.

Devant l’énormité d’une telle réunion, entre Amar Lasfar et Rachid Abou Houdeyfa, de nombreux fidèles laïques se sont mobilisés. Craignant une campagne de presse similaire à celle qui avait précédé les rencontres de Lille, Amar Lasfar s’est fait excuser et remplacer par Ahmed Miktar. Conservant donc le même dispositif UOIF et prédicateur extrémiste.

Ahmed Miktar, recteur de la mosquée de Villeneuve d’Ascq, est également membre de l’UOIF. Prédicateur sur la chaîne saoudienne Iqraa, accompagnateur de jeunes français au Qatar, il a été formé au centre frériste de Chateau-Chinon. Lors de la conférence du 28 mars 2016, il a fustigé la loi de 2004 sur les signes religieux, et appelé à une mobilisation politique pour son abrogation. Ahmed Miktar qualifie Abou Houdeyfa de « rempart anti-radicalisation ».

Le choix de la mosquée pour accueillir cette conférence du 28 mars n’est pas anodin et traduit un désir d’expansion et d’influence. Alors que de nombreuses mosquées du nord de la France sont sous le contrôle de l’UOIF (mosquée de Lille Sud, Centre islamique de Villeneuve d’Ascq, ou encore mosquée Bilal de Roubaix), la rencontre a eu lieu dans la mosquée Arrahma de Roubaix, non officiellement affiliée à l’UOIF. Son imam, Abdelmonaim Boussenna, est un ancien élève du lycée Averroes.

Amar Lasfar essaie de dresser un portrait « moderne » de l’UOIF sur les plateaux de télévision, où il condamne les attentats et appelle à un islam « de la citoyenneté ». Ce qui ne l’empêche toutefois pas de relativiser la menace djihadiste : «  il y a quelques brebis galeuses, quelques poissons qui nous échappent entre les mailles du filet », « onze, allez onze qui ont sombré dans le terrorisme ». Sans autocritique, il accuse alors « la politique urbanistique de notre pays, responsable depuis une trentaine d’années ». Toujours au micro d’Europe 1 le 28 mars 2016, il défend le travail de « déradicalisation » de l’UOIF.

Mohamed Louizi, ancien Frère musulman, s’interroge sur la stratégie d’Amar Lasfar qui cite l’imam UOIF de Bordeaux Tareq Oubrou comme caution libérale alors que ce dernier préconise de mettre Abou Houdeyfa « dans un asile psychiatrique ». Ce qui n’empêche visiblement pas Amar Lasfar de faire conférence commune avec Abou Houdeyfa…

Le plus préoccupant dans ce contexte post-attentat est que le lundi 21 mars 2016, l’UOIF a participé au Ministère de l’Intérieur à une réunion pour lutter contre la radicalisation aux côtés de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve ET l’UOIF continue a assumer ses amitiés salafistes et les discours extrémistes. L’UOIF n’a pas peur de s’afficher publiquement avec Abou Houdeyfa quelques jours plus tard. Qu’en retenir, si ce n’est un coup de force face au gouvernement avec une volonté d’unir les zones d’influence fréristes et salafistes, loin d’être incompatibles ?

Carla ParisiEnquêteNews

LES SIX « GÉNIES » DE TARIQ RAMADAN (« ISLAMISATION »(1) DE L’HEXAGONE)

Les six “génies” de Tariq Ramadan (“Islamisation”(1) de l’Hexagone)

27.03.2016Mohamed Louizi

Souvent, le prédicateur Tariq Ramadan est renvoyé à sa filiation biologique et idéologique à Hassan Al-Banna, son grand-père maternel, mais surtout le fondateur des Frères Musulmans en 1928.

Il fut un temps où le rappel de cette filiation lui était plutôt bénéfique car elle lui donnait une image. Elle lui facilitait une posture. Elle lui garantissait une légitimité et un renom.

Lorsqu’il a commencé sur la voie de la prédication islamiste, au début des années 1990, au foyer même de l’UOIF, cette double filiation l’a aidé à assoir, petit-a-petit, une notoriété : « Ah, c’est Tariq Ramadan, le petit-fils de … ». Même si le petit-fils n’a jamais rencontré son grand-père, assassiné en 1949, treize ans avant la naissance du petit Tariq. Un peu plus tard, le simple rappel, par son contradicteur, de cette double filiation commença à l’agacer. « L’on ne choisit pas sa famille », me confiait, un jour, un autre prédicateur. Tariq Ramadan, c’est Tariq Ramadan. Hassan Al-Banna, c’est Hassan Al-Banna. Vraiment ?

Biologiquement : Oui. Idéologiquement : Non. Toutefois, il serait injuste et totalement erroné de ne voir que cette double filiation de Tariq Ramadan au guide-suprême-fondateur des Frères Musulmans. Lorsqu’on analyse le discours de ce prédicateur, à partir de ses propres écrits, et lorsque l’on observe son mouvement planétaire, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, voyageant en une semaine entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud, entre les pays dits musulmans du Moyen-Orient et les communautés dites musulmanes en Occident, survolant la « Oumma » ou « l’internationale islamiste », l’on est forcé d’admettre que cette hyper-activité est inspirée d’autres « génies » dont certains sont connus en France et d’autres pas trop.

De mon point de vue, conforté par les conclusions d’autres chercheurs, Tariq Ramadan n’est pas influencé, dans sa vision et dans son projet, uniquement par cette double filiation à son grand-père. Cinq autres personnes clefs, au moins, ont façonné son univers et éclairé ses projections lointaines s’agissant de l’ « islamisation » de la France et de l’Europe.

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En résumé, les six « génies » de Tariq Ramadan sont :

1- Hassan Al-Banna, son grand-père, de qui il tient l’idéologie frériste et la vision d’un islam globalisant, salafiste et jihadiste.

2- Saïd Ramadan, son père, de qui il tient le goût des déplacements, des voyages et un attachement indéfectible à la question palestinienne et un soutien au « jihad armé ».

3- Youssef Al-Qaradawi, le président de l’Union internationale des savants musulmans (ou plutôt l’union des prédicateurs frères musulmans), de qui il tient cette idée dite du « juste milieu », de la « contextualisation », et j’en passe !

4- Hassan Al-Tourabi, l’architecte du putsch de 1989 au Soudan, qui a placé les Frères Musulmans à la tête de l’État et de ses principales institutions régaliennes, suite à un long travail de ciblage d’une élite hétérogène, de sa formation et de l’activation du processus de son entrisme silencieux pour contrôler les articulations du pouvoir. Tariq Ramadan l’a rencontré au début des années 1990. Il a appris de ce leader islamiste soudanais le concept qotbiste de « l’islamisation par le haut » ainsi que sa méthode pratique. Le même Hassan Al-Tourabi avait dit un jour : « Tariq Ramadan est l’avenir de l’islam ».

5- Malcolm X, l’ami du père Saïd Ramadan. Cet afro-américain qui s’est reconverti à « l’islam sunnite » par la voie des Frères Musulmans. Lorsque Tariq Ramadan avait presque deux ans, Malcolm X était reçu par son père à Genève. Tariq Ramadan a consacré à Malcolm X une conférence entière accessible toujours sur Youtube, entre autres. De cette personnalité afro-américaine, très active au sein de « Nation Of Islam », durant de nombreuses années, Tariq Ramadan semble avoir retenu une certaine idée de « l’islamisation par le bas » et une certaine manière de s’adresser aux classes populaires, aux jeunes, en suractivant le registre de la victimisation, de la nécessaire communautarisation et d’une certaine conception de la « résistance » qui dénigre ouvertement la non-violence et laisse la porte ouverte à l’usage des armes, si besoin est.

6- Jassim Sultan. Frère musulman qatari. Fin stratège. L’un des rédacteurs clefs de la vision stratégique de la chaîne Al-Jazeera. L’architecte de la dissolution opportuniste et pragmatique de la branche qatarie des Frères Musulmans entre 1999 et 2002. Très actif dans le ciblage et la formation d’une élite islamiste dans les pays arabes. Son idée est de former 1% de la jeunesse arabo-musulmane pour composer le noyau dur des révolutions prochaines. Auteur de plusieurs livres géo-stratégiques, édités par une maison qui porte un nom très significatif : Éditions Tamkine. Tariq Ramadan semble avoir compris la nouvelle stratégie d’action, prônée par Jassim Sultan et mise en place au Qatar depuis plus de 15 ans. Celle-ci permet aux Frères Musulmans de noyauter les structures de tout un réseau communicant. Elle abandonne le schéma frériste pyramidal ancien (spider) en faveur du schéma dit « Étoile de mer à cinq bras ». Le réseau français et européen de Tariq Ramadan fonctionne plutôt sous le mode des « frères » de Jassim Sultan. L’islamisme n’est plus facilement identifiable, par ses propres structures, car il lui suffit d’infiltrer des structures existantes ou à faire exister. Plus jamais tout seul. Toujours entouré d’autres acteurs que rien ne fait dire qu’ils seraient musulmans, encore moins islamistes.

Ainsi, il serait simpliste d’insister sur le renvoi de Tariq Ramadan à sa double filiation à Hassan Al-Banna. Pour mieux comprendre son discours, son action, ses méthodes et son projet, il me semble que c’est une grave erreur de faire l’économie d’une analyse globale permettant d’identifier les différents « génies », d’un réseau hyper structuré, qui se nomme : Tariq Ramadan.

Mohamed Louzi

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(1) Pour mieux comprendre mon usage du terme « islamisation », en lien avec le projet des Frères Musulmans, je renvois le lecteur vers deux articles :

1- L’ « islamisation », le bien commun des « frères » siamois (ici : http://www.ikhwan.whoswhoblog/archives/9888);

2- Les preuves du financement saoudien de l’islamisation de l’université française par l’UOIF (ici : http://mlouizi.unblog.fr/…/les-preuves-du-financement-saou…/)

Ce article est également disponible en العربية.EnquêteNewsTribune

TARIQ RAMADAN FAIT ENFIN SON « COMING OUT »

Tariq Ramadan fait enfin son « coming out »

19.03.2016La rédaction

Tariq Ramadan reconnait avoir rejoint l’Union mondiale des savants musulmans (UMSM)*.  Une organisation sur la liste des organisations terroristes des Emirats Arabes Unis. L’Union mondiale des savants musulmans est dirigé par le sulfureux théologien des Frères Musulmans : Youssef Al Qaradawi.

L’homme, recherché par Interpol, est un « savant » antisémite, homophobe, auteur d’une fatwa autorisant à mener des attentats suicide. Une fatwa que l’on retrouve sur plusieurs sites du Hamas. Youssef Al Qaradawi a aussi réclamé la destruction de mausolées chiites et  justifié l’assassinat de personnalités comme Mouammar Kadhafi  et Saïd Ramadan Al Boutih. 

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Pendant des années, il n’eut que quelques rares intellectuels comme Abdelwahab Meddeb, Caroline Fourest, Antoine Sfeir ou Mohamed Sifaoui, Mohamed Louizi,  pour le dire : Tariq Ramadan est un ambassadeur de l’Islam fondamentaliste des Frères musulmans.

Tariq Ramadan enseigne que le fondateur des frères, Hassan al Banna est un modèle à suivre. Y compris dans sa thèse.

Tariq Ramadan intervient dans les cercles des Frères musulmans comme l’UOIF et surtout il se place depuis toujours sous la houlette théologique de Youssef Al Qaradawi, le théologien de référence des Frères et prédicateur vedette de la chaîne Qatari Al Jazira.

C’est le Qatar qui finance la chaire d’islamologie d’Oxford dont Frère Tariq se sert pour passer pour un intellectuel dans les médias.

C’est sous l’égide du Qatar que l’Union mondiale des savants musulmans vient de coopter Tariq Ramadan, qui rejoint tout aussi officiellement ce cercle de savants religieux fondamentalistes.

C’est annoncé dans sa biographie sur son propre site internet. Il fait désormais partie de l’Union mondiale des savants musulmans (UMSM). Connue en anglais sous le nom d’International Union of Muslim Scholars, elle est sur la liste des organisations terroristes des Emirats Arabes Unis.

Un titre passe-partout pour une organisation très clairement frériste puisque sous la tutelle du plus frère d’entre tous : Youssef Al Qaradawi.

Qui est Youssef Al Qaradawi? (lire l’enquête)

Une homme qui recommande de frapper son épouse .

« Quand le mari voit chez sa femme des signes de fierté ou d’insubordination, il lui appartient d’essayer d’arranger la situation avec tous les moyens possibles en commençant par la bonne parole, le discours convaincant et les sages conseils. Si cette méthode ne donne aucun résultat, il doit la bouder au lit, dans le but de réveiller en elle l’instinct féminin et l’amener ainsi à lui obéir pour que leurs relations redeviennent sereines. Si cela s’avère inutile, il essaie de la corriger avec la main tout en évitant de la frapper durement et en épargnant son visage » 

Un homme qui prescrit l’élimination des homosexuels :  « Est-ce que l’on tue l’actif et le passif ? Est-ce avec un sabre ou le feu, ou en les jetant du haut d’un mur ? Cette sévérité qui semblerait inhumaine n’est qu’un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu’à la perte de l’humanité. » 

Un homme qui refuse tout dialogue avec des juifs. « Il n’y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil »

Un homme qui influence les élections en Tunisie, en Egypte, en Turquie : «Celui qui ne vote pas pour le parti de l’islam commet un péché !»

Voilà l’homme pour qui Tariq Ramadan dit depuis longtemps avoir un « profond respect ». Tariq Ramadan reconnait être officiellement placé sous sa tutelle théologique.

Les médias vont-ils, enfin, faire leur métier et présenter Tariq Ramadan pour ce qu’il est ? Un prédicateur intégriste de la Confrérie des Frères Musulmans.

Pour en savoir plus sur le double discours de Tariq Ramadan, écoutez cette enquête.

(*) Plusieurs sites ont constaté que Tariq Ramadan reconnaissait sa participation à l’Union mondiale des savants musulmans.

Le premier est le Global Muslim Brotherhood Daily watch, le 8 février 2016.

Le site Point de bascule lui, montré via les archives du net que Tariq Ramadan avait rejoint l’organisation depuis presque deux ans.

Extraits de son site et de son compte FB:

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PRIX COJEP 2016

Prix Cojep 2016

16.03.2016La rédaction

La Cojep, une organisation regroupant une partie de Turcs alsaciens distribue chaque année une série de prix. En mars 2016, ils ont été attribués à :

  • Prix de l’Honneur Houssame Bentabet
  • Prix de la lutte contre les discriminations : Comité 15 mars et libertés
  • Prix de la Personnalité initiative : Jean-Emmanuel Medina
  • Prix de la Personnalité politique : Mourad Ghazli
  • Prix de la Citoyenneté : Saliou Faye
  • Prix du Vivre ensemble : Dilbadi Gasimov

L’organisation, proche de l’AKP d’Erdogan n’hésite pas à protester  lorsque certains politiques d’origine turque s’avisent de soutenir les manifestants de Taksim :

« Cette attitude froisse en outre, la majorité des associations turques de la ville, favorables en très grande majorité au parti de l’AKP et de Recep Erdogan, et qui correspond à une part non négligeable de l’électorat strasbourgeois » (Communiqué du 5 juin 2013)

Ou encore lorsque des politiques s’acharnent à reconnaître le génocide arménien. ET de pester : « le PS semble vouloir rester sous l’emprise du discours de la diaspora arménienne de notre pays ».

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Les cadres de COJEP, n’hésitent pas à faire des selfies avec leur héros contemporain : Erdogan.

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BEN GUERDANE : AHMED LAAMARI, DÉPUTÉ D’ENNAHDHA ARRÊTÉ PUIS RELÂCHÉ

Ben Guerdane : Ahmed Laamari, député d’Ennahdha arrêté puis relâché

15.03.2016La rédaction

Un député d’Ennahdha a été arrêté suite à l’attaque de Ben Guerdane. Quelques heures plus tard, il était relâché. 

Ahmed Laamari, député d’Ennahdha était selon le site Kapitalis, à bord d’une voiture, devant la caserne militaire visée par l’attaque de Ben Guerdane. Le député était en possession d’un téléphone satellitaire Thuraya interdit en Tunisie

En juillet 2015, Ahmed Laamari avait tenu un meeting à Ben Guerdane pour condamner la construction de la barrière de sécurité entre la Tunisie et la Libye destinée à protéger la Tunisie des incursions terroristes.

Un faisceau d’indices qui avaient conduit le procureur général à demander son arrestation. Cinq heures plus tard, il ressortait, libre. Le site Kapitalis s’interroge: « Que s’est-il passé entretemps ? Qui est intervenu en sa faveur ? L’affaire a-t-elle été classée sans suite? Y a-t-il des hommes politiques en Tunisie qui peuvent se considérer au-dessus de la loi? Pourquoi ni Ennahdha ni le député Laamari n’ont cru devoir s’expliquer sur cette affaire pour le moins louche?« 

CENTRE CULTUREL DES MUSULMANS D’ANNEMASSE

14.03.2016La rédaction

Le Centre Culturel des Musulmans d’Annemasse est au départ la salle de prière d’un foyer Sonacotra. Le 12 juin 1979, le Centre Culturel Islamique de Haute-Savoie reconnaît son existence.

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En 1983, un prince saoudien, choqué par l’état des lieux, offre aux musulmans pratiquants d’Annemasse  une maison située rue des Alpes. La maison fait 211 mètres carrés, elle est composée de 3 salles de prière ; une grande à l’étage ainsi qu’une petite et une moyenne au rez-de-chaussée dont une réservée aux femmes, ainsi qu’un couloir pour les ablutions, une cuisine et un bureau.

A la fin des années 90, la maison est trop petite pour accueillir les pratiquants. La mairie cède alors un terrain. Commence alors une longue campagne entre politiques et habitants contre le projet de mosquée. Un maraîcher, dont la famille exploite le terrain en zone franche depuis 100 ans refuse de céder. En octobre 2014, le tribunal administratif de Lyon donne raison à Pierre Grandchamp, le maraîcher. En février 2016, la mairie finira par voter la vente d’un nouveau terrain appartenant à la commune dans la zone du Brouaz.

Considérée comme proche des Frères musulmans, Abdelaziz Benjelloun président du Centre Culturel des Musulmans d’Annemasse se défend dans un journal Suisse. «Nous des  fondamentalistes? Depuis 30 ans que nous exerçons paisiblement notre foi à Annemasse, ça se saurait» (Le Temps, 28 mars 2011). Pourtant le Centre a accueilli le très controversé Hani Ramadan, le 23 mars 2012 pour une conférence « L’endurance dans le bien ». Mais aussi le 20 juin 2014.

D’autres conférenciers sont intervenus au Centre, comme Tareq Oubrou (29/1/15). Hassen Iquioussen (24/5/14). Ou encore Naïm Loucif (20/12/14), un diplômé en sciences islamiques de l’IESH Château-Chinon et responsable du département études islamiques de l’institut Ibn Taymiyya. Dans un tweet, Naïm Loucif s’enthousiasmait du niveau d’éducation des combattants de la branche armée du Hamas. « Je fût frappé dans les interviews par le niveau de langue arabe des combattants qui parlaient un excellent arabe en mettant les accents à la fin de tous les mots (ceux qui parlent l’arabe comprendront ce dont je parle). Cela montre le niveau d’éducation de ces combattants. Je me demande si les soldats égyptiens s’expriment de la sorte, à voir le général Sissi j’en doute. »

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Le conférencier participera aux Journées de retrait de l’école initiées par Alain Soral et Farida Belghoul. Naïm Loucif sera perquisitionné en décembre 2015 dans le cadre de l’état d’urgence.

De plus le Centre Culturel des Musulmans d’Annemasse est régulièrement présent aux rassemblements de l’UOIF (organisation listée comme terroriste par les Emirats Arabes Unis). En 2007, le Centre participait même à un voyage en car pour le rassemblement de l’UOIF .

En 2016, le Centre Culturel des Musulmans d’Annemasse coorganisait un colloque régional sur « Intégrisme, Radicalisation religieuse … les Racines et les Remèdes ». Dans les objectifs du colloque on pouvait lire :

  • « rappeler les valeurs de l’Islam, basées sur la tolérance et l’ouverture à l’autre
  • comprendre les racines et les sources de cette radicalisation
  • analyser le processus et le parcours qui mènent certains jeunes vers une radicalisation dans la conception et dans la pratique religieuse
  • identifier les remèdes et les moyens qui permettent de prévenir ces phénomènes de radicalisation »

Parmi les intervenants :

M. Anouar KBIBECH – Président du CFCM, Président du RMF, Membre de la Conférence des Responsables de Culte en France (CRCF)

Dr Amine NEJDI – Membre du « Conseil Européen des Oulémas Marocains » (CEOM), Président du CRCM Lorraine, Imam de la Mosquée de Tomblaine (près de Nancy)

Mme Ouisa KIES – Chercheur sur la « Radicalisation en Prison »

M. Moussa KHEDIMELLAH – Sociologue

M. Hafid OUARDIRI – Directeur de la Fondation pour l’Entre-connaissance – Genève

M. Mohammed BOUSEKRI – Président Régional du RMF (Rhône Alpes), Imam de la Mosquée d’Annemasse CCMA est intervenu sur « L’Islam : Religion du juste milieu et du rejet du radicalisme »

M. Mohamed Iqbal ZAÏDOUNI – Responsable de la Formation des Imams au RMF, Président du CRCM Bretagne, Aumônier des Prisons en Bretagne

M. Hamid ZEDDOUG – Président du Centre Culturel des Musulmans d’Annemasse (CCMA), Fondateur du groupe interreligieux de l’agglomération Annemassienne

M. Pascal COURTADE – Chef du Bureau Central des Cultes – Ministère de l’Intérieur

M. Laid BENDIDI – Président du CRCM Rhône-Alpes – Aumônier militaire

M. Kamel KABTANE – Recteur de la Grande Mosquée de Lyon

M. Azzedine GACI – Recteur de La Mosquée Othman à Villeurbanne

DES FRÈRES MUSULMANS POUR LUTTER CONTRE L’ANTISÉMITISME ?

Des Frères musulmans pour lutter contre l'antisémitisme ?

Des Frères musulmans pour lutter contre l’antisémitisme ?

09.03.2017Carla Parisi

Le 26 février 2017, plus de 500 pierres tombales d’un cimetière juif de Philadelphie (Pennsylvanie) ont été brisées ou renversées. La semaine d’avant, 200 tombes juives étaient profanées dans le cimetière de Saint Louis (Missouri). Des graffitis nazis ont également été retrouvé sur la synagogue de Chicago. Les associations juives américaines ainsi que les associations luttant contre l’antisémitisme tirent la sonnette d’alarme : depuis l’investiture de Donald Trump, les actes antisémites ont tendance à augmenter en fréquence et en intensité. La presse européenne a également fait écho d’augmentation de ces actes de vandalisme et de haine aux Etats-Unis.

Dans un contexte de tensions agitées par Trump contre les minorités, dont le « Muslim Ban » est un exemple, les mains se tendent entre les « communautés » juives et musulmanes américaines. Après l’incendie criminel d’une mosquée du Texas le 28 janvier 2017, les responsables de la synagogue voisine avaient par exemple laissé les clés de leur lieu de culte aux responsables musulmans pour qu’il puisse accueillir leurs fidèles. Le 5 février 2017, de nombreuses associations juives américaines ont défilé à New York contre le Muslim Ban, rassemblant près de 10 000 personnes.. De nombreux imams de New York se sont positionnés contre l’antisémitisme et ont appelé à la solidarité entre juifs et musulmans. Un Marine musulman a proposé son aide pour surveiller des lieux de culte juifs.

Ces initiatives de rapprochements et de solidarité entre responsables juifs et musulmans sont presque inédites dans ce pays où les « communautés », façonnées par le community organizing du système américain, n’ont pas vraiment pour habitude de se mêler.

Néanmoins, il convient de s’interroger sur certaines initiatives, aussi efficaces qu’étonnantes, émanant d’organisations et de personnalités liées aux Frères musulmans peu connues pour leur lutte contre l’antisémitisme.

Suite à la profanation du cimetière de Saint-Louis, Linda Sarsour a lancé une campagne de crowdfunding pour reconstruire les pierres tombales juives : 60 000 dollars ont été récoltés. Ikhwan Info a le mois dernier dénoncé l’OPA de Linda Sarsour sur le féminisme américain lors de la Marche des Femmes contre Donald Trump (ICI). Elle est en effet l’auteure de nombreux tweets appelant à « arracher le vagin » d’Ayaan Hirsi Ali (pourtant déjà excisée, réfugiée et opposante aux islamistes) ou encore défendant la charia comme une voie « raisonnable » et qui « fait beaucoup de sens ».

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Linda Sarsour ne s’était jamais particulièrement investie dans la lutte contre l’antisémitisme. Pourquoi avoir attendu cette période tendue pour les Frères musulmans américains, où le gouvernement pointe du doigt leur rôle dans la radicalisation, pour agir ? Pourquoi avoir attendu que le scandale éclate avec la mise en lumière de ses tweets extrémistes, pour s’intéresser à l’antisémitisme ? Même s’il n’est jamais trop tard, le timing de cette opération peut sembler quelque peu opportuniste lorsque l’on connaît ses autres engagements.

Linda Sarsour considère qu’ »il n’y a rien de plus effrayant que le sionisme ». Elle est une militante du mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanction) contre l’état israélien, qui a tendance à confondre boycott de marchandises et boycott de personnalités israëliennes, voire tout simplement de confession juive et considérées comme « sionistes ». Omar Barghouti, cofondateur du BDS, est engagé contre la solution de deux états (Israël et Palestine) et milite pour la création d’un seul état où les juifs seraient minoritaires. Linda Sarsour partage ce point de vue. Cette opinion est sur l’échiquier politique palestinien vivement soutenue par la branche armée des Frères musulmans, le Hamas, qui dirige actuellement la bande de Gaza, et dont la Charte et les leaders sont célèbres pour leurs propos antisémites.

Linda Sarsour est proche du PCRF (Palestine Children’s Relief Fund), et appelle même aux dons pour cette association. Le PCRF a été sous le feu des projecteurs aux Etats-Unis pour ses liens financiers avec THLF (The Holy Land Foundation). Les fondateurs de The Holy Land Foundation ont été condamnés à des sentences de 15 à 65 ans de prison pour avoir utilisé l’argent de leur organisation pour financer le Hamas et notamment des activités terroristes. Un don de 50 000 dollars du The Holy Land Foundation a été effectué vers le PRCF alors que le The Holy Land Foundation était déjà  désignée comme organisation terroriste par le gouvernement américain. Le département du Trésor américain a désigné The Holy Land Foundation comme terroriste le 4 décembre 2001 (via Executive Order 13224). Après enquête approfondie, le département du Trésor a revu sa définition en « organisation terroriste internationale » et l’Union européenne a gelé ses avoirs.

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Linda Sarsour a également participé également à des manifestations avec l’association Al-Awda, qui milite également pour une solution à un état, et donc à mots couverts, pour la destruction de l’état d’Israël.

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Le co-fondateur d’Al-Awda, Abbas Hamideh, encourage les juifs à quitter Israël et à retourner « en Europe, au Maroc, ou de la où il viennent ». Il décrit le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, comme « l’homme le plus honorable sur terre », un « leader puissant et honorable de la résistance ». En janvier 2016, elle intervient à la tribune lors de la marche organisée par Al-Awda à Washington en soutien à la Palestine.

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Linda Sarsour, après avoir été coorganisatrice de la première marche des femmes, est annoncée pour la grande manifestation pour les droits des femmes du 8 mars 2017. Le B’nai B’rith, qui n’avait pas encore réagi, comme la plupart des grandes organisations juives, sort de son silence et s’indigne de la présence, aux côtés de Linda Sarsour, de Rasmea Odeh. Cette dernière a purgé une peine de prison de 10 ans après avoir organisé un attentat en 1969 à Jérusalem qui a coûté la vie à deux étudiants israéliens.

« Donc, nous sommes en 2017, et une terroriste condamnée qui a tué deux personnes (…) devient une figure du féminisme contemporain », « et alors que l’agenda politique de Linda Sarsour gagne en crédit depuis janvier, sans parler de son audience de millions de personnes, maintenant, une autre activiste anti-Israël, anti-sioniste, antisémite, va disposer d’une plateforme pour distiller son idéologie radicale ».

La comptabilité des multiples engagements de Linda Sarsour continue de poser question. Mener la fronde féministe aux États-Unis tout en soutenant la charia ? Lutter contre l’antisémitisme tout en participant à des manifestations avec des pro-Hezbollah, pro-Hamas ou pro-terrorisme ?

Un autre organisme soulève les mêmes questionnement quant à sa sincérité. L’association CAIR a, par le biais de son directeur Nihad Awad, déclaré le 21 février 2017 offrir 5 000 dollars à quiconque aurait une information sur la personne qui menace de faire exploser des centres communautaires juifs, après plusieurs alertes téléphoniques inquiétantes.

CAIR a été classée comme terroriste par les Émirats Arabes Unis pour ses liens avec la confrérie des Frères musulmans.

Nihad Awad a refusé de condamner sur Al-Jazeera aucune organisation œuvrant pour la libération de la Palestine, signifiant ainsi qu’il ne condamne pas le Hamas. Lors du procès contre le The Holy Land Foundation (évoquée ci-dessus), des liens financiers et humains entre THLF et CAIR ont été mis en lumière par le FBI. (Voir ici)

Nihad Awad partage également la tribune au Qatar avec le leader spirituel des Frères musulmans, le Cheikh Youssef Qaradawi. Il le désigne comme un « savant proéminent ». Qaradawi est célèbre pour ses avis religieux ayant ouvertement légitimé les attentats-suicides, notamment en Israël. Sur Al-Jazeera, il affirme en 2009 que « tout au long de l’histoire, Allah a imposé [aux juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. […] C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des croyants ».

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Voici donc un bref aperçu des différentes prises de positions de Linda Sarsour et de CAIR. Sont ils sincèrement les nouveaux fers de lance contre l’antisémitisme aux États-Unis ?

Carla ParisiNews

L’ « ISLAMISATION », LE BIEN COMMUN DES « FRÈRES » SIAMOIS

L’  « ISLAMISATION », LE BIEN COMMUN DES « FRÈRES » SIAMOIS

L’  « islamisation », le bien commun des « frères » siamois

L’  « islamisation », le bien commun des « frères » siamois

12.02.2016 Mohamed Louizi

Le concept d’« islamisation » est un bien commun, dans sa dimension politique, partagé entre des frères siamois : La droite extrême (Front National, Pegida…), d’un côté, et les FM (Frères Musulmans), de l’autre. Les FM l’ont conceptualisé et en font le pilier de leur idéologie de domination des esprits et de conquête des territoires. Les extrémistes de droite le récupèrent pour servir leur idéologie de haine et de rejet de l’autre. L’on pense à tort que la paternité de ce concept est à attribuer à des idéologues frontistes ou des romanciers de la droite extrême. Non ! Le concept d’« islamisation » est le fils légitime de l’islamisme des Frères Musulmans. Il a presque mon âge. Il est né à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Son étude étendue et complexe exige beaucoup de rigueur. Ce n’est pas l’objet de cet article qui vise simplement à rétablir la vérité de sa filiation idéologique et en donner quelques exemples pratiques. Son étude ainsi que celles de ses projections feront l’objet d’un article détaillé, à suivre prochainement.

Ce concept est né d’abord dans le contexte contemporain du monde arabo-musulman. En effet, après l’échec des projets réformistes, du XIXe et du XXe siècle, et la chute de l’Empire Ottoman en 1924, le mouvement islamiste des Frères Musulmans a été créé en 1928, avec la prétention d’être l’héritier exclusif du mouvement réformiste, en axant son idéologie presque exclusivement sur l’aspect identitaire et religieux. Très vite l’idéologie d’Hassan Al-Banna a franchi les frontières, dopé par le sentiment d’injustice et l’envie de liberté, et a participé par un discours identitaire ultra mobilisateur à repousser militairement les colonisateurs occidentaux en dehors des nations arabo-musulmanes. La libération étant acquise, les islamistes n’ont pas eu ce qu’ils attendaient, à savoir le pouvoir, le rétablissement de la loi islamique et la reconstitution de l’unité du califat déchu. L’élite post-colonisation était presque toute marquée par un mélange de communisme et de libéralisme. L’islamisme fut repoussé une nouvelle fois. Le modèle moderniste occidental séduisait et marquait des points.

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Presque un demi-siècle plus tard, l’élite islamiste analysant la situation, elle arriva à la conclusion qu’il manquait une âme philosophique, culturelle, scientifique et intellectuelle à son action politique. D’analyse en analyse, de colloque en colloque, de livre en livre, cette âme a été enfin retrouvée : Il s’agit de « l’islamisation de la connaissance [1] » (أسلمة المعرفة). Certes l’un des objectifs étant toujours de rattraper le retard civilisationnel accusé face à l’Occident, mais le but ultime est d’atteindre le « réveil islamique » tant attendu, caractérisé par une puissance politique souveraine et conquérante et par un rayonnement culturel – comme jadis à l’époque des Omeyyades et Abbassides – qui serait différent, dans son contenu, du rayonnement moderniste occidental. L’on pourrait même parler d’antagonisme entre la philosophie de « l’islamisation de la connaissance » et la philosophie animant le champ de la connaissance occidentale plurielle.

Alors que cette dernière s’est forgée, après des siècles de conflit avec l’Eglise, une identité en dehors du champ religieux et dépendant entièrement aux sens et à l’expérience, la théorie de « l’islamisation de la connaissance », au sens le plus vaste de la connaissance, veut replacer le religieux au foyer même de la connaissance. Aucune connaissance, philosophique, scientifique ou autre, ne devrait être dissociée de la révélation coranique. Celle-ci, telle qu’elle est interprétée par les idéologues fréristes, prend le dessus sur la connaissance induite par les seuls moyens des sens et de l’expérience. Le texte religieux, quel qu’il soit, prend le dessus sur l’observation expérimentale. La modernité occidentale étant considérée comme une idéologie non-neutre par les islamistes, elle porterait selon eux, dans son ADN, la négation d’un Dieu unique et de la profession de l’athéisme. L’islamisme s’opposant à la philosophie de la modernité occidentale, il n’imagine sa relation avec elle que sous le prisme de la domination ultime, tôt ou tard. En attendant, il fait les yeux doux et prône l’échange interculturel, tout en poursuivant, en douceur son projet d’islamisation à tous les niveaux de la société.

Ibn Taymiyyah Islamiyat Al Ma'arifah

La théorisation de ce concept globalisant a été rendu public, en arabe, au moins depuis 1983, notamment dans un livre de référence, portant le titre : Islamisation de la connaissance : Principes généraux et plan d’action [2] (أسلمة المعرفة : المبادئ العامة و خطة العمل), de son auteur Ismaïl Raji El-Faroki [3] (1921-1986), frère musulman palestinien installé de son vivant en Pennsylvanie aux USA. Dès l’année 1981, un Think Tank islamiste a porté ce projet. Il s’agit de l’IIIT [4] (International Institute of Islamic Thought). Son premier président fut le frère Ismaïl Raji El-Faroki. Depuis, des centaines de publications, essais et thèses, sont venues étoffer le concept, le détailler et l’appliquer aux différents champs de la connaissance humaine et de la société : l’éducation, l’enseignement, la science, l’art, la médecine, la finance, etc. Une revue trimestrielle arabe portant le titre d’Islamité de la connaissance (إسلامية المعرفة) a vu le jour depuis plus de vingt ans. L’on décompte désormais 80 numéros édités [5] par l’IIIT.

« L’islamisation de la connaissance » est certes un concept idéologique mais elle est aussi une méthodologie et un plan d’action. Sa cible première demeure le domaine de l’éducation et de l’enseignement. L’élève à l’école, tout comme l’étudiant à l’université, ne doivent, selon les frères théoriciens, être laissés à l’abandon entre les mains de programmes, d’instituteurs et de professeurs laïques ou animés par une rationalité à l’occidentale. Tout devait être fait pour l’intégration du concept de « l’islamisation de la connaissance » dès les premières années de l’école et jusqu’à la fin des études supérieures. La rationalité dictée par la modernité occidentale, basée sur le sens et sur l’expérience, devait être remplacée par une autre rationalité dictée par le contenu de la foi islamique monothéiste, mettant la révélation coranique au-dessus des sens et de l’expérience.

Cette théorie islamiste[6], conçue au départ pour faire sortir, dit-on, le monde arabo-musulman de l’ornière postcoloniale, a connu dès le début des années 1990 une expansion en Occident, en Europe et en France. L’un des fondateurs de l’IIIT, Hisham Yahya al-Talib, est venu en 1993 assurer une formation méthodologique des étudiants de l’UISEF (actuellement EMF) à l’institut frériste l’IESH [7]. Ce frère avait ramené dans ses valises les publications de l’IIIT relatives au concept de « l’islamisation de la connaissance ».

Une année plus tard, les 28 et 29 octobre 1994, et en présence de Taha Jabir Al-Alwani [8], frère international responsable à l’IIIT, l’UISEF avait organisé son premier colloque culturel à Lille sous le thème : Différentes approches de la méthodologie musulmane. L’objet étant de montrer « la nécessité d’une méthodologie musulmane capable de penser la société à partir de notre cadre coranique pour rendre le verbe divin compréhensible et dynamique ». La question de « spiritualiser la connaissance scientifique » a été traitée par un professeur converti Abdelhamid Herbert. D’autres noms avaient pris la parole comme Fayçal Mawlawi, Roger Garaudy et Tariq Ramadan !

le rôle politique de l'élite

Dans son discours de clôture des travaux de ce colloque, le frère Fouad Alaoui, alors président de l’UISEF, et prochainement secrétaire général de l’UOIF, disait : « Notre message est adressé, d’autre part, au monde occidental, lorsque nous parlons de méthodologie musulmane dans l’élaboration de la pensée et le changement civilisationnel, ceci ne signifie aucunement que nous percevons cette méthodologie radicalement opposée à celle de l’occident, au contraire, nous sommes convaincus de l’existence des points communs qu’il faut montrer et qu’il faut expliquer et fructifier ». Un propos symptomatique du double-discours habituel des cadres de l’UOIF. Car Fouad Alaoui ne dit pas que la méthodologie accompagnant sa théorie islamiste se dresse par définition, selon les écrits de ses premiers concepteurs, « contre » les modèles épistémologiques occidentaux, évoluant en dehors du champ de la révélation divine. Les points communs ne seraient que conjecturaux et non principiels. Le pragmatisme des Frères est redoutable.

Fouad Alaoui disait aussi, à l’adresse des étudiants musulmans : « Vous étudiant et étudiante qui êtes dans les universités et surtout dans les laboratoires de recherches. Vous qui êtes les futurs cadres de la société, sachez qu’une maîtrise des bases fondamentales de l’approche scientifique, est nécessaire. Et ceci, pour deux raisons : Premièrement, cette maîtrise fera de votre travail scientifique et universitaire un œuvre d’art qui enluminera le chemin de la connaissance musulmane et universelle. Et deuxièmement, vous en tant que musulman et citoyen ayant une présence positive dans la société, faîtes connaitre votre façon de voir les choses, faîtes connaitre votre angle d’approche des phénomènes scientifiques, car vos collègues peuvent être attentifs à ce que vous dites, si vous le dites bien ». Où comment faire d’une méthodologie, d’apparence scientifique, un outil de prosélytisme à peine voilé pour un projet islamiste, au sein de l’université.

Quelques années plus tard, ces étudiants étrangers en France, profondément marqués par la théorie de « l’islamisation de la connaissance », sont devenus des « cadres de la société », animée par cette vision opposée à la rationalité occidentale et à ses résultats. Abdellah Benmansour, l’actuel président de la FOIE [9], avait publié en mai 2006, une tribune en arabe, dans le magazine Al-Europiya, intitulé : Cellule de la pensée (زنزانة الفكر), déplorant, selon ses dires, l’enfermement de la pensée occidentale dans une grande prison obscure, à quatre murs. Chaque mur a été construit, selon lui, par un savant occidental.

Ainsi, en 1859, à en croire Abdellah Benmansour, Charles Darwin a battu avec sa théorie de l’évolution « le premier mur voilant l’horizon de la pensée humaine désireuse de connaitre Dieu ». Le deuxième mur aurait été construit selon le chef de la FOIE en 1864, lorsqu’un Karl Marx a posé les bases de sa théorie du matérialisme dialectique, expliquant « le mouvement de l’histoire par la production économique ». Le troisième mur aurait été construit par Emile Durkheim en 1895, l’un des fondateurs de la sociologie moderne, qui selon le frère Benmansour « explique l’histoire par le besoin de l’homme de vivre en société » et considère que le but ultime de l’individu est de « tisser des liens avec autrui pour atteindre le bonheur » en dehors de Dieu. Quant au quatrième mur, il serait construit par Sigmund Freud qui a « expliqué le mouvement de l’histoire par l’instinct sexuel » ! Le président de la FOIE conclut en disant : « Avec la théorie de Freud, la pensée occidentale fut prisonnière. La civilisation des quatre murs est née. Son objet était de nier toute existence de Dieu dans l’univers pour que l’homme jouisse du bonheur dans la perversité ». Abdellah Benmansour pouvait dire aussi : La civilisation perverse !

C’est bien cela le sens de l’opposition, entre les deux théories, que n’avouait pas Fouad Alaoui en 1994 à Lille. Abdellah Benmansour l’expliquait en 2006, à sa façon, en toute fidélité aux standards idéologiques des Frères Musulmans depuis le guide-fondateur, jusqu’aux acteurs de l’islamisation frériste, actifs sur le terrain de l’éducation des jeunes et de l’enseignement privé, sur le sol français.

La même opposition est exprimée par Tariq Ramadan dans son livre : De l’islam et des musulmans, quant-il dit : « Nulle opposition entre le cœur et la raison, entre la révélation et l’intelligence en islam, théorie qui entre en contradiction avec celle de Camus, comme on l’a vu, ou encore avec celle Kant, figure emblématique de la tradition philosophique occidentale, qui se voit dans la nécessité d’affirmer : « J’ai dû laisser le savoir pour la croyance. » Il s’inscrit dans une conception de l’homme où le savoir a une limite et la croyance vient se placer au-delà de cette limite, elle en est le dépassement. Quand la raison n’est plus capable d’apporter des réponses, la croyance et la foi prennent le relais, théorie que l’on pourrait presque résumer en une phrase : « Je crois quand je ne sais plus. » La tradition musulmane invoque plutôt la croyance comme souffle qui précède une raison qui ne vient elle-même de renforcer, appuyer, confirmer la certitude brûlant au fond du cœur de tout homme »[10].

Le guide-fondateur Hassan Al-Banna, le grand-père du frère Tariq, qui avait consacré le 19ème principe de ses vingt principes de la compréhension de l’islam à : La religion et la science. Il disait au sujet du conflit entre une « vérité scientifique » et une « règle religieuse » : « Si l’une et l’autre ne sont pas des vérités formellement établies, la priorité est accordée au religieux, en attendant de confirmer ou de contredire ce qu’avance la raison »[11]. Dans son interprétation de ce principe, Youssef Al-Qaradawi écrivait : « La science comporte beaucoup de théorie qui n’ont pas atteint le degré de vérité établie. Par exemple, la théorie de Darwin. C’est une simple hypothèse qui n’a pas été prouvée par l’expérimentation. Elle ne peut donc être considérée comme une vérité établie … Il est donc interdit d’interpréter les textes religieux afin qu’ils concordent avec cette théorie qui n’est pas une vérité scientifique »[12]. Et Youssef Al-Qaradawi de rajouter : « On ne peut interpréter le Coran ou la Sunna afin que leurs textes concordent avec la théorie de Freud en psychologie, ou la théorie de Durkheim en sociologie, ou avec celle de Marx en économie, car toutes ces théories ne sont pas des vérités scientifiques exactes »[13]. L’on remarque au passage que les noms cités par Al-Qaradawi sont les mêmes cités par Abdellah Benmansour dans sa « Cellule de la pensée ». Inutile de savoir qui a copié sur l’autre !

Ainsi, le concept de « l’islamisation de la connaissance » redonne au religieux globalisant, tel qu’il est formalisé par les Frères Musulmans depuis toujours, une place d’hégémonie et de validation, ou pas, des résultats d’autres champs de la connaissance humaine. Le texte devient le « maître ». Et la raison, « l’esclave ». Le texte devient le « soleil ». Et la « science », la terre. Tariq Ramadan appelle ce modèle sa « révolution copernicienne » avec laquelle il aimerait révolutionner le champ du savoir et la réalité, en Orient comme Occident. Dans sa conception de sa dite « réforme radicale », c’est la réalité qui doit s’adapter aux constances des textes supposés sacrés, immuables, incontestables, définitifs et décisifs, et non pas l’inverse. Il faudrait donc agir, selon lui, sur la réalité à partir des textes sacrés. Il ne faudrait par agir sur les textes sacrés à partir de la réalité. C’est le soleil (des réalités occidentales transformables) qui tourne autour de la terre (des textes sacrés immuables) et non pas l’inverse. Sa dite révolution est en mouvement.

Force est de constater que cette vision nourrie tous les projets islamistes des Frères Musulmans en France, en Europe et en Occident. Depuis plus de 30 ans, ces islamistes s’attaquent à la jeunesse, d’abord par le biais des écoles coraniques et des associations de jeunes. Depuis plus d’une décennie, la cible étant l’enseignement privé musulman et la jeunesse scolarisée. « L’islamisation de la connaissance » préfère le formatage idéologique dès le bas-âge. D’autres structures diffusent ses standards idéologiques. D’autres supports aussi. L’idée est « d’apporter la lumière » pour chasser « l’obscurité occidentale » des cœurs et des esprits, dixit Abdellah Benmansour.

Et ce n’est pas dans un établissement public qu’un enseignant pourrait dire à ces élèves ce qu’a écrit, par exemple, le président de la FOIE en 2006, je cite : « La théorie de l’évolution a nié l’existence d’un créateur sage … Elle a considéré que l’homme descend du singe … Que le singe descend des reptiles … Que les reptiles descendent des plantes … Que les plantes descendent de la matière [organique] inerte … Et que cette matière est apparue par hasard … Cette théorie a eu une grande influence en légitimant la colonisation, le fascisme, le nazisme, le communisme, etc. … Nombreux sont ceux qui y croient toujours malgré que la science ait pu démolir les bases de cette théorie ridicule » ! Pour cela, les Frères Musulmans ont besoin de créer leurs propres établissements, sous couvert, du privé musulman pour ainsi former, en parti grâce à la générosité de l’argent du contribuable de la République laïque, toute une génération islamisée qui ne croient ni en la République, ni en la Laïcité. Une génération programmée pour transformer la France en République Islamique de France (RIF), annexée au califat islamique mondial.

C’est ce qu’a écrit un frère musulman, nommé Sayyid Mohammed Omar, en 1996, dans son livre : Le rôle politique de l’élite au premier temps de l’islam, édité par le Think Tank frériste américain, l’IIIT, je traduis : « Le premier pas dans chaque projet de réforme est de former une élite islamique armée d’une connaissance islamique authentique et dotée d’un esprit organisationnel exemplaire qui saurait mener une réflexion stratégique pour dépasser le cadre amer de contexte des pays musulmans et aller vers d’autres horizons. Une élite qui travaille en silence et qui n’informe son environnement que dans la mesure de ce que celui-ci pourrait supporter et que pour mobiliser les gens vers les buts tracés … »[14].

Ainsi, le terme « islamisation » est loin d’être une fabrication de ceux que les Frères Musulmans qualifient d’ « islamophobes ». L’islamisation est une industrie portant le label de l’idéologie frériste, depuis au moins une trentaine d’années. C’est le contenu philosophique de leur projet politique. Et c’est aussi une méthodologie, des plans stratégiques, une littérature globalisante et des institutions très actives. L’islamisation s’est aussi des personnes, des associations, un réseau, des « sous-marins », des infiltrés, des congrès, des colloques, des financements et des représentants autoproclamés de la communauté de foi musulmane. La première erreur serait d’abandonner l’usage de ce terme par peur de froisser la sensibilité des citoyens musulmans qui, plus largement, ne partagent pas cette vision politique et en sont les premiers otages. La deuxième erreur serait de penser que ce terme serait une fabrication du front national. La voie médiane, celle du « juste milieu », chère aux Frères Musulmans, est de se saisir de ce terme pour mieux le comprendre et pour désigner et identifier ses acteurs.

Dans l’art de la guerre, Sun Tzu écrivait : « Si vous connaissez vos ennemis et que vous vous connaissez vous-même, mille batailles ne pourront venir à bout de vous. Si vous ne connaissez pas vos ennemis mais que vous vous connaissez vous-même, vous en perdrez une sur deux. Si vous ne connaissez ni votre ennemi ni vous-même, chacune sera un grand danger. ». Les Frères Musulmans ont déjà étudié la République, ses forces, ses failles et ses faiblesses. Pour que la République puisse espérer gagner la bataille pacifique contre l’islamisation, elle n’a de choix que de connaitre son adversaire, selon sa littérature et sa terminologie. Sa connaissance et son usage décomplexé du concept « islamisation » est une manière aussi de s’affirmer, sans tabous, et de renvoyer, dos à dos, les frères siamois. Ces ennemis jurés de la République et de la Laïcité.

Mohamed Louizi

le rôle politique de l'élite

[1] Lire ici un article synthétique : https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2008-2-page-121.htm

[2] A télécharger le PDF en arabe ici : http://www.minbr.com/file/alfarogi.pdf

[3] Lire ici : https://en.wikipedia.org/wiki/Ismail_al-Faruqi

[4] Lire ici : https://en.wikipedia.org/wiki/International_Institute_of_Islamic_Thought

[5] Lire ici : http://iiitjordan.org/index.php/2013-10-08-10-55-01/اسلامية-المعرفة/الاعداد-الكامله

[6] « Islamiste » car elle sert une vision de domination politique.

[7] Lire ici : http://www.ikhwan.whoswhoblog/archives/9756

[8] Lire ici : https://en.wikipedia.org/wiki/Taha_Jabir_Alalwani

[9] FOIE : Fédération des Organisations Islamiques en Europe dont l’UOIF est membre.

[10] Tariq Ramadan, De l’islam et des musulmans, Presses du Châtelet, 2014, p.33-34

[11] Hassan Al-Banna, 20 principes pour comprendre l’islam, traduction Moncef Zenati, Mediacom, 2004, p.243.

[12] Ibid., p.242

[13] Ibid., p.243

[14] Sayyid Mohammed Omar, Le rôle politique de l’élite au premier temps de l’islam, l’IIIT, 1996, p. 498.

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