Égypte, le leurre de la transition

01.12.2012 Tewfik Aclimandos

L’auteur, chercheur associé au Collège de France, met en garde contre l’influence des Frères musulmans sur le président.

« Aux yeux des Frères, peu importe le score électoral islamiste : qu’ils fassent 25 % ou 65 % des voix. Tant qu’il n’y a pas de concurrent sérieux contestant leur hégémonie, ils avancent et prennent le contrôle de l’État et de la société civile, écartant leurs adversaires, tous décrétés d’ancien régime. Quand ils font l’unanimité contre eux, ils s’arrêtent. Dès que la pluralité de leurs adversaires reprend ses droits, ils poursuivent leur offensive. Le brio avec lequel ils ont utilisé, neutralisé, harcelé, lâché l’armée, les jeunes révolutionnaires, les anciens et nouveaux partis, mérite l’admiration. »

Egypteleurre

Égypte : la révolution en marche

28.11.2012 Antoine Sfeir

Lorsqu’un homme concentre entre ses mains les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, on appelle cela dans toutes les langues du monde : un dictateur.

Le président Morsi a tenté ce coup de force sans s’attendre, semble-t-il, à une telle réaction généralisée – non seulement de la part des libéraux, aujourd’hui bien divisés, mais également de l’Église copte et de l’Université Al-Azhar, véritable « Vatican de l’islam sunnite ».

Certes, les Frères musulmans peuvent aujourd’hui organiser une contre-manifestation aussi importante ; certes, leur slogan électoral « Votez pour nous, sinon vous votez contre l’islam » a fonctionné en 2011 ; mais seront-ils aussi écoutés cette fois-ci ? 

Le danger pour Mohammad Morsi est de se voir lâcher par les États-Unis, dont l’aide est indispensable à la survie économique du pays, mais aussi par l’Union européenne, qui ne peut accepter demain en Égypte ce qu’elle a combattu hier en Libye, et qu’elle combat aujourd’hui en Syrie.

Dans le même temps, l’attitude du président de la République égyptienne aura de probables conséquences régionales, notamment en Syrie, où la crainte de l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans pourrait faire perdre son soutien international au Conseil national syrien, représentant d’une large partie de l’opposition mais largement dominé par la Confrérie. Par ailleurs, en tentant le coup d’État, M. Morsi se pose en dirigeant sunnite, ce qui ne manquera pas de tendre les relations avec le « Vatican du chiisme », cette fois-ci : l’Iran, qui accentue son soutien au régime de Damas, véritable verrou de son statut de puissance méditerranéenne.

Le nouveau patriarche copte Theodoros II, qui est reconnu pour son calme et son pragmatisme et a déjà, dès ses premières déclarations, rompu avec le conservatisme de son prédécesseur Chenouda III, pourrait également se radicaliser vis-vis du pouvoir. Il est capable de mobiliser contre le président une communauté forte de 8 à 12 millions d’Égyptiens, malgré une émigration grandissante due aux persécutions anti-coptes.

Le plus grave serait de voir les hommes d’affaires, véritables groupes internationaux en Égypte, prendre eux aussi le chemin de l’exil, comme ils l’avaient fait du temps des séquestres et des nationalisations nassériennes.

Aujourd’hui, l’Égypte est l’un des pays les plus endettés de la région méditerranéenne, après la Grèce et l’Espagne ; le service de cette dette atteint à lui seul 110 % du PNB. Si deux des quatre mamelles égyptiennes sont toujours fonctionnelles – le canal de Suez et les revenus pétroliers – le secteur touristique et l’argent des expatriés ont du mal à redémarrer : en dehors du Caire, les hôtels égyptiens, même ceux des complexes balnéaires de la mer Rouge, sont quasiment vides ; les expatriés, pour la plupart des enseignants ayant exercé dans les pays de la péninsule arabique, sont dans leur majorité rentrés au pays pour grossir les rangs des Frères musulmans. Ils ne sont plus persona grata en Arabie séoudite, ni au Qatar ou ailleurs dans le Golfe, ni même en Afrique du Nord. Même sur le plan agricole, l’Égypte est dépendante à 85 % des États-Unis pour sa consommation céréalière. Dans ce cas, comment le régime des Frères pourra-t-il ne pas entraîner le pays à la faillite ?

Il faut également rappeler que l’Égypte se doit de maintenir de bonnes relations avec Israël : aujourd’hui, la situation chaotique et aléatoire dans le Sinaï vient régulièrement tendre ces relations. Le Caire n’a pas le droit, selon les termes des accords signés à Camp David en 1978, d’envoyer en force des troupes dans cette région. La nature ayant horreur du vide, ce sont donc les Bédouins et les islamistes jihadistes qui maîtrisent le terrain.

Il y a près de deux ans, les révolutionnaires de la place al Tahrir réclamaient un État de droit : on a depuis confisqué leur révolution, mais il n’ont désormais plus la peur au ventre et ont pris l’habitude de descendre dans la rue. La grande muette – l’armée – se contente pour le moment d’observer. Si l’affrontement s’avérait inévitable, une intervention militaire ne serait pas à écarter.

La révolution égyptienne est loin d’être terminée ; elle est encore en cours, sous nos yeux.

Antoine Sfeir

Le projet d’Ennahda selon Ali Larayedh

23.11.2012La rédaction

Lilia Ben Rejeb du site Tunisie-Secret a déterré un ancien entretien donné par Ali Larayedh au journal Le Temps le 16 avril 1990. Un document passionnant car il donne à voir la matrice idéologique de celui qui deviendra chef du gouvernement tunisien (décembre 2013- janvier 2014) Ingénieur, Ali Larayedh a rejoint Ennahda en 1977. Il a été président du conseil de de la Choura de 1982 à 1986. Emprisonné, puis condamné à mort par Bourguiba, il sera gracié par  Ben Ali. Dès sa sortie de prison, en 2004, il sera un intervenant régulier de la chaîne Al Jazeera.

Voilà ce qu’on peut lire dans l’entretien donné par Ali Larayedh :

 Etes-vous pour la fermeture des bars ?
«Oui, un pays musulman ne doit ni vendre, ni encourager la consommation d’alcool. Les savants de l’islam détermineront si les touristes étrangers peuvent consommer de l’alcool dans un pays musulmans ».

Etes-vous pour la fermeture des hôtels ?
« Oui, progressivement, pour nous orienter vers l’agriculture et l’industrie ».

Que pensez-vous du statut de la femme ?
« D’abord, qu’on ne vienne pas nous dire que ce statut est sans faille. Il a besoin d’être revu et discuté par des sociologues, des savants de l’islam, des juristes. Ensuite, on verra ses avantages et ses inconvénients ».

Etes-vous pour la liberté de la femme ?
« Comme principe oui, mais il faut le voir dans la dimension familiale » !

Une femme peut-elle avoir un passeport et voyager seule ?
« Les juges et les savants de l’islam détermineront les conditions » !

Et si les juges et les savants de l’islam sont contre ces droits ?
Réponse : « On appliquera alors l’islam dont on cherche d’ailleurs souvent à souiller l’image ».

Croyez-vous que le port du voile est obligatoire ? 
«Oui, toutefois les femmes qui ne le portent pas sont des musulmanes qui commettent des péchés…Nous sommes pour une conduite saine ».

Etes-vous contre le planning familial ?
« Oui, je suis contre le planning familial ».

Que pensez-vous des incidents en Algérie dont les auteurs semblent être des intégristes ?
« Il s’agit d’une campagne orchestrée par les médias tunisiens visant à porter préjudice à notre mouvement…Le Front islamiste algérien fait d’excellentes choses dont les médias tunisiens ne parlent pas… ». Ci-dessous, l’intégralité de l’interview. A chaque lecteur de se faire sa propre opinion.

Pour lire l’article complet.

Les Frères musulmans font leur foire

21.09.2012La rédaction

Discrète en Belgique, la mouvance des Frères musulmans va s’extérioriser à Bruxelles lors d’une foire commerciale et religieuse. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ?

Du 28 septembre au 1er octobre, le site de Tours & Taxis accueillera la première foire musulmane de Bruxelles. Selon les estimations peut-être trop optimistes des organisateurs, 25 000 visiteurs sont attendus au détour de 100 à 150 stands à connotation islamique ou moyen-orientale : services financiers, littérature, nourriture, mode, déco, etc. Un but de sortie en soi, mais pas seulement.

Comme son aînée française qui se tient chaque printemps au Bourget, près de Paris, l’événement est organisé par la société Gedis. Celle-ci dépend de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), cataloguée Frères musulmans. Dans la partie « forum », les conférenciers ont été choisis par la Ligue des musulmans de Belgique, également d’obédience FM. Son vice-président, Karim Azzouzi, refuse pourtant d’assumer l’étiquette de son organisation. Peur de la légende noire des FM ? « Les musulmans se considèrent comme des citoyens normaux, ils veulent s’impliquer dans la société en mettant en avant les valeurs de solidarité, de liberté et d’égalité, tout en maintenant toujours le rapport à Dieu, à la foi, à la spiritualité. Il y a plusieurs courants chez les musulmans. Certains ont une lecture très rigoriste des textes. D’autres, comme le Conseil européen des avis juridiques [NDLR : fatwa] et de la recherche, cherchent à relire les textes à la lumière du contexte. »

Le coming out de l’islamologue Michaël Privot, directeur de l’Enar (lobby antiraciste européen) reste donc une exception. Il vient de faire le chemin inverse. Sous le titre de Getting out, il a annoncé sur son blog qu’il mettait « fin à tous ses liens avec la mouvance des Frères musulmans européens ». Trop lourd à porter. La nébuleuse FM est cependant loin d’être monolithique, tiraillée entre courants et obédiences nationales ou internationalistes (cette dernière tendance est coordonnée en Egypte, où la confrérie est née en 1928). Le printemps arabe a brouillé les repères. Certains FM, réfugiés en Belgique comme opposants, sont retournés dans leur pays sous l’habit d’hommes politiques. Ainsi, l’ancien n° 2 d’Ennahda en Europe, Walid Bennani, est devenu député en Tunisie après avoir longtemps vécu en région liégeoise. D’autres se sentent pousser des ailes, tel Bassem Hatahet. Il occupe la scène européenne au nom de l’opposition syrienne en exil. Les voilà soudain moins disponibles. Les organisateurs de la foire appar- tiennent, eux, au courant internationaliste. Ils sont destinés à rester.

Les Frères d’aujourd’hui – tout au plus quelques dizaines en Belgique, à bonne source – ont mûri. Ils ont eu des divergences, ont beaucoup débattu entre eux, peu recruté mais ils finissent par occuper le terrain à force d’entregent et de discours habiles (pas toujours les mêmes en privé qu’en public). Concurrencés auprès des jeunes des quartiers par les salafistes, ils peuvent s’appuyer sur leur réseau d’associations amies (peu de mosquées) et sur leurs connexions internationales. D’après le sociologue français Samir Amghar, on dénombre près de 500 regroupements liés aux Frères musulmans dans 28 pays européens ainsi qu’aux Etats-Unis et au Canada. Particularité : ils ne se reconnaissent pas comme une organisation orientée idéologiquement (conservatrice) et datée historiquement (l’influence totalitaire des années 1930). Ils sont les musulmans comme autrefois le Parti communiste se voulait l’avant-garde éclairée du prolétariat. A ce titre, ils recherchent l’exclusivité de la représentation des musulmans auprès des autorités, du niveau communal à l’Union européenne.

Les Frères musulmans, qu’ils soient adoubés ou sympathisants, sont-ils un frein à l’intégration des musulmans ? La réponse est affaire de timing dans la mesure où, minoritaires, ils défendent l’identité musulmane mais sans rejeter les élections ni la citoyenneté. A plus long terme, c’est une énigme. L’entrisme dans le milieu politique ou les instances de la société civile est l’un de leurs péchés mignons. Suite à des échecs individuels ici ou là, certains militants considèrent qu’ils arriveraient mieux à leurs fins par l’économie. D’où l’essor du halal, qui, de fait, sépare les musulmans des non-musulmans.

Le petit-fils du fondateur de la confrérie, Tariq Ramadan, est l’un des invités vedettes de la journée du 29 septembre. Il débattra du thème « Musulman entre texte et contexte », en duo avec le cheikh Issam Al Bachir. Ce dernier, théologien très prestigieux, a été ministre dans un gouvernement Frères musulmans au Soudan. Comme un autre FM célèbre, le cheikh Youssef Al Qaradaoui, il a justifié les attentats-martyrs dans les pays où l’islam était attaqué : Palestine, Irak, Afghanistan, etc. Aujourd’hui, Issam Al Bachir est membre du Conseil européen de la fatwa et de la recherche (CEFR) basé à Dublin (Irlande). Deux autres membres du CEFR sont annoncés à Bruxelles : son vice-président, le théologien mauritanien Abdallah Ben Biyya, et le théologien tunisien Ahmed Jaballah, président de l’UOIF et vice-président de la Fédération des organisations islamiques en Europe, lui aussi partisan des attentats-martyrs. Les intervenants plus locaux sont les prédicateurs Yacob Mahi (Présence musulmane), Mustafa Kastit (mosquée du Cinquantenaire, de tendance salafiste mais proche des Frères) et le Français Hassan Iquioussen, conférencier de la mouvance FM très présent en Belgique.

La tonalité générale de la première foire musulmane de Bruxelles (ou de Belgique, selon les ambitions) est donc connotée islamiste. Sera-t-elle l’occasion de discours politiques ? Parmi les sujets d’actualité figure l’institutionnalisation de l’islam, toujours en panne suite aux divisions de l’Exécutif des musulmans de Belgique. « Les musulmans ont le droit de savoir ce qui s’y passe », affirme Karim Azzouzi, vice-président de la Ligue des musulmans de Belgique. Sans compter la récente affaire du film L’Innocence des musulmans qui risque de s’inviter dans les débats. Pour ces raisons, cette première édition de la foire fera date.

Marie Cecile Royen 

Source Le Vif

Sarkozy et l’UOIF: quelques vérités dérangeantes

29.04.2012Mohamed Sifaoui

L’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), représentant officieux de la pensée des Frères musulmans, sera privée cette année, lors de son congrès annuel du Bourget, de plusieurs de ses références vedettes dont un certain Youssef Al-Qaradhaoui. Intégriste notoire, antisémite assumé et danger médiatique propageant un discours qui est à la République ce qu’est l’UOIF à la clarté et à la sincérité.

Nicolas Sarkozy, le candidat – président a annoncé qu’il avait contacté personnellement l’émir du Qatar pour lui faire savoir que le cheikh était indésirable en France. C’est évidemment une excellente nouvelle. Une décision qui devra désormais faire jurisprudence même si elle déplaît aux leaders de l’UOIF et à leurs relais médiatiques qui s’entêtent, en usant de pédalages rhétoriques, à présenter le prédicateur comme un humaniste incompris.

À travers une lettre ouverte, j’avais attiré la semaine dernière l’attention du chef de l’État et celle de l’opinion publique, pour rappeler, entre autres, que le discours d’Al-Qaradhaoui est aux antipodes des valeurs de la République. Mais au-delà de ce prédicateur, prêcheur de haine et d’archaïsmes, quelques réflexions s’imposent quant à la relation très ambiguë qui existe, depuis belle lurette, entre Nicolas Sarkozy et l’UOIF.

Avant toute chose, il est curieux de constater que l’UOIF, organisation islamiste par excellence, qui, pourtant, condamne les attentats et les discours antisémites, dans ses communiqués officiels, estime qu’il est tout à fait cohérent et logique de montrer une image lisse et policée à la société française tout en fréquentant des prêcheurs extrémistes qui prônent ouvertement la haine, l’antisémitisme et la violence en instrumentalisant des conflits à caractère politique. Il est curieux également de voir l’UOIF se présenter comme une association cultuelle tout en s’érigeant quasiment en chapelle politique avec la complaisance de ces responsables qui, aujourd’hui, donnant l’impression de découvrir cette organisation, multiplient les cris d’orfraies tout en jurant la main sur le cœur qu’ils n’instrumentalisent en aucune manière le drame de Toulouse.

Il est enfin tout aussi curieux de voir l’UOIF, prendre en otage, avec la bénédiction des pouvoirs publics, la religion musulmane et les musulmans de France et s’exprimer en leur nom, alors que cette association ne représente qu’un courant minoritaire.

Il est nécessaire de préciser que l’UOIF a gagné en respectabilité et en légitimité grâce à Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Intérieur, mais aussi grâce au même Nicolas Sarkozy, élu président de la République. Celui qui semble découvrir, en pleine campagne électorale, le caractère intégriste de cette organisation s’était rendu « en ami », en avril 2003, au congrès de la même association pour faire un discours devant des femmes séparées des hommes légitimant ainsi, par une telle présence, le caractère sexiste du mouvement intégriste.

Certes, il avait défendu, au risque de se faire huer, le principe républicain qui stipule que les femmes devaient ôter leur voile pour les besoins des photos d’identité, mais en contrepartie, il a insisté pour que l’UOIF, mais également le Tabligh, une association prosélyte, intègrent, toutes les deux, le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), imposant ainsi des organisations intégristes aux autres courants plus ouverts et prônant un islam compatible avec les valeurs universelles.
Pendant cette lune de miel entre le ministre de l’Intérieur, futur chef d’État, et l’UOIF, le chantre de la « laïcité positive » s’est transformé en ardent défenseur de l’association, allant jusqu’à demander aux journalistes, sur des plateaux de télévision, de ne plus la considérer comme une organisation « extrémiste », « islamiste » ou « intégriste », préférant l’affubler du doux euphémisme d’association « orthodoxe » alors qu’il n’existe nulle orthodoxie en islam. Théologiquement parlant, ce concept n’a aucun sens en islam. Mais passons sur la sémantique…

Pour paraphraser le titre du livre très documenté du journaliste Farid Hannache, on peut affirmer, en effet, que Sarkozy entretient avec l’islamisme « des hypocrisies explosives ». Il instrumentalise, à sa manière, l’islam de France et singulièrement les plus intégristes dont il s’accommode allègrement lorsqu’ils peuvent servir ses intérêts. Hassan Chalghoumi qui se laisse complaisamment instrumentaliser par le pouvoir politique, qualifié désormais du sobriquet « imam de l’UMP » ainsi que quelques associations islamistes de la Seine Saint-Denis n’avaient-ils pas mobilisé, parfois à partir des mosquées, quelques barbus et autres femmes voilées, qu’ils ont envoyées par bus au meeting de Villepinte ? Inutile de rappeler qu’évidemment, charia oblige, même lorsqu’on soutient l’UMP, les femmes sont séparées des hommes et expédiées à la Grand-messe sarkozyste dans des bus strictement féminins.

Voyons par exemple comment avait-il, lors de la constitution du CFCM, exigé pour que le Tabligh, organisation prosélyte et intégriste, représenté par Mohamed Hammami l’imam de la non moins intégriste mosquée de la rue Jean-Pierre Timbaud, intègre le CFCM. Aujourd’hui, le même imam qui était aussi intégriste hier qu’aujourd’hui est sous le coup d’une procédure d’expulsion… Décidément, les temps changent pendant une campagne électorale.

Voyons aussi comment est-il en train de fustiger, depuis le drame de Toulouse, l’UOIF qui n’est pas moins ou plus intégriste qu’hier tout en lui envoyant émissaires et messagers pour « rassurer » les actuels responsables de l’association.

En réalité, Nicolas Sarkozy en veut à ces islamistes non pas parce qu’ils sont islamistes. Ils l’ont toujours été et le demeureront. Le président-candidat a une dent contre l’UOIF depuis 2007 car, contre toute attente, ces derniers avaient fait savoir, lors de la précédente élection, qu’ils soutenaient François Bayrou. Sarkozy ne leur a jamais pardonné ce qu’il appelle une « trahison » et n’hésite pas à le faire savoir à certains de ses interlocuteurs.

Et s’il ménage, malgré tout, ses attaques contre l’UOIF, c’est aussi parce qu’il a encore besoin d’eux. Du moins jusqu’au 6 mai prochain. Et pour cause, Nicolas Sarkozy compte bien incorporer dans son bilan et à son actif la création du CFCM.

Or, en vérité, cette organisation n’existe plus. C’est désormais une coquille vide avec une simple existence juridique. L’UOIF a quitté les instances du CFCM sans trop le faire savoir. Elle a ainsi accéder aux demandes du ministère de l’Intérieur et aux conseillers de Claude Guéant qui supplient, depuis près d’un an, les responsables de l’organisation islamiste de ne pas faire trop de vagues au sujet de leur décision de ne pas participer aux élections du CFCM, prévues en juin 2011. Ils ont refusé également de participer à l’élection du bureau de l’institution censée représenter les musulmans. Pourquoi ? Parce qu’ils ont agi comme tous les intégristes. Ces derniers n’aiment généralement les processus électoraux que lorsqu’ils leur sont favorables.

Voyant que chaque élection montrait qu’ils étaient en réalité minoritaires, contrairement à leur discours officiels et aux commentaires de certains de leurs relais médiatiques qui tendent à les présenter souvent comme s’ils étaient LES « représentants » quasi exclusifs, en tout cas les plus importants, des musulmans de France, alors qu’ils ne représentent, en réalité, qu’une infime minorité, recrutée plutôt dans les milieux se reconnaissant dans la pensée des Frères musulmans ou dans le discours fort ambiguë et prétendument « moderne » de Tariq Ramadan, les responsables de l’UOIF ont préféré quitter le CFCM qu’ils souhaitaient diriger. En réalité, même la Grande Mosquée de Paris a refusé de prendre part aux élections de juin 2011, mais contrairement à l’UOIF, les représentants de Dalil Boubekeur font toujours partie du bureau. Du moins, pour l’instant.

En réalité, le deal entre le ministère de l’Intérieur et l’UOIF a amené cette dernière à ne pas critiquer le CFCM ni à formaliser son départ des instances le temps de laisser le président et candidat utiliser la création du CFCM comme l’une des « œuvres majeures » de son quinquennat. Voilà donc des prétendus représentants d’un culte qui laissent des politiques cyniques instrumentaliser une religion et qui, tout en prétendant « défendre » les musulmans, s’emploient d’un côté à propager une idéologie archaïque plus politique que cultuelle, à offrir des tribunes à des prédicateurs extrémistes et d’un autre à gérer de basses ambitions personnelles. L’islam de France est décidément un bon fond de commerce.

Dernier ouvrage paru aux Éditions Nouveau Monde. L’histoire secrète de l’Algérie indépendante.
Blog : www.mohamed-sifaoui.com

Discours d’Ahmed Jaballah à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (2012)

16.04.2012La rédaction

Lors de son discours Ahmed Jaballah, président de l’UOIF a abordé plusieurs points. Quelques semaines plus tôt, Mohamed Merah vient d’assassiner Imad Ibn-Ziaten,  Abel Chennouf, Mohamed Legouad, Jonathan Sandler, Arié Sandler, Gabriel Sandler et Myriam Monsonego.

Extraits :

« Nous ne pouvons faire fi du fait que les musulmans se sentent touchés par ce climat de stigmatisation. Stigmatisation qu’ils vivent depuis déjà de longues années, et qui s’est renforcée particulièrement pendant cette période électorale. Nous avions exprimé, lors de la polémique autour du Halal, notre crainte de voir introduit dans la campagne électorale, encore une fois, le thème de l’islam et des musulmans, et ceci malgré les sondages d’opinion montrant bien que les préoccupations des Français sont d’ordre économique et social. La tragédie de Montauban et Toulouse, condamnée fermement par tous les musulmans, a malheureusement renforcé un discours politique qui ne fait qu’accroître la méfiance envers l’islam et confirmer l’amalgame. De nouveau, les récentes interdictions du territoire d’éminents savants, extrêmement populaires, n’ont malheureusement fait qu’accentuer le malaise. « 

« La famille est aussi une institution essentielle de notre société. En effet, l’UOIF considère que la famille est la cellule constituant le tissu de notre société. Si les familles françaises sont fortes, la France rayonnera aux quatre coins du monde. Les responsables politiques doivent s’investir pour que la famille soit le lieu d’épanouissement premier des individus. Il faut ainsi se donner les moyens de la renforcer par des mesures qui permettent d’harmoniser le rythme de travail avec celui de la famille, ce qui renforcera l’efficacité des travailleurs, de soutenir les femmes menant une activité professionnelle et celles qui souhaitent élever leurs enfants seules, afin de concilier l’épanouissement personnel et la productivité dans la société. Sans rien diminuer de la liberté individuelle, nous souhaitons que la famille soit issue de la réunion d’un homme et d’une femme. La famille doit aussi être le socle de l’égalité homme-femme à travers le partage des responsabilités. « 

François Hollande critique la “non-mixité” à l’UOIF

04.04.2012La rédaction

Lors de son meeting de Rennes, du 4 avril 2012, François Hollande a évoqué la question de l’Islam et de son instrumentalisation par le politique.

Quelques jours auparavant, Nicolas Sarkozy s’était opposé à la venue de prêcheurs radicaux au Congrès de l’UOIF.

François Hollande a rappelé que Nicolas Sarkozy critiquait peut-être l’organisation islamiste aujourd’hui mais qu’il n’avait hésité à se rendre à un congrès de l’UOIF « qu’il dénonce aujourd’hui où il s’est exprimé avec d’un côté  les hommes et de l’autre côté les  femmes« .

Une manière d’attaquer Nicolas Sarkozy mais aussi la non-mixité souvent de mise dans les conférences de l’UOIF.

Le Qatar et son drôle de prédicateur

Le Qatar et son drôle de prédicateur
Le Qatar et son drôle de prédicateur
30.03.2012 Caroline Fourest
Youssef Al-Qaradaoui était attendu comme le messie au congrès annuel de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Cette mouvance sous tutelle idéologique des Frères musulmans a considérablement élargi son audience depuis sa reconnaissance institutionnelle par Nicolas Sarkozy au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM). Leur mentor vient régulièrement en France. Ce ne sera pas le cas cette année. En raison du contexte dramatique et de l’alerte publique lancée par le journaliste Mohamed Sifaoui. Sous pression, les autorités françaises ont dû le déclarer persona non grata.
Est-il, comme le décrit le communiqué de l’UOIF, un « homme de paix et de tolérance », ou bien un prédicateur incitant à la haine ? Il suffit d’écouter son émission sur la chaîne Al-Jazira ou de lire ses livres pour se faire une idée. De fatwa en consigne, Youssef Al-Qaradaoui justifie de battre sa femme si elle se montre insoumise, admet que l’on puisse brûler les homosexuels pour « épurer la société islamique de ces êtres nocifs », et autorise les attentats kamikazes.
Il est convaincu que le « seul dialogue avec les juifs passe par le sabre et le fusil »et se félicite qu’Hitler ait su les « remettre à leur place ». Avant de poursuivre :« C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des croyants (musulmans). » Il se montre tout aussi impitoyable envers les « ennemis de l’islam » et autorise à les « tuer ». Autant dire que Mohamed Merah aurait approuvé.
Malgré ces sermons, des journalistes et des chercheurs complaisants qualifient parfois le téléprédicateur de « centre en islam », voire de « juste milieu ». Ce qui dénote une vision pour le moins paternaliste et caricaturale de la religion musulmane.
A moins qu’elle ne témoigne d’une forme de bienveillance envers son parrain : le Qatar, avec qui l’UMP, des politiques français et des investisseurs entretiennent les meilleures relations. Le petit émirat s’y connaît en lobbying, mais il présente surtout l’avantage d’offrir un partenaire arabe indispensable lorsque la France et les Etats-Unis souhaitent défaire – à juste titre – des tyrans comme Mouammar Kadhafi ou Bachar Al-Assad. D’où l’ambiguïté, complexe à décrypter, du rôle joué par le Qatar.
D’un côté, il contribue au « printemps arabe » et à la démocratisation, nécessaire pour que les théocrates cessent d’apparaître comme la seule alternative possible aux dictateurs.
De l’autre, il finance les mouvements islamistes capables de profiter de cette démocratisation. Non pas les salafistes les plus caricaturaux (plutôt financés par des mécènes wahhabites), mais les plus stratèges. Comme le Front islamique du salut (FIS) algérien ou Ennahda en Tunisie.
Ces derniers ne veulent pas imposer la charia comme loi civile par la force, mais convaincre de cette nécessité, après avoir gagné la bataille culturelle contre la sécularisation. Reste que ce plan en « étapes » – credo des Frères musulmans – passe par le combat contre les musulmans laïques. Aucun calcul de « realpolitik » ne devrait conduire à les abandonner.
Ne parlons pas de l’islam de France, où rien ne justifie de considérer M. Qaradaoui et ses amis de l’UOIF comme un « juste milieu ». A moins de vouloir faire le jeu de l’intégrisme sous prétexte de lutter contre le djihadisme.
 Caroline Fourest
LE MONDE | 30.03.2012

Lettre à Nicolas Sarkozy

21.03.2012Mohamed Sifaoui

L’Union des Organisation Islamiques de France (UOIF) organise, du 6 au 9 avril 2012, ses « rencontres annuelles » au parc des expositions du Bourget. Nous sommes nombreux à nous insurger, depuis de longues années, contre les agissements de cette association qui prétend, de surcroît, s’exprimer au nom des « musulmans de France » et qui n’hésite pas à offrir des tribunes à des idéologues intégristes connus pour leurs positions extrémistes.

L’UOIF qui siège au sein du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) est une association qui défend et propage sur le territoire de la République, et ce, depuis sa création dans les années 1980, une idéologie qui instrumentalise l’islam à des fins politiques directement inspirée de la pensée des Frères musulmans égyptiens.

Sans esprit de polémique et sans rappeler que vous êtes de ceux, alors que vous étiez ministre de l’Intérieur, qui ont tenu à accorder, probablement par méconnaissance, une « respectabilité » à l’UOIF en exigeant leur incorporation au sein du CFCM, je souhaite vous alerter, en prenant à témoin l’opinion publique, sur la dangerosité de banaliser les idées prêchées par les Frères musulmans qui continuent de provoquer des ravages dans les sociétés maghrébines et, au-delà, dans les pays faisant partie de la sphère « arabo-musulmane ».

Probablement, vos conseillers ne vous ont-ils pas suffisamment alerté sur les réalités de la pensée des Frères musulmans, sur leur parcours et sur l’itinéraire des fondateurs historiques de l’UOIF, organisation intégriste s’il en est, dont les leaders se sont toujours distingués par un double discours connu de la plupart des spécialistes et chercheurs ayant travaillé sur la question relative à l’islam politique en général et à l’UOIF en particulier.

Les organisateurs des prochaines « rencontres annuelles » de l’UOIF ont décidé cette année d’inviter, ce n’est d’ailleurs pas la première fois, des idéologues intégristes parmi lesquels le tristement célèbre prédicateur égyptien Youssouf Al-Qaradhaoui. J’ai appris que ce dernier a pu bénéficier d’un visa qui l’autorise à fouler le sol de la République et la patrie des Droits de l’homme. Ce qui est, à tout le moins scandaleux. C’est d’autant plus scandaleux que cet extrémiste vient en France, dans ce contexte particulier de tragédie nationale, alors que l’opinion publique constate les ravages que peut provoquer l’extrémisme religieux en général dans des esprits fragiles ou fragilisés.

Il y a de cela quelques années, Youssouf Al-Qaradhaoui s’était illustré par des propos d’une rare violence antisémite. Il annonçait en effet : « Tout au long de l’histoire, Allah a imposé aux [Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu’il leur a fait – et bien qu’ils [les Juifs] aient exagéré les faits -, il a réussi à les remettre à leur place. C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des croyants [musulmans] ». Je vous laisse apprécier la teneur particulièrement abjecte de ces propos qui ne reflètent, en aucun cas, l’esprit de la religion musulmane. Je vous laisse, par ailleurs, apprécier le fait que vos « protégés » de l’UOIF n’aient jamais condamné ces propos. Pire, ils offrent une tribune à leur auteur qui n’est en réalité autre que l’une de leurs références idéologiques et l’un de leurs maîtres à penser.

Les services spécialisées et les institutions de la République compétentes en la matière vous fourniraient de plus amples informations sur le personnage, mais également à propos des autres invités comme le « cheikh » Mahmoud El-Masri par exemple, connu pour des positions tout aussi extrémistes.

Par conséquent, je vous demande, M. le Président, d’intervenir personnellement pour faire annuler toutes les autorisations d’entrée sur le territoire français de ceux, parmi les invités de l’UOIF, qui sont connus pour leurs positions extrémistes, leur discours antisémite, sexiste ou homophobe et de tous ceux qui appellent à la violence à partir de certaines chaînes satellitaires ou de sites internet.

Les événements tragiques de ces derniers jours et la vive émotion qui continue de traverser la société après les assassinats barbares perpétrés contre trois soldats français d’origine maghrébine et quatre Français de confession juive, dont trois enfants, ne peut nous permettre d’accepter que des tribunes soient offertes, en France, aux tenants de la haine. Des idéologues de la trempe d’Al-Qaradhaoui mettent à mal le « vivre-ensemble » et favorisent, outre la violence, le communautarisme et le repli sur soi.

D’un autre côté, si vous décidez enfin, à juste titre, de criminaliser les sites internet qui prônent le salafisme djihadiste et les idées extrémistes, il est nécessaire, d’agir avec cohérence, à l’égard de personnages comme Youssef Al-Qaradhaoui, car il vous incombe aussi de mettre à l’abri les jeunes français de confession musulmane, dont les esprits sont déjà fragilisés par des conditions socio-économiques difficiles, des stigmatisations et des discriminations qu’ils subissent au quotidien, et qui seraient tentés d’accorder du crédit aux propos haineux de certains idéologues ou encore d’être perméables aux discours extrémistes que la morale républicaine réprouve.

 Mohamed Sifaoui

Prix Cojep 2011

La Cojep, une organisation proche de l’AKP d’Erdogan et regroupant une partie des Turcs alsaciens distribue chaque année une série de prix. En 2011, ils ont été attribués à :

  • Prix « Soutien à la Société Civile » : Feyzullah KIYIKLIK
    Parlementaire Turc AKP
  • «Prix « Special COJEP » : Famille de Gizem DOGAN
    Victime de l’attaque terroriste d’Utoya – Norvège
  • Prix « Dialogue İnterculturel » : Kamel MEZITI
    Historien,  auteur du Dictionnaire de l’islamophobie
  • Prix « Engagement Humanitaire » : Kerem KINIK
    Vice-Président de l’ONG « Doctors Worldwide »
  • Prix « Citoyenneté Européenne » : Philippe LE GUEN
    Directeur de l’Association de Jean Monnet
  • Prix « Vivre Ensemble » : Lord Nazir AHMET
    Parlementaire Britannique
  • Prix « Personnalité Politique » : Mevlüt ÇAVUŞOĞLU
    Président de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe. Confondateur de l’AKP.
  • Prix « Lutte Contre le Racisme et le Discriminations » : Rokhaya DIALLO
cojep2011