BADR AL-NASHI

Badr Al-Nashi

10.04.2015 La rédaction

Badr Al-Nashi a été, entre 2003 et 2009, le secrétaire général de Hadas حدس, le parti Koweitien lié aux Frères musulmans.

Bader Al-Nashi apparait souvent dans les correspondances de la diplomatie américaine divulguées par Wikileaks. Il est en effet très écouté de l’ambassade qui reprend textuellement ses analyses. Notamment sur le fait que Hadas serait un facteur de modération dans la région. Il revendique notamment la possibilité de pouvoir influencer les décisions des sunnites radicaux en Irak.Le frère de Bader Al-Nashi, Salem Al-Nashi est le porte parole de la  Salafi Islamic Grouping.Un autre membre de sa famille Hamad Al-Nashi se bat contre les femmes non voilées Le 28 octobre 2009, la Cour constitutionnelle a rejeté la plainte déposée par l’avocat Hamad Al-Nashi contre les deux députées non voilées ; il demandait à ce qu’elles soient définitivement exclues du parlement pour infraction de la Charia. Le tribunal a décrété que « les individus ne sont pas tenus de respecter les régulations de la Charia islamique au même titre que les lois fondamentales [de l’Etat], à moins que le législateur n’intervienne pour stipuler le contraire… La constitution koweïtienne ne stipule pas que la Charia soit la seule source de législation, et elle n’interdit pas au législateur de recourir à d’autres sources [de législation], au nom du respect des [besoins] du peuple. En outre, la constitution garantit une totale liberté religieuse et individuelle et interdit la discrimination… sur des considérations de religion ou de sexe ».

Cet article est également disponible en English.

THE ISLAMIC EGYPTIAN SOCIETY OF NEW SOUTH WALES

The Islamic Egyptian Society of New South Wales

09.04.2015 La rédaction

The Islamic Egyptian Society of NSW est le principal groupe en Australie. Ses membres ont longtemps laissé planer le doute sur leur affiliation. Au lendemain de la chute de Morsi, alors que des journalistes commencent à s’intéresser aux soutiens des Frères, la Islamic Egyptian Society admet faire partie de l’organisation.

La Islamic Egyptian Society existe depuis le début des années 1970 et revendique d’être celle qui représente la majorité des musulmans d’Australie. Elle est fondé par des opposants islamistes du régime égyptien.

En 1986, les Frères musulmans australiens ont créé un établissement scolaire Arkana College.

Ils créent aussi un conseil d’Imams : Australian National Imams Council qui élit le Mufti d’Australie

La Islamic Egyptian Society se prévaut d’excellentes relations avec l’université Al Azhar et d’avoir organisé la venue de théologiens pendant le Ramadan. Un magazine, Ahoda a été publié jusqu’en 2006.

En mai 2006, alors que l’Egypte de Moubarrak se bat contre les Frères musulmans, ils sont reçu en grande pompe à l’ambassade, à Canberra. Dans leur revue, les Frères publient les photos et remercient l’ambassadeur Mohamed Tawfiq, sa femme et toute l’ambassade.

« Tous, les jeunes comme les moins jeunes, ont apprécié la réception comme s’ils avaient été ramené dans leur patrie, l’Egypte » (Alhoda, mai 2006)

Quelques mois plus tard, la société acquiert pour 900 000 dollar australiens (650 000 €) un terrain. Elle réunit l’argent assez vite, mais abandonne le projet suite à des problèmes de mises au normes.

Plusieurs présidents se sont succédé depuis sa création :

Cet article est également disponible en العربية et English.

NICOLAS SARKOZY ET L’UOIF

Nicolas Sarkozy et l’UOIF

07.04.2015 La rédaction

Nicolas Sarkozy a plusieurs fois tenté de rassurer ceux qui s’inquiètent de voir la République cautionner une organisation comme l’UOIF. « Ce ne sont que des musulmans orthodoxes » a-t-il sobrement déclaré dans le cadre de l’émission Complément d’enquête, où l’on venait pourtant de voir un documentaire singulièrement à charge pour l’organisation en question[1]. Dans son livre, il refuse de croire au « double discours » ou même à la radicalité supposée de l’organisation : « J’ajoute que les dirigeants de l’UOIF ont toujours tenu un discours respectueux de la République et qu’ils ne se reconnaissent pas dans l’image radicale qu’on leur prête. J’ai choisi de les croire »[2]. L’ancien ministre de l’intérieur y croit tellement qu’il présente l’UOIF comme une organisation simplement « fondamentaliste » et même comme un mouvement en guerre contre l’intégrisme, musulman mais aussi laïque : « Si Fouad Alaoui dénonce deux intégrismes, l’intégrisme laïque et l’intégrisme musulman, je ne peux ni ne veux lui donner tort. (…) Les deux doivent être rejetés avec une égale intensité! »[3]

Passons sur le terme d’« intégrisme laïque » — parfaitement impropre puisqu’il tend à faire passer la volonté de séparer strictement le politique et le religieux pour de l’extrémisme… religieux ! Plus grave est le fait que Nicolas Sarkozy mette sur le même plan ce qu’il appelle l’« intégrisme laïque » (dont l’extrémisme consiste à vouloir au pire séparer le politique du religieux dans l’intérêt de tous) et l’intégrisme musulman (qui tue chaque jour des libertés quand il ne tue pas tout court)

Fiammetta Venner

[1] Complément d’enquête, France 2, 27 janvier 2003.
[2] Nicolas Sarkozy, La République, les religions, l’espérance, Cerf, Paris 2004, p.83.
[3] Idem, p. 88.

Cet article est également disponible en English.

FRÈRE MUSULMAN, C’EST AVANT TOUT UNE ÉCOLE DE PENSÉE

Frère musulman, c’est avant tout une école de pensée

07.04.2015 Fiammetta Venner

L’UOIF proteste à chaque fois qu’un observateur rappelle leur proximité idéologique avec la matrice égyptienne. Lorsque l’on demande à Fouad Alaoui quels sont ses liens avec les Frères musulmans, il répond : « C’est un mouvement parmi d’autres. Nous le respectons, dans le sens où il a prôné un renouveau et une lecture moderniste de l’islam. Mais notre démarche en France se situe au-delà. Nous n’avons aucun lien organique avec les Frères musulmans ». C’est une ruse assez courante chez des militants formés par les Frères. Ils feignent de confondre l’appellation Frères musulmans en tant qu’« organisation formelle » et l’appellation Frères musulmans désignant l’école de pensée fondée depuis l’Égypte par Hassan al-Banna[1], afin de se disculper de tout procès en islamisme au motif qu’ils ne sont pas « organiquement » reliés à la confrérie des Frères musulmans. Une confrérie aux trois quarts secrète, sans aucun lien organique avec la plupart de ses membres, et dont la nocivité réside moins dans sa structure que dans les idées qu’elle véhicule.

Ce culte de l’informel est même typique des Frères dont l’origine remonte à 1928, lorsque six garçons enthousiasmés par les prêches d’Hassan al-Banna viennent le trouver pour mettre en application ses précieux conseils : « Nous avons entendu, nous avons pris conscience et nous avons été touchés, mais nous ne savons pas quel est le chemin concret qui nous ramènera vers la splendeur de l’Islam. (…) Comment nous appellerons-nous ? Afin d’être officiellement reconnus, serons-nous une association ou un club, une confrérie ou un syndicat ? ». La réponse que leur fait al-Banna est essentielle pour comprendre ce que sont les Frères musulmans : « Rien de tout cela, laissons de côté les apparences et les officialités. Que le principe et la priorité de notre mission soient la pensée, la morale et l’action. Nous sommes des Frères au service de l’Islam nous sommes donc les ‘Frères musulmans’ ». Tout est dit dans cette phrase. Les Frères musulmans ne sont pas un mouvement, ni même une confrérie au sens formel du terme, mais une école de pensée. Les islamistes savent remarquablement jouer de ce flou pour troubler les observateurs occidentaux, qui s’évertuent à chercher des liens organiques entre des associations alors qu’il s’agit d’une idéologie dont on peut se revendiquer ou, au contraire, nier tout lien formel, selon les besoins et le contexte. D’une certaine manière, on pourrait comparer le fait d’être Frère musulman avec son ennemi ontologique : le fait d’être marxiste. On peut être marxiste sans avoir sa carte du parti communiste. En revanche, on ne peut pas être marxiste sans croire à la lutte des classes. C’est un peu la même chose avec les Frères musulmans. On peut être Frère sans être relié organiquement avec la confrérie égyptienne, simplement en adhérant à la pensée et à la méthode de Hassan al-Banna. Or, c’est bien le cas de tous les cadres de l’UOIF, même s’ils prétendent vouloir adapter l’idéologie des Frères musulmans au contexte français : « la pensée des Frères musulmans s’est internationalisée, elle n’est pas restée en Égypte. C’est une pensée qui est partagée par l’UOIF mais elle doit être réactualisée en tenant compte de la France »[2], explique Fouad Alaoui. C’est aussi une ruse très fréquente chez les Frères musulmans, qui prétendent savoir faire le tri entre les buts et les moyens prônés par Hassan al-Banna en fonction de leur époque et de leur environnement. Ce qui peut troubler ceux qui ne connaissent pas en détail l’idéologie des Frères. Car elle demande justement de savoir s’adapter à son milieu, à son époque et à son contexte, non pas pour se modérer mais pour être plus efficace. Or la recherche de cette efficacité est terrifiante lorsqu’on connaît les objectifs d’Hassan al-Banna, unanimement partagés par les Frères musulmans, quelles que soient leurs divergences sur les moyens d’y parvenir. Car l’homme que l’ensemble des prédicateurs de l’Union présente comme le « plus grand réformiste de ce siècle »[3] n’était en rien un modèle et son islam n’était en rien « moderniste ». La pensée et la méthode d’Hassan al-Banna ne visaient pas à moderniser l’islam mais à instaurer un régime fondé sur un islam fondamentaliste et intégriste. Ce qui fait toute la différence. Et rien dans son programme, purement fascisant, ne peut être l’objet d’un tri. C’est d’ailleurs dans les années 30, alors que l’Occident connaît sa crise totalitaire, qu’Hassan al-Banna imagine en miroir un islam totalitaire. Les programmes des Frères font régulièrement référence à l’Allemagne nazie, et plusieurs économistes de la confrérie se sont inspirés du programme fasciste italien[4]. Dans leur programme en sept points, les Frères musulmans prévoient notamment de rassembler en une seule et grande patrie sous la bannière de l’islam tout « empan de terre où il y a un musulman qui prononce ‘Il n’y a pas de divinité si ce n’est Dieu lui-même’ », car « Si le Reich allemand s’impose comme protecteur de tous ceux dont le sang allemand coule dans les veines, et bien la foi musulmane s’impose à chaque musulman ayant la capacité de se considérer comme protecteur de toute personne ayant été imprégnée de l’apprentissage coranique ». Jean-Marie Le Pen — qui a récemment déclenché un scandale pour avoir regretté que la Gestapo n’ait multiplié les exécutions sommaires — n’aurait pas dit mieux[5]. Et pourtant, les Frères musulmans continuent d’apparaître aux yeux d’une certaine extrême gauche comme un « mouvement de libération », simplement parce que les Frères ont contribué — avec d’autres — aux manifestations de soutien au putsch des Généraux égyptiens ayant mis fin à la colonisation anglaise. C’est en tout cas la vision défendue par le petit-fils de Hassan al-Banna, Tariq Ramadan, qui voue une admiration sans borne à son grand-père, qu’il présente comme le « plus grand réformiste de ce siècle ». Dans sa thèse apologétique sur Hassan al-Banna, Tariq Ramadan décrit son grand-père comme un réformateur se distinguant des autres par sa capacité à transformer le fondamentalisme musulman en dynamique politique et sociale. On retrouve très exactement la même thèse à l’UOIF : « Ce qui a distingué l’imam Hassan el Banna que l’on place à juste titre et avec tout le mérite dans la lignée des grands penseurs et réformateurs, (…) c’est qu’il a su greffer cette dimension organisationnelle à la dimension spirituelle et à la dimension intellectuelle »[6]. Cette présentation angélique oublie toutefois de préciser, auprès des interlocuteurs non-initiés à l’histoire politique de l’islam, que la réforme prônée par Banna n’était pas moderniste mais fondamentaliste. De même que les Frères ont participé à la libération de l’Égypte pour mieux demander, dès le lendemain, l’instauration d’une théocratie — au sens où la loi devait se fonder sur la Charia et non sur l’intérêt commun. Dès 1954, des émissaires des Frères ont formulé cette exigence auprès de Nasser, qui raconte : « J’ai rencontré le Guide suprême des Frères qui m’a submergé de demandes. La première chose qu’il a demandée était que le gouvernement proclame le port du voile pour les femmes. Il a fait ensuite d’autres demandes, telles que la fermeture des cinémas et des théâtres, et d’autres choses encore pour rendre la vie sombre et sinistre. Il était, bien entendu, impossible de faire une chose pareille »[7]. Cette demande n’est pas surprenante. Dans leur programme visant à établir une société islamique idéale, les Frères musulmans sont très clairs. Le mouvement se fixe pour objectif de « réformer les lois pour qu’elles se conforment à la législation islamique, notamment les infractions et les sentences pénales », en diffusant « l’esprit islamique dans les instances du gouvernement afin que les citoyens se sentent tous appelés à appliquer les préceptes de l’islam ». En attendant, sur le terrain, les Frères disent vouloir « initier le peuple au respect des mœurs et rendre publiques les prescriptions relatives à la loi ». Ce qui passe par « montrer de la fermeté dans l’application des sanctions pénales relatives aux mœurs ». Cet objectif, au cœur du programme, occupe plusieurs propositions. Il s’agit de « supprimer la prostitution », de « considérer la fornication, quelles que soient ses conditions, comme étant un crime grave qui nécessite une sanction légale », de « lutter contre toutes les sortes d’exhibitions et d’ostentations et appeler fermement les femmes, particulièrement les enseignantes, les lycéennes et les étudiantes, les médecins, (…) à un comportement respectueux », mais aussi d’« interdire la mixité entre étudiants et étudiantes », de « considérer tout contact mixte en tête à tête comme un crime susceptible d’être sanctionné » et de « fermer les dancings, les lieux libertins et interdire la danse et tout contact gestuel entre un homme et une femme ». Et encore, il ne s’agit que d’un extrait. Un programme qui n’a rien d’étonnant quand on connaît l’obsession de Hassan al-Banna pour la pudeur et les bonnes mœurs.

Né dans un petit village égyptien, Hassan al-Banna vient d’une famille très rigoriste. Son seul apprentissage consiste à connaître le Coran par cœur. À l’âge de 12 ans, il prend la tête d’une Association de la bonne conduite morale, une ligue de vertu destinée à faire régner la discipline et respecter les bonnes mœurs au sein de son école. Un coup d’essai puisqu’il devient quelques années plus tard le fondateur d’un Groupe pour la prévention des actes illicites invitant les Égyptiens à dénoncer les actes immoraux de leurs concitoyens[8]. Banna est moins traumatisé par la colonisation que par la libéralisation des mœurs que les missionnaires chrétiens tentent d’insuffler à son pays. Plus tard, il choisit de ne pas étudier à Al Azhar, la prestigieuse université théologique égyptienne, mais de devenir plutôt enseignant, pour pouvoir être plus proche du peuple et exercer sa propagande auprès de la jeunesse. Dès qu’il a un instant, il prêche devant les cafés, lieux d’émulation politique de l’époque, où il s’oppose inlassablement à la décadence occidentale, et affirme la nécessité de revenir à un islam fondamentaliste pour retrouver la force conquérante de l’islam. Il combat notamment de toutes ses forces un certain Abdelraziq, référence de tous les musulmans modernistes, qui vient de publier un livre montrant que Mahomet n’a jamais souhaité qu’un gouvernement lui succède et qu’il est donc tout à fait possible de séparer le religieux du politique en islam[9].

Voilà donc qui est l’homme à l’origine d’un mouvement que l’UOIF présente comme prônant « une lecture moderniste de l’islam ». Preuve que l’Union n’a aucun scrupule quand il s’agit de désamorcer les critiques. Hassan al-Banna n’en avait pas non plus. Pour lui, tous les procès en intégrisme adressés aux Frères musulmans étaient l’œuvre d’un complot : « Le judaïsme mondial, et le communisme international ainsi que les puissances colonialistes et les tenants de l’athéisme et du laxisme moral, tous étaient, dès le premier jour, de ceux qui voyaient dans les Frères et leur message un obstacle important »[10]. Cinquante ans plus tard, on retrouve ce même réflexe à l’UOIF. Dans l’une de ses brochures, Critères pour une organisation musulmane, l’Union rend non seulement hommage à Hassan al-Banna, mais elle traite d’‘hérétiques’ ceux qui s’avisent de critiquer les théoriciens les plus radicaux de l’islam fondamentaliste : « Aujourd’hui il y a des gens qui trouvent du plaisir en dénigrant Ibn Taymiyya, Mohamed Ibn Abdelwahab, Sayyid Qotb, Youssef al-Qaradhawi ou Fayçal Mawlawi. À quoi sert de détruire la mémoire musulmane ? À quoi sert de détruire ces références musulmanes ? À moins que ça soit la politique de la terre brûlée pratiquée par des gens haineux, ignorants ou hérétiques ? »[11].

Cette brochure a été rédigé par Moshen Ngazou, responsable de l’éducation à l’UOIF et délégué de la région Sud, à partir d’une conférence donnée lors de la rencontre annuelle du Bourget le 3 mai 1998. Elle est inquiétante à plus d’un titre. Elle prouve non seulement que l’UOIF adhère à la pensée des Frères musulmans, mais qu’elle s’inspire des plus radicaux. En effet, à côté de Hassan al-Banna, elle cite en modèle des théoriciens que bien des Frères égyptiens n’osent plus aujourd’hui évoquer de peur d’être désavoués. Ibn Taymiyya, par exemple, est le penseur médiéval auquel se réfèrent tous les extrémistes prônant le djihad contre les chrétiens. Ils s’appuient sur ses avis religieux (Fatwas), émises en pleine guerre contre les croisés, pour justifier des meurtres comme celui des moines Tibéhirine commis par le GIA en Algérie. Mohamed Ibn Abdelwahab, l’autre référence citée, n’est autre que le fondateur du wahhabisme[12], cette doctrine fondamentaliste extrêmement stricte propagée et mise en application par l’Arabie Saoudite. Sayyid Qotb, quant à lui, est le plus infréquentable des Frères musulmans. Numéro deux de l’organisation après la mort de Hassan al-Banna, il a été emprisonné par Nasser, comme l’ensemble des cadres du mouvement soupçonnés de vouloir renverser le régime. Il sert de référence à tous ceux qui prévoient de recourir à la violence contre les gouvernements en place… ces derniers entravant leur projet de réislamisation radicale. De son vivant, Hassan al-Banna avait prévu que la conquête du pouvoir serait semée d’embûches : « Tous les gouvernements se placeront face à vous, et chacun d’eux tentera de limiter votre action en vous mettant les bâtons dans les roues. Les usurpateurs s’opposeront par tous les moyens à votre développement et chercheront à éteindre la lumière de votre appel. (…) Vous entrerez alors, il n’y a aucun doute à cela, dans le cycle de l’expérience et de l’épreuve. Vous serez arrêtés et emprisonnés, vous serez déportés et torturés ». En cas de besoin, si c’est le dernier recours possible, le fondateur des Frères musulmans encourage ses Frères à se soulever et à user de la violence : « les Frères musulmans n’useront de la force dans l’action qu’en dernier recours, quand il n’y aura pas d’autres issues, et quand ils seront persuadés qu’ils ont parachevé la réalisation de la foi et de l’union. Et s’ils doivent employer la force, ils seront dignes et sincères, ils avertiront au préalable puis ils attendront, puis seulement ils s’avanceront avec noblesse et fierté en supportant avec confiance et calme toutes les conséquences de cette décision ». Or c’est bien en situation de dernier recours que se sentent placés les disciples de Banna lorsque ceux-ci ne parviennent plus à gagner du terrain mais sont au contraire arrêtés et emprisonnés. C’est donc en suivant fidèlement les préceptes de son maître que Sayyid Qotb écrit un petit manifeste, Signes de piste, par lequel il appelle clairement à renverser Nasser l’« apostat » depuis sa cellule : « les gouvernants actuels des musulmans sont en état d’apostasie. Ils se sont nourris à la table de l’impérialisme, celui des croisés, celui des communistes ou celui des sionistes, (…) l’apostat doit être tué, même s’il n’est pas en état de mener la guerre »[13]. Face à la « jahiliyya », le mot qu’utilise le Coran pour décrire le monde polythéiste et barbare préislamique, il explique que « l’instauration de l’État islamique est une obligation », or « si l’État ne peut être instauré que par la guerre, celle-ci est pour nous un devoir ». Qotb sera pendu le 26 août 1966, devenant le deuxième martyr du mouvement des Frères. Depuis, de nombreux crimes ont été commis en son nom — notamment celui du président algérien Boudiaf et celui d’Anouar al-Sadate[14], le successeur de Nasser. Ben Laden lui-même, ainsi qu’Aymen al-Zawahiri (le cerveau des attentats du World Trade Center, issu des Frères musulmans) citent régulièrement Qotb pour justifier leur djihad contre les « croisés », qu’ils soient sionistes, Américains ou simplement occidentaux. Sa seule évocation peut valoir d’être arrêté et torturé dans les régimes en guerre contre les islamistes. Voilà pourquoi un certain nombre de Frères musulmans égyptiens disent avoir pris leurs distances avec l’option djihadiste de Qotb. Les Frères exilés dans des démocraties n’ont pas les mêmes contraintes. Ghanouchi, ainsi que l’UOIF, lui rendent hommage. Pourquoi s’en étonner, l’UOIF s’inspire des théoriciens les plus radicaux qui soient chez les Frères musulmans. Mieux, elle cite comme étant l’une de ses références Fayçal Mawlawi, un théoricien du djihad armé, passé aux travaux pratiques. Membre des Frères, ce Cheikh islamiste libanais a créé la Jama’a islamiyya, organisation liée aux Frères musulmans, où il a longtemps reçu les fonds du banquier suisse nazi Genoud pour son action contre Israël. La référence est encombrante. Et pourtant, l’UOIF l’assume, même si Fouad Alaoui explique : « Notre référence religieuse a longtemps été le Cheikh libanais Fayçal Mawlawi. Il a cessé de l’être quand il est devenu le numéro un de la Jama’a islamiyya au Liban. Nous avons désormais notre propre référence, qui est Ahmed Jaballah, le directeur de notre Institut de formation de Saint-Denis ». Reconnaître que Mawlawi a été le maître à penser de l’UOIF est en soi très grave. Qui plus est, Alaoui ment lorsqu’il dit que le chef de l’organisation terroriste libanaise n’est plus leur référence. Mawlawi n’apparaît effectivement plus dans les textes officiels à partir du moment où son organisation libanaise commence à revendiquer des attentats (ce qui nuirait à son image officielle), mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle ait rompu tout lien avec lui. Il est toujours numéro deux du Conseil européen de la Fatwa fondé à Londres par l’UOIF, et il intervient toujours à l’Institut de l’UOIF. En fait, Fouad Alaoui joue sur les mots : Mawlawi n’est tout simplement plus la référence exclusive de l’Union. En effet, nous venons de le voir, elle s’inspire de tous les théoriciens islamistes les plus extrémistes, sans sectarisme. Et elle continue d’être sous la tutelle théologique de Youssef al-Qaradhawi, un pur produit des Frères musulmans qui dirige son Conseil européen de la Fatwa.

Fiammetta Venner

Repris de  OPA sur l’islam de France : Les ambitions de l’UOIF

[1] Pour plus de détails sur la biographie de Hassan al-Banna on se référera à la première partie du travail de Caroline Fourest : Frère Tariq. Discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan, Grasset, 2004. Pour une biographie plus apologétique, on préférera : Ushama Thameem, Hassan al-Banna, vision and mission, Percetakan Zafar sdn. Bhd, Kuala Lumpur, 1995.

[2] Cité par Samir Amghar, « L’UOIF et l’enjeu d’une représentation nationale », Eurorient, n°12, 2002.

[3] C’est ainsi que le présente Tariq Ramadan dans sa thèse sur Hassan al-Banna, Aux sources du renouveau musulman, 1ère édition chez Tawhid, rééditée en septembre 1998 par Bayard/Centurion.

[4] Sayyid Qotb et Mohamed Ghazali, deux des théoriciens de la réforme économique des Frères. Auteur de L’Islam et les questions économiques, Ghazali préconise un « régime économique semblable à celui qui a existé dans l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste ». Cité par Richard Labévière, Les dollars de la terreur, Grasset, Paris, 1999, p. 134.

[5] Dans une entretien à Rivarol paru le 7 janvier 2005 ; Jean-Marie Le Pen déclare : « l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine » en France. « Si les Allemands avaient multiplié les exécutions massives dans tous les coins comme l’affirme la vulgate, il n’y aurait pas eu besoin de camps de concentration pour les déportés politiques ».

[6] Critères pour une organisation musulmane, brochure de l’UOIF diffusée lors des congrès de l’organisation.

[7] Déclaration du 15 janvier 1954 citée par un historien d’Hassan al-Banna, Thameem Ushama, dans Hassan al-Banna, vision & mission, op..cit., p. 95.

[8] Qu’on me permette ici une note typographique concernant l’usage de la particule « al » en arabe. En français, la particule « de » précédant un nom n’apparaît que lorsque l’on met le prénom avant (Dominique de Villepin) ou si le nom n’est composé que d’une seule syllabe (de Gaulle). De même que l’on dit « Villepin était formidable à l’ONU » et non pas « de Villepin était formidable à l’ONU », on dira donc « Hassan al-Banna était un prédicateur intégriste » ou encore que « Comme la plupart des Frères musulmans, Banna n’avait jamais fait detudes de théologie ». En revanche, on écrira Al Jazira ou Al Ahram car il ne s’agit pas de noms de personne.

[9] Abdelraziq, L’islam et les fondements du pouvoir.

[10] Hassan al-Banna, Al-qawl al-fasl (Dernière parole), 1948, et Al-Bayân (Déclaration), 1948, deux opuscules posthumes cités dans R. Sa’îd, Hassan…, p. 149. Commenté dans Olivier Carré, Michel Seurat, Les frères musulmans, L’Harmattan, 2001, 1ère édition, Gallimard 1983, p. 32.

[11] Nous avons opté pour une uniformisation des noms sur la base des premiers articles publiés par les auteurs. « Qaradhawi » est écrit de multiples façons, y compris dans les tracts et ouvrages de l’UOIF.

[12] Majoritairement pratiqué en Arabie saoudite, le wahhabisme est une doctrine mi-politique, mi-religieuse. Née au XVIIe siècle de l’alliance d’un chef de tribu et d’un religieux, elle cimente l’État saoudien. Longtemps endémique à la péninsule arabique, elle est parvenue à séduire au-delà, grâce au financement dus au pétrole.

[13] Le livre de Qotb, ainsi que son contexte, sont très bien étudiés par Gilles Kepel, Le Prophète et le Pharaon, Seuil, Paris, 1993.

[14]Les assassins de ces deux hommes se revendiquent de Qotb. Sadate avait pourtant fait la trêve avec les Frères musulmans et libéré la plupart d’entre eux mais il avait le tort de vouloir rétablir des relations diplomatiques avec Israël. L’un de ses meurtriers, un ingénieur islamiste, a signé un livre dans lequel il appelle à l’exécution de l’« apostat de l’islam, nourri aux tables du sionisme et de l’impérialisme ». Cité par Gilles KepelLe Prophète et le Pharaon, op.cit.

LA MAIN DU TAMKINE DES « FRÈRES MUSULMANS »

La main du Tamkine des « Frères Musulmans »

07.04.2015 Mohamed Louizi

Une signification de la « Main du Tamkine« , dite « R4BIA » (يد رابعة)  :

Etape 1 : Présentation de l’islam.

Etape 2 : Sélection des futurs « Frères musulmans« 

Etape 3 : Affrontement et spécialisation

Etape 4 : Domination et Tamkine

… Et enfin, la « main du Tamkine » du Directeur du « Collège Averroès » et Président de la « Fédération Nationale de l’Enseignement privé Musulman » (FNEM) de l’UOIF :

Cet article est également disponible en العربية et English.

JAMAL BADAWI

Jamal Badawi

06.04.2015 La rédaction

Né en Egypte, Jamal Badawi vit au Canada.

Jamal Badawi est directeur de la Fondation de l’information islamique au Canada. Il enseigne le management à l’Université Saint Mary (Halifax).

Il a écrit plusieurs livres et participé a de nombreux films pour expliquer l’islam aux canadiens.

Jamal Badawi est membre du conseil de Islamic Society of North America (ISNA) et de Fiqh Council of North America. Cette organisation a été mise sur la liste des organisations terroristes en 2014 par les Emirats arabes Unis.

De 2001 à 2013, Jamal Badawi a été un des directeurs de CAIR-CAN.

Il est aussi membre de  l’Union Internationale des Savants Musulmans de Youssef Al Qaradhawila haute instance de la Confrérie sur la charia et de jurisprudence (fiqh). Cette organisation a été mise sur la liste des organisations terroristes en 2014 par les Emirats arabes Unis.

Jamal Badawi a déclaré dans cette vidéo qu’il militait pour le rétablissement d’un califat sans frontières.

Ce article est également disponible en العربية et English.

HILMI AL-QA’OUD : « LA PLUPART DES MUSULMANS VEULENT UN CALIFAT ISLAMIQUE »

Hilmi Al-Qa’oud : “La plupart des musulmans veulent un califat islamique”

06.04.2015 La rédaction

Les Frères musulmans ne reconnaissent pas le califat proclamé par Baghdadi, mais ils ont leur propre projet d’établissement d’un califat transnational gouverné par la charia.

Dans un article publié le 24 novembre 2014 sur le site des Frères musulmans (FM), le chroniqueur Hilmi Al-Qa’oud, maître de conférence à l’Université de Tanta en Égypte, salue la notion de califat islamique et accuse les régimes arabes – notamment le régime égyptien – de «diaboliser» ce concept depuis la proclamation d’un califat de l’État islamique en juin 2014.

Il reproche aux régimes de mener une campagne, par le biais de leurs prédicateurs et éducateurs, visant à présenter le califat comme un péché et l’incarnation du meurtre, de la tyrannie et de l’arriération. Selon lui, l’objectif de cette campagne est de servir l’Occident et les juifs, tout en maintenant les musulmans faibles et divisés.

Al-Qa’oud souligne que l’Occident a aussi une sorte de califat – la «croisée impérialiste» que serait Union européenne – que personne ne condamne ni ne dénigre. Il ajoute que la plupart des musulmans aspirent à la création de leur propre califat à grande échelle, qui les protégerait du «complot juif et croisé». Il déplore le fait qu’il soit actuellement impossible d’établir un tel califat, en raison de l’opposition des régimes. Il s’abstient de condamner l’EI, affirmant même que, selon certains rapports, celui-ci promeut la justice sociale et serait bien accueilli par les populations.

Notons que les FM se sont jusqu’à présent abstenus d’adopter une position officielle sur l’Etat islamique ; en revanche, ils se sont élevés très fermement contre la coalition internationale formée pour combattre cette organisation. Dans un communiqué, les FM déclarent que l’expression «guerre contre le terrorisme» se réfère en réalité à la guerre contre l’islam et les musulmans, et que le seul terrorisme qui mérite d’être combattu en Egypte est celui du régime Al-Sissi contre les FM.

Selon l’article paru le site web des FM, le véritable objectif de la coalition internationale est le contrôle impérialiste et la division de l’ensemble de la région, de sorte qu’aucun pays ne conserve son intégrité territoriale, à l’exception de «l’entité sioniste».

D’autres articles des médias égyptiens évoquent une affiliation entre les FM et l’EI. Selon l’un d’eux, les partisans des FM agitaient des drapeaux de l’EI à une manifestation du 21 novembre 2014 contre le régime. En outre, le régime égyptien associe l’organisation terroriste Ansar Bait Al-Maqdis, basée au Sinaï, à l’EI, qu’elle a récemment rejoint.

Lire l’article dans son intégralité en anglais
Source : MEMRI-FR, 5 décembre 2014

Cet article est également disponible en العربية et English.

DES ÉTUDIANTS ISLAMISTES INCENDIENT UN BÂTIMENT D’UNIVERSITÉ AU CAIRE

Des étudiants islamistes incendient un bâtiment d’université au Caire

06.04.2015 La rédaction

Des étudiants soutenant les Frères musulmans ont incendié samedi matin un bâtiment de la faculté de Commerce de l’université Al-Azhar au Caire, au lendemain de l’arrestation de plus de 250 de manifestants islamistes, a rapporté une source au sein des services de sécurité.

Les étudiants ont pénétré dans la faculté de Commerce, y ont interrompu un examen et ont mis le feu au bâtiment, a expliqué cette source. L’incendie, qui a ravagé deux étages, a ensuite été éteint par les pompiers.(Afp)

Cet article est également disponible en العربية et English.

LANCEMENT DE LA CHAÎNE TV RABIA

Lancement de la chaîne TV Rabia

06.04.2015 La rédaction

Youssef al-Qaradawi, président de l’Union Mondiale des Savants Musulmans, vient d’inaugurer, la chaîne « Rabi’a » diffusée par satellite.

Il a insisté sur l’importance de la résistance contre le coup d’état militaire et a appelé l’ensemble des égyptiens, des arabes, des musulmans et des êtres libres du monde entier à œuvrer pour bannir l’injustice et l’agression.

« Nous adressons ces mots à nos frères qui ont lancé cette chaîne « Rabi’a al-‘adawiyya », et nous appelons nos frères du monde entier à être à leur côté, à les soutenir, à les protéger et à les aider dans ce qu’ils font. Nous implorons Dieu pour qu’Il unisse la parole autour de la guidance, les cœurs autour de la piété, les âmes autours de l’amour et les volontés autour de l’accomplissement du bien et autour des bonnes œuvres »

La chaîne « Rabi’a, la chaîne de la liberté » a commencé officiellement la diffusion de ses programmes depuis la Turquie. La Rabia et sa petite main jaune sont devenus le signe de ralliement des Frères musulmans et de leurs soutiens.Au delà de la solidarité avec les victimes de la répression, la Rabia a une signification mystique. Chaque doigt de la Main du Tamkine représente une étape de la prise de pouvoir.

Etape 1 : Présentation de l’islam.

Etape 2 : Sélection des futurs « Frères musulmans »

Etape 3 : Affrontement et spécialisation

Etape 4 : Domination et Tamkine

Cet article est également disponible en العربية et English.

MOHAMED YOUSSEF ET LA RABIA

Mohamed Youssef et la Rabia

06.04.2015 La rédaction

Mohamed Youssef champion de Kong Fu a été suspendu pour avoir porté un T-shirt avec la Rabia

Gamal al-Gazzar, porte-parole de la Fédération égyptienne de de kung-fu  a qualifié  « d’ inacceptable »   le geste de  Mohamed Youssef. La Rabia et sa petite main jaune sont devenus le signe de ralliement des Frères musulmans et de leurs soutiens.Au delà de la solidarité avec les victimes de la répression, la Rabia a une signification mystique. Chaque doigt de la Main du Tamkine représente une étape de la prise de pouvoir.

Etape 1 : Présentation de l’islam.

Etape 2 : Sélection des futurs « Frères musulmans »

Etape 3 : Affrontement et spécialisation

Etape 4 : Domination et Tamkine

Cet article est également disponible en العربية et English.