Du 19 au 22 avril a eu lieu au parc des expositions du Bourget la 36ème « Rencontre Annuelle des Musulmans de France » (RAMF) organisée par l’ex-UOIF, désormais rebaptisée Musulmans de France (MF). La RAMF 2019 a reçu peu d’écho médiatique, à l’image de son déclin progressif, comme décrit dans le journal Libération qui note un « public très clairsemé » pour une rencontre « peu reluisante ». Les déboires judiciaires de son ancienne tête d’affiche Tariq Ramadan n’y sont certainement pas étrangers.
On aurait en revanche pu observer un nouvel élan à la RAMF avec la participation de Marwan Muhammad et de sa structure « L.E.S. Musulmans » créée en partenariat avec le CCIF pour peser sur l’organisation de l’Islam de France. Le pari est visiblement loin d’être gagné, Libération relevant que Marwan Muhammad « peinait à mobiliser l’assistance dans la grande salle conférence sur son thème favori de l’inclusion des musulmans dans la société française ».
Marwan Muhammad a voulu cependant marquer le coup. Profitant d’une intervention d’Hakim el Karoui, auteur du rapport largement débattu « un Islam français est possible » pour l’Institut Montaigne, il a violemment pris à partie son interlocuteur avant de poster la vidéo sur les réseaux sociaux. Hakim el Karoui avait précédemment accusé le CCIF de véhiculer un message victimaire. Marwan Muhammad lui avait reproché de « piétiner la dignité des musulmans pour cautionner l’agenda des élites dont les intérêts convergent avec les siens ». Lors de la RAMF 2019, Marwan Muhammad est donc intervenu face au consultant proche d’Emmanuel Macron pour affirmer avec véhémence que lutter contre l’islamisme et le terrorisme comme Hakim el Karoui n’est pas un besoin des musulmans présents. Après avoir pris à partie l’auditoire, rallié à son bord, Marwan Muhammad a cité le CCIF, le secours islamique, le CBSP et Musulmans de France comme seules organisations représentatives à ses yeux, contrairement à l’Association Musulmane pour l’Islam de France (AMIF), nouvellement créée par Hakim el Karoui. Sur la vidéo, on aperçoit Amar Lasfar, président de Musulmans de France, applaudir les propos de Marwan Muhammad.
L’on pourrait se demander ce qu’espérait Hakim el Karoui en se rendant au salon vedette des Frères musulmans français. Simplement présenter l’AMIF ? Tenter de rallier à son projet d’AMIF les plus « modérés » des Frères ? Pacifier le débat avec les cadres de Musulmans de France pour éviter une mise en concurrence des associations ?
Hakim el Karoui prétend connaître les méthodes d’infiltration des Frères musulmans dans la société. De fait, il a longtemps fermé les yeux sur la stratégie frériste notamment au sein de l’Institut des cultures d’Islam. Il a par la suite déclaré que les Frères musulmans étaient un « danger » pour les musulmans eux-mêmes. Mais en parallèle, il a créé en 2019 l’AMIF avec Tareq Oubrou, cadre historique de l’UOIF jusqu’en 2018, et Mohamed Bajrafil, (ancien ?) protégé de Tariq Ramadan qui affirmait en 2016 : » Voir apparaître aujourd’hui une relève de la qualité de mes jeunes frères Mohamed Bajrafil et Marwan Muhammad (..) est juste apaisant, réconfortant et énergisant ». Un autre signataire de l’appel pour la réorganisation de l’Islam de France avec Hakim el Karoui, et pré supposé à la commission Théologie et formation des imams de l’AMIF est… Abdelghani Benali, enseignant à l’IESH, antenne à Saint-Denis du centre de formation de l’UOIF de Chateau-Chinon.
Le 26 novembre 2017 au parc des expositions de Mulhouse aura lieu la 6ème édition de la Rencontre des Musulmans de l’Est (RAME). La rencontre est organisée par l’Association des Musulmans d’Alsace (AMAL, qui …News
La nudité pour un yaourt ou le voile pour la “pudeur” .
Le 30 avril 2011, Marwan Muhammad (alors porte-parole du CCIF) avait donné une conférence à la mosquée de Vigneux. Identique aux autres, elle était surréaliste et empreinte de victimisation à outrance. Il n’avait pas seulement parlé des victimes musulmanes dignes de la persécution des juifs dans l’Allemagne des années 30. Musulmans qui auraient pourtant, d’après lui, vocation à diriger le monde puisque étant une communauté supérieure [1]. Il n’avait pas non plus uniquement dénigré les musulmans modérés. Il avait également instillé l’idée de l’impudeur des femmes de culture française et exposé sa vision rétrograde du rôle de la femme musulmane. Il passe pour cela par un biais assez surprenant mais qui est sa marque de fabrique qu’il place partout, la persécution de l’islam et des musulmans éternellement victimes :
« Pourquoi est-ce l’islam qui est visé ? Y a plein de raisons idéologiques qui expliquent que c’est l’islam qui est visé et pas une autre religion. (…) On a des problèmes idéologiques avec l’islam, et on est ok pour parler de ça. »
L’islam n’est pas plus visé que les autres religions. Mais ses fidèles intégristes, de courants islamistes divers, souhaitent banaliser et imposer un islam rigoriste, avec toutes les conséquences rétrogrades que cela implique, contre ce qu’ils perçoivent être des « valeurs occidentales ». Ils sont ainsi bien plus bruyants que les intégristes des autres religions. Que ce soit sur les réseaux sociaux, en librairie, dans le prosélytisme de terrain ou en politique. Sans oublier qu’une partie d’entre eux n’hésite pas à prendre directement les armes.
Cela sert effectivement de prétexte à l’extrême droite pour lutter contre les musulmans en général. Mais il faut avouer qu’elle est bien aidée par les islamistes. Il est donc normal que les laïcs et féministes se dressent contre cela, justement par équité de traitement envers les autres religions. La lutte contre l’intégrisme catholique a été bien plus virulente il y a plus d’un siècle que celle contre l’intégrisme musulman aujourd’hui. Et nous ne manquons pas de nous dresser face aux soubresauts de l’intégrisme catholique dès qu’il se manifeste. Mais Marwan Muhammad a eu maintes occasions de démontrer ses lacunes et sa vision particulière de l’Histoire. Toutefois, avec sa dernière phrase, on s’attend justement à ce qu’il évoque le terrorisme, l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques, la “salafisation” de l’islam qui ramène cette religion vers le passé plutôt que de la faire avancer. Tous ces “problèmes idéologiques avec l’islam” instrumentalisé par ses extrémistes qui refusent toute réforme de leur religion. Mais il n’est évidemment pas question de cela. Il n’y a pas d’extrémisme puisque c’est le véritable islam à ses yeux. Voici le problème idéologique selon lui :
« Un problème idéologique c’est que voilà une population qui n’a pas envie de se soumettre. Se soumettre à quoi ? Au mode de vie qui est pratiqué ici. Voilà des gens qui ont dit « non » : « non, ma femme ou ma fille ne sera pas un objet sexuel dans cette société. Elle ne se mettra pas nue pour vendre du yaourt. » (…) Donc voilà des gens qui apportent une contradiction au mode de vie tel qu’il est pratiqué ici, dans ses extrêmes et dans ses limites. »
Le “problème idéologique avec l’islam” ne viendrait pas de l’intégrisme musulman mais du “monde de vie” français. Il caricature ce mode de vie où les femmes seraient des objets sexuels dont les musulmanes souhaiteraient se protéger. Ce refus de “se soumettre” à notre culture expliquerait pourquoi l’islam serait “visé”. Belle inversion des rôles dont le CCIF est si friand.
La femme musulmane serait donc un individu de pureté et de vertu face à la décadence et au manque de pudeur des femmes de culture française. L’ensemble des Françaises, y compris celles de confession musulmane n’entrant pas dans la conception de Marwan Muhammad et qui se sentent “ici” chez elles, apprécieront.
Personnellement, je ne connais aucun homme qui aimerait que sa femme ou sa fille soit un objet sexuel dans notre société. Rares sont les femmes qui accepteraient de se mettre nues pour vendre du yaourt, ou les parents qui donneraient leur bénédiction. Je n’imagine pas non plus Caroline Fourest ou Élisabeth Badinter se mettre nues pour vendre quoi que ce soit. Je n’ai également jamais entendu parler d’une enseigne qui mettrait une femme nue au rayon frais pour faire la promotion d’un yaourt. Nous pourrions imaginer que cela puisse être le cas au rayon lingerie. Rayon qui serait plus pertinent pour la promotion d’un produit (je précise que je suis ironique). Mais ce n’est pas le cas non plus.
L’exemple de la femme nue pour vendre du yaourt n’est pas une invention. Il fait référence à une pub Danone. Seulement voilà, il n’a pas pu la voir en avril 2011, ni le mois précédent ni même l’année précédente. Puisqu’elle date du début des années 90, soit près de 20 ans auparavant. Cette pub n’a plus été diffusée ni imitée depuis. Et pour cause, les féministes s’étaient énormément mobilisées à l’époque et sont, depuis, toujours très vigilantes à ce type de marketing sexiste mettant en scène une femme nue pour vendre un produit. C’est grâce à cela que la société a évolué et que nous ne voyons plus ce genre de publicité. Même s’il reste encore beaucoup à faire sur le sexisme en publicité bien-sûr.
Mais peu importe pour lui qu’en 2011 cette pub n’existe plus depuis plus de 15 ans. Cette référence n’est pas choisie au hasard. Elle est très prisée par les islamistes depuis longtemps déjà, qui l’usent jusqu’à la corde. Elle fait partie d’éléments de langage construits par les intégristes musulmans afin de désarmer toute opposition laïque et surtout féministe. Parmi ces éléments, on retrouve toute une série de comparaisons : voile/mini-jupe, voile islamique/voile des nonnes, et cette fameuse publicité du yaourt symbole de la décadence occidentale/femme musulmane vertueuse et qui a de la pudeur. Des comparaisons fausses et artificielles que nous pouvons démonter facilement, mais efficaces sur le plan marketing (nombre de citoyens sincères reprennent ces arguments). La dénonciation islamiste de la femme nue pour vendre du yaourt est donc très loin des motivations féministes originales.
Ils extrapolent au maximum ce sujet pour en faire une dénonciation du mode de vie occidental. Cet exemple est systématiquement utilisé pour deux raisons. Tout d’abord, en pointant “le mode de vie pratiqué ici”, Marwan Muhammad crée une opposition entre la culture française et l’islam. Ce mode de vie serait français, pas musulman. Pourtant, “ici” c’est chez lui, c’est chez toutes les personnes à qui il s’adresse. Par ce “ici”, il désigne “eux” et “nous”. Son appartenance est plus communautaire que citoyenne. Il créé ainsi une opposition entre la citoyenneté et le choix (rigoriste) religieux. Si la femme musulmane ne veut pas être un objet sexuel, si elle ne veut pas être impudique comme les femmes de culture française, alors elle ne doit pas se soumettre à ce mode de vie. Elle doit faire le choix de la (vraie) pudeur. Discours culpabilisant parmi tant d’autres pour laisser aux femmes musulmanes le choix entre “l’impudeur” des femmes de notre société et la “pudeur islamique”.
La référence à la pub Danone est incluse dans leur dénonciation du style de vie des Françaises : la liberté de disposer de son corps, la coquetterie, les bikinis, leur indépendance au détriment de leur rôle “naturel” d’épouse et de mère, la trop grande mixité homme/femme, etc. Ceci dans un seul but : faire la promotion du voile, pour se démarquer et se protéger de cette décadence au profit du rôle spécifique qu’est censé avoir la femme musulmane. Voile qui fait pourtant de la femme un objet sexuel bien plus encore que le marketing sexiste.
Il est vrai que dans les deux cas (le marketing sexiste et le voile) on chosifie la femme. Mais la comparaison s’arrête là. La pub sexiste est considérée par les féministes comme un dérapage qu’il faut stopper car dégradante pour l’image de la femme. Idée globalement admise aujourd’hui par la société. De plus, elle n’a pas vocation à pousser les femmes à se mettre systématiquement nues pour manger un yaourt, que ce soit en privé ou en public. Et encore moins, contrairement à ce que dit Marwan Muhammad, à pousser toutes les femmes à se mettre nues pour en vendre.
Le voile, lui, n’est pas considéré comme un dérapage sexiste par les islamistes mais comme une norme devant se standardiser pour toutes les femmes musulmanes vertueuses, en privé (si elles sont en présence d’un homme qui n’est pas leur mari ou de leur famille) et en public. Ceci afin de maîtriser (voire éviter) leur émancipation, qu’elle soit sexuelle par la maîtrise de leur corps, ou sociale par la maîtrise de leur destin loin de toute contrainte rigoriste. Par ce voile, elles deviennent des objets. La pureté et la vertu ne concerne que leur corps et leur sexualité. Leurs qualités humaines et leurs compétences sont secondaires. Ce qui se passe entre leurs jambes est plus important que ce qui se passe dans leur tête ou dans leur coeur. La réputation, que seules les filles et non les garçons portent sur leurs épaules, est un des baromètres mesurant la pureté et la vertu. Il faut cacher leur peau et leurs cheveux pour rendre les victimes responsable de la tentation de leurs bourreaux potentiels. Elles sont ainsi des objets sexuels qu’il faut protéger de la convoitise des hommes en les empaquetant derrière un voile. C’est pour cela que les islamistes les considèrent comme des “perles” ou des “bijoux” dont le voile serait leur “écrin”. Le côté précieux de l’objet est censé faire mieux passer la pilule. C’est aussi pour cela que les femmes voilées préfèrent en général refuser un travail ou une formation plutôt que d’ôter leur voile. Comme je l’ai dit, l’objet sexuel théorique qu’elles représenteraient passe avant l’aspect intellectuel réel de leur cerveau.
Ainsi, d’un côté nous avons le refus des pubs sexistes par une part toujours plus grande de la société qui les considère comme négative pour l’image de la femme. De l’autre nous avons la promotion du symbole du sexisme par les islamistes qui le considèrent comme positif pour l’image de la femme musulmane. Cet argumentaire est donc une inversion totale de la situation et des valeurs puisqu’il chosifie justement la femme à l’extrême en en faisant un objet sexuel par essence. C’est pour tout cela que le recours à cette publicité sexiste est un prétexte pour dénoncer un mode de vie en général qui devrait être remplacé par le seul mode de vie valable : le rigorisme islamiste, au moins pour les “bonnes” musulmanes.
L’ensemble des idéologues islamistes a ainsi recours à cette rhétorique. L’un des premiers fut l’Égyptien Sayed Qutb, l’un des idéologues les plus durs des Frères musulmans. Il a vécu aux États-Unis entre 1948 et 1950. Il avait été choqué de voir le style de vie des américains, notamment des femmes : Les Américaines savent que la séduction réside dans les seins ronds, les fesses pleines, les jambes bien formées ; et elles montrent tout cela et ne le cachent pas. [2] Il faut quand même se souvenir que la société américaine de l’époque était encore plus puritaine qu’aujourd’hui. Il ne dénonce donc pas la nudité au sens propre, mais les tenues vestimentaires des femmes (des années 40), pas assez couvertes à son gout, et une mixité trop présente pour son espace vital. Il a très mal vécu la proximité entre hommes et femmes dans tous les aspects de la vie quotidienne. Tout ceci l’a dégoûté du mode de vie pratiqué là-bas. Au point que, à la suite de cette expérience et dès son retour en Égypte, il commença à prêcher pour un islam purifié à l’extrême de toute influence et innovation. Le refuge communautaire rigoriste était censé protéger les musulmans de ce mode de vie étranger. Son radicalisme le poussa à militer avec ses amis Frères musulmans pour que les Égyptiennes, et toutes les musulmanes, se voilent. Cela avait bien fait rire Nasser et son auditoire [3]. Mais nous rions moins aujourd’hui.
Sayed Qutb était un étranger résidant aux États-Unis qui souhaitait éviter une telle “contamination” dans son pays, et plus largement dans le monde musulman. Or, Marwan Muhammad est français et s’adresse à des citoyens français. Cette volonté de se mettre à part, de ne pas adopter notre “mode de vie”, est similaire aux motivations de Qutb : les musulmans sont purs. Ils savent ce qui est bien ou mal car ils font partie d’un peuple supérieur désigné par Dieu. Cette pureté de la Oumma (communauté transnationale musulmane au-dessus de toute citoyenneté nationale) ne doit pas être contaminée par des modes de vie nationaux bien trop décadents lorsqu’on souhaite revivre la belle époque des tribus bédouines au Moyen-Age.
La référence plus précise à la pub Danone pour faire avancer la dénonciation frériste du “mode de vie pratiqué ici” est aussi utilisée par de nombreux prédicateurs intégristes. C’est par exemple le cas de Hassan Bounamcha, un prédicateur salafiste de référence qui officie régulièrement dans les mosquées intégristes, comme celle de… Vigneux. Il a eu l’occasion à maintes reprises de donner son opinion sur notre mode de vie. Marwan Muhammad est en accord avec lui, mais H. Bounamcha emploie un vocabulaire plus direct :
Tu ne t’habilles pas pareil quand tu es en France que quand tu es au pays. Pourquoi ? Parce que la société est beaucoup plus préservée, protectrice, est beaucoup plus forte, pieuse. En France, le vice est une nature humaine, mais qui est facilité par les médias (…). Wallah je le pense de tout mon cœur : comment voulez-vous vivre dans une société comme ça, quand vous sortez dans la rue vous voyez tout ce que vous voyez, dans les panneaux publicitaires, quand vous regardez la télévision vous voyez tout ce que vous voyez dans la publicité ? Pour vendre du beurre ils mettent une femme nue. Pour vendre une mobylette, une femme nue, pour vendre un micro-onde une femme nue ! (…) Si tu n’as pas de pudeur, fait ce que tu veux. (…) Vous sortez dehors et vous voyez que c’est normalisé. Quand j’étais petit on vivait à Djerba. Une fois on a invité des touristes qui sont venus manger chez mes parents. Les gens du sud sont très très conservateurs. Même ma mère quand elle s’habille on voit à peine son œil. Et quand elle sort dehors, elle a des valeurs, elle ne montre pas ses formes, elle fait attention. La catastrophe est que quand j’ai invité ces gens-là, ils sont venus et elle est venue en short, allah ouakbar. Ouh ! Le vice ne peut pas s’installer facilement quand il y a des valeurs. (…) Le vice que vous vivez “ici” en France il est obligé d’être présent. Car malheureusement, certaines personnes sont inconscientes du mal qu’il y a. (…) Dans quelle position je suis quand cette femme, avec son mari, est entrée devant mes parents en short ? Chez nous c’est une honte, mais chez eux c’est normal, normal, normal. (…) Il faut que nous raisonnions en tant que musulmans et musulmanes. (…) Pourquoi il y a le vice ? Parce que nous avons un ennemi, c’est le sheitan (le diable). (…) Vous avez vu certaines personnes qui s’habillent de façon attirante ? Comment elles marchent dans la rue ? Elles marchent d’un côté, puis de l’autre côté. Est-ce que c’est une démarche normale ? Wallah elle n’est pas normale. Quand une femme sort de chez elle, il y a le Sheitan qui l’attend devant la porte, avec un ange. Si elle sort d’une façon pieuse, c’est l’ange qui va avec elle. Mais si elle sort de façon décadente, c’est le Sheitan qui vient. [4]
Il est clair qu’on ne lui donnera pas “le pin’s du musulman modéré”, comme l’avait déclaré avec mépris Marwan Muhammad à propos de ces musulmans lors de cette même conférence. Nous avons ainsi une idée plus précise de la pensée de M. Muhammad à propos des Françaises et des “femmes musulmanes”. Il semble que H. Bounamcha est une de ses sources d’inspiration, puisque ces propos ont été tenus plusieurs années avant la conférence de M. Muhammad. Pour avoir une idée plus fine de H. Bounamcha, voici comment il exprime son amour pour les homosexuels : « Vous avez vu le séisme qu’il y a eu dans les années 80 à San Francisco ? C’est la ville dans les années 80, si ma mémoire est bonne, qui représentait 3 millions de gays. 3 millions de gays, d’homosexuels ! 3 millions, c’est un tiers de la Tunisie ! Allah a envoyé un châtiment spécial : tremblement de terre, en quelques secondes des milliers de morts. [5]
Bounamcha se fond si bien dans la vision de l’islam version CCIF que ce salafiste soutient officiellement l’association. Un soutien que le CCIF est fier d’avoir filmé et affiché sur sa page Youtube [6]. Certainement sa manière de “défendre les droits de l’Homme” (il semble que les homos n’entrent pas dans la catégorie “Homme” du CCIF).
Ce prédicateur a une connaissance un peu confuse des publicités (je serais curieux de savoir quelles marques de mobylettes et de micro-ondes ont mis des femmes nues dans leurs pubs pour vendre leurs produits). Mais nous sommes toujours dans l’idée du yaourt. Nous voyons bien que c’est le moyen de pointer du doigt le “manque de pudeur des françaises” au quotidien. Les musulmans sont ainsi appelés à raisonner en tant que musulmans (“chez nous”) et non en tant que français (“chez eux”).
Cet élément de langage doit être répété constamment pour pénétrer les esprits. Et ça marche. Depuis le début des années 2000, je l’ai personnellement entendu un nombre incalculable de fois (avec les comparaisons voile/mini-jupe et voile islamique/voile des nones). Il est également exprimé dans différents témoignages que nous pouvons trouver dans quelques ouvrages sur l’intégrisme musulman. Voici l’exemple d’un entretien avec une salafiste portant le niqab, extrait de Du Golfe aux banlieues: Le salafisme mondialisé, de Adraoui Mohamed-Ali, enseignant-chercheur en sciences politiques :
« Quand une femme veut porter le niqab, on lui interdit, c’est une catastrophe. Mais quand on met une femme nue pour vendre un yaourt, on ne dit rien. C’est un scandale. Il y a confusion entre liberté et libertinage. » [7]
Facebook n’échappe évidemment pas à la règle. De nombreuses pages militant pour un islam rétrograde ont déjà utilisé l’argument de la femme nue pour vendre du yaourt afin de mieux valoriser la femme musulmane (donc contre les “valeurs occidentales” qui ne sont pas son identité) vertueuse sachant faire preuve de pudeur et de piété en cachant son corps honteux derrière un voile.
Par ce martelage, la double culpabilisation surgit encore et toujours. Une culpabilisation sexuelle : « si tu veux être une femme bien, choisis le voile. » Et une culpabilisation religieuse : « si tu veux être une bonne musulmane, choisis le voile ».
Le constat est édifiant. L’argument du yaourt a parfaitement imprégné l’ensemble de la sphère islamiste qui l’utilise régulièrement. Que ce soit dans des prêches, des conférences (les deux ne font souvent qu’un) ou sur internet. C’est exactement le cas avec Marwan Muhammad. C’est en cohérence avec la vigueur de sa mobilisation pour le burkini l’été dernier. Un “vêtement de bain” censé protéger la pudeur des (bonnes) musulmanes.
Il ne va pas jusqu’à dire, comme Hani Ramadan, que les femmes voilées sont précieuses comme des perles et les autres des pièces de 2 euros qui passent de poche en poche. Il ne parle pas non plus du “sheitan” et du “vice”. Il utilise une rhétorique moins directe, plus soft. Il parle du refus du “mode de vie tel qu’il est pratiqué ici”. Pour une fois, il est plus “ramadanien” que franc du collier. Que ce soit Qutb, Bounamcha, Muhammad ou d’autres, à chacun sa façon de le dire pour exprimer la même idée.
C’est pour cela que dans cette stratégie, Marwan Muhammad n’oppose pas directement les Françaises aux musulmanes. Puisque, comme Tariq Ramadan le dit aussi, elles doivent affirmer qu’elles sont françaises (ce qu’elles sont effectivement), mais qu’elles en refusent le mode de vie. Elles doivent reconstruire et modeler la culture de leur pays à l’image de ce qu’est censée être celle de la femme musulmane (c’est-à-dire à leurs yeux celle des tribus bédouines du Moyen-Age), à travers la “pudeur islamique” dont le voile est le symbole.
Les conséquences de tous ces discours sont réelles. C’est au nom de cette pudeur, du refus de ne pas se mettre nue pour vendre du yaourt, qu’il y a une explosion des allergies au chlore dispensant de piscine de nombreuses élèves. Un rapport de l’inspection générale de l’Éducation Nationale remis au ministre de l’Éducation National en juin 2004 (plus connu sous le nom de “rapport Obin”), nous alertait déjà sur la situation dans des quartiers populaires [8] :
« L’EPS fait partie des disciplines pour lesquelles les professeurs se plaignent souvent de manifestations ou d’interventions de nature religieuse perturbant leur enseignement. Beaucoup tournent autour de la mixité, ou de la préservation de la « pudeur » des filles. L’absentéisme et le refus de certaines activités sont de plus en plus fréquents, notamment en piscine et en plein air. Une autre source de tensions réside dans le refus d’un nombre croissant d’élèves (la totalité dans certains collèges) de porter les tenues sportives réglementaires. Les professeurs décrivent alors les diverses innovations vestimentaires, parfois étonnantes, dont ils sont les témoins, souvent de la part des filles, mais aussi des garçons, pour dissimuler le plus possible leur corps. Beaucoup d’élèves préfèrent « un zéro » ou une punition plutôt que de pratiquer une activité ou de la pratiquer en tenue réglementaire. Les dispenses se multiplient et l’existence de certificats de complaisance est massive dans certains quartiers. »
Ces constats ont également été faits dans le rapport Femmes et sports (pages 17 à 19) remis en 2004 au ministre des sports et à la ministre de l’enseignement professionnel. [9]
Ces manifestations sexistes et d’apartheid sexuel ne se limitent pas au sport, comme l’indique le rapport Obin : « Alors que l’on observe de plus en plus souvent des fillettes voilées, les adolescentes font l’objet d’une surveillance rigoureuse, d’ailleurs exercée davantage par les garçons que par les parents. (…) A côté des fréquentations et des comportements, le vêtement est souvent l’objet de prescriptions rigoureuses (…). Dans tel lycée elles enfilent leur manteau avant d’aller au tableau afin de n’éveiller aucune concupiscence. (…) Dans beaucoup de collèges visités, le vêtement des filles, ainsi que leurs « mœurs », sont l’objet d’un contrôle général. (…) Dans le second degré d’une manière générale, de nombreux cas nous ont été signalés de professeurs femmes ayant fait l’objet de propos désobligeants ou sexistes de la part d’élèves. »
C’est la manière qu’ont ces élèves de dénoncer “le mode de vie tel qu’il est pratiqué ici”.
Les tabous autour de la sexualité sont si énormes, perçue comme une telle dépravation, qu’il y a aussi des conséquences à l’école, toujours citées dans ce rapport : « Une [autre] occasion de contestation est fournie par les parties du programme abordant la reproduction, de même que, en marge de cet enseignement, par les séquences d’éducation sexuelle (…). Les raisons invoquées pour s’absenter, refuser l’enseignement ou ne pas participer aux séances d’information sur la sexualité est « l’impudeur » des propos tenus et des images diffusées à cette occasion, ou encore la mixité des cours ou séquences (qui n’est d’ailleurs pas la règle), ou même leur caractère superflu (puisque « les musulmanes restent vierges ».). »
Ce type d’attitudes n’est pas un hasard : « De toute évidence, des organisations religieuses et politico-religieuses « travaillent » ces élèves, parfois dès l’école primaire, ainsi que leur famille, leur milieu social, leur quartier, et tentent pour certaines de les dresser contre l’école, les professeurs (ces « menteurs ») et l’enseignement dispensé. »
J’ai également pu observer l’influence de telles organisations sur les jeunes, notamment avec le discours “on ne vit pas comme les Français”. Les problèmes socio-économiques et la discrimination ont fortement contribué à créer ce ressenti de ne pas être pleinement français. Les intégristes n’ont eu qu’à irriguer et récolter les fruits semés par une stratégie qui peut se résumer en un argument souvent répété : “les Français ne te reconnaissent pas comme un des leurs et ils ont raison. Tu n’es pas français, tu es musulman avant tout.” Marwan Muhammad et ses confrères sont certainement l’illustration la plus flagrante de la réussite du projet islamiste de la génération précédente.
Le rapport conclut que « des organisations, le plus souvent structurées sur le plan international, prospèrent sur ce terreau et assurent à cette nouvelle identité « musulmane » une promotion efficace (…). Le projet de ces groupes ouvertement ségrégationnistes et qui dénoncent l’intégration comme une apostasie ou une oppression, va encore plus loin. Il est aussi de rassembler ces populations sur le plan politique en les dissociant de la nation française et en les agrégeant à une vaste « nation musulmane ». »
Comme je l’ai dit, le CCIF et consort sont certainement l’illustration la plus flagrante de la réussite de ce projet…
Le CCIF est ainsi dans la continuité. Marwan Muhammad estime peut-être que tout ceci est normal. Notre indignation et notre lutte face à cette idéologie serait une attitude “islamophobe”, manifestation d’un racisme postcolonial et de notre impérialisme culturel (et j’en passe).
Ainsi, un des volets de la stratégie victimaire est la suivante : l’islam est victime d’un racisme spécifique car les (vraies) musulmanes refuseraient de se dépraver comme les autres Françaises. “L’islamophobie”, à travers la question du voile, toucherait plus les femmes que les hommes pour deux raisons selon lui :
« D’abord parce que les agresseurs en général sont des lâches, tout simplement. C’est facile de s’attaquer à 3 personnes, à une femme [qui portait un niqab], avec un bébé dans les bras au zoo. C’est facile. Aujourd’hui, s’attaquer aux musulmans ça coûte pas cher et ça rapporte gros. »
Avec le CCIF, toute agression est forcément islamophobe s’il y a un musulman concerné, même si le motif n’a rien à voir. Mais admettons que ce soit réellement une agression en raison de la religion, ce qui dans l’exemple cité est possible. Quel serait l’intérêt des agresseurs ? Ce serait un acte gratuit anti-(extrémiste) musulman punissable par la loi. Qu’est-ce que cela pourrait leur rapporter de si gros, à part la satisfaction d’une pulsion barbare ? Rien. Marwan Muhammad est dans la confusion (volontaire ou non) la plus totale. Il confond une agression condamnable, qui n’est pas représentative de ce que vivent les français musulmans, avec l’instrumentalisation politique et médiatique que certains peuvent faire de la peur de l’islam (avec un gros coup de pouce du CCIF), tout en y incluant les critiques et combats légitimes envers l’islamisme et le voile qui en est le symbole. Ce mélange “est facile, ça coûte pas cher et ça rapporte gros”.
L’autre raison qui expliquerait qu’on s’attaquerait plus spécifiquement aux femmes musulmanes serait ce statut si particulier qui la différencie du “mode de vie pratiqué ici”. Il développe alors sa pensée d’une vision très patriarcale et essentialiste du rôle de la femme musulmane :
« La deuxième raison pour laquelle on s’attaque aux femmes, c’est que la femme c’est le moteur de la cellule familiale musulmane. Qu’on le veuille ou non, j’espère que je ne vais pas vous froisser mes chers frères, mais c’est la maman qui construit cette famille-là. C’est la maman qui fait fonctionner cette famille-là. Nous hamdoullah on travaille dur, on parle à table. Mais c’est elle qui fait fonctionner la famille. Et nous quand on est abimé, quand la journée de travail nous a épuisé ou il y a quelqu’un qui nous a vexé dans la rue ou autre, on rentre à la maison, on va avoir un câlin des enfants, il y a un repas chaud sur la table. Notre femme va nous dire quelques mots de consolation. Au moment où on s’est endormi, on a déjà oublié le problème. Mais une maman qui est abimée, comment on répare ça ? Comment est-ce qu’on console une maman qui est cassé. Comment est-ce qu’on la répare ? Ça ne se répare pas ! Quand la maman est abimée, toute la famille est abimée. C’est pour ça que c’est elle qu’on vise. Parce qu’elle fait l’essence de la famille musulmane. Elle mène l’éducation. C’est elle qui fait cette petite flamme, cette petite vie, cet espoir, cette douceur qu’il y a dans la maison musulmane. C’est elle qui le fait vivre. C’est elle qui l’anime. C’est elle qui, quand tout le monde est fatigué, se lève le week-end pour préparer le petit-déjeuner et laver les enfants, et préparer… faire tout ça. C’est la maman qui fait tout ça. Et si on l’abime elle, alors on abime une génération entière de musulmans.
Avec ce style larmoyant, on aurait dit Charles Ingalls. En remplaçant “musulman” par “chrétien”, on croirait entendre le sermon d’un curé d’une petite paroisse au 14ème siècle. En l’écoutant, je me suis retrouvé en plein cours d’Histoire médiévale. Il est à des milliers d’années lumières du MLF. Ce qui n’empêche pas certaines militantes féministes de cette époque de soutenir aujourd’hui les islamistes… Car sa conclusion lors de cette conférence est ce qui leur parle : s’attaquer aux femmes voilées au nom de la laïcité est plus acceptable que le “racisme d’autrefois”.
Il est clair qu’avec une telle vision du rôle de la femme, il ne vit pas à la bonne époque. Rien d’étonnant à cela et ce n’est pas un problème en soi. Cela relève de ses convictions personnelles, aussi rétrogrades soient-elles. De plus, ce n’est pas une exception islamiste. Les ultra-conservateurs chrétiens, juifs, hindouistes, et même certains athées, ont la même conception du rôle de la femme. Le machisme n’a pas de religion. Même si, lorsqu’il y a enracinement religieux, cela le rend plus difficile à combattre.
Justement, son ultra-conservatisme se transforme en intégrisme lorsqu’il tient ces propos dans ces circonstances. C’est-à-dire qu’il sort ce type de discours de la sphère privée pour l’exprimer publiquement afin de prêcher la bonne parole et d’accuser toute opposition “d’islamophobie” ou de “racisme postcolonial”. Il n’est pas à un diner entre amis dans le cadre de sa vie privée. Il est un prêcheur extrémiste qui intervient dans un lieu de culte, officiellement en tant que porte-parole d’une association défendant le “vivre ensemble” et qui n’appartiendrait “à aucun courant politique, religieux ou idéologique”.
Le “mode de vie pratiqué ici”, même s’il n’est pas parfait, a au moins l’avantage de pouvoir constamment être questionné, critiqué, pour le faire avancer vers plus d’égalité des sexes. Ce qui n’est pas le cas du mode de vie rêvé par le CCIF qui doit rester figé au Moyen-Age et pour l’éternité sous prétexte que ce serait Dieu qui l’aurait décidé. Une femme nue vendant du yaourt me choque. Mais ce sera toujours moins choquant qu’une femme voilée expliquant que son intégrisme est une forme de féminisme. Le 1er sexisme est plus facile à combattre que le second. S’il a fallu une forte mobilisation féministe pour arriver à bout de la nudité d’une femme pour vendre du yaourt, il faudra bien plus d’efforts pour arriver à bout du second. De plus, si le 1er sexisme fait l’unanimité contre lui, le second est plus relativisé, mieux accepté, trouvant des alliés parmi les mêmes personnes qui condamnent le sexisme publicitaire. Si Jean-Frédéric Poisson, président du Parti Chrétien Démocrate, avait tenu les mêmes propos que Marwan Muhammad, en remplaçant “femme musulmane” par “femme chrétienne”, nul doute que tout le monde lui serait tombé dessus ou l’aurait tourné en dérision, à juste titre. Mais lorsqu’il s’agit des intégristes musulmans, ça passe plus tranquillement. Et si les prochains invités de la mosquée de Vigneux étaient Clémentine Autain, Christine Delphy et Edwy Plenel ?
Là est la force du CCIF et de l’ensemble des Frères musulmans. Entre double langage, victimisation, récupération et trahison de nos valeurs, ils réussissent à faire ce qu’aucun misogyne et partisan du patriarcat n’a jamais osé imaginer : avoir le soutien de féministes et d’une partie de la classe politique et médiatique.
On ne met plus en scène une femme nue pour vendre du yaourt. On met en scène une femme voilée pour vendre une idéologie moyenâgeuse, misogyne et totalitaire. L’objet sexuel a encore de beaux jours devant lui.
[7] Adraoui Mohamed-Ali, Du Golfe aux banlieues: Le salafisme mondialisé, Paris, Presses universitaires de France, 2013.
[8] Les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires, rapport présenté par Jean-Pierre Obin, remis au ministre de l’Éducation Nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche en juin 2004.
[9] Rapport femmes et sports, remis au ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative et à la ministre de la Parité et de l’Égalité Professionnelle, le 21 avril 2004.Enquête, News
Dalia Mogahed est une universitaire américaine née en Égypte en 1974. A la fois directrice de son entreprise de conseil spécialisée dans le Moyen-Orient, Mogahed Consulting, et directrice de recherche à l’Institute for Social Policy and Understanding, elle a été recrutée en 2009 par l’administration Obama comme conseillère au Bureau des partenariats confessionnels de la Maison Blanche. Elle a auparavant travaillé en tant que directrice exécutive du centre d’études musulmanes Gallup. Mogahed a également été invitée à témoigner devant la Commission des relations étrangères du Sénat des États-Unis sur l’engagement des États-Unis auprès des communautés musulmanes et elle siège au Conseil consultatif sur la sécurité intérieure du Département des États-Unis. Elle a ainsi rejoint Madeleine Albright et Dennis Ross comme une voix de premier plan dans le projet d’engagement entre les États-Unis et les musulmans. Elle est la première conseillère voilée de la Maison Blanche.
Le magazine Arabian Business l’a désignée comme la femme arabe la plus influente dans le monde, et le Centre Royal d’Etudes Stratégiques Islamiques a inclus Mogahed dans la liste des 500 musulmans les plus influents dans le monde. Elle a également été récompensée par le prix de l’Entrepreneur social arabe de l’année par l’organisation indienne Ashoka.
Dans son rôle en tant que scientifique Gallup, Mogahed a souvent été invitée comme commentateur dans les médias et les forums internationaux. Ses analyses ont été publiées dans le Wall Street Journal, le magazine Foreign Policy, le Harvard International Review, et de nombreuses autres revues académiques et populaires. Son auditoire comprenait des chefs d’État, des parlementaires du monde entier et des leaders religieux de toutes les confessions.
Elle se fait vraiment connaître en 2007 dans le milieu universitaire aux Etats-Unis en écrivant avec le compagnon de route des Frères musulmans américains John Esposito : Who Speaks for Islam?: What a Billion Muslims Really Think. Elle y expose sa propre vision de la Charia, qu’elle décrit comme universelle : « une boussole [morale] reflétant des principes valables à toute époque, qui ne peut être changée » et de la loi islamique qui en découle : « une carte qui doit se conformer à cette boussole ».
Lorsque le Président Obama la recrute deux ans plus tard, de nombreux universitaires, comme la spécialiste du Moyen-Orient Elham Manea, s’inquiètent : « ces lois [de la Charia] perpétuent les discriminations envers les femmes dans la famille ». Elle conclue : « Obama ne veut pas ressembler à l’ancien président Bush qui avait des vues unidimensionnelles, et il adopte alors des vues opposées, mais elles aussi unidimensionnelles ».
Sur la chaîne Al-Arabiya, elle décrit sa mission dans l’administration Obama : « mon travail est d’étudier les musulmans, la façon dont ils pensent et leurs idées ». Dalia Mogahed n’a jamais peur de façonner une « communauté musulmane », de parler en son nom, ni de prêter à tous les musulmans les mêmes traits, quitte à les essentialiser et à faire perdurer les stéréotypes. Sa nomination s’inscrit par ailleurs dans la politique du gouvernement Obama de faire émerger des leaders communautaires. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Al-Arabiya rapporte que Dalia Mogahed se donne également pour mission de chercher à « réduire le nombre d’avortements ».
Le site Islam Online, créé par le leader spirituel des Frères musulmans Youssef Al-Qaradawi ayant légitimé les attentats-suicides, parle de Dalia Mogahed comme d’une « success story aux Etats-Unis ». Interviewée sur ce site internet en avril 2009, elle affirme que le djihadisme n’a rien à voir avec l’Islam : « beaucoup ont dit que les terroristes ont détourné l’Islam. Je ne suis pas d’accord. Je pense que l’Islam est sans danger, et est prospère dans les vies des musulmans de tous les pays ».
En octobre 2009, elle est invitée au dîner annuel de l’association frèriste CAIR (pointée du doigt par le FBI car soupçonnée de liens avec le Hamas, et classée terroriste aux Emirats Arabes Unis). Elle semble avoir annulé sa participation lorsqu’il a été rendu public qu’elle partagerait son dîner avec l’imam Siraj Wahhaj, ancien partisan de Nation Of Islam, défenseur du Cheikh Omar Abdel-Rahman et de la lapidation, il considère « Allah comme supérieur à la démocratie », et est cité comme « unindicted co-conspirator » dans l’attentat du World Trade Center en 2003. Elle a toutefois participé au dîner annuel de CAIR en 2015, et est annoncée à celui du 17 décembre 2016. CAIR publie des articles élogieux sur Dalia Mogahed sur son site web, et n’hésite pas à la féliciter pour son rôle auprès du président Obama.
Toujours en octobre 2009, elle donne une interview à la chaîne anglaise Muslima Dilemna, qui appartient au parti politique Hizb ut-Tahrir (ou parti de la libération islamique). Ce parti milite ouvertement pour la mise en place d’un Califat mondial régi par la Charia. Face à deux militantes de Hizb ut-Tahrir qui défendent la Charia comme source de législation et qui affirment que la femme ne doit pas avoir de position de leadership, elle n’émet aucune contradiction, et affirme : « je pense que la raison pour laquelle tant de femmes soutiennent la Charia est parce qu’elles en ont une compréhension très différente de la perception occidentale. La majorité des femmes dans le monde associent la justice entre les sexes, la justice pour les femmes, avec la Charia ». Dalia Mogahed en profite pour dire à ses interlocutrices que son rôle est de « transmettre au Président et aux autres représentants officiels ce que les musulmans veulent ».
En 2010, elle décrit le mouvement Gülen comme un « mouvement inspirant pour les musulmans ».
En 2012, elle s’adresse sur Twitter aux soutiens de Bachar al-Assad en leur disant qu’il n’a pas de légitimité car « il ne peut pas assurer la stabilité, la protection des minorités, ni la résistance à Israël ».
En 2014, elle est l’invitée d’honneur du dîner du CCIF, aux cotés de Marwan Muhammad, Rokhaya Diallo, Houria Bouteldja, Rachid Abou Houdeyfa, Nader Abou Anas, Ahmed Jaballah, ou encore Nabil Ennasri.
Outre CAIR, Dalia Mogahed a également été intervenante pour d’autres associations reliées aux Frères musulmans :
Islamic Circle of North America, ICNA, (congrès de 2015)
Muslim American Society, MAS, (congrès de 2016)
Islamic Society of North America – Muslim Student Association, ISNA-MSA (annoncée au congrès de 2016 aux cotés de Tariq Ramadan)
Muslim Public Affairs Council, MPAC, (congrès de 2016)
Le 3 décembre, à Décines dans la banlieue Lyonnaise, les islamistes du CCIF se retrouveront pour « des assises contre l’islamophobie » dans des locaux diplomatiques de l’ambassade de Turquie sous l’égide de son ministère des Affaires religieuses et de son organisation officielle DITIB ( Diyanet Işleri Türk-Islam Birliği à savoir Union des Affaires Culturelles Turco-Islamiques).
Comment ose-t-il, le CCIF, se présenter comme le chantre de la liberté des femmes. Quelle funeste audace de s’accaparer l’antiracisme et le féminisme pour finalement le liquider. Où sont-ils quand les hommes et les femmes se lèvent pour faire obstacle à cette loi qui a failli légaliser le viol des fillettes.
Ils se réunissent chez des activistes islamistes qui soutiennent le régime qui a souhaité promulguer cette loi. Chez ces tortionnaires qui emprisonnent et purge à tour de bras.
Quand le CCIF pourfend l’Etat d’urgence Français, sa police et sa Justice, elle noue franchement camaraderie avec le régime de Recep Tayyip Erdogan.
L’Etat d’urgence décrété par le Président Turc suite au soulèvement d’une partie de l’armée ne dérange nullement le CCIF qui préfère s’en prendre à celui de notre pays, promulgué à la suite des attentats du 13 novembre. Pourtant, la France n’a enterrée ni les droits de l’Homme ni les droits des femmes.
La machine d’exception Turque peut donc compter sur nos islamistes pour collaborer avec les siens.
Ces « Assises contre l’islamophobie », organisées notamment par le CCIF sont soutenues par tout ce que l’AKP (parti islamiste au pouvoir en Turquie) dispose comme instruments pour contrôler et se renforcer auprès de sa diaspora. Ils ne s’en cachent d’ailleurs pas.
Par exemple MUSIAD « MUSIulman Is Adamlari Dernegi », littéralement « Association des hommes d’affaires indépendants ». Au même titre que l’AKP est à la politique l’organe islamiste d’Erdogan, MUSIAD est à l’économie au service de son projet politico-religieux.
Exhibé comme une star sur leur tract des « assises », Bayram Celik est un chef d’entreprise lyonnais engagé… « Notre but Allah, notre guide le messager de Dieu, notre Constitution le Coran », promeut-il sur sa page Facebook avec un homme lourdement armé. Le slogan de la confrérie des « Frères musulmans ». Quelle étrange organisation patronale…
Soutenu aussi par le Conseil de la Jeunesse Pluriculturel (COJEP), association d’étudiants Turcs au service de l’homme fort d’Ankara sur le territoire Européen et qui distribue bons ou mauvais points à certains « leaders d’opinions » Français.
Evidemment les bons points sont décernés par le Cojep aux soutiens de la confrérie des Frères, de Tariq Ramadan, et évidemment de l’AKP.
Entre autre, Bariza Khiari sénatrice de Paris, Marwan Muhammad, Rokhaya Diallo et bien sûr Edwy Plenel sont auréolés pour tant et tant de services rendus à la cause islamiste sous couvert de lutte contre « l’islamophobie ».
Pour le Cojep, Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis, eux, sont relégués à des rôles de suppôts de l’Arménie.
L’AFD International France (Alliance for Freedom and Dignity) est aussi de la partie. Comment ne pourrait-elle pas l’être, surtout en compagnie de Ismahane Chouder. Celle-ci multiplie les casquettes pour imposer son hijab militant. Elle rêve aussi d’instaurer une République islamique au Maroc, son pays d’origine.
Pour l’AFD, l’antiracisme passe par le copinage islamiste et c’est assez crânement qu’ils s’affichent avec Tariq Ramadan. Leur boussole n’est pas les droits de l’Homme mais le droit des islamistes à contester les lois Républicaines. Comme ils l’expliquent sur leur site, quand « l’opinion internationale » fustige les lois laïques de notre pays, c’est sur les mobilisations des islamistes radicaux à travers le monde qu’ils font référence. Pas sur les arrêts de la Cour Européenne des droits de l’Homme jugeant conforme la loi interdisant les signes religieux à l’école.
Eux non plus ne pipent mot sur le régime de répression tout azimut qui se déroule en Turquie tous les jours. Non, leur cause antiraciste à eux c’est le droit des femmes qui veulent adopter l’uniforme intégriste.
Tous sont aux abonnés absents quand l’Etat Turc purge des milliers de fonctionnaires, emprisonne les élus qui s’opposent, traque la population et les journalistes récalcitrants.
Ils n’ont rien dit et le 3 décembre, ils ne diront rien à ces complices d’Erdogan concernant le sort des fillettes, qui pour cette fois, ont été épargné grâce aux mobilisations qui ont empêché l’adoption de la loi qui voulait amnistier les auteurs de viol sur elles si elles devenaient leurs épouses.
Les Arabes, les Berbères, les Turcs, les Kurdes, les musulmans laïques et progressistes savent que l’internationale islamiste n’a qu’un seul but : celui d’instrumentaliser nos libertés pour tous nous en priver. Car l’antiracisme islamiste c’est comme le féminisme salafiste, ça n’existe pas.
Mais il semblerait que la petite ville de Décines soit devenue leur petite Mecque où ils peuvent tout se permettre. En territoire diplomatique, tout comme dans les équipements publics qu’ils occupent régulièrement.
Nasser Ramdane Ferradj porte-parole et Ergün Toparslan du collectif « ils n’auront pas notre silence complice – les islamistes »News, Tribune