Le CCIF et sa référence à l’Allemagne des années 30, l’arroseur arrosé

 

27.10.2016 Naëm Bestandji

“Allah, soubhanahou wa ta’ala, nous dit dans le coran : on ne sera satisfait de nous que quand on aura abandonné notre religion pour suivre la leur. Il n’y a pas un degré d’acceptabilité de notre religion. C’est pour ça qu’on met en scène l’histoire du musulman modéré et du musulman extrémiste. Parce qu’on espère que, pour ne pas être pris pour un extrémiste, chacun d’entre nous va accepter de faire toutes les concessions pour qu’on nous donne le pin’s d’acceptabilité de « ça y est, c’est bon, tu es un modéré. » (…) Ce qu’ils appellent l’islam des Lumières, moi j’appelle ça l’islam du réverbère.”

Au moins, c’est clair… Ces déclarations ont été faites par Marwan Muhammad, à l’époque porte-parole du CCIF, à une conférence-débat qui s’était tenue à la mosquée de Vigneux le 30 avril 2011. Mosquée qui a vu défiler de nombreux prédicateurs intégristes de France et d’ailleurs. Organisée par l’association culturelle des musulmans de Vigneux, elle avait pour thème “islamophobie, notre responsabilité face à l’injustice”. L’ensemble des propos idéologiques qui ont été tenu lors de cette conférence sont courant et régulièrement répétés par l’ensemble des intégristes. Ce discours politique et religieusement radical est intéressant car il concentre une bonne part de la vision de l’islam politique.

Le CCIF, qui se présente comme grand défenseur de la laïcité et du vivre ensemble, n’est pas à une contradiction et un amalgame près. C’est une stratégie pensée et structurée pour perdre les français et les culpabiliser s’ils ont le malheur de critiquer les intégristes musulmans. Pour cela, deux outils sont utilisés par l’ensemble des islamistes : la victimisation et “l’islamophobie” (terme qui a pris son essor avec les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour stigmatiser les femmes refusant de se voiler). S’il existe effectivement des actes et propos anti-musulmans (et il faut les sanctionner), le CCIF inclus surtout dans son action la lutte contre toute critique de l’islam, de l’islamisme, et contre toute opposition laïque. Il considère les intégristes comme de simples musulmans. La lutte contre l’intégrisme se transformant ainsi en une lutte contre les musulmans en général. Et c’est tout cela qui serait de l’islamophobie, à leurs yeux un délit. Les musulmans modérés étant considérés comme les “musulmans de service” (cité également dans cette conférence). Le piège de ce terme inapproprié, et qui n’existe pas en droit français, a été mainte fois démontré.

D’un autre côté, Il ne fait aucune distinction entre ses adversaires : l’extrême droite est mise dans le même sac que les défenseurs de la laïcité et de l’égalité des sexes : tous des fachos ! Cette stratégie en dit long sur leur vision de la démocratie. Comme tout mouvement inspiré des Frères musulmans, il utilise les termes de nos valeurs (démocratie, valeurs républicaines, laïcité, liberté, …) pour en détourner le sens et les retourner contre nous. Rien de mieux pour culpabiliser les laïcs et les féministes. Et ça marche sur beaucoup d’entre eux.

Marwan Muhammad n’a jamais souhaité non plus donner son opinion devant le grand public sur l’instrumentalisation de la religion à des fins sexistes et misogynes, comme le voile par exemple. Pour ne pas montrer sa radicalité, il botte en touche en se présentant comme simple défenseur des opprimés et souhaite rester uniquement sur le terrain juridique (et politique). Mais quand il est face à son public, comme lors de cette conférence, c’est tout autre chose. Tout en restant dans le discours politique, il n’hésite pas à faire la leçon en citant Allah, le coran, le prophète. Il devient un imam devant ses fidèles. Il ne s’adresse plus à des hommes et des femmes, ou à des citoyen(ne)s, mais à des “frères” et “sœurs”. Comme tout bon islamiste, il a une lecture littéraliste du Coran, il distille l’idée de l’impudeur des femmes de culture française, il expose sa vision rétrograde du rôle de la femme musulmane, et il magnifie la suprématie de l’islam sur la France et sur le monde. Il n’a aucun état d’âme non plus à faire des comparaisons choquantes (et historiquement fausses) avec les juifs. Cette conférence, dont le thème et le discours dégoulinent de victimisation surréaliste, n’est pas différente des autres. A un moment, la mine grave et sur un ton solennel, il déclame :

“C’est l’histoire d’un pays qui chaque jour bascule un peu plus dans l’islamophobie. Ce pays, c’est pas l’Allemagne des années 30. C’est la France des années 2010. Cette façon de nommer un culte, cette façon de nommer des croyants, cette façon de les stigmatiser et de dire qu’ils posent problème et qu’ils mettent en péril l’identité du pays, c’est exactement la manière dont on stigmatisait les juifs au début du siècle dernier. C’est pas dans l’Allemagne des années 30 qu’on mitraille des mosquées. C’est pas dans l’Allemagne des années 30 qu’on dit à des enfants tu n’iras pas au centre de loisirs parce que tu ne veux pas manger du pâté et du jambon à l’école. Ce n’est pas dans l’Allemagne des années 30 qu’on viole des femmes le jour de l’Aïd. Qu’est-ce que nous, musulmans, on fait pour changer ça ? Et est-ce qu’on est responsable de changer ça ? La réponse est dans la question.”

Passons sur les énormités à propos du pâté et du jambon, et du viol des femmes le jour de l’Aïd. Ben oui, les violeurs aussi sont islamophobes : ils osent violer des femmes le jour de l’Aïd ! Ils pourraient quand même attendre le lendemain, par respect ! Les viols sont bien moins graves le reste de l’année (estimés à 75000/an). Ils n’ont vraiment aucun respect ces violeurs… Ou bien le viol serait plus grave si les victimes sont musulmanes ? Dans son propos, si le viol a lieu le jour de l’Aïd, ce n’est plus un crime commis sur une femme mais un acte islamophobe contre une musulmane…

Alors passons. A part ça, nous voyons ici une des rhétoriques les plus utilisées par les intégristes musulmans : l’analogie victimaire avec l’antisémitisme. Mais n’est pas historien qui veut. Cette analogie qui se veut historique n’a rien à voir avec l’Histoire. Les comparaisons sont hors sujet et il n’y a aucune mise en contexte. Mais comment lui en vouloir ? Comme tout bon intégriste qui se respecte, il aborde aussi le coran exactement de la même façon. De plus, la comparaison faite par les islamistes entre ce que subiraient les (intégristes) musulmans aujourd’hui et les persécutions des Juifs dans les années 30 est assez ironique, quand on connaît l’antisémitisme du monde musulman et chez une partie des français de confession musulmane.

Cette rhétorique islamiste commence d’abord par la création d’une figure raciale, celle de l’opprimé supposé. Le problème ne relèverait plus d’une idéologie religieuse choisie, mais d’un groupe racialisé persécuté. Il y aurait une race musulmane comme il y a un peuple juif. Cela rappelle les théories racialistes et racistes du Parti des Indigènes de la République. On comprend mieux les liens qu’ils entretiennent. C’est par cette stratégie que l’islamophobie, délit imaginaire, devient un racisme. La religiosité, et de surcroit la religiosité extrémiste, relève pourtant d’un choix, pas d’une origine ethnique. L’autre problème est qu’il y a une essentialisation qui piège les musulmans qui n’ont pas choisi le radicalisme, en les incluant malgré eux dans le système victimaire et racialisé par les islamistes.

Dans l’Allemagne des années 30, les juifs ne cherchaient pas à se distinguer et ne demandaient aucun aménagement pour leur religion, contrairement au CCIF et aux autres islamistes en France aujourd’hui. Ils ne demandaient pas à l’Allemagne des accommodements à leurs pratiques rigoristes sous la menace d’être accusée de judéophobie. La référence à l’Allemagne des années 30 concerne l’antisémitisme, pas l’anti-judaisme. L’anti-judaïsme est une opinion qui concerne une religion. L’antisémitisme est un racisme puisqu’il vise une ethnie. Comparer l’antisémitisme à « l’islamophobie », c’est mettre au même niveau la manifestation d’un racisme et l’expression d’une critique religieuse, dont la critique de l’extrémisme religieux.

Dans les années 30, les juifs ont été persécutés. Ils ne l’ont pas été pour leur religion, mais en tant que groupe racial. Un juif pouvait donc être non pratiquant, athée ou converti au catholicisme, il était quand même discriminé, harcelé, spolié puis plus tard déporté. Le juif était considéré comme faisant partie d’une race inférieure et impure. Sa judaïté n’était pas un critère. D’ailleurs, les nazis n’ont pas empêché les juifs pratiquants d’exercer leur culte.

En France aujourd’hui, les musulmans, y compris les intégristes, ne sont évidemment pas persécutés. L’islamisme politique s’exprime même sans difficultés (n’est-ce pas M. Muhammad ?). De nombreuses associations officiellement culturelles, qui sont en réalité cultuelles, reçoivent des subventions publiques (comme l’association culturelle des musulmans de Vigneux ?). Les musulmans, tout comme les croyants des autres religions, sont même protégés par notre laïcité. Le CCIF le sait bien puisqu’il n’hésite pas à se servir de ces lois et à attaquer en justice quand il estime qu’il y a eu un acte “islamophobe”. Et s’il y a vraiment eu discrimination, la justice de ce “pays islamophobe” leur donne raison. Les juifs avaient-ils toutes ces possibilités dans l’Allemagne des années 30 ? Bien-sûr que non. Bien au contraire, l’Allemagne des années 30 avait fait de l’antisémitisme un programme politique en promulguant des lois pour exclure totalement les juifs de la société : interdiction du mariage et des relations extraconjugales entre Juifs et citoyens de sang allemand, interdiction pour les Juifs d’exercer certains métiers, puis confiscation des biens juifs, etc.

S’il y a bien en France des lois d’interdiction, elles ne visent en aucun cas un groupe ethnique ni même les musulmans en tant que croyants. Elles visent à limiter l’expansion d’une idéologie totalitaire, du communautarisme et du sexisme au nom du religieux. Contrairement à ce que souhaite faire croire le CCIF, les lois ne concernent pas les musulmans, mais les dérives faites au nom de l’islam. Une musulmane modérée se fiche complètement de la loi sur le voile intégral ou de celle sur les signes religieux à l’école puisque cela ne la concerne pas. Elle peut pleinement vivre sa foi, et même être protégée contre les injonctions des intégristes. Rien de tel pour les juifs allemands des années 30.

C’est vrai que les actes et menaces anti-musulmans ont énormément augmenté en 2015. Mais leur nombre reste limité. Sachant qu’il y a eu en France plusieurs attentats et des dizaines de morts au nom de l’islam (par armes à feu, égorgement, écrasement). Sachant que les “représentants” des musulmans invités dans les médias sont presque toujours les militants de l’islamisme politique (UOIF, Tariq Ramadan, CCIF, etc.). Sachant que notre pays a une histoire et des acquis concernant la lutte pour l’égalité des sexes. Il est donc compréhensible que les français aient peur, et cela explique en partie la stupidité d’une minorité à commettre des actes anti-musulmans. Mais vu la gravité de la situation, la France en général a toutefois su rester digne. Quand on compare l’attitude de la France face à la barbarie qui la touche et l’islamisme qui se développe sur notre sol, cela n’a rien avoir avec l’attitude de nombre de musulmans à travers le monde pour quelques dessins caricaturant le prophète. De plus, pour revenir à la comparaison avec l’antisémitisme, il y a presque 2 fois plus d’actes antisémites alors que cette population est 6 fois moins importante en France que les musulmans. Et les actes et propos antisémites commis par des français musulmans sont en augmentation…

Il y a donc du racisme en France. Mais pas plus qu’ailleurs, et même bien moins que dans la plupart des pays du monde, surtout bien moins que dans bon nombre de pays musulmans. Les musulmans ne sont donc pas stigmatisés. Ce sont les dérives extrémistes et sexistes d’une partie d’entre eux qui sont dénoncées et combattues. En incluant volontairement l’ensemble des musulmans malgré eux, les islamistes contribuent à l’amalgame et à la peur de l’islam.

Alors pourquoi faire l’analogie entre “l’islamophobie” et l’antisémitisme de l’Allemagne des années 30 ? Car la référence à la persécution des juifs est la carte premium de la victimisation. D’autant plus qu’elle fait écho à notre traumatisme historique. Il n’y a donc rien de mieux pour culpabiliser la population, même si les persécutions des juifs allemands n’ont absolument rien à voir avec “l’islamophobie en France”. Cette analogie est également le moyen de diaboliser, culpabiliser et disqualifier tous ceux qui s’opposent à l’islamisme, en les comparant aux nazis. Les deux volets de ce stratagème sont particulièrement ignobles…

Mais allons quand même dans le sens de M. Muhammad, juste pour voir. Tentons de faire un parallèle avec le nazisme et l’Allemagne des années 30 qu’il aime tant évoquer. Voici la suite de son discours qui passe du statut victimaire à celui de communauté supérieure :

“Allah, soubhanahou wa ta’ala, nous dit : vous êtes la meilleure communauté qui ait surgi sur Terre. Pas la deuxième, pas une bonne communauté, mais la meilleure des communautés. Et juste après, Allah soubhanahou wa ta’ala dit : vous recommandez le bien et vous interdisez ce qui est blâmable, et vous croyez en Allah soubhanahou wa ta’ala. Ça veut dire que cette caractéristique est une caractéristique identificatrice des musulmans. Elle nous fait sortir du rang et elle fait de nous les premiers de la classe auprès d’Allah soubhanahou wa ta’ala. C’est pas une petite caractéristique, et c’est une responsabilité. C’est une responsabilité, pas que quand on s’attaque aux musulmans. C’est une responsabilité pour toutes les injustices qui frappent la terre sur laquelle Allah soubhanahou wa ta’ala nous a mis comme gérants, comme responsables de l’ordre public.”

Ce discours est surprenant pour n’importe qui, mais banal et tout à fait normal pour les islamistes. Il fait référence à la Sourate 3 verset 110 du Coran : “Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. (…)”. Les musulmans modérés prennent le coran dans son esprit, pas à la lettre. Ils interprètent et adaptent l’islam en fonction du contexte, de l’époque, et de la société dans laquelle ils vivent. Ils estiment ainsi possible d’écarter des versets (sans pour autant les supprimer puisqu’ils existent) qui sont déconnectés de notre monde et ne sont plus applicable aujourd’hui. Tout ce que déteste le CCIF. Les intégristes, eux, considèrent que la parole de Dieu est éternelle et qu’il faut tout prendre à la lettre. Quitte même à extrapoler les écrits originaux dans un sens rigoriste et totalitaire qui les arrange. Le CCIF et l’ensemble des intégristes n’y voient aucun mal. Ce qui est d’autant plus terrifiant.

Ainsi, le porte-parole du CCIF affirme à ses fidèles que la communauté musulmane est supérieure à toutes les autres. Il revendique donc « une idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains et que certaines catégories de personnes sont supérieures à d’autres ». Pourquoi je mets des guillemets ? Car je cite la définition exacte du racisme… Cette supériorité supposée donnerait aux musulmans la capacité de déterminer ce qui est bien ou mal pour tous. Cela rendrait cette communauté désignée par Dieu “gérante et responsable de l’ordre publique”. Cela porte un nom : le totalitarisme.

Cette pensée raciste et totalitaire est effrayante et choquante. Mais c’est si peu quand on connait celui qui a pensé et appliqué les mêmes idées, avec presque les mêmes termes, dans la fameuse “Allemagne des années 30” si souvent citée par M. Muhammad pour se poser en victime. Pour bien comparer, je le cite de nouveau : “Allah nous dit : vous êtes la meilleure communauté qui ait surgi sur Terre. Pas la deuxième, pas une bonne communauté, mais la meilleure des communautés. Et juste après, Allah dit : vous recommandez le bien et vous interdisez ce qui est blâmable, et vous croyez en Allah. Ça veut dire que cette caractéristique est une caractéristique identificatrice des musulmans. Elle nous fait sortir du rang et elle fait de nous les premiers de la classe auprès d’Allah. C’est pas une petite caractéristique, et c’est une responsabilité. C’est une responsabilité, pas que quand on s’attaque aux musulmans. C’est une responsabilité pour toutes les injustices qui frappent la terre sur laquelle Allah nous a mis comme gérants, comme responsables de l’ordre public.”

Voici maintenant la pensée d’un allemand qui était dans le même délire : “L’Aryen est l’étincelle divine du génie (…) ; il a toujours allumé à nouveau ce feu qui, sous la forme de la connaissance, éclairait la nuit et montrait ainsi à l’homme le chemin qu’il devait gravir pour devenir le maître des autres êtres vivant sur cette terre. (Tome I, chapitre 11) [La] mission donnée au peuple allemand sur cette terre consiste uniquement à former un État qui considère comme son but suprême de conserver et de défendre les plus nobles éléments de notre peuple, restés inaltérés, et qui sont aussi ceux de l’humanité entière. (…) La tâche qui consiste à conserver et à défendre une espèce humaine supérieure (la race aryenne), dont la bonté du Tout Puissant a gratifié cette terre, apparaît une mission vraiment noble. (Tome II chapitre 2) [Le nazisme] doit avoir conscience de ce que, gardiens de la plus haute humanité sur cette terre, nous avons aussi les plus hautes obligations. (Tome II chapitre 14)”. Adolph Hitler, Mein Kampf…

Pas mal pour une association qui prétend “défendre les droits de l’Homme”. Le CCIF a bien su inverser les rôles dans sa référence à l’Allemagne des années 30. Vous avez un peu la nausée ? C’est normal. A côté du CCIF, les idéologues fachos du FN passeraient presque pour des enfants de chœur.

Si cette conférence a eu lieu en 2011, la comparaison avec l’Allemagne des années 30, et la référence au verset cité, n’ont jamais cessé depuis.

Ainsi, le CCIF prétend défendre la laïcité mais la bafoue. Il prétend défendre les droits de l’Homme, et traite tous ses adversaires de fascistes, pour mieux défendre et véhiculer une idéologie raciste et totalitaire : le fascisme vert. On retrouve là, typiquement, la mécanique du Front National. Avec de tels défenseurs, les musulmans n’ont pas besoin d’agresseurs.

Loin de défendre les droits humains et les musulmans dans l’absolu, le CCIF, comme tous les islamistes, lutte pour une certaine idée de l’islam et la validation de l’intégrisme comme étant l’islam véritable. En cela, et en incluant les musulmans modérés malgré eux dans sa “communauté musulmane”, il entretien et développe volontairement ce qu’il prétend combattre : l’amalgame et “l’islamophobie”. Car ce qui crée la peur de l’islam chez nos concitoyens, ce qui aussi excite, donne des arguments et favorise l’extrême droite, c’est l’islamisme, dont le CCIF est idéologiquement la branche juridique en France. Cette stratégie peut fonctionner, mais seulement un temps, le temps de l’illusion.

Pour en finir avec la référence à l’Allemagne des années 30 si chère aux intégristes : si les démocraties s’étaient montrées faibles et parfois complaisantes avec le nazisme, il est vrai qu’il y a le même aveuglement et la même complaisance aujourd’hui avec une partie de la gauche et des féministes concernant l’islamisme. Mais nous, les féministes universalistes, les républicains démocrates et laïcs de gauche, de droite et de toutes confessions, ne commettrons pas la même erreur, dans “la France des années 2010”, avec ce nouveau totalitarisme qu’est l’islamisme. Ne l’oublions pas : “l’islamisme n’est pas une religion”, comme le disent très justement des musulmans laïcs. Les intégristes ne réussiront jamais à nous ramener au Moyen-Age, ni même à l’Allemagne des années 30, car ils ne peuvent rien contre le progrès des consciences.

Naëm Bestandji

TERREUR EN OCCIDENT : LA PROPHÉTIE DE RACHED GHANNOUCHI

Terreur en Occident : la prophétie de Rached Ghannouchi

Terreur en Occident : la prophétie de Rached Ghannouchi

19.10.2016Mohamed Louizi

Lui aussi est barbu mais il ne s’appelle pas Nostradamus (1503 – 1566). De ce dernier, il tient le sens d’une certaine prophétie de nouvelles alarmantes. A la différence de Nostradamus, qui était étranger aux prédictions qu’il annonçait à la cour, dans ses « Centuries », le Frère musulman tunisien Rached Ghannouchi, le leader du parti islamiste Ennahdha, est au cœur de l’idéologie panislamiste qui l’anime depuis sa jeunesse. Il est l’un de ses théoriciens les plus influents, les plus virulents, les plus connus et étrangement, les plus bien perçus par une certaine caste de la cour politico-médiatique parisienne. Pourtant, c’est lui qui disait dans les années 80 en Tunisie :

« Donnez-moi cent martyrs, je vous donne un état islamique » !

A l’aube du 21ème siècle, il a publié depuis son ex-exil britannique, un livre en arabe intitulé : Approches autour de la laïcité et de la société civile [1] (مقاربات في العلمانية و المجتمع المدني), préfacé par un autre frère musulman libanais Fayçal Mawlawi, cofondateur en 1983 de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), la branche française des Frères musulmans.

La résonnance de certains passages de cet essai islamiste avec le climat de terreur, qui règne en France et en Europe, est peu étonnant. Cet essai mérite d’être traduit intégralement de l’arabe au français, au moins pour que ceux qui ont reçu ce chantre du panislamisme en hôte de grande importance à Paris en juin 2016 [2], comprennent son vrai discours anti-laïcité, anti-démocratie et anti-libertés fondamentales. Au total, ce sont dix approches essentielles [3], détaillées sur plus de 200 pages, expliquant pourquoi l’islamisme doit gouverner et dominer des esprits, des corps et des territoires. Il y explique avec clarté et conviction pourquoi l’Etat Islamique rêvé, soumise à la loi des fouqahas (juristes religieux musulmans), doit être ressuscité de ses cendres pour accomplir sa fonction protectrice de la foi musulmane – y compris par le recours à la violence et par l’application anachronique des sanctions et châtiments corporels d’une charia moyenâgeuse – et pour faire face à l’Occident et à ses intérêts, y compris par la voie du jihad armé.

Cette traduction mérite d’exister surtout que Rached Ghannouchi risque fort d’être très probablement, et sous peu, le calife de la Tunisie, à proximité immédiate de l’Etat Islamique en Libye, et à presque 160 km seulement de la porte sud de l’Europe : Lampedusa. Les deux autres portes de l’Europe sont déjà « gardées » par deux Frères musulmans (!) : Le Sultan Erdogan, régnant autour du Détroit du Bosphore, et le vizir Benkirane gouvernant sur l’autre cote du Détroit de Gibraltar, à 15 km des cotes ibériques.

A présent, ce sont trois pages « prophétiques » terrifiantes résonnant étrangement avec ce climat d’horreur et de terreur qui s’installe dans les esprits, petit à petit, par-ci et par-là, au gré de la multiplication d’attentats et d’actes terroristes de massacre de masse : à Paris, à Nice, à Bruxelles, à Londres, à Munich, à Istanbul, à Tunis, à Orlando et ailleurs. En effet, ce « prophète » tunisien avait tout prédit depuis 1999, comme s’il regardait dans une boule de cristal, en feu et en sang. Il avait expliqué, bien avant le 11 septembre 2001, ce qui allait se passer une décennie plus tard. Ceux qui défendent, ici en France, l’idée d’une « islamisation de la radicalité », à l’image d’Olivier Roy [4], sont désormais désavoués par le propos même de Rached Ghannouchi qui défend justement l’idée contraire, celle de Gilles Kepel : « la radicalisation de l’islam »[5]. Il s’agit bel et bien d’attaques islamistes punitives, conduites au foyer même de l’Occident, motivées par son supposé refus pour que l’islam politique, dans sa version salafiste assumée, puisse gouverner ses terres au nom d’Allah. Rached Ghannouchi dit, je traduis :

« […] La persécution est le destin du musulman ainsi que sa quote-part de la civilisation. Le musulman paie le prix de sa décadence civilisationelle et de sa naïveté à répondre à l’appel de tout charlatan. Il paie le prix de son immobilisme ; ressassant les rêves du passé ; refusant le renouveau et l’évolution ; incapable d’acquérir les techniques modernes appliquées aux domaines de l’organisation politique, administrative et économique ; courant de façon effrénée et sans boussole vers l’imitation de l’autre, l’étranger et ses modes de vie. Nous avons détruit notre passé et nous n’avons pas su construire notre présent.

Tout démontre aujourd’hui la mise en place, à l’échelle planétaire, d’un nouvel ordre mondial qui ne se limite pas à marginaliser et à ignorer l’islam, mais il considère les musulmans comme un marché de consommation, une zone de pouvoir et un terrain d’influence [à dominer, ndlr]. Ce nouvel ordre mondial marginalisent les musulmans pour qu’ils restent en dehors de l’histoire, tournés vers le passé et étrangers à la modernité. Ce nouvel ordre est davantage plus dangereux. Il s’agit, en effet, d’une nouvelle phase de « Sykes-Picot » alimentant les divisions, les guerres fratricides et les séditions internes pour détruire l’islam une deuxième fois, de manière encore plus vigoureuse que les fois précédentes.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur la carte géographique du monde islamique et d’observer ce qui se passe sur son sol. L’on découvre l’existence d’un double-plan, en phase d’exécution, visant à résister contre l’islam :

La première partie de ce plan concerne la périphérie du monde islamique, c’est-à-dire les minorités musulmanes représentant un tiers des musulmans dans le monde. Concernant cette périphérie, le but est la destruction intégrale de toute existante islamique en son sein. L’objet est de tourner la page de l’islam définitivement, à travers l’intensification des animosités et de la xénophobie envers les musulmans en leurs déclarant une guerre génocidaire, détruisant leurs mosquées et monuments, spoliant leurs biens et argent, et intensifiant les tueries contre eux. L’exemple le plus criant de ce plan se passe au vu et au su du monde entier, au milieu de l’Europe, dans les Balcans (en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo). Le même plan est réédité en Inde, au Tadjikistan, en Azerbaïdjan et en Birmanie.

La deuxième partie de ce plan est exécutée au cœur même du monde islamique, là où les musulmans représentent l’écrasante majorité. Leur nombre empêche qu’on les expulse de chez eux ou que l’on détruise leurs lieux saints. Impossible de les pousser à l’exil, sauf dans le cas de la Palestine. Le but de ce plan, dans cette zone centrale du monde islamique, est donc d’empêcher l’islam,  par tout moyen, de gouverner ses terres et ses fidèles. Pour atteindre un tel but, l’on coopère même avec des dictateurs et des criminels et l’on fait tout pour assécher les sources de l’islam au sein des institutions éducatives, enseignementales, législatives et médiatiques. L’on s’attache à affaiblir financièrement les musulmans, en perquisitionnant leurs institutions, en les empêchant de participer à la vie politique et d’atteindre des postes sensibles au sein de l’état, lequel est conçu pour qu’il ait comme principale mission : la répression de l’islam et des musulmans. L’on empêche même cet état, malgré sa laïcité, sa subordination à l’Occident et sa répression de l’islam et des musulmans, d’atteindre un niveau raisonnable de développement économique et de progrès technique, notamment au niveau militaire où la possession de l’arme nucléaire est interdite au même titre à tous les musulmans, qu’ils soient vertueux ou pervers.

La conduite de ce plan, sur ces deux versants, suffit pour transformer les musulmans dans le monde, en entités affaiblies et guerroyantes. Pour l’Occident, le monde islamique deviendra son marché, sa poubelle et sa source d’énergie à bas coût. Un nombre croissant de musulmans deviendront affamés et sans toits. Le destin de ceux qui résisteront à la mort sera mis entre les mains d’organisations humanitaires, messianiques chrétiennes et entre les mains d’autres organisations s’occupant de l’exil politique.

L’Occident déploie tous ses efforts pour fermer ses portes face à l’immigration musulmane (80% des exilés dans le monde sont musulmans). Mais ce problème est assez suffisant, surtout en présence du mouvement islamique, pour transformer le monde musulman en un volcan explosif. Car ce comportement de l’Occident n’affaiblira pas ce mouvement. Il va simplement créer un déséquilibre en son sein, en faveur des courants extrémistes, qui eux, privilégient la force comme seul et unique moyen pour défendre l’islam et les musulmans et qui affirment que les prédicateurs modérés, représentant désormais le corps principal de ce mouvement, sont dupés. Leur argument : l’Occident qui a soutenu la démocratie et continue de le faire en Europe de l’Est, en Amérique Latine et en Afrique, est le même Occident qui, dans le monde musulman, soutient, dans sa guerre contre l’islam, les régimes les plus réactionnaires, les plus répressifs et les plus corrompus.

Si l’Occident parie sur la solution sécuritaire pratiquée en Tunisie, en Algérie et en Egypte, que lui dictent les sionistes, dans son comportement à l’égard des mouvements de l’islam politique, cela n’aboutira pas à l’anéantissement de l’islam. Mais bien au contraire, cela favorisera la radicalisation de l’islam. Ainsi, le jihad deviendra le mot clé du discours islamique. Le discours jihadiste et l’esprit du martyr ainsi que l’envie d’accéder au paradis, seront alimentés à la fois par les histoires des génocides, que subissent les minorités musulmanes de la périphérie, et aussi par les récits de la persécution que subissent les musulmans au cœur même du monde islamique. Et c’est parce que le niveau culturel et technique des membres des mouvements de l’islam politique est très élevé, la fabrication des armes et leurs utilisations deviendront une culture générale chez les musulmans. La résistance face aux intérêts occidentaux et la liquidation des traitres deviendront l’activité quotidienne des mouvements islamiques. Tout ceci trouvera racine et puisera son énergie dans le patrimoine historique du jihad ainsi que dans l’intolérance occidentale envers l’islam. Dans un monde où les peuples sont mélangés ; où les informations sont largement diffusées ; où les intérêts s’entrecroisent et où les musulmans sont présents partout, l’on peut imaginer son portrait futur comme le façonne, consciemment ou inconsciemment, les dirigeants de ce nouvel ordre mondial, sous l’influence des sionistes !

Il s’agit sans doute d’un portrait terrifiant. Mais quel diable, ennemi de l’humanité et de la civilisation, celui qui trouve son intérêt à façonner un monde sous un tel portrait ! Nous persistons à nous convaincre et à tenter de convaincre les autres que les forces islamiques raisonnables et modérées, reconnaissant l’altérite et cherchant les issus de la coexistence, gagneront la bataille, par la permission de Dieu, au sein du monde musulman comme à l’intérieur même de la structure occidentale, sur la base de nombreux dénominateurs communs, au lieu de parier sur l’exclusion de l’autre alimentée par ce qui semble être la fatalité du choc des civilisations […] »[6]. Fin de traduction.

Rached Ghannouchi recycle ici les standards idéologiques basiques de la rhétorique islamiste et de ses ingrédients habituels : le fourvoiement dans la posture victimaire ; l’errance calculée dans le délire de persécution ; l’infantilisation des musulmans ; l’absolution de l’islam salafiste historique ; l’exaltation de l’islam politique et du panislamisme ; l’affirmation de la prééminence du volet religieux de l’identité sur les autres volets ; la glorification du jihad armé et du martyr ; la diabolisation de l’Occident tenu pour fondamentalement islamophobe ; le rejet de la laïcité et de la modernité occidentale ; l’entretien du fantasme du complot sioniste ; le takfirisme sournois des états et gouvernements des pays arabes ; et surtout, l’entretien du rêve du rétablissement du califat islamique. Ainsi, l’évocation des accords secrets de « Sykes-Picot » de 1916, dans ce passage traduit, n’est pas anodine. Alors qu’Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, justifiait la création de sa mouvance islamiste en 1928 par la nécessité de rétablir le califat après la chute de l’Empire Ottoman, Rached Ghannouchi préfère lui placer le curseur historique sur ces accords secrets qui avaient fragilisé davantage « l’homme malade » de l’Europe avant sa désintégration en 1924.

En toile de fond de ces passages traduits, il s’agit bel et bien d’un chantage menaçant que résume l’équation suivante : l’Occident doit composer avec la branche dite modérée de l’islam politique, sinon, il endurera les attaques violentes de sa branche jihadiste. Les deux branches sont donc très complémentaires, la limite entre elles étant inexistante, Rached Ghannouchi agite même la menace du basculement des islamistes modérés vers le jihadisme car leur « niveau culturel et technique » est très élevé. Ils sauront fabriquer des « armes » pour attaquer quotidiennement les « intérêts occidentaux » et « liquider les traitres », écrit-il !

Rached Ghannouchi est en phase avec l’identité bicéphale du panislamisme : mi-politique, mi-jihadiste. Alors qu’une certaine élite politico-médiatique française le présente imprudemment comme l’avenir de la démocratie tunisienne [7], lui demeure fidèle à son idéologie jihadiste de conquête, s’appuyant sur un Coran et sur deux sabres croisés. Devrait-on rappeler que son nom figure parmi le top 10 des islamistes qui ont signé le 13 juin 2013 au Caire, à côté de Youssef Al-Qaradawi,  l’appel mondial au jihad armé en Syrie, qui a donné naissance, directement ou indirectement, à l’Etat Islamique ? Comme l’UOIF, et pour se refaire une virginité en permanence, il édite pour la consommation médiatique des communiqués de presse condamnant les actes terroristes de Daesh. Toutefois, lorsqu’un journaliste tunisien lui a demandé son avis concernant Daesh, le 16 octobre 2016, il a dit clairement que les jihadistes de l’Etat Islamique représentent un « islam en colère »[8][9], un « islam radicalisé », comme ce qu’il avait déjà prédit en 1999. Une constance[10] !

Mohamed Louizi

[1] Rached Ghannouchi, Approches autour de la laïcité et de la société civile, Maghreb Center for Researches & Translation, Londres, 1999, 204 pages (en arabe).

[2] Lire ici un compte-rendu de sa visite officielle à Paris : http://www.jeuneafrique.com/336218/politique/tunisie-operation-seduction-rached-ghannouchi-a-paris/

[3] Ces dix approches sont, par ordre : 1)- Les libertés générales en islam ; 2)- Les droits de l’homme en islam ; 3)- Les fondements de la société civile en islam ; 4)- La notion de l’égalité entre la charia islamique et les conventions de l’Organisation des Nations Unies ; 5)- L’idée de la société civile entre l’Occident et l’islam ; 6)- La philosophie politique de l’islam ; 7)- La culture, l’autorité et les droits de l’homme ; 8)- Quelle modernité ?! ; 9)- « Un peuple au service de l’Etat » ou « un état au service du peuple » ? ; 10)- La laïcité nous est arrivée sur le dos d’un char et elle est restée sous sa protection.

[4] Lire le propos ici : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/24/le-djihadisme-une-revolte-generationnelle-et-nihiliste_4815992_3232.html

[5] http://www.liberation.fr/debats/2016/03/14/radicalisations-et-islamophobie-le-roi-est-nu_1439535

[6] Rached Ghannouchi, Approches autour de la laïcité et de la société civile, Maghreb Center for Researches & Translation, Londres, 1999, p.191-194 (en arabe).

[7] Lire par exemple cet article du quotidien Le Monde : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/05/19/rached-ghannouchi-il-n-y-a-plus-de-justification-a-l-islam-politique-en-tunisie_4921910_3212.html

[8] Lire en arabe et écouter l’extrait de sa déclaration ici : http://www.mosaiquefm.net/ar الغنوشي-لا-يمكن-أن-نكف-ر-الدواعش-وهكذا-اصف-واقعهم/34321/ أخبار-سياسة-تونس.html

[9] Lire en français ici : http://www.dreuz.info/2016/10/18/le-chef-des-freres-musulmans-tunisiens-prend-la-defense-religieuse-de-letat-islamique/

[10] Lire ici le décryptage de la stratégie de communication de Rached Ghannouchi et de son parti Ennahda, par le directeur de rédaction du journal Le Maghreb : http://mlouizi.unblog.fr/2016/07/01/la-democratie-tunisienne-et-le-defi-islamiste/

POUR LA CORDOBA FOUNDATION LA RADICALISATION ISLAMISTE N’EXISTE PAS

Pour la Cordoba Foundation la radicalisation islamiste n'existe pas

Pour la Cordoba Foundation la radicalisation islamiste n’existe pas

11.10.2016 Carla Parisi

« Circulez, y’a rien à voir » aurait dû être le sous titre du rapport publié par la Cordoba Foundation. La Fondation  a été créée en Grande Bretagne par Anas Al Tikriti est le fils du leader officiel des Frères musulmans en Irak. En 2009, David Cameron a dénoncé la Fondation Cordoba, comme étant un faux nez des Frères musulmans en Grande Bretagne. Raison pour laquelle elle apparaît sur une liste publiée par le gouvernement des Émirats arabes unis d’organisations musulmanes soutenant le terrorisme.

Malgré ce lourd contexte, Anas Al Tikriti  et la Cordoba Foundation sont régulièrement sollicités pour délivrer leurs analyses. Dernier rapport en en date, les mythes de la menaces djihadistes à l’Ouest et la radicalisation islamique ». L’auteur : Alain Gabon est professeur au Wesleyan College (Wesleyenne), institution de la grande bourgeoise wasp américaine.

En introduction, le Dr Abdullah Faliq, responsable du Forum islamique européen explique sur un ton alarmiste que des gouvernements européens ont actuellement « commencé à confisquer et interdire la littérature islamique », à « confondre les pratiques religieuses conservatives avec de l’extrémisme », à « surveiller les mosquées, madrasas et centres de jeunesse (avec le pouvoir de les fermer) », et à « cibler les leaders de la communauté et les organisations islamiques mainstream ». Les « attaques islamophobes » envers les musulmans seraient le fruit d’une « menace surévaluée du djihadisme ». Et finalement, les djihadistes utiliseraient seulement « des slogans anti-autorité (pour un monde meilleur) », dans une « culture rebelle qui peut se retrouver dans presque toutes les communautés ».

A sa suite, Anas Al Tikriti, rend hommage à l’ancien maire de Londres, Ken Livingston, pour son comportement qu’il juge exemplaire après les attentats qui ont frappé la capitale britannique en 2005. Néanmoins, il reconnaît que des attaques racistes touchent Londres, comme les autres capitales mondiales. Il en profite pour fustiger le gouvernement actuel, moins accommodant envers les demandes communautaristes, dont la stratégie de lutte contre le djihadisme conduirait à des pratiques dignes de « l’Inquisition » et du « McCarthysme ». Plusieurs centaines d’enfants, d’après le lobbyiste, auraient été arrachés à leurs parents « sous le prétexte de radicalisation ». Et Anas Al Tikriti de déplorer « la criminalisation de chaque suggestion autour de la responsabilité de la politique étrangère britannique  et de ses interventions étrangères dans l’augmentation du terrorisme ».

Dans son étude, Alain Gabon veut démonter 3 réalités qu’il décrit comme mythes :

  • la plupart des terroristes sont des musulmans islamistes ou djihadistes
  • le terrorisme en général, et sa variété djihadiste en particulier, constitue une grande menace pour la vie humaine dans ces sociétés
  • il existe une radicalisation alarmante d’une partie significative des populations musulmanes européennes.

Ces trois « mythes » seraient propagés et renforcés par les discours politiques, médiatiques et académiques, dans un contexte quasi « orwellien ». En France, ces mythes auraient pour résultat l’interdiction des « voiles et niqab dans l’espace public » ainsi que « la surveillance des mosquées », et donc une « islamo-paranoïa ». Alain Gabon oublie bien sur de préciser que le voile n’est pas interdit dans la rue,  et que la loi contre les signes religieux à l ‘école date de 2004, bien avant les attaques terroristes de Toulouse, de janvier 2015 ou de novembre 2015 à Paris.

En juillet 2016, juste après l’attaque terroriste de Nice, Alain Gabon n’avait pas hésité à publier un article dans Middle East Eye, expliquant que  le tueur n’était « ni un islamiste, ni un djihadiste, ni même un « terroriste » ». En mettant bien entendu le terme mot terroriste entre guillemets.

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Pour minimiser les attaques terroristes islamiques, Alain Gabon explique que seuls 6% des attentats sont perpétrés par des djihadistes sur le sol américain. Le reste serait du à des groupes « latinos, chrétiens, juifs, d’extrême-gauche, écologistes, suprématistes blancs, anti-gouvernement, anti-avortement, souverainistes ou sécessionnistes ». Les attentats islamistes seraient les seuls que la presse couvrirait, alors que le nombre de victimes serait « statistiquement négligeables », et dûs  à des « loups solitaires ». En France, on entend parfois le chiffre de 1% du terrorisme qui serait djihadistes. Si le nombre d’attaques djihadistes est inférieur au nombre d’attaques des séparatistes régionaux par exemple, les attentats djihadistes sont de loin bien plus meurtriers : 245 morts en France depuis 2012. De plus, l’ampleur mondiale du terrorisme islamique, ses réseaux, son budget est incomparable à des groupuscules séparatistes ou anarchistes locaux. Cela n’empêche pas Alain Gabon de blâmer en priorité « l’hystérie et la quasi-apocalyptique rhétorique » autour du djihadisme.

Alain Gabon liste 6 raisons à ce qu’il nomme l’ « hystérie collective » :

  • le choc traumatique du 11 septembre 2001 puis du 13 novembre 2015 couplé à une « absence de distance rationnelle et à une absence de mise en perspective » : en effet, dans les attentats sur le sol européen, il n’y aurait « rien de ressemblant au 11 septembre avant (…) ni après ». Rien à voir, laisser passer. Alain Gabon prend même le pari que rien de similaire au 13 novembre ne se produira de nouveau. En effet, si l’on parle de projeter à nouveau deux avions sur les tours jumelles qui n’existent plus, ou de lancer le même commando dans les mêmes bars et salle de concerts parisiens, il y a peu de chance que cela se reproduise. En revanche, on ne compte plus le nombre d’attentats déjoués en Europe depuis 2 ans. Sans oublier les autres attentats en Irak, en Indonésie, au Bangladesh…
  • le rôle des médias et des politiciens qui « cultivent et nourrissent la mémoire du 11 septembre, de Charlie Hebdo et du 13 novembre ». Les « commémorationnisme » et les hommages aux victimes participeraient donc à ce qu’il décrit comme de l’hystérie… sous forme d’ « auto-asphyxie ».
  • la « mauvaise image rapportée par les médias de » : la Révolution Iranienne, de l’Irak, de la Syrie ou du Yemen…et le fait de présenter certains conflits comme des « divisions chiite-sunnites comme si l’Islam était la cause ».
  • les « calculs électoraux » des gouvernements occidentaux qui veulent « garder les populations focalisées sur la menace djihadiste (…) tout en autorisant des régimes despotiques comme Assad ou Al-Sissi en Egypte, dont le régime de terreur est encore pire que Daesh (…) et en justifiant des interventions militaires néocoloniales ». Cela permettrait à ces gouvernements de « supprimer toute dissidence » dans leur pays par la mise en place d’ « états d’urgence » et de regagner en « popularité » grâce au statut de chef de guerre. «La liste des bénéfices s’allonge », et Daesh serait même « utile ». Alain Gabon n’est pas loin de la vision complotiste du false flag, qu’il induit sans le nommer.
  • l’ « obsession vis-à-vis du terrorisme islamique pour ne pas parler des violences domestiques ou par armes à feu (…) pour retrouver les anciens stéréotyes racistes et islamophobes anti-arabes et anti-musulmans ».
  • le « traitement politique et médiatique qui souligne systématiquement le terrorisme de musulmans en ignorant ou en minimisant les autres formes de terreur, surtout si elles concernent des blancs, chrétiens, de droite ». L’auteur blâme la mobilisation en soutien à Charlie Hebdo, comparée à celle de Charleston ou Dylann Roof tua neuf afro-américains dans une église.

De plus, Alain Gabon prend le parti de définir Bachar al-Assad et Saddam Hussein comme des tyrans laïcs . Il oublie que ces deux personnages n’ont pas tué leur peuple au nom de la laïcité, que la Syrie et l’Irak n’étaient pas laïcs au sens propre, et qu’il n’a jamais existé de mouvement laïque terroriste appelant à soutenir ces criminels. Le général al-Sissi est également épinglé pour avoir massacré « 1000 civils sans défense supporter de Morsi ». Le fait que ces régimes ne soient pas taxés de terroristes prouveraient que nous ne sommes pas loin du « négationniste révisionnisme » au service d’ « objectifs de politique étrangère des Etats-Unis ».

Dans son rapport Alain Gabon affirme que croire que « le terrorisme est une menace majeure pour la vie humaine dans les sociétés occidentales est une grosse erreur ». Il s’agirait même de la  « plus petite cause de mortalité, violente ou non violente, de toutes »…. En la comparant à des accidents domestiques ou de la route, donc par définition, non prévisibles ! Il rajoute même, avec cynisme, qu’un cancer est « bien plus long et plus douloureux qu’une mort rapide ».

Alain Gabon parle de « mythe de la radicalisation islamique », qui induirait que de nombreux jeunes hommes musulmans « se radicaliseraient ».  Il considère que la notion de radicalité ou d’extrémisme est arbitraire, et qu’elle ne veut rien dire. Il rejette l’idée selon laquelle des comportements « salafistes », comme refuser de serrer la main à une femme, mèneraient au djihadisme. Alain Gabon ne propose cependant pas d’autre qualification pour désigner cette « radicalité ». Il pointe du doigt Manuel Valls pour avoir déclaré que « la France doit combattre le djihadisme, mais également le conservatisme et le fondamentalisme » dont « les Frères musulmans et les salafistes (…) et en particulier l’UOIF ». Manuel Valls irait même « plus loin » en faisant appel à la société civile, ou en proposant une ligne téléphonique contre le djihadisme ou en mettant en ligne des vidéos comme antidote à la propagande de Daesh. Les signes de radicalisations décrits seraient « paternalistes ». Alain Gabon dénonce également la fermeture de trois mosquées salafistes, qui serait « injustifiée ».

Finalement, selon Alain Gabon le djihadisme serait un « minuscule phénomène »,  et ce serait avant tout le médias et les gouvernements, qui travaillent à convaincre et à apeurer les populations.

Carla Parisi

Ce article est également disponible en English.

ELECTIONS AU MAROC

Elections au Maroc

Elections au Maroc

07.10.2016La rédaction

Vendredi 7 octobre, les marocains sont appelés aux urnes.

Le Parti de la justice et du développement (PJD), issu de la Confrérie des Frères musulmans est arrivé au pouvoir depuis 2011. Le mouvement qui profite de chaque occasion pour marquer ses distances avec la matrice égyptienne a été créé dans les années 60, par un islamiste proche du palais. Le premier ministre Abdelillah Benkirane, gouverne sous l’oeil attentif du Palais.

Les partisans d’une « exception marocaine » rappellent avec raison que le Maroc est le seul cas ou les Frères musulmans gouvernent sans dérives. Ce n’est pas tout à fait exact. Les Malais ont tenté à plusieurs reprises l’expérience frériste. Mais surtout, la relative innocuité des Frères marocains est surtout due à la surveillance des autorités royales qui ont conservé la main-mise sur les Finances, l’Intérieur, la Défense. Malgré toutes ses demandes, le PJD n’est jamais parvenu a détenir le discours sur l’islam, chasse gardée du roi, commandeur des croyants et descendant du Prophète.

S’il n’a pas mis le pays a feu et a sang, le Parti de la justice et du développement n’a pas non plus brillé. Le chômage est toujours aussi élevé. Le taux d’endettement du Maroc atteint 88 %. La corruption reste un mal endémique. Même du côté des moeurs, bastion favori des islamistes, le PJD est en mauvaise posture. Il y a quelques semaines, deux prédicateurs proches du mouvement, mariés mais pas ensemble, ont été arrêtés par la police pour une relation sexuelle dans une voiture. Quand aux prédicateurs problématiques, ils sont courtisés dans tous les partis. Lors des derniers meetings Abdelillah Benkirane a systématiquement fondu en larmes comme s’il avait compris qu’il ne pourrait plus jamais apparaitre comme challenger.

Face au PJD, le Parti Authenticité et Modernité (PAM). Ce dernier est plus récemment co-opté par le Palais. Ilyas El Omari est social-démocrate-monarchiste et ouvertement anti-islamiste. Il parle d' »islamisation rampante de la société ». Comme tous les autres partis, le PAM n’hésite pas à approcher des prédicateurs violents comme le Cheikh Maghraoui favorable au mariage des fillettes des 9 ans, puis à reculer une fois le scandale public.

Beaucoup moins populaire que Abdelillah Benkirane (PJD), Ilyas El Omari aura néanmoins fait vivre pendant quelques semaine un discours de rupture avec l’idéologie islamiste.

Dans la soirée, le ministre de l’Intérieur Mohammed Hassad a annoncé les résultats provisoires (après 90 % du dépouillement) :

  • PJD : 99 sièges.
  • PAM : 80 sièges
  • Istiqlal : 31 sièges
  • RNI : 30 sièges
  • MP : 21 sièges
  • UC : 16 sièges
  • USFP : 14 sièges
  • PPS : 7 sièges
  • FDG : 2 sièges

Pour aller plus loin : Articles sur le MarocNews

TRISTE DE RETROUVER CES DÉRIVES EN FRANCE

Triste de retrouver ces dérives en France

Triste de retrouver ces dérives en France

06.10.2016Serenade Chafik

Entre 1992 et 1993 l’Egypte vivait au rythme des attentats quotidiens. Les islamistes avaient déclaré la guerre à la population. Et tous les jours nous déplorions la mort de nos concitoyens qui succombaient sous les bombes du terrorisme. Nous passions notre temps à prendre les nouvelles des uns et des autres avec la crainte qu’un proche soit parmi les victimes.

Un jour, dans la rue, j’ai été agressée, un homme avec son cutter, m’a tailladé mon pantalon en me promettant l’enfer dans l’au-delà, N’étais-je pas à ses yeux une mécréante ? Son cri me perce encore les tympans : tu ne respectes pas les préceptes de la religion ni les recommandations du Prophète.

Mais, le jour où mon fils, âgé alors de 5 ans m’a dit que je brulerai en enfer à cause de mes tenues vestimentaires, le jour où je l’ai surpris essayer de couvrir les bras de sa petite sœur âgée à l’époque de 18 mois, j’ai décidé de reprendre le chemin de l’exil.

Il fallait fuir, il nous fallait sauver nos vies. Je voulais élever mes enfants loin du spectre de cet islam politique devenu un danger pour notre mode de vie et notre pensée.

En juin 1992, ils ont assassiné l’écrivain progressiste Farag Foda parce qu’il était un libre penseur.

Début 1993, j’ai quitté mon pays. Fuir c’était survivre à l’obscurantisme qui se propagait dans la cité. Dans mon imaginaire, partir c’était survivre à la tyrannie du fondamentalisme. Partir c’était aussi retrouver mes droits de femme libre.

Dans le pays de mon enfance, on appelait ces forces obscurantistes : les Frères Musulmans, Jihad, El takfir wel Hegra, El Jammaa El Islameya. Quel ne fut pas mon désarrois en les retrouvant en France.

Pourtant en décidant de venir vivre en France, je croyais que nous étions à l’abri. La France dans notre imaginaire demeurait le pays des lumières.

En 1993 je n’avais pas imaginé un seul instant que les pouvoirs politiques allaient nous imposer une organisation telle l’UOIF, cette tribune des Frères musulmans.

Mais le 4 octobre 2016 mon désarroi a été immense. C’était comme si mon pays d’adoption me tournait le dos. Naïvement, je croyais que nous étions à l’abri.

À aucun moment je n’aurais pu imaginer que le parquet, le ministère public, aurait demandé la condamnation d’un intellectuel parce qu’il dénonce les dérives des frères musulmans ou de l’UOIF, Pourtant hier, mardi 4 octobre, le procureur a requis la condamnation de Mohamed Louizi. Je suis triste, très triste de ces dérives, triste de constater qu’un procureur valide par son réquisitoire les accusations formulées par les Frères Musulmans. Ne sait-il pas que leur unique objectif est celui de nous museler

Sérénade ChafikNewsTribune

AU PROCÈS DE MOHAMED LOUIZI ET DE SOUFIANE ZITOUNI

AU PROCÈS DE MOHAMED LOUIZI ET DE SOUFIANE ZITOUNI

Au procès de Mohamed Louizi et de Soufiane Zitouni

Au procès de Mohamed Louizi et de Soufiane Zitouni

05.10.2016La rédaction

Mardi 4 octobre se déroulait le procès de Mohamed Louizi et de Soufiane Zitouni au Tribunal de Nanterre. Soufiane Zitouni, a publié deux tribunes à la suite des attentats de janvier 2015 dans Libération. Mohamed Louizi lui, a écrit plusieurs papiers pour expliquer le contexte de l’islamisme dans le Nord.

Les nombreuses personnes venues écouter les arguments ont eu le sentiment d’un procès historique. Et regretté l’absence de retransmission des débats.

Premier témoin de la défense, Mohamed Sifaoui a rappelé à la barre que le Lycée Averroès a été créé pour servir de tribune à la pensée des Frères musulmans. Le second témoin est père de famille. Il a même été le représentant des parents d’élèves. Il raconte comment un jour sa fille se fait convoquer par l’administration. On lui explique qu’elle va ruiner la réputation d’excellence de l’établissement et on la force à démissionner.

Le procureur se permet des remarques très étranges. Il s’étonne de la différence entre la description du Lycée Averroès et les photos sur internet. Lorsque Mohamed Louizi rappelle l’UOIF est considérée comme terroriste au Emirats, le procureur soupire et marmonne.  Au père de famille, il demande si sa fille a été radicalisée par le Lycée !

Amar Lasfar s’est déplacé. Sans le moindre complexe, l’imam de Lille (depuis 36 ans), multi-entrepreneur, créateur du Lycée Averroès parle de lui à la 3ème personne. Il répète sans jamais se lasser : « Amar Lasfar dit », « Amar Lasfar pense », « Amar Lasfar a eu de la peine ». Ou encore « Ce double discours , cela aurait donc échappé à tous les responsables politiques avec qui Amar Lasfar travaillé pendant trente ans? » Une question pertinente à laquelle devraient répondre Nicolas Sarkozy qui a institutionnalisé l’UOIF ou Bernard Cazeneuve qui a continué à accepter les oukases de l’organisation, lors des réunions au Ministère. Et Amar Lasfar d’insister, aucun politique n’a jamais remis en cause le bien fondé de son action. La présidente du tribunal lui fait alors remarquer que malgré son soutien initial : »La maire de Lille, Martine Aubry, semble soutenir l’idée du double discours ».

Martine Aubry a effectivement longtemps soutenu Amar Lasfar. Mais a fini par comprendre le problème lorsqu’elle a vu les multiples invités problématiques. Comme par exemple Sheikh Salah Sultan, président du Haut Conseil islamique d’Egypte, membre du Conseil européen de la fatwa et de la recherche, et de l’Union internationale des savants musulman qui n’hésite pas à déclarer :

« J’appelle les jeunes à pratiquer des sports, et à renforcer leurs corps dans la préparation du Jihad. »

D’autres intervenants problématiques sont intervenus au lycée Averroès :

Omar Abdelkafi, longtemps interdit de résidence en Egypte a été invité à participer à un cours de sciences physiques, pas d’éthique musulmane. L’homme avait notamment déclaré sur une chaine satellite :

« celle qui sort les cheveux découverts au vu de tout le monde, celle-là aura commis un péché qui mérite le châtiment de la tombe et le châtiment au jour du jugement dernier »

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Hassan Iquioussen 

A propos d’Ataturk : « un Juif converti hypocritement à l’islam, toujours pour détruire l’islam et les musulmans de l’intérieur ».

« le Hamas, avec sa branche armée, fait du bon boulot ».

 « Les textes aujourd’hui le prouvent. Les sionistes ont été de connivence avec Hitler. Il fallait pousser les juifs d’Allemagne, de France… à quitter l’Europe pour la Palestine. Pour les obliger, il fallait leur faire du mal »

Ou encore Cheikh Mohamed Hassan qui est intervenu en septembre 2010 et qui explique que « la grippe porcine » ou « le sida » ne sont que les conséquences des choix des infidèles. «La communauté internationale n’est infectée que parce qu’elle s’est égarée de la voix d’Allah et du prophète. » Sur ce dernier intervenant, Amar Lasfar a nié sa présence malgré les multiples éléments.

Amar Lasfar est mal à l’aise lorsque Mohamed Louizi évoque les propos antisémites de certains intervenants du lycée Averroès, et se défend en évoquant l’existence d' »un ami » rabbin. A ce propos, les extraits où Soufiane Zitouni et Mohamed Louizi évoquent cet antisémitisme ne sont pas poursuivis par Amar Lasfar.

Autre personnalité qui a mis en cause le lycée : Bernard GODARD, islamologue en charge des questions relatives à l’islam au Ministère de l’Intérieur, ayant participé à la mise en place du Conseil Français du Culte Musulman. Il indiquait dans la presse concernant le Lycée Averroès, que « le cordon ombilical avec l’UOIF existe et qu’il y a une tradition antisémite chez les frères musulmans ».

Amar Lasfar a réussi à agacer la cour à plusieurs reprises en expliquant que « Amar Lasfar ne s’autorise pas à intervenir sur le religieux » ou encore que « Amar Lasfar n’a jamais reçu le rapport de l’inspection académique ». Rapport qui n’a pas été publié par l’éducation nationale parce que mettant en cause des individus comme l’a rappelé l’avocat de Libération. Seul un communiqué de presse a été rendu public. Le rectorat y déclare que si le lycée respectait « globalement » les termes de son contrat avec l’Etat, il existait une confusion entre l’enseignement d' »éthique musulmane » et la « philosophie ».

Questionné par l’avocat de Libération, Amar Lasfar a reconnu être fidèle aux « enseignements des pieux ancêtres », et ainsi s’inscrire dans le courant salafiste.

Après l’intervention d’Amar Lasfar, il semblait acquis pour la cour que l’homme jonglait avec les casquettes pour fuir toute responsabilité. Dans les couloirs, un des responsables des Frères musulmans dans le Nord entame une très discrète prière.

Viennent alors les témoins de l’association Averroès.

Tout d’abord François Burgat. Le compagnon de toujours impressionne la cour à qui il commence par expliquer que les musulmans non islamistes ne représenteraient que 2% du monde musulman. Puis il explique qu’il est contre la criminalisation des Frères musulmans, faisant comme si les accusateurs étaient en fait les victimes ! Alors que les victimes sont sur le banc des accusés.

Vient ensuite Eric Dufour, directeur adjoint du Lycée. Il se présente comme venu de l’enseignement catholique. Personne ne rappelle sa conversion pourtant publique à l’islam ce qui aurait pu un remettre en cause son statut de spectateur au dessus de la mêlée. Malgré un début de discours empli de compassion, il charge la jeune lycéenne exclue en expliquant qu’à sa connaissance elle ne venait plus en cours et qu’elle était radicale.

Le procureur a requis la relaxe pour Soufiane Zitouni et une condamnation pour Mohamed Louizi.

Verdict, le 6 décembre.News

MOHAMED BAJRAFIL, IMAM COOL ?

MOHAMED BAJRAFIL, IMAM COOL ?

Mohamed Bajrafil, imam cool ?

Mohamed Bajrafil, imam cool ?

16.09.2016La rédaction

Personnalité montante de l’islam en France depuis la parution de son livre Islam de France, l’an I, l’imam d’Ivry-sur-Seine Mohamed Bajrafil est rapidement devenu la nouvelle coqueluche des médias qui lui ouvrent leurs pages d’entretiens et leurs plateaux télé. (ICIICI)

Ancien enfant précoce (il connaît par coeur le Coran depuis l’enfance), multidiplômé, incisif et cabotin, il aime à se flatter d’avoir lu tous les livres et de parler un français châtié et précis, résultat de ses études de linguistique. Très sollicité par ses fidèles sur les réseaux sociaux et lors de ses prêches et conférences, il prône un « islam du juste milieu » et les conseille aussi bien sur leur spiritualité la plus haute que sur la longueur de leurs sourcils : « Il est très déconseillé (…) de modifier le corps (…)… Les raser complètement, non, mais peut-être les disposer de manière à ce que (sic) vous plaisiez à votre époux. »

Ce qui séduit chez ce bel homme policé, c’est aussi son talent pour les punchlines et le patriotisme à toute épreuve qu’il affiche volontiers.

Revendiquant lumineusement son salafisme, qu’il qualifie de vrai salafisme, il œuvre à la réconciliation des divers courants de l’islam dans le giron de la France qui, selon lui, applique la charia mieux que n’importe quel pays au monde, au sens où cette dernière générerait in fine le régime politique le plus sage, le plus tolérant et le plus pacifique.

Ce premier article s’attache aux figures de l’islam contemporain auxquelles il se réfère.

Coutumier depuis 2011 des conférences en duo avec Tariq Ramadan, Mohamed Bajrafil affirmait à la mosquée de Vigneux-sur-Seine que celui-ci est « un penseur musulman respectable » bien qu’il ne soit « pas d’accord avec lui sur deux ou trois choses, ou une centaine de choses ». Une prise de distance respectable et suffisamment floue pour que l’on ne sache rien de ce désaccord. Sauf à entendre une explication donnée quatre ans plus tard à l’UOIF : « L’essentiel c’est que je le porte dans le cœur, mais que je sois divergent avec lui sur le plan des idées, parce que c’est ce qui va nous faire avancer. »

Et pour être certain d’être bien compris, il ajoute : « Si vous voulez que l’on soit intellectuellement siamois, on va rester là et faire du sur-place. »

Mohamed Bajrafil ne fait pas de sur-place, effectivement. Il applique la stratégie développée par Tariq Ramadan : « gagner en visibilité ».

« Le Frère Tariq », comme il le nomme affectueusement, ne peut en effet réaliser seul cette tâche : « Il est devenu porte-drapeau (…), mais il faudrait qu’il y en ait 36 000 comme lui pour faire savoir ce qu’est l’islam », déclare-t-il en 2015.

Pourtant, il parvient à persuader du contraire. Comme l’affirme le site FMMonitor, « d’une façon plus générale, il conspue également les intégristes déguisés, l’UOIF, Tariq Ramadan et certains de ses confrères, ajoutant que les jeunes musulmans ne se reconnaissent pas dans l’UOIF. »

Mais Tariq Ramadan n’est pas le seul Frère à bénéficier des faveurs du jeune prédicateur. L’imam d’Ivry, qui engage à l’amour et au lissage des désaccords mineurs et somme toute tellement humains, rend aussi hommage à Youssef Al Qaradawi à de nombreuses reprises. En 2012, il déclare que « c’est un humaniste convaincu avec lequel on peut être d’accord ou ne pas être d’accord » qui « n’est pas contre le peuple ou la religion judaïque ». Il questionne la véracité de l’antisémitisme de Qaradawi et considère qu’il s’agit d’une erreur négligeable, simplement à la mesure du prédicateur : « S’il l’a dit, c’est une erreur. Mais les erreurs des grands hommes sont grandes. » Selon lui, Qaradawi « est un très grand savant, quelqu’un qui a fait énormément de bien à notre communauté ». Et comme à l’accoutumée, il il prêche le juste milieu (« Il n’est pas prophète, donc on prend de lui des choses et on en contredit d’autres ») et la sagesse (« Mieux vaut une mauvaise action dont émanera une prise de conscience et de la modestie qu’une bonne action dont émanera de l’orgueil. Le prophète lui-même l’a dit dans un haddith. Et c’est ça l’esprit de Qaradawi et ce que je veux retenir de lui »), conseillant de « surtout éviter d’être manichéen ».

Mohamed Bajrafil prétend condamner l’antisémitisme : « Celui qui s’oppose fermement à l’importation en France du conflit israélo-palestinien de quelque bord que ce soit, rappelle également que l’antisémitisme est une hérésie. » Mais s’oppose-t-il à cette importation ?

Au sujet de l’antisémitisme de Qaradawi, il déclare en 2012 : « C’est mal connaître Qaradawi que de dire qu’il est contre les juifs et les chrétiens. Par contre, il a des positions claires sur l’occupation des Territoires palestiniens. (…) Plus de 99% des habitants de la planète trouvent la situation palestinienne inacceptable. »

Un an plus tôt, tandis qu’il s’exprime sur la démocratie, il déclare qu’elle « est bonne quand elle opprime les Palestiniens, mais quand ces derniers veulent jouir de la démocratie on leur dit Non » et précise au sujet d’Israël et du Droit international que « des personnes nous donnent des leçons, mais elles n’existent plus dès lors qu’elles sont applicables par un groupe de personnes bien précis ».

Par ailleurs, les mots clés (tags) sur son compte Dailymotion sont les suivants : « Gaza, droit international, politique, colonisation, indigène, Gandhi, Occident … ».

Enfin, il a participé à la Fondation Kawakibi avec d’autres Frères musulmans, mais l’a quittée après qu’elle a reçu des accusations en sionisme, insulte et soupçon suprêmes.

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Que doit-on en déduire ?

L’imam d’Ivry défend et promeut des prédicateurs radicaux violemment antisémites.dnan Ibrahim est imam à la mosquée Shura de Vienne (Autriche). Il tente de se bâtir une réputation de personnalité progressiste, alors qu’il est le disciple de Saïd Ramadan al Boutih, l’un des plus violents Frères musulmans syriens prônant le djihad et la haine d’Israël. Adnan Ibrahim est accusé par Al Hayat TV d’avoir, le 16 septembre 2012, qualifié les Juifs de « nains bâtards » ayant empoisonné le prophète de l’islam et provoqué finalement sa mort des années plus tard, enjoignant à « venger Muhammad ». Dans ce prêche, Adnan Ibrahim maudit les Juifs qui « ne savent que faire vile infamie, meurtre, assassinat et trahison ».  (Voir ici et ICI)

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Mohamed Bajrafil s’étonne de l’indignation suscitée par ces propos : « Pourquoi se fait-il attaquer autant ? Ce qu’il dit, c’est pas lui qui l’invente. »

Comment, dès lors, interpréter son affirmation selon laquelle « il n’y a pas de verset poussant à tuer dans le Coran » ?

Mohamed Bajrafil fait la promotion, sur son compte Dailymotion, du blog de Tariq Ramadan et de celui de Zakir Naik, un télé-prédicateur conspirationniste et suprémaciste interdit de séjour au Royaume-Uni et au Canada depuis 2010, qui préconise la peine de mort pour les apostats, les musulmans qui renient leur foi et les homosexuels. Il a été accusé par des terroristes notamment de l’attentat de Dakha de les avoir radicalisés, bien qu’il condamne publiquement avec la plus grande fermeté l’État islamique, qu’il juge anti-islamique, et bien qu’aucune preuve n’ait pu être retenue contre lui. Pour lui, seul l’islam peut apporter la paix dans le monde.

Est-ce parce qu’il a « lu Ibn Salah avec lui » qu’il ne renie pas son maître Safwat Hegazy, figure majeure des Frères musulmans d’Égypte, mais que, bien au contraire, il s’en réclame ? Celui-ci fut nommé en 2012 candidat à la présidence de la Jamaa Islamiya, une branche dissidente et armée de la puissante Confrérie, créée en 1970, dont l’ancien président, Omar Abdelramane, est soupçonné d’avoir participé à l’attentat de 1993 contre le World Trade Center. La Jamaa El-Islamiya est également tenue responsable de l’attentat de Louxor en novembre 1997. Considérée comme une organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne, la Jamaa El-Islamiya a affirmé renoncer à la terreur en 2003 et s’est convertie à la politique en créant en 2011 le Parti de la Construction et du Développement qui prône l’établissement de la charia.

Quant à Safwat Hegazy, il a été arrêté près de la frontière libyenne par les autorités égyptiennes pour avoir incité à la violence au Caire en 2013. Il tentait de fuir le pays, déguisé en femme sous un niqab.

Comment, dès lors, interpréter son affirmation selon laquelle « en islam, même en temps de guerre, tu n’as pas le droit de tuer quelqu’un sans l’avertir » ?

« Je ne suis pas frériste », assure-t-il. « Je suis universitaire, je n’ai pas une pensée post-it. Il y a des gens parmi les Frères musulmans qui ont des convictions qui ne sont pas différentes de celles que moi je partage. Mais il y en a d’autres, qui ont été exclus, qui ont des positions pas très loin de celles de Daech. »

Invité jeudi 15 septembre 2016 sur France 2, Mohamed Bajrafil  a repris le discours prononcé la veille par Amar Lasfar sur Europe 1, selon lequel les terroristes ne fréquentent pas les mosquées. Un discours type des Frères musulmans en France et dans le monde.

Pas frériste, mais favorable à Tariq Ramadan et Nabil Ennasri, qu’il cite comme s’ils étaient des (et comme s’ils étaient les seuls) représentants légitimes des Français musulmans en raison de leur connaissance de la culture occidentale et, surtout, comme s’ils étaient des représentants potentiels que les médias refuseraient d’entendre. Il ironise sur le frérisme : « On nous dit, c’est la franc-maçonnerie ! » Car ces Frères musulmans sont, selon Mohamed Bajrafil, bien plus légitimes que l’imam Chalghoumi, leur bête noire. Ce pourquoi l’imam d’Ivry clame à qui veut l’entendre que l’imam de Drancy n’est pas imam et qu’il n’a pas de mosquée.

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Pas frériste, mais présent au congrès de l’UOIF en 2014, en compagnie de Abdallah Benmansour , Tariq Ramadan, Hani Ramadan, Amar Lasfar, Ahmed Jaballah, Nabil Ennasri… Cette même année, il invite dans sa mosquée Nabil Ennasri, Abdallah Benmansour et Mohamed Ashaini.

Mohamed Bajrafil se rendra de nouveau au Bourget en 2015 et en 2016. En 2015, il est aussi présent à la Foire musulmane de Bruxelles, où se trouve également l’Égyptien Omar Abdelkafi, Frère musulman violemment antisémite délivrant par ailleurs des prêches violents contre les femmes non voilées. On retrouve Mohamed Bajrafil en compagnie de Moncef Zenati et Hassan Iquioussen (et Tareq Oubrou) à la première Rencontre annuelle des musulmans de Rouen.

Pas frériste, mais ne dédaignant pas disserter au côté d’Hassan Iquioussen, il défend le « prêcheur des cités » des « dénigrements » dont celui-ci serait victime. Membre de l’UOIF, Iquioussen affiche un antisémitisme et un négationnisme décomplexé. Selon lui, « les sionistes ont été de connivence avec Hitler » car « il fallait pousser les Juifs d’Allemagne, de France à quitter l’Europe pour la Palestine. Pour les obliger, il fallait leur faire du mal ». Il estime que Hamas, la branche palestinienne des Frères musulmans responsable de nombreux attentats et de vagues de terreur dans Gaza même, « fait du bon boulot ».

Pas frériste, mais partie prenante du Conseil théologique des musulmans de France (CFTM), dont l’UOIF a annoncé la création le 5 mai 2015 dans un communiqué de presse. Le CFTM rassemble une cinquantaine de théologiens, imams et prédicateurs gravitant dans la mouvance des Frères musulmans. Le Bureau exécutif se compose de neuf membres, dont Mohamed Bajrafil et quatre professeurs de l’IESH, inclus Ahmed Jaballah. Le CFTM s’inscrit selon celui-ci « dans une vision de modération » et a pour but demettre des avis juridiques (fatawas) sans les imposer sur la citoyenneté, l’enseignement, le ramadan…

Pas frériste, mais ardent défenseur du concept d’islamophobie et du CCIF , dont il loue les mérites et pour lequel il appelle aux dons le 20 janvier 2015, quelques jours seulement après les attentats de Charlie et de l’HyperCasher.

Isabelle KersimonEnquêteEntretienNews

LA RENTRÉE D’AMAR : TOUJOURS LE DÉNI !

La rentrée d'Amar : toujours le déni !

La rentrée d’Amar : toujours le déni !

15.09.2016Mohamed Louizi

Presque tous les 6 mois, Amar Lasfar a « pignon sur rue » chez Elkabbach (Europe 1). Ce matin, il était l’invité de la matinale. Je l’ai trouvé sur la défensive. Plus hésitant que d’habitude. Quelques éléments de langage, préparés à l’avance, ont eu beaucoup de mal à s’ insérer entre des réponses laborieuses. Ça sent la fatigue et la fin de regne !

A l’écouter, tout le monde est responsable : les politiques, les médias, les enseignants, les juges, les forces de l’ordre, les artistes, les agriculteurs, les femmes, les hommes, les terrestres, les extraterrestres … Tout le monde, sans exception, y compris Amar Lasfar lui-même. Un tout petit peu ! car il semblerait que grâce à lui, une dizaine de milliers de jeunes sont sauvés de « l’islamisation de la radicalité » : « Ouf ! On est sauvé ! Heureusement, il est là le Amar » comme dirait l’autre.

Mais à aucun moment, l’idéologie des Frères musulmans, que diffuse Amar Lasfar et ses « frères » et « soeurs » n’a été évoquée. Ni par lui (normal !) ni par Elkabbach (pas normal !) …

J’aimerais croire le « frère » Amar sur parole. Mais les faits sont les faits. Je ne vais pas refaire tout de même l’histoire du « frère » Amar, depuis que je le connais. Depuis 1999 ! Il y a de quoi écrire un deuxième livre au moins. Je rappelle simplement les faits de cette année :

– Qui a invité au RAMN de l’UOIF de Lille, en février 2016, des islamistes internationaux : jihadistes, homophobes et antisémites ? C’est … Amar Lasfar !

– Qui a récidivé, encore une fois, en invitant au RAMF de l’UOIF, en mai 2016, d’autres internationaux jihadistes et antisémites ? C’est … Amar Lasfar !

– Qui a dit, face à des journalistes en février 2016, au sujet de ces invités radicaux et sulfureux : « Ce sont des savants ! Je continuerai, je vous regarde dans les yeux à les inviter » ? C’est … Amar Lasfar !

– Qui a voulu faire « l’union », sous forme de conférence conjointe à côté de l’imam salafiste de Brest, Rachid Abou Houdayfa, en mars 2016 dans une mosquée à Roubaix ? C’est … Amar Lasfar !

– Qui élève Youssef Al-Qaradawi – celui qui a appelé au jihad armé en Syrie en juin 2013 et qui appelle dans son nouveau livre à appliquer ladite charia islamique – au statut de référence religieuse absolue et inégalée ? C’est … Amar Lasfar !

Enfin, qui continue à tendre le micro au « déni » personnifié pour « causer », de manière irresponsable, d’une triste réalité qu’il a contribué à envenimer, et à en entretenir le climat anxiogène ? C’est … Elkabbach et bien d’autres « éditocrates » … « fabricants du consentement  » ! Quant à Amar Lasfar, il peut prétendre que son organisation islamiste « immunise » les jeunes et les familles. La vérité est toute autre. Un exemple parmi tant d’autres, le fameux Sid Ahmed Ghlam, poursuivi pour assassinat et terrorisme enseignait la langue arabe dans une mosquée UOIF. Plus que ça, Le Canard Enchaîné avait même confirmé ses liens avec l’EMF (Étudiants Musulmans de France), la branche étudiante des Frères musulmans de l’UOIF à l’université ! D’autres exemples peuvent être cités qu’Amar Lasfar ne peut ignorer. A moins que …

Mohamed LouziNewsTribune

QUAND MOULOUD ACHOUR SUCCOMBAIT AU CHARME D’ ADNAN OKTAR

Quand Mouloud Achour succombait au charme d’ Adnan Oktar

Quand Mouloud Achour succombait au charme d’ Adnan Oktar

13.09.2016

Adnan Oktar et Mouloud Achour, l’image est magnifique.

Adnan Oktar est assez connu dans le monde enseignant français. En janvier 2007, les établissements scolaires reçoivent son « Atlas de la création » contre la théorie de l’évolution. Des volumes de 770 pages richement illustrés publié par ce chantre du créationnisme turc qui signe sous le nom d’Harun Yahya.

Contrairement aux créationnistes chrétiens qui tiennent à ce que le monde ait été créé en sept jours, Harun Yahya /Adan Oktar explique que le monde est plus vieux mais que « les espèces n’ont jamais changé« .

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L’Atlas de la Création, contient des reproductions de fossiles et d’animaux vivants, ainsi que de nombreuses citations du Coran, dans le but de prouver que les animaux n’ont pas évolués au fil du temps. Malgré les multiples incohérences et confusions d’espèces, le caractère religieux et non-scientifique, Oktar y conclue : « la création est un fait » et « l’évolution une imposture ». Sous la photo des tours du World Trade Center embrasées, il précise « ceux qui perpétuent la terreur dans le monde sont en réalité des darwinistes ». Suivent des démonstrations étonnantes sur les liens existant entre le darwinisme, le fascisme, le communisme et le terrorisme.

« Quelle que soit l’idéologie qu’ils épousent, ceux qui perpétuent la terreur dans le monde sont en réalité des darwinistes. Le darwinisme est la seule philosophie qui valorise et donc encourage le conflit. »

Malgré une importante mobilisation du corps enseignants, les thèses du prédicateur circulent parmi les jeunes. Le 16 janvier 2011, il fait même salle comble au Théâtre du Gymnase avec un duplex d’Istanbul. Néanmoins, Adnan Oktar a un peu de mal à convaincre son public francophone en expliquant que «La fin du temps est pour bientôt. Toute l’humanité va bientôt voir, dans les dix années à venir, le retour du messie Jésus et de l’imam Mahdi.»

Qu’importe, Adnan Oktar ne renonce pas à radicaliser les jeunes français. Une nouvelle occasion lui est donnée le 16 octobre 2014. Mouloud Achour décide d’interviewer Adnan Oktar pour Canal+. Pourquoi ? Mystère. Ce dernier accepte, à condition que l’interview ait lieu en direct sur sa propre chaine A9 TV. Ce que Mouloud Achour accepte, servant de prétexte à un show de propagande.  Sa présence n’est qu’un instrument à l’intérieur du monde merveilleux créé par Adnan Oktar, où Mouloud Achour joue le rôle d’objet de curiosité et de caution, en présence de Kim Chapiron et Elsa Scetbon.

Il ne faut pas hésiter à regarder ce moment dans son ensemble.

L’entretien est incroyablement partisan, ponctuée de compliments et de remerciements. Et ce, alors que les réponses d’Adnan Oktar font froid dans le dos.
Extraits :

Mouloud Achour : quel est votre avis sur ce qu’il se passe à la frontière syrienne ?

Adnan Oktar : il n’y a pas de Kurdistan qui existe. La solution au conflit, c’est de suivre le Coran à la lettre.

Mouloud Achour : êtes-vous antisémite ? J’ai lu ça sur internet.

Adnan Oktar : non.

Mouloud Achour : sur Wikipedia, j’ai lu (…) que vous êtes anti-sioniste et anti-maçon, et que vous pensez que sionisme et franc-maçonnerie sont connectés ?

Adnan Oktar : je suis moi-même grand maître franc-maçon (…) je protège les juifs en Turquie. L’origine de l’antisémitisme est le darwinisme, qui rejette Dieu, qui est primitif et païe

On reste ahuri par le niveau des relance. Au delà du fait que Mouloud Achour, qui se présente comme journaliste, puise ses questions sur Wikipedia sans lire les nombreuses enquêtes sur Adnan Oktar, il ne rebondit ni ne cherche jamais à contredire ses réponses. Adnan Oktar nie par exemple ici les différentes sources d’antisémitisme, qui peuvent être d’ordre religieuses, ou politiques comme le nazisme. A l’entendre, la mission des juifs et des francs-maçons de Turquie est de saper les valeurs morales, religieuses et spirituelles du peuple turc et de transformer ainsi les musulmans en animaux. Une théorie qu’Oktar développe dans des colloques, dans des livres ou sur Al Jazeera.

Oktar a même été plus loin en 1996 : sa fondation pour la recherche scientifique, la Bilim Araştırma Vakfı (BAV), publie alors « le mensonge de l’Holocauste », ouvrage ouvertement révisionniste qui explique que « ce qui est présenté comme Holocauste est la mort de certains Juifs à cause de la peste typhoïde pendant la guerre et la famine à la fin de la guerre provoquée par la défaite des Allemands ». Les jeunes qui regardent l’émission de Mouloud Achour n’en seront nullement informés.

Mouloud Achour : vous dites que juifs et francs-maçons veulent détruire la morale religieuse et la spiritualité pour changer les hommes en animaux. 
Adnan Oktar :  il s’agit là d’une mauvaise pratique du judaïsme, comme Isis pour l’islam et les croisades pour la chrétienté. La violence, c’est de détruire des civils, des enfants.

Mouloud Achour ne demandera malheureusement pas de quelle « mauvais pratique du judaïsme » parle Adnan. Il ne s’offusquera pas non plus de sa réponse, qui confirme l’accusation envers les juifs et les francs-maçons. Il ne sera pas non plus très curieux sur son placement en psychiatrie.

Mouloud Achour : en 1986, après votre livre Judaïsme et Franc-maçonnerie, vous êtes allé en hôpital psychiatrique ? 
Adnan Oktar :  : j’y ai passé 19 mois, avec des tueurs (…) sans être autorisé à y voir mon docteur. 
Mouloud Achour : selon un témoignage, vous seriez le Mahdi ? C’est incroyable, comment pouvez-vous vivre avec cette pression ?

Adnan Oktar serait persécuté pour ses idées. Pas pour incitation au meurtre, détention massive de cocaïne ou pour violences sexuelles !

Mouloud Achour : comment êtes vous traité à l’université ? 
Adnan Oktar : je suis menacé par des gauchistes, des marxistes qui ont des couteaux. C’est de la propagande pour dire que une maladie mentale. Ils ont d’ailleurs cessé après mon rapport médical.

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Mouloud Achour ne dira pas un mot des nombreux professeurs et scientifiques enseignant ou étudiant l’évolution de Darwin ayant été menacés ou harcelés sur leur lieu de travail. Des prospectus de l’organisation d’Adnan Oktar les présentant comme maoïstes, athées, séparatistes, voire terroristes ont été également distribués. En 1999, six professeurs ont gagné un procès en diffamation contre l’organisation d’Oktar, la BAV, et ont reçu chacun 4 000 dollars.

Mouloud Achour : Vous avez été condamné pour organisation illégale ?
Adnan Oktar :  non, j’ai été acquitté.
Mouloud Achour : en France, lorsque tu es suspect, tu es coupable. Comme Sarkozy, qui est tout le temps obligé de dire qu’il n’est pas coupable.

On ne voit pas bien le rapport. Prendre l’exemple de Nicolas Sarkozy pour défendre l’innocence présumée est pour le moins surprenante. Oktar était accusé d’avoir créé une organisation avec intention de commettre un crime, de chantage et d’extorsion.

Mouloud Achour : en 1991, vous avez été arrêté avec de la cocaïne ?
Adnan Oktar : j’ai été acquitté, la cocaïne a été introduite dans mon repas au poste de police.
Mouloud Achour : vous ne vous en êtes pas rendu compte ?
Adnan Oktar :  c’était un kebab très épicé.
Mouloud Achour : wahou ! Votre page Wikipedia est folle ! (…) ce serait peut être à la police d’aller en hôpital psychiatrique ! (…) François Hollande, tu dois rencontrer cet homme !

Toujours cette fameuse enquête Wikipédia… S’ensuit une série de questions, presque digne d’un dialogue de secte :

Mouloud Achour : le darwinisme est la cause de Daesh ?
Adnan Oktar :  oui, le PKK est un groupe violent.  

Les djihadistes, les décapitations, les esclaves sexuelles, les exécutions, les spoliations du groupe terroriste islamiste… ont manifestement disparu. En revanche l’émission roule avec tambour, trompettes et gros blancs sur de drôles de blondes un petit peu trop maquillées, faisant partie partie du décor de l’émission. Lors de l’entretien Adnan Oktar expliquera d’ailleurs que que la chirurgie esthétique ne pose pas de problème en Islam quand elle est nécessaire : « si quelqu’un a un nez cabossé il faut pouvoir le réparer ».

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Mouloud Achour :  vous me dites si c’est bon ou mauvais. Le communisme ?
Adnan Oktar :  il nie Dieu, les valeurs, l’homme… Il ne peut pas être accepté. Le PKK est une organisation terroriste.
Mouloud Achour :  le capitalisme ?
Adnan Oktar :   il va aussi à l’encontre de l’homme, qu’il considère comme matériel.
Mouloud Achour :  le bouddhisme ?
Adnan Oktar : c’est de l’idolâtrie (…) mais nous respectons les personnes.
Mouloud Achour : wahou, vous respectez toujours les autres ! J’aime être là car vous êtes très tolérants, c’est bien !

En réalité, Oktar considère le bouddhisme comme une fausse religion fondée sur l’idolâtrie et le mensonge, aux rituels« insignifiants » et « vides ». Ce qui pourrait passer pour de la liberté d’expression, si ce n’était qu’Oktar considère que l’Islam est la seule vraie religion.

Mouloud Achour :  vous pensez qu’il y aura un choc des civilisations, une 3ème guerre mondiale ?
Adnan Oktar :  non.
Mouloud Achour : que pensez vous d’ebola, du sida ?
Adnan Oktar : on va trouvez un traitement.
Mouloud Achour :  quelle est la meilleure façon de s’amuser ?
*musique*.
Mouloud Achour :  merci ! Merci ! Et où est l’amour ?
Adnan Oktar :  dans Dieu.

Adnan Oktar est une sorte de gourou. En 1999, le parquet affirme que la Fondation créationniste d’Adnan Oktar utilise des jeunes femmes pour attirer des chercheurs à des événements créationnistes en échange de faveurs sexuelles. Plusieurs de ces relations sexuelles ont également été filmées pour faire du chantage aux personnes souhaitant quitter le groupe. Adnan Oktar se présente lors de ses interviews souvent en compagnie de ces jeunes femmes blondes, ultra-maquillées, avec des robes de haute-couture, qu’il nomme ses « kittens », ses « chatons » ou même son harem. Oktar considère que les femmes musulmanes n’ont pas besoin d’être couvertes. Il s’agit ici de femmes le plus souvent issues de riches familles, qui rejoignent ses enseignements.

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Subjugué par le charme d’Adnan Oktar, l’équipe de Canal plus n’a pas non plus été troublée par la déclaration concernant Elsa Scetbon.

Babuna Oktar : (assistant d’Adnan Oktar) : Elsa est l’assistante (de l’équipe)

Adnan Oktar : : Vous êtes une très jolie fille Masha Allah. (…) Vous êtes très douce Elsa, vous avez un joli visage et des de très beaux yeux.

Babuna Oktar :   Elle est juive.

Adnan Oktar :  C’est une personne juive ! J’aime le peuple juif. J’ai eu des juifs ici. Des rabbins. Les juifs sont beaux et elle en est la preuve.

Vous pensez que ce show hallucinant allait se conclure par une petite prise de distance, un soupçon d’esprit critique… Pas du tout.

Mouloud Achour :  on a parlé de darwinisme toute la nuit, votre interprète est génial, il m’a appris tant  de choses cette nuit, merci beaucoup, vous êtes venus nous chercher à l’hôtel, sans nous dire  où on irait, en nous parlant de darwinisme pendant 2,3,5 heures ! Merci !

Que d’enthousiasme… pour une théorie anti-darwinienne anti-scientifique islamiste !

Ce article est également disponible en العربية.EnquêteNews