La Cojep, une organisation regroupant une partie de Turcs alsaciens distribue chaque année une série de prix. En janvier 2015, ils ont été attribués à :
L’organisation, proche de l’AKP d’Erdogan n’hésite pas à protester lorsque certains politiques d’origine turque s’avisent de soutenir les manifestants de Taksim :
« Cette attitude froisse en outre, la majorité des associations turques de la ville, favorables en très grande majorité au parti de l’AKP et de Recep Erdogan, et qui correspond à une part non négligeable de l’électorat strasbourgeois » (Communiqué du 5 juin 2013)
Le COJEP peste lorsque des politiques s’acharnent à reconnaître le génocide arménien : « le PS semble vouloir rester sous l’emprise du discours de la diaspora arménienne de notre pays ».
Les cadres de COJEP, n’hésitent pas à faire des selfies avec leur héros contemporain : Erdogan.
Il est aussi président du collège-lycée Education et savoir, situé à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) créé en 2008.
Pour lui, le public instruit et le privé éduque.
« Nous croyons que l’instruction, si elle n’est pas accompagnée d’une éducation correcte, est insuffisante. Une instruction basée uniquement sur le matérialisme n’est pas notre vision des choses » Pour une » éducation basée sur une vision musulmane de la vie ». (Zaman)
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Interpol vient de lancer, à la demande de l’Egypte, un mandat contre Youssef Al Qaradawi, le théologien de référence des Frères musulmans. Il y est accusé d’incitation au meurtre, de vandalisme, de violence et de vol.
Comment oublier qu’il y a moins de 10 ans, Youssef Al Qaradawi était reçu comme un demi-dieu à Londres dont il considérait le maire Ken Livingstone, un « homme noble et courageux (…) qui a dans un courage absolu, révélé l’infamie du Mossad (1)» .
Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy entretenait avec lui une correspondance et légitimait ses partisans de l’UOIF (inscrite depuis peu comme terroriste par les Emirats Arabes Unis). En 2004, lorsque deux journalistes français ont été enlevés par l’Armée islamique en Irak, Michel Barnier, le ministre des affaires étrangères, s’était alors empressé de lui rendre visite. Le Monde lui accordait un portrait dégoulinant de mièvrerie orientaliste le décrivant comme l’homme du centrisme musulman : « Si l’islam mondial avait un chef, ce serait lui « (2). Considérer Qaradhawi comme le « chef » de l’islam mondial, c’est ne considérer comme croyants que les plus intégristes, un peu comme si on nommait Alain Escada de Civitas représentant de tous les chrétiens du monde (évangéliques et cathos de gauche compris). La Qaradhawi-mania en dit long sur l’imaginaire occidental concernant les musulmans.
Mais que dit exactement Youssef Al Qaradawi ? (3)
Youssef al-Qaradawi est la plus haute référence théologique des Frères musulmans. Cela signifie qu’aucun autre théologien de la Confrérie n’a poussé aussi loin ses études, ce qui ne fait pas pour autant de Qaradawi le plus grand théologien de tous les temps. D’autres théologiens du monde sunnite, y compris des femmes ont plus de légitimité juridique que lui et n’hésitent pas à le lui rappeler notamment concernant le voile ou l’excision. S’il n’est en rien le « chef » de l’islam, comme le désirent les islamistes et leurs second couteaux, il est en revanche bien le chef des islamistes. En 1959, il sera interdit de prédication religieuse ce qui ne l’empêchera pas de faire une thèse sur l’aumône (et devenir le conseiller de riches dévots), et de diriger plus tard l’organe intellectuel des Frères musulmans en Occident, le Conseil européen de la Fatwa dont sont membres notamment Rached Gannouchi (Tunisie), Moustafa Ceric (Bosnie), Ahmed Ali al-Imam (Soudan)…
Alors que ces camarades sont emprisonnés, Youssef al-Qaradawi conseille les prince du Golfe. Il trouve même une astuce pour autoriser une forme de prêt officiellement sans intérêt à condition bien sûr qu’il approuve chacune de ces opérations financières. Une banque islamique ne vous accorde pas de prêt que vous remboursez majoré d’un certain pourcentage, mais achète pour vous un bien, que vous lui rachetez un peu plus cher. Ce qui revient au même mais respecte la Charia et permet à Qaradhawi de financer ses œuvres.
Le milliardaire est surtout connu pour ses livres et notamment, Le Licite et l’illicite en Islam, qui sert de « bible » à tous ceux qui vivent dans l’angoisse de ne pas pratiquer correctement un islam fondamentaliste. Les Fatwas de Qaradhawi sont très connues dans le monde arabe grâce à l’émission religieuse qu’il anime chaque semaine sur la chaine de télévision Al Jazira, « la Charia et la vie ». Assis derrière un bureau, il prend des questions d’auditeurs, auxquelles il répond en direct. Près de dix millions d’auditeurs sont ainsi familiarisés avec ses prêches, sa barbe grisonnante, ses grandes lunettes en écailles et son chapeau traditionnel rouge et blanc.
Comment battre sa femme ?
Qaradhawi fait partie de ces fondamentalistes prêts à durcir les recommandations du Coran pour se démarquer à tout prix d’une conception égalitaire, jugée « occidentale », des rapports homme-femme. Notamment lorsqu’il autorise les violences conjugales. Dans le Coran, il est écrit : « Celles dont vous aurez à craindre la désobéissance, vous les reléguerez dans des lits à part, vous les battrez ; mais, dès qu’elles vous obéissent, ne leur cherchez point querelle. Dieu est élevé et grand (4) » . Cette autorisation — qui n’est plus appliquée que par des musulmans archaïques — est soumis à certaines conditions, notamment le fait d’user d’un bâton d’arak (de la taille d’un bâton de cannelle). Ce qui revient à recommander une punition davantage symbolique que réellement physique. Youssef al-Qaradhawi préfère toutefois s’en tenir à une interprétation littéraliste moins métaphorique. Voici ce qu’il recommande aux jeunes musulmans vivant en Europe dans Le Licite et l’illicite en islam :
« Quand le mari voit chez sa femme des signes de fierté ou d’insubordination, il lui appartient d’essayer d’arranger la situation avec tous les moyens possibles en commençant par la bonne parole, le discours convaincant et les sages conseils. Si cette méthode ne donne aucun résultat, il doit la bouder au lit, dans le but de réveiller en elle l’instinct féminin et l’amener ainsi à lui obéir pour que leurs relations redeviennent sereines. Si cela s’avère inutile, il essaie de la corriger avec la main tout en évitant de la frapper durement et en épargnant son visage (5) ».
Entre la main et le bâton de cannelle, il y a un pas… que Qaradhawi franchit.
Une femme dans chaque port
Qaradhawi est un fervent défenseur du droit à la polygamie pour les hommes. A cause de leur « nature » et surtout celle des femmes, qui ont leurs règles ! « Dans les sociétés qui interdisent la polygamie (…), beaucoup d’hommes ont des femmes qui n’ont que peu de désir (…) alors que leurs maris ont des besoins sexuels impérieux. Que peuvent-ils faire ? Certaines épouses ont de très longues périodes de menstruation, 10 jours ou plus. Les maris décident donc de prendre une femme supplémentaire ».
Est-ce que l’on tue l’actif et le passif ?
Qaradhawi n’a pas de mots assez durs contre l’homosexualité, qu’il décrit comme un « acte vicieux, (…) une perversion de la nature, une plongée dans le cloaque de la saleté, une dépravation de la virilité et un crime contre les droits de la féminité ». Mieux, comme un crime faisant craindre la fin de la civilisation : « Quand ce péché répugnant se propage dans une société, la vie de ses membres devient mauvaise et il fait d’eux des esclaves. Il leur fait oublier toute morale, toutes bonnes mœurs et toute bonne manière (6) ». À ses yeux, même l’androgynie annonce le chaos : « Quand l’homme se féminise et que la femme se virilise, c’est le signe du chaos et de la dégradation des mœurs (7) ». D’où la nécessité d’interdire les pantalons et de défendre le voile. En réalité, la seule question que se pose réellement Qaradhawi concerne le meilleur moyen d’éradiquer les homosexuels : « Les savants en jurisprudence ne furent pas d’accord sur le châtiment que l’on doit infliger à l’auteur de cette immoralité. Est-ce que les deux partenaires reçoivent le châtiment du fornicateur ? Est-ce que l’on tue l’actif et le passif ? Par quel moyen les tuer ? Est-ce avec un sabre ou le feu, ou en les jetant du haut d’un mur ? Cette sévérité qui semblerait inhumaine n’est qu’un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu’à la perte de l’humanité (8) » .
Le djihad contre les Juifs et les Américains
Pour le prédicateur le débat est impossible : « Il n’y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil (9) » . À noter, l’imam ne parle pas des Israéliens. Ce sont bien les « Juifs » qu’il accuse de verser le sang des « Arabes ». Lors de cette émission, il explique d’ailleurs que même s’il se retient de déclarer tous les Juifs coupables lorsqu’il parle aux Occidentaux, il assume en réalité une vision proprement raciste de cette communauté : « L’iniquité des Juifs, en tant que communauté, est visible et patente. Laissez-moi m’expliquer : en Occident, ce que je peux dire (…) à leur sujet [est que certains d’entre eux] sont iniques, et que d’autres ne le sont pas. Et ceci est tout à fait possible. Mais l’iniquité des Juifs est une grande iniquité, une grave iniquité, une iniquité incomparable et manifeste. Par conséquent, lorsqu’il m’a été suggéré que les Juifs participent au dialogue lors d’une prochaine rencontre, j’ai refusé. J’ai dit non, nous ne devons pas dialoguer avec eux tant que leurs mains seront tachées de notre sang ». Une vraie leçon en double discours.
Qaradhawi a beau justifier sa défiance en mettant en avant l’occupation de la Palestine, c’est bien en se fondant sur le Coran qu’il encourage l’action des groupes islamistes les plus violents. Voici un extrait de l’une de ses conférences donnée dans l’Ohio en 1995 à l’invitation de la Muslim arab youth association :
« Voici ce que disent [les hadiths]. Vous continuerez de combattre les Juifs et ils vous combattront jusqu’à ce que les Musulmans les tuent. Et le Juif se cachera derrière la pierre et l’arbre, et la pierre et l’arbre diront ‘Oh serviteur d’Allah, oh Musulman, voici un Juif derrière moi venez le tuer’. (…) Nos frères du Hamas, en Palestine, la résistance islamique, le Djihad islamique (…) nous rendent notre foi (10)».
L’approbation publique de ces organisations, classées comme terroristes par le Département d’État, lui a valu d’être interdit de séjour aux États-Unis en 1995. En réalité, Qaradhawi fait plus que les approuver. Il est l’un des rares religieux ayant délivré des Fatwas autorisant les attentats-kamikazes en dépit du Coran, qui interdit explicitement le suicide.
C’est notamment en se référant à l’interprétation de Qaradhawi que le Hamas — la branche des Frères musulmans en Palestine — se dit autorisé à mener ses opérations. L’imam, lui, ne perd jamais une occasion de féliciter les candidats au martyr. Comme sur Al Jazira, le 25 avril 2004 :
« Certains clercs s’opposent aux opérations martyres en Palestine. Par ces opérations, Allah a compensé les Palestiniens pour leur manque de force. Ils ne possèdent pas d’hélicoptères Apaches, d’avions de guerre, de tanks ni de missiles comme les sionistes. Allah leur a offert ces bombes humaines en guise de compensation. C’est la justice divine [qui s’opère]. [Dieu] offre aux faibles une arme d’autodéfense contre laquelle les forts ne peuvent rien, malgré tout leur arsenal militaire et nucléaire ».
Au début de la seconde guerre d’Irak, Qaradhawi a déclaré qu’il était permis de tuer les américains en Irak.
Et si on se débarrassait des tyrans apostats ?
Sayyid Qotb, le plus radical des Frères musulmans, l’homme dont Ben Laden s’inspire pour décréter le meurtre des « tyrans apostats » n’a pas cessé d’être enseigné dans les écoles des Frères musulmans. Y compris en France. Il n’y avait donc aucune raison que Qaradawi renie cet héritage.
Lors du printemps arabe, Qaradawi va même jusqu’à demander que l’on tue Mouammar Kadhafi dans son émission télévisée. «Que celui qui dans l’armée libyenne peut tirer une balle sur Mouammar Kadhafi pour en débarrasser la Libye, le fasse».
Qaradawi recommande d’aller combattre contre le régime d’Assad n’hésitant pas à stigmatiser un ancien Frère musulman proche du régime, Said Ramadan Al Boutih l’accusant de « dénaturer l’islam » en aidant « ce rat d’Assad ». Dénaturer l’islam rendait Said Ramadan Al Boutih apostat et légitimait théologiquement son élimination. Le prédicateur mourra quelques semaines plus tard dans un attentat. Pour Qaradhawi tous les soutiens du régime doivent être tués. « Ceux qui agissent avec le pouvoir, il nous est obligatoire de tous les tuer: militaires, civils, oulémas, ignorants (…) ceux qui sont du côté de ce pouvoir (régime syrien) injuste (…) qui a tué les gens sans raison, ils sont injustes comme lui (…) ceux qui tuent pour lui, que ceux-là soient tués à leur tour » (11).
Emporté dans son élan, il n’hésitera pas à condamner les millions d’Egyptiens descendus dans la rue contre Mohamed Morsi en 2013. Cette fois il faut dire que le président était le bien aimé Frère Morsi. « La charia (loi islamique) impose à tous les croyants de faire allégeance au président élu, d’exécuter ses ordres et de se conformer à ses directives ». Et d’appeler à la révolte : « J’appelle ce peuple dans les villes, dans les villages, dans les déserts et dans les campagnes. Je l’appelle, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, riches et pauvres, fonctionnaires et travailleurs, musulmans et chrétiens, libéraux et islamistes à ne former qu’un seul rang afin de préserver les acquis de la révolution ; pour protéger la liberté, la démocratie, la libération de toute dictature et ne pas les abandonner à un tyran gouverneur, civil ou militaire. Certaines nations ont aussi connues cela et ont perdus leur liberté, ne la retrouvant qu’après des années. (12) »
Qaradawi délivrera une autre fatwa contre le référendum constitutionnel : « participer au référendum constitutionnel et contribuer de quelque manière que ce soit au renforcement de ce coup d’Etat autoritaire, ou lui donner de la légitimité ou prolonger son existence ou sa consolidation c’est coopérer dans un péché, et cela est un acte religieusement interdit.»
Conquérir l’Europe
Pour Qaradawi, l’Europe n’est pas un espace neutre mais une terre à conquérir au nom de l’islam. Sur Al Jazira, il déclare :
« Les amis du Prophète ont entendu [de sa bouche] que deux villes seraient conquises par l’islam, Romiyya et Constantinople, le Prophète ayant précisé qu’Héraclès [qui deviendra plus tard Constantinople] serait conquise en premier. Romiyya est Rome, capitale italienne, tandis que Constantinople était la capitale de l’État de la Rome byzantine, aujourd’hui Istanbul. Il a décrété qu’Héraclès serait conquise en premier, et c’est ce qui est arrivé… Constantinople a été conquise, mais la seconde partie de la prophétie, c’est-a-dire la conquête de Rome, reste à réaliser. Cela signifie que l’islam retournera en Europe. L’islam est entré deux fois en Europe, et deux fois l’a quittée… Peut-être que la prochaine conquête, avec la volonté d’Allah, se fera par la prédication et l’idéologie. Toute terre n’est pas obligatoirement conquise par l’épée… [La conquête de la Mecque] ne s’est pas faite par l’épée ou la guerre, mais par un traité [de Houdaybia] et par des moyens pacifiques… Peut-être allons-nous conquérir ces terres sans armée. Nous voulons qu’une armée de prédicateurs et d’enseignants présentent l’islam dans toutes les langues et tous les dialectes… (13)»
Et les prédicateurs européens se bousculent. Le plus célèbre d’entre-eux, Tariq Ramadan est le propagateur des idées de Qaradhawi en Europe. Il le cite régulièrement et dans un de ses livres écrit.
« Toute personne, musulmane ou non, qui a étudié les sciences et le droit islamiques contemporains, sait quelle est la contribution de Yussuf Al-Qaradawi au débat et combien certaines de ses propositions juridiques sont novatrices. J’éprouve un profond respect pour l’homme et le savant et serait le dernier à m’en cacher (14) » Tariq finira par être récompensé de sa dévotion à Qaradhawi, outre une chaire dans une université britannique financé par le Qatar, il obtiendra aussi un poste dans Centre de recherche sur la législation et l’éthique islamiques (CILE), à la faculté islamique de Doha. Mais à force d’être traduit et popularisé en Europe, Qaradhawi finira par être personna non grata chez ceux la même qui le tenaient pour représentant des musulmans. Il sera interdit de séjour par la volonté de Nicolas Sarkozy en mars 2012.
Qu’importe, pour Qaradhawi, l’Europe est fondamentale car elle peut revivifier l’islam. Le couper de ses racines traditionnelles et l’amalgamer à l’islamisme.
« L’Europe [finira par] se rendre compte qu’elle souffre de sa culture matérialiste et se cherchera une solution de remplacement, une échappatoire, un canot de sauvetage ; elle ne trouvera rien qui puisse la sauver, si ce n’est le message de l’islam, le message du muezzin qui lui transmettra la religion sans renier le monde, la conduira aux cieux sans la déraciner de la terre. Avec la volonté d’Allah, l’islam retournera en Europe, et les Européens se convertiront à l’islam. Ils seront ensuite à même de propager l’islam dans le monde, mieux que nous, les anciens musulmans (15) ».
Qaradhawi avait raison sur une chose, les « anciens musulmans » sont moins manipulables que les « nouveaux ». Tant que les Frères musulmans se contentaient de pourrir le débat public en Occident, ou de brûler des ambassades pour des caricatures, les « anciens musulmans » haussaient les épaules. Et puis Qaradhawi s’est emballé, il a appelé au meurtre de Kadhafi, promis l’extase aux sicaires de Morsi. Et les « anciens musulmans » ont cessé d’apprécier le vieux milliardaire. C’est l’Egypte du très religieux président égyptien Sissi (mis en place par les Frères) qui vient de lancer ce mandat d’Interpol. Ce sont les très conservateurs émiratis qui ont placé la plupart des organisations des Frères musulmans sur une liste terroriste.
Une condamnation intellectuelle massive de la pensée et des activités des Frères musulmans depuis les démocraties occidentales aurait été mille fois préférable. Des condamnations judiciaires d’un état de droit pour incitation à la haine et au meurtre auraient été mille fois préférable. Visiblement ce ne sera pas le cas. La riposte contre les Frères viendra du monde des « anciens musulmans » méprisés par Qaradhawi, et pas forcément de la manière la plus démocratique.
Al Jazira, 16 janvier 2005
Xavier Ternisien, « Al-Qaradawi », Le Monde 31 août 2004.
Ce texte reprend des citations déjà publiées dans mon ouvrage Opa sur l’islam de France. Les ambitions de l’UOIF, Calmann Levy, 2005. Youssef Al Qaradawi est parfois écrit ainsi, ou ainsi Youssef Al Qaradhawi selon ses éditeurs.
Sourate IV, 38, (« Les femmes »), Le Coran, édition du CED.
« Ce qu’on doit faire quand la femme se montre fière et rebelle », Youssef Qaradhawi, Le Licite et l’illicite en islam, Paris, Al-Qalam, 1992, p. 207.
Youssef al-Qaradhawi, Le licite et l’illicite, p. 175.
Youssef al-Qaradhawi, « Quand la femme immite l’homme et que l’homme immite la femme » 1992, Le licite et l’illicite op.cit., p. 91.
Youssef al-Qaradhawi, « L’homosexualité » et « Que dire de la masturbation », Le Licite et l’illicite, op.cit., p. 175.
Site aljazeera.net, 17 juin 2004.
Anonyme, L’infiltrée. Une femme au cœur des réseaux terroristes islamistes, 2003, Grasset, p. 177.
Tariq Ramadan, Aziz Zemouri, Faut-il faire taire Tariq Ramadan ?, l’Archipel. Pour en savoir plus sur Tariq Ramadan : Caroline Fourest, Frère Tariq, Grasset.
Au lendemain de la publication par les Emirats arabes unis d’une liste d’organisations terroristes, sur laquelle figure l’UOIF, Dalil Boubaker, recteur de la Grande Mosquée de Paris a adressé un message de soutien à l’organisation.
« Cette décision est aussi consternante qu’injustifiée et constitue un inquiétant amalgame »
« Si la lutte contre le terrorisme et ses réseaux est une absolue nécessité que nous soutenons, elle ne doit pas se transformer en chasse aux sorcières. L’UOIF ne peut pas être qualifiée d’organisation terroriste »
« Nous reconnaissons en l’UOIF une institution responsable, qui œuvre pour la paix sociale et l’intégration de l’islam et des musulmans dans le paysage français en respectant des lois de la République », poursuit la GMP, qui attend des autorités émiraties « la reconsidération de leur décision afin de lever toute ambigüité et de pouvoir ainsi lutter efficacement contre le terrorisme ».
Les Emirats Arabes Unis publient une liste d’organisations et de groupes terroristes
15.11.2014 La rédaction
Les Emirats ont approuvé une liste d’organisations et de groupes terroristes en application de la loi fédérale n ° 7 / 2014 sur la lutte contre les crimes terroristes, délivré par le Son Altesse Cheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan
Cette liste est prévue pour la publication dans les médias à des fins de transparence et de sensibiliser la société sur ces organisations.
Dans un discours du 2 novembre 2014, prononcé à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle session parlementaire, le roi Abdallah II a abordé des problèmes intérieurs, évoquant les réformes politiques et les projets économiques en cours, ainsi que les affaires internationales et régionales. Mentionnant « un certain nombre d’organisations takfiries » qui menacent la région, il les a qualifiées d’ennemies de l’islam et des musulmans ; la guerre contre elles « est notre guerre, parce que nous sommes visés, et nous devons nous défendre, défendre l’islam et les valeurs de tolérance et de modération en luttant contre l’extrémisme et le terrorisme ».
Concernant la situation à Jérusalem, il a assuré que la Jordanie continuerait de « s’opposer, par tous les moyens dont elle dispose, aux décisions politiques unilatérales d’Israël à Jérusalem », et à protéger les lieux saints musulmans et chrétiens. Il a rappelé l’engagement de la Jordanie à reconstruire Gaza « suite à l’odieuse agression israélienne », et a appelé à reprendre les négociations sur le statut final entre Israël et les Palestiniens, devant mener à une paix durable sur la base de la solution des deux Etats – car l’absence de solution juste alimente l’extrémisme et le terrorisme.
Au sujet de la crise syrienne, il a déclaré que « la seule solution est une solution politique générale », estimant que l’absence de solution conduirait à l’intensification des conflits communautaires dans la région.
Enfin, il a salué l’armée jordanienne, mettant l’accent sur son « engagement à défendre les causes de la nation arabe, son sol et sa sécurité face à toutes les menaces » car « la sécurité de la Jordanie fait partie intégrante de celle des pays arabes frères ».
Les islamistes ont reconnu leur défaite. Elle est historique et vient démentir ceux qui, parmi les journalistes et les diplomates, n’ont cessé de répéter que les intégristes représentaient la Tunisie véritable. Ceux-là n’ont pas voulu voir la colère, profonde et populaire, contre Ennahdha et ses alliés.
Une photographie plus juste qu’après la Révolution
Le résultat annoncé n’est pas un revirement, mais le retour à une photographie réelle de la Tunisie. Le score des intégristes au lendemain de la Révolution s’expliquait essentiellement par le fait qu’ils étaient à la fois les martyrs les plus connus du régime de Ben Ali et les mieux organisés pour tirer profit de son départ. Les forces laïques s’étaient présentées en ordre très dispersé. Près d’une centaine de listes, parfois inconnues du grand public. Trois ans plus tard, la Tunisie a mûri. Les listes sont toujours nombreuses mais les Tunisiens ont souhaité voter utile pour placer Nidaa Tounes en tête et tirer les leçons de cet éparpillement. Tout valait mieux que le retour au pouvoir des intégristes, leur louvoiement face au terrorisme et leurs tentatives pour inscrire la charia dans la Constitution.
Même si elle a fini par être votée et qu’elle contient à peu près tout et son contraire -la liberté de conscience et le refus de porter atteinte au sacré-, cette Constitution a été adoptée dans un climat très lourd.
Les Ligues dites de protection de la Révolution, longtemps encouragées par la troïka au pouvoir, ont fait régner une terreur toute salafiste… Qui a culminé avec le meurtre de deux figures de la gauche tunisienne anti-islamiste, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Leurs morts, aggravées par la menace terroriste grandissante, ont provoqué un électrochoc dans un pays plongé dans une crise à la fois morale, économique et politique. Une crise qui a contraint les islamistes à quitter le gouvernement jusqu’aux élections, qu’ils espéraient gagner.
L’évolution tactique d’Ennahdha
Le fait que ce parti islamiste ait accepté de quitter le pouvoir pour laisser un gouvernement provisoire organiser les élections législatives n’est pas, contrairement à ce que l’on entend partout, la preuve qu’il ait renoncé à tout objectif d’islamiser la société, de la base jusqu’au sommet. Conformément à la doctrine des Frères musulmans, il s’agit d’un repli stratégique. Ne pas être au pouvoir quand cette échéance législative arriverait était le seul moyen de limiter la casse.
Et encore… Il aura fallu leur tordre le bras, la peur du scénario égyptien et d’assumer la mise en faillite du pays, pour qu’ils rendent les clefs d’un gouvernement qui est allé bien au-delà du mandat pour lequel il avait été nommé. C’est donc un gouvernement de transition qui a permis de mettre la Tunisie sur les rails de ces élections. Elles donnent raison à ceux qui ont cru à l’espoir soulevé par le printemps arabe, malgré le chaos et les difficultés.
Que penser de Nidaa Tounes ?
Béji Caïd Essebsi est un vieux renard de la vie politique tunisienne. Ministre sous Bourguiba, simple élu sous Ben Ali, retiré de la vie politique dans les années 90, il a gagné en popularité pour avoir bien géré, comme premier ministre, l’un des gouvernements provisoires de l’après révolution. Aidé par la peur des islamistes, il a réussi le tour de force de rassembler autour de lui à la fois des anciens du RCD et des gens bien plus à gauche. De ceux qui ont fait la révolution et veulent conserver ses acquis démocratiques, tout en craignant plus que tout les intégristes.
Le fait que Nidaa Tounes arrive en tête va permettre de sauver cette modernité, tout en conservant les acquis démocratiques. Surtout si Nidaa Tounes doit faire alliance avec un parti plus à gauche. Après les débats pour la survie du pays et l’affrontement entre laïcs et intégristes, le pays pourrait enfin connaître des débats plus classiques.
On espère déjà le jour où les Tunisiens pourront véritablement choisir entre un camp conservateur non dangereux, un centre et un véritable camp progressiste. En attendant, le « vote utile » a évité le pire. En chemin, il y aura encore de nombreuses crises politiques, des claquages de porte, des alliances étonnantes et des revirements… Mais c’est la loi de la démocratie. Si Nidaa Tounes parvient à les accepter sans céder à la tentation paternaliste, la Tunisie deviendra, après bien des sacrifices, la démocratie sûre que son peuple et sa société civile méritent.
La Ville de Genève a financé une ONG accusée de liens avec Al-Qaida
14.10.2014 La rédaction
La municipalité et le Département fédéral des affaires étrangères ont versé près de 245 000 francs à la fondation genevoise Alkarama. Son ancien président est accusé par les Etats-Unis de soutenir le terrorisme, il figure également sur la liste de l’ONU des personnes sanctionnées pour ses liens avec Al-Qaida
La décision américaine a eu des répercussions jusqu’en Suisse. Le 18 décembre 2013, le Département américain du Trésor décidait de geler les avoirs d’Abdul Rahman Omeir al-Naimi (à g.). Le Qatari est alors accusé par Washington d’avoir transféré, la même année, près de 600 000 dollars à Al-Qaida via l’un de ses représentants en Syrie. Cet homme – un professeur d’histoire à l’Université de Doha comme il l’affirme sur son compte Twitter – aurait supervisé le transfert de 2 millions de dollars au réseau terroriste, mais en Irak cette fois-ci, tout comme il aurait fourni du support matériel aux insurgés irakiens. Toujours selon les autorités américaines, il aurait également transmis de l’argent sous couvert d’activité de charité à Al-Qaida au Yémen ainsi que 250 000 dollars au groupe terroriste Al-Shabaab en Somalie.
Autre particularité que celle d’être mis à l’index par les Etats-Unis, l’individu était également président du conseil de Fondation Alkarama (LT du 21.12.2013) – une organisation non gouvernementale sise à Genève –, laquelle «défend les victimes de violations des droits humains dans le monde arabe». A l’époque où l’affaire avait éclaté, un élément était encore inconnu: celui de l’origine du financement de l’un des projets que l’ONG avait engagé en Egypte en 2013. Le Temps a appris que le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et la Ville de Genève se sont engagés à hauteur de 245 000 francs dans ce projet (respectivement 195 500 francs pour le DFAE, 50 000 pour la ville). Lequel visait à «garantir l’ouverture d’enquêtes sur les violations du passé et la traduction en justice des responsables» ainsi qu’à «renforcer le système de protection des droits de l’homme».
Contacté, le directeur de l’ONG Mourad Dhina (à dr.) conteste toujours les accusations américaines. «Les informations sur lesquelles ils se basent proviennent probablement d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, deux pays que nous mettons régulièrement en cause. Par ailleurs, notre travail d’enquête sur les frappes de drones au Yémen n’est pas du goût des Etats-Unis. Quant à Abdul Rahman Omeir al-Naimi, il a demandé à être entendu par la justice américaine. Elle n’a jamais répondu à cette demande.» Le directeur assure que sa «fondation a pu confirmer avec les autorités américaines qu’elle n’était en rien concernée par ces accusations».
En janvier 2012, Mourad Dhina avait été menacé d’extradition vers l’Algérie, pour des motifs liés à des activités terroristes entre 1997 et 1999. Arrêté en France, il avait été ensuite relâché, le Tribunal de Paris rejetant la requête en ce sens de la justice algérienne.
Le projet égyptien, lui, a été suspendu «en été 2013 en raison des développements en Egypte et du fait qu’il était devenu impossible de travailler sur le terrain aussi bien pour Alkarama que toutes les autres ONG étrangères», affirme Mourad Dhina.
Sur les 50 000 francs versés par la Ville de Genève, cette dernière n’a récupéré que 13 140 francs, fait savoir Gérard Perroulaz, administrateur de la Délégation Genève Ville solidaire (DGVS). Un montant qui correspond aux fonds non utilisés par la fondation. Questionnée sur la volonté de récupérer la somme manquante (36 860 francs) au vu de l’accusation portée par le Département du Trésor, la ville botte en touche. «A ce stade nous suivons la politique de la Confédération, si elle venait à changer, la nôtre s’adapterait», fait savoir la conseillère personnelle de la magistrate chargée des finances, la socialiste Sandrine Salerno. Enfin, sur la procédure de contrôle de l’attribution de la subvention, Gérard Perroulaz concède que «pour chaque projet politiquement sensible, l’expertise et les recommandations du DFAE ont été suivies». Autrement dit, la DGVS n’a pas les moyens techniques et humains pour s’assurer de la respectabilité des organismes auxquels elle octroie une subvention.
Depuis le 18 décembre 2013, la situation d’Abdul Rahman Omeir al-Naimi a changé, puisque ce dernier a pu retrouver son nom, le 24 septembre 2014, sur la liste de l’ONU des personnes sanctionnées pour ses liens avec Al-Qaida.
Contacté, le DFAE n’a pas été en mesure de répondre à nos questions.
La Turquie prête à accueillir des dirigeants des Frères musulmans
16.09.2014 La rédaction
La Turquie s’est dite prête à accueillir au moins sept dirigeants des Frères musulmans devenus persona non grata au Qatar, a annoncé lundi 16 septembre le chef de l’Etat turc Recep Tayyip Erdogan.
« S’ils expriment le souhait de venir en Turquie, nous étudierons leur demande », a déclaré le président Recep Tayyip Erdogan aux journalistes qui l’accompagnaient à son retour lundi d’une visite officielle dans l’émirat du Qatar. Ses propos n’ont guère surpris, puisque la Turquie, qui abrite depuis le massacre de Hama en 1982 les responsables des Frères musulmans syriens, a noué avec les responsables des autres pays faisant leur printemps arabe des liens très étroits ces dernières années. Ils ont été souvent invités en Turquie et ils seraient même en ce moment en train de s’organiser en une sorte de fédération mondiale, qui devrait avoir son siège officieux à Istanbul.
Les malheurs des Frères musulmans égyptiens, depuis le renversement par l’armée égyptienne du président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013, ont d’ailleurs suscité la colère du même Erdogan, alors qu’il était Premier ministre, ainsi qu’une vague de sympathie parmi les islamistes turcs, proches de l’AKP au pouvoir. Leur signe de ralliement, la main aux quatre doigts tendus ou « Rabia », est d’ailleurs régulièrement brandi par les ministres du gouvernement.
Aucune demande de résidence n’a été pour l’instant adressée aux autorités turques de la part des intéressés, mais il ne fait guère de doute qu’elle recevrait une réponse favorable. Ce qui ne manque pas d’inquiéter ceux qui trouvent que la Turquie devient de plus en plus un repaire pour les mouvements islamistes de la région, simples politiques ou militants armés.
Wajdi Ghoneim, prédicateur des Frères musulmans, longtemps exilé au Qatar a publié le 16 septembre 2014, une vidéo où il déclare que l’Occident déteste les musulmans. Pour illustrer sa démonstration, il rappelle les exactions d’Abu Graib mais aussi l’assassinat du «héros martyr»Ben Laden. Selon le prédicateur, Il faut soutenir Daesh victime de la propagande mensongère occidentale. En 2012, Wajdi Ghoneim avait été accueilli en Tunisie comme un héros. Il semble qu’il soit aujourd’hui en Turquie?