Du 19 au 22 avril a eu lieu au parc des expositions du Bourget la 36ème « Rencontre Annuelle des Musulmans de France » (RAMF) organisée par l’ex-UOIF, désormais rebaptisée Musulmans de France (MF). La RAMF 2019 a reçu peu d’écho médiatique, à l’image de son déclin progressif, comme décrit dans le journal Libération qui note un « public très clairsemé » pour une rencontre « peu reluisante ». Les déboires judiciaires de son ancienne tête d’affiche Tariq Ramadan n’y sont certainement pas étrangers.
On aurait en revanche pu observer un nouvel élan à la RAMF avec la participation de Marwan Muhammad et de sa structure « L.E.S. Musulmans » créée en partenariat avec le CCIF pour peser sur l’organisation de l’Islam de France. Le pari est visiblement loin d’être gagné, Libération relevant que Marwan Muhammad « peinait à mobiliser l’assistance dans la grande salle conférence sur son thème favori de l’inclusion des musulmans dans la société française ».
Marwan Muhammad a voulu cependant marquer le coup. Profitant d’une intervention d’Hakim el Karoui, auteur du rapport largement débattu « un Islam français est possible » pour l’Institut Montaigne, il a violemment pris à partie son interlocuteur avant de poster la vidéo sur les réseaux sociaux. Hakim el Karoui avait précédemment accusé le CCIF de véhiculer un message victimaire. Marwan Muhammad lui avait reproché de « piétiner la dignité des musulmans pour cautionner l’agenda des élites dont les intérêts convergent avec les siens ». Lors de la RAMF 2019, Marwan Muhammad est donc intervenu face au consultant proche d’Emmanuel Macron pour affirmer avec véhémence que lutter contre l’islamisme et le terrorisme comme Hakim el Karoui n’est pas un besoin des musulmans présents. Après avoir pris à partie l’auditoire, rallié à son bord, Marwan Muhammad a cité le CCIF, le secours islamique, le CBSP et Musulmans de France comme seules organisations représentatives à ses yeux, contrairement à l’Association Musulmane pour l’Islam de France (AMIF), nouvellement créée par Hakim el Karoui. Sur la vidéo, on aperçoit Amar Lasfar, président de Musulmans de France, applaudir les propos de Marwan Muhammad.
L’on pourrait se demander ce qu’espérait Hakim el Karoui en se rendant au salon vedette des Frères musulmans français. Simplement présenter l’AMIF ? Tenter de rallier à son projet d’AMIF les plus « modérés » des Frères ? Pacifier le débat avec les cadres de Musulmans de France pour éviter une mise en concurrence des associations ?
Hakim el Karoui prétend connaître les méthodes d’infiltration des Frères musulmans dans la société. De fait, il a longtemps fermé les yeux sur la stratégie frériste notamment au sein de l’Institut des cultures d’Islam. Il a par la suite déclaré que les Frères musulmans étaient un « danger » pour les musulmans eux-mêmes. Mais en parallèle, il a créé en 2019 l’AMIF avec Tareq Oubrou, cadre historique de l’UOIF jusqu’en 2018, et Mohamed Bajrafil, (ancien ?) protégé de Tariq Ramadan qui affirmait en 2016 : » Voir apparaître aujourd’hui une relève de la qualité de mes jeunes frères Mohamed Bajrafil et Marwan Muhammad (..) est juste apaisant, réconfortant et énergisant ». Un autre signataire de l’appel pour la réorganisation de l’Islam de France avec Hakim el Karoui, et pré supposé à la commission Théologie et formation des imams de l’AMIF est… Abdelghani Benali, enseignant à l’IESH, antenne à Saint-Denis du centre de formation de l’UOIF de Chateau-Chinon.
Aujourd’hui, samedi 14 octobre 2017, se tient la 6ème rencontre annuelle des musulmans du Havre. Cette rencontre est organisée par la très active association Havre de Savoir, qui relaie la prose des Frères musulmans en France. Récemment, nous avions épinglé Havre de Savoir pour avoir désigné les Yezidis comme des « adorateurs de Satan« , qualificatif utilisé par les djihadistes pour justifier leur exécution.
A la 6ème rencontre annuelle, nous retrouvons :
Ismahane Bouzidi, enseignante à l’IESH de Paris, dont l’écrasante majorité des responsables, et fondateur (Ahmed Jaballah) sont des cadres de l’UOIF.
Youssef Cherraj, imam à la mosquée Essalam du Havre
Sofiane Meziani, enseignant au Lycée musulman Averroès de Lille développé par l’UOIF. Sofiane Meziani fait ouvertement l’éloge du fondateur des Frères musulmans (« L’Histoire a tranché en faveur de Hassan al-Banna »). Après le massacre de Charlie Hebdo, il publie une tribune pour affirmer que les premières victimes de l’attentat sont les musulmans, et accuse le journal satirique de cultiver « l’abject ».
Mohamed Minta, imam malien et enseignant au lycée al-Kindi de Décines, dont le président Nazir Hakim était à l’époque de sa fondation vice-président de l’UOIF.
Lui aussi est barbu mais il ne s’appelle pas Nostradamus (1503 – 1566). De ce dernier, il tient le sens d’une certaine prophétie de nouvelles alarmantes. A la différence de Nostradamus, qui était étranger aux prédictions qu’il annonçait à la cour, dans ses « Centuries », le Frère musulman tunisien Rached Ghannouchi, le leader du parti islamiste Ennahdha, est au cœur de l’idéologie panislamiste qui l’anime depuis sa jeunesse. Il est l’un de ses théoriciens les plus influents, les plus virulents, les plus connus et étrangement, les plus bien perçus par une certaine caste de la cour politico-médiatique parisienne. Pourtant, c’est lui qui disait dans les années 80 en Tunisie :
« Donnez-moi cent martyrs, je vous donne un état islamique » !
A l’aube du 21ème siècle, il a publié depuis son ex-exil britannique, un livre en arabe intitulé : Approches autour de la laïcité et de la société civile [1] (مقاربات في العلمانية و المجتمع المدني), préfacé par un autre frère musulman libanais Fayçal Mawlawi, cofondateur en 1983 de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), la branche française des Frères musulmans.
La résonnance de certains passages de cet essai islamiste avec le climat de terreur, qui règne en France et en Europe, est peu étonnant. Cet essai mérite d’être traduit intégralement de l’arabe au français, au moins pour que ceux qui ont reçu ce chantre du panislamisme en hôte de grande importance à Paris en juin 2016 [2], comprennent son vrai discours anti-laïcité, anti-démocratie et anti-libertés fondamentales. Au total, ce sont dix approches essentielles [3], détaillées sur plus de 200 pages, expliquant pourquoi l’islamisme doit gouverner et dominer des esprits, des corps et des territoires. Il y explique avec clarté et conviction pourquoi l’Etat Islamique rêvé, soumise à la loi des fouqahas (juristes religieux musulmans), doit être ressuscité de ses cendres pour accomplir sa fonction protectrice de la foi musulmane – y compris par le recours à la violence et par l’application anachronique des sanctions et châtiments corporels d’une charia moyenâgeuse – et pour faire face à l’Occident et à ses intérêts, y compris par la voie du jihad armé.
Cette traduction mérite d’exister surtout que Rached Ghannouchi risque fort d’être très probablement, et sous peu, le calife de la Tunisie, à proximité immédiate de l’Etat Islamique en Libye, et à presque 160 km seulement de la porte sud de l’Europe : Lampedusa. Les deux autres portes de l’Europe sont déjà « gardées » par deux Frères musulmans (!) : Le Sultan Erdogan, régnant autour du Détroit du Bosphore, et le vizir Benkirane gouvernant sur l’autre cote du Détroit de Gibraltar, à 15 km des cotes ibériques.
A présent, ce sont trois pages « prophétiques » terrifiantes résonnant étrangement avec ce climat d’horreur et de terreur qui s’installe dans les esprits, petit à petit, par-ci et par-là, au gré de la multiplication d’attentats et d’actes terroristes de massacre de masse : à Paris, à Nice, à Bruxelles, à Londres, à Munich, à Istanbul, à Tunis, à Orlando et ailleurs. En effet, ce « prophète » tunisien avait tout prédit depuis 1999, comme s’il regardait dans une boule de cristal, en feu et en sang. Il avait expliqué, bien avant le 11 septembre 2001, ce qui allait se passer une décennie plus tard. Ceux qui défendent, ici en France, l’idée d’une « islamisation de la radicalité », à l’image d’Olivier Roy [4], sont désormais désavoués par le propos même de Rached Ghannouchi qui défend justement l’idée contraire, celle de Gilles Kepel : « la radicalisation de l’islam »[5]. Il s’agit bel et bien d’attaques islamistes punitives, conduites au foyer même de l’Occident, motivées par son supposé refus pour que l’islam politique, dans sa version salafiste assumée, puisse gouverner ses terres au nom d’Allah. Rached Ghannouchi dit, je traduis :
« […] La persécution est le destin du musulman ainsi que sa quote-part de la civilisation. Le musulman paie le prix de sa décadence civilisationelle et de sa naïveté à répondre à l’appel de tout charlatan. Il paie le prix de son immobilisme ; ressassant les rêves du passé ; refusant le renouveau et l’évolution ; incapable d’acquérir les techniques modernes appliquées aux domaines de l’organisation politique, administrative et économique ; courant de façon effrénée et sans boussole vers l’imitation de l’autre, l’étranger et ses modes de vie. Nous avons détruit notre passé et nous n’avons pas su construire notre présent.
Tout démontre aujourd’hui la mise en place, à l’échelle planétaire, d’un nouvel ordre mondial qui ne se limite pas à marginaliser et à ignorer l’islam, mais il considère les musulmans comme un marché de consommation, une zone de pouvoir et un terrain d’influence [à dominer, ndlr]. Ce nouvel ordre mondial marginalisent les musulmans pour qu’ils restent en dehors de l’histoire, tournés vers le passé et étrangers à la modernité. Ce nouvel ordre est davantage plus dangereux. Il s’agit, en effet, d’une nouvelle phase de « Sykes-Picot » alimentant les divisions, les guerres fratricides et les séditions internes pour détruire l’islam une deuxième fois, de manière encore plus vigoureuse que les fois précédentes.
Il suffit de jeter un coup d’œil sur la carte géographique du monde islamique et d’observer ce qui se passe sur son sol. L’on découvre l’existence d’un double-plan, en phase d’exécution, visant à résister contre l’islam :
La première partie de ce plan concerne la périphérie du monde islamique, c’est-à-dire les minorités musulmanes représentant un tiers des musulmans dans le monde. Concernant cette périphérie, le but est la destruction intégrale de toute existante islamique en son sein. L’objet est de tourner la page de l’islam définitivement, à travers l’intensification des animosités et de la xénophobie envers les musulmans en leurs déclarant une guerre génocidaire, détruisant leurs mosquées et monuments, spoliant leurs biens et argent, et intensifiant les tueries contre eux. L’exemple le plus criant de ce plan se passe au vu et au su du monde entier, au milieu de l’Europe, dans les Balcans (en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo). Le même plan est réédité en Inde, au Tadjikistan, en Azerbaïdjan et en Birmanie.
La deuxième partie de ce plan est exécutée au cœur même du monde islamique, là où les musulmans représentent l’écrasante majorité. Leur nombre empêche qu’on les expulse de chez eux ou que l’on détruise leurs lieux saints. Impossible de les pousser à l’exil, sauf dans le cas de la Palestine. Le but de ce plan, dans cette zone centrale du monde islamique, est donc d’empêcher l’islam, par tout moyen, de gouverner ses terres et ses fidèles. Pour atteindre un tel but, l’on coopère même avec des dictateurs et des criminels et l’on fait tout pour assécher les sources de l’islam au sein des institutions éducatives, enseignementales, législatives et médiatiques. L’on s’attache à affaiblir financièrement les musulmans, en perquisitionnant leurs institutions, en les empêchant de participer à la vie politique et d’atteindre des postes sensibles au sein de l’état, lequel est conçu pour qu’il ait comme principale mission : la répression de l’islam et des musulmans. L’on empêche même cet état, malgré sa laïcité, sa subordination à l’Occident et sa répression de l’islam et des musulmans, d’atteindre un niveau raisonnable de développement économique et de progrès technique, notamment au niveau militaire où la possession de l’arme nucléaire est interdite au même titre à tous les musulmans, qu’ils soient vertueux ou pervers.
La conduite de ce plan, sur ces deux versants, suffit pour transformer les musulmans dans le monde, en entités affaiblies et guerroyantes. Pour l’Occident, le monde islamique deviendra son marché, sa poubelle et sa source d’énergie à bas coût. Un nombre croissant de musulmans deviendront affamés et sans toits. Le destin de ceux qui résisteront à la mort sera mis entre les mains d’organisations humanitaires, messianiques chrétiennes et entre les mains d’autres organisations s’occupant de l’exil politique.
L’Occident déploie tous ses efforts pour fermer ses portes face à l’immigration musulmane (80% des exilés dans le monde sont musulmans). Mais ce problème est assez suffisant, surtout en présence du mouvement islamique, pour transformer le monde musulman en un volcan explosif. Car ce comportement de l’Occident n’affaiblira pas ce mouvement. Il va simplement créer un déséquilibre en son sein, en faveur des courants extrémistes, qui eux, privilégient la force comme seul et unique moyen pour défendre l’islam et les musulmans et qui affirment que les prédicateurs modérés, représentant désormais le corps principal de ce mouvement, sont dupés. Leur argument : l’Occident qui a soutenu la démocratie et continue de le faire en Europe de l’Est, en Amérique Latine et en Afrique, est le même Occident qui, dans le monde musulman, soutient, dans sa guerre contre l’islam, les régimes les plus réactionnaires, les plus répressifs et les plus corrompus.
Si l’Occident parie sur la solution sécuritaire pratiquée en Tunisie, en Algérie et en Egypte, que lui dictent les sionistes, dans son comportement à l’égard des mouvements de l’islam politique, cela n’aboutira pas à l’anéantissement de l’islam. Mais bien au contraire, cela favorisera la radicalisation de l’islam. Ainsi, le jihad deviendra le mot clé du discours islamique. Le discours jihadiste et l’esprit du martyr ainsi que l’envie d’accéder au paradis, seront alimentés à la fois par les histoires des génocides, que subissent les minorités musulmanes de la périphérie, et aussi par les récits de la persécution que subissent les musulmans au cœur même du monde islamique. Et c’est parce que le niveau culturel et technique des membres des mouvements de l’islam politique est très élevé, la fabrication des armes et leurs utilisations deviendront une culture générale chez les musulmans. La résistance face aux intérêts occidentaux et la liquidation des traitres deviendront l’activité quotidienne des mouvements islamiques. Tout ceci trouvera racine et puisera son énergie dans le patrimoine historique du jihad ainsi que dans l’intolérance occidentale envers l’islam. Dans un monde où les peuples sont mélangés ; où les informations sont largement diffusées ; où les intérêts s’entrecroisent et où les musulmans sont présents partout, l’on peut imaginer son portrait futur comme le façonne, consciemment ou inconsciemment, les dirigeants de ce nouvel ordre mondial, sous l’influence des sionistes !
Il s’agit sans doute d’un portrait terrifiant. Mais quel diable, ennemi de l’humanité et de la civilisation, celui qui trouve son intérêt à façonner un monde sous un tel portrait ! Nous persistons à nous convaincre et à tenter de convaincre les autres que les forces islamiques raisonnables et modérées, reconnaissant l’altérite et cherchant les issus de la coexistence, gagneront la bataille, par la permission de Dieu, au sein du monde musulman comme à l’intérieur même de la structure occidentale, sur la base de nombreux dénominateurs communs, au lieu de parier sur l’exclusion de l’autre alimentée par ce qui semble être la fatalité du choc des civilisations […] »[6]. Fin de traduction.
Rached Ghannouchi recycle ici les standards idéologiques basiques de la rhétorique islamiste et de ses ingrédients habituels : le fourvoiement dans la posture victimaire ; l’errance calculée dans le délire de persécution ; l’infantilisation des musulmans ; l’absolution de l’islam salafiste historique ; l’exaltation de l’islam politique et du panislamisme ; l’affirmation de la prééminence du volet religieux de l’identité sur les autres volets ; la glorification du jihad armé et du martyr ; la diabolisation de l’Occident tenu pour fondamentalement islamophobe ; le rejet de la laïcité et de la modernité occidentale ; l’entretien du fantasme du complot sioniste ; le takfirisme sournois des états et gouvernements des pays arabes ; et surtout, l’entretien du rêve du rétablissement du califat islamique. Ainsi, l’évocation des accords secrets de « Sykes-Picot » de 1916, dans ce passage traduit, n’est pas anodine. Alors qu’Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, justifiait la création de sa mouvance islamiste en 1928 par la nécessité de rétablir le califat après la chute de l’Empire Ottoman, Rached Ghannouchi préfère lui placer le curseur historique sur ces accords secrets qui avaient fragilisé davantage « l’homme malade » de l’Europe avant sa désintégration en 1924.
En toile de fond de ces passages traduits, il s’agit bel et bien d’un chantage menaçant que résume l’équation suivante : l’Occident doit composer avec la branche dite modérée de l’islam politique, sinon, il endurera les attaques violentes de sa branche jihadiste. Les deux branches sont donc très complémentaires, la limite entre elles étant inexistante, Rached Ghannouchi agite même la menace du basculement des islamistes modérés vers le jihadisme car leur « niveau culturel et technique » est très élevé. Ils sauront fabriquer des « armes » pour attaquer quotidiennement les « intérêts occidentaux » et « liquider les traitres », écrit-il !
Rached Ghannouchi est en phase avec l’identité bicéphale du panislamisme : mi-politique, mi-jihadiste. Alors qu’une certaine élite politico-médiatique française le présente imprudemment comme l’avenir de la démocratie tunisienne [7], lui demeure fidèle à son idéologie jihadiste de conquête, s’appuyant sur un Coran et sur deux sabres croisés. Devrait-on rappeler que son nom figure parmi le top 10 des islamistes qui ont signé le 13 juin 2013 au Caire, à côté de Youssef Al-Qaradawi, l’appel mondial au jihad armé en Syrie, qui a donné naissance, directement ou indirectement, à l’Etat Islamique ? Comme l’UOIF, et pour se refaire une virginité en permanence, il édite pour la consommation médiatique des communiqués de presse condamnant les actes terroristes de Daesh. Toutefois, lorsqu’un journaliste tunisien lui a demandé son avis concernant Daesh, le 16 octobre 2016, il a dit clairement que les jihadistes de l’Etat Islamique représentent un « islam en colère »[8]–[9], un « islam radicalisé », comme ce qu’il avait déjà prédit en 1999. Une constance[10] !
Mohamed Louizi
[1] Rached Ghannouchi, Approches autour de la laïcité et de la société civile, Maghreb Center for Researches & Translation, Londres, 1999, 204 pages (en arabe).
[3] Ces dix approches sont, par ordre : 1)- Les libertés générales en islam ; 2)- Les droits de l’homme en islam ; 3)- Les fondements de la société civile en islam ; 4)- La notion de l’égalité entre la charia islamique et les conventions de l’Organisation des Nations Unies ; 5)- L’idée de la société civile entre l’Occident et l’islam ; 6)- La philosophie politique de l’islam ; 7)- La culture, l’autorité et les droits de l’homme ; 8)- Quelle modernité ?! ; 9)- « Un peuple au service de l’Etat » ou « un état au service du peuple » ? ; 10)- La laïcité nous est arrivée sur le dos d’un char et elle est restée sous sa protection.
[6] Rached Ghannouchi, Approches autour de la laïcité et de la société civile, Maghreb Center for Researches & Translation, Londres, 1999, p.191-194 (en arabe).
[8] Lire en arabe et écouter l’extrait de sa déclaration ici : http://www.mosaiquefm.net/ar الغنوشي-لا-يمكن-أن-نكف-ر-الدواعش-وهكذا-اصف-واقعهم/34321/ أخبار-سياسة-تونس.html
« Circulez, y’a rien à voir » aurait dû être le sous titre du rapport publié par la Cordoba Foundation. La Fondation a été créée en Grande Bretagne par Anas Al Tikriti est le fils du leader officiel des Frères musulmans en Irak. En 2009, David Cameron a dénoncé la Fondation Cordoba, comme étant un faux nez des Frères musulmans en Grande Bretagne. Raison pour laquelle elle apparaît sur une liste publiée par le gouvernement des Émirats arabes unis d’organisations musulmanes soutenant le terrorisme.
Malgré ce lourd contexte, Anas Al Tikriti et la Cordoba Foundation sont régulièrement sollicités pour délivrer leurs analyses. Dernier rapport en en date, les mythes de la menaces djihadistes à l’Ouest et la radicalisation islamique ». L’auteur : Alain Gabon est professeur au Wesleyan College (Wesleyenne), institution de la grande bourgeoise wasp américaine.
En introduction, le Dr Abdullah Faliq, responsable du Forum islamique européen explique sur un ton alarmiste que des gouvernements européens ont actuellement « commencé à confisquer et interdire la littérature islamique », à « confondre les pratiques religieuses conservatives avec de l’extrémisme », à « surveiller les mosquées, madrasas et centres de jeunesse (avec le pouvoir de les fermer) », et à « cibler les leaders de la communauté et les organisations islamiques mainstream ». Les « attaques islamophobes » envers les musulmans seraient le fruit d’une « menace surévaluée du djihadisme ». Et finalement, les djihadistes utiliseraient seulement « des slogans anti-autorité (pour un monde meilleur) », dans une « culture rebelle qui peut se retrouver dans presque toutes les communautés ».
A sa suite, Anas Al Tikriti, rend hommage à l’ancien maire de Londres, Ken Livingston, pour son comportement qu’il juge exemplaire après les attentats qui ont frappé la capitale britannique en 2005. Néanmoins, il reconnaît que des attaques racistes touchent Londres, comme les autres capitales mondiales. Il en profite pour fustiger le gouvernement actuel, moins accommodant envers les demandes communautaristes, dont la stratégie de lutte contre le djihadisme conduirait à des pratiques dignes de « l’Inquisition » et du « McCarthysme ». Plusieurs centaines d’enfants, d’après le lobbyiste, auraient été arrachés à leurs parents « sous le prétexte de radicalisation ». Et Anas Al Tikriti de déplorer « la criminalisation de chaque suggestion autour de la responsabilité de la politique étrangère britannique et de ses interventions étrangères dans l’augmentation du terrorisme ».
Dans son étude, Alain Gabon veut démonter 3 réalités qu’il décrit comme mythes :
la plupart des terroristes sont des musulmans islamistes ou djihadistes
le terrorisme en général, et sa variété djihadiste en particulier, constitue une grande menace pour la vie humaine dans ces sociétés
il existe une radicalisation alarmante d’une partie significative des populations musulmanes européennes.
Ces trois « mythes » seraient propagés et renforcés par les discours politiques, médiatiques et académiques, dans un contexte quasi « orwellien ». En France, ces mythes auraient pour résultat l’interdiction des « voiles et niqab dans l’espace public » ainsi que « la surveillance des mosquées », et donc une « islamo-paranoïa ». Alain Gabon oublie bien sur de préciser que le voile n’est pas interdit dans la rue, et que la loi contre les signes religieux à l ‘école date de 2004, bien avant les attaques terroristes de Toulouse, de janvier 2015 ou de novembre 2015 à Paris.
En juillet 2016, juste après l’attaque terroriste de Nice, Alain Gabon n’avait pas hésité à publier un article dans Middle East Eye, expliquant que le tueur n’était « ni un islamiste, ni un djihadiste, ni même un « terroriste » ». En mettant bien entendu le terme mot terroriste entre guillemets.
Pour minimiser les attaques terroristes islamiques, Alain Gabon explique que seuls 6% des attentats sont perpétrés par des djihadistes sur le sol américain. Le reste serait du à des groupes « latinos, chrétiens, juifs, d’extrême-gauche, écologistes, suprématistes blancs, anti-gouvernement, anti-avortement, souverainistes ou sécessionnistes ». Les attentats islamistes seraient les seuls que la presse couvrirait, alors que le nombre de victimes serait « statistiquement négligeables », et dûs à des « loups solitaires ». En France, on entend parfois le chiffre de 1% du terrorisme qui serait djihadistes. Si le nombre d’attaques djihadistes est inférieur au nombre d’attaques des séparatistes régionaux par exemple, les attentats djihadistes sont de loin bien plus meurtriers : 245 morts en France depuis 2012. De plus, l’ampleur mondiale du terrorisme islamique, ses réseaux, son budget est incomparable à des groupuscules séparatistes ou anarchistes locaux. Cela n’empêche pas Alain Gabon de blâmer en priorité « l’hystérie et la quasi-apocalyptique rhétorique » autour du djihadisme.
Alain Gabon liste 6 raisons à ce qu’il nomme l’ « hystérie collective » :
le choc traumatique du 11 septembre 2001 puis du 13 novembre 2015 couplé à une « absence de distance rationnelle et à une absence de mise en perspective » : en effet, dans les attentats sur le sol européen, il n’y aurait « rien de ressemblant au 11 septembre avant (…) ni après ». Rien à voir, laisser passer. Alain Gabon prend même le pari que rien de similaire au 13 novembre ne se produira de nouveau. En effet, si l’on parle de projeter à nouveau deux avions sur les tours jumelles qui n’existent plus, ou de lancer le même commando dans les mêmes bars et salle de concerts parisiens, il y a peu de chance que cela se reproduise. En revanche, on ne compte plus le nombre d’attentats déjoués en Europe depuis 2 ans. Sans oublier les autres attentats en Irak, en Indonésie, au Bangladesh…
le rôle des médias et des politiciens qui « cultivent et nourrissent la mémoire du 11 septembre, de Charlie Hebdo et du 13 novembre ». Les « commémorationnisme » et les hommages aux victimes participeraient donc à ce qu’il décrit comme de l’hystérie… sous forme d’ « auto-asphyxie ».
la « mauvaise image rapportée par les médias de » : la Révolution Iranienne, de l’Irak, de la Syrie ou du Yemen…et le fait de présenter certains conflits comme des « divisions chiite-sunnites comme si l’Islam était la cause ».
les « calculs électoraux » des gouvernements occidentaux qui veulent « garder les populations focalisées sur la menace djihadiste (…) tout en autorisant des régimes despotiques comme Assad ou Al-Sissi en Egypte, dont le régime de terreur est encore pire que Daesh (…) et en justifiant des interventions militaires néocoloniales ». Cela permettrait à ces gouvernements de « supprimer toute dissidence » dans leur pays par la mise en place d’ « états d’urgence » et de regagner en « popularité » grâce au statut de chef de guerre. «La liste des bénéfices s’allonge », et Daesh serait même « utile ». Alain Gabon n’est pas loin de la vision complotiste du false flag, qu’il induit sans le nommer.
l’ « obsession vis-à-vis du terrorisme islamique pour ne pas parler des violences domestiques ou par armes à feu (…) pour retrouver les anciens stéréotyes racistes et islamophobes anti-arabes et anti-musulmans ».
le « traitement politique et médiatique qui souligne systématiquement le terrorisme de musulmans en ignorant ou en minimisant les autres formes de terreur, surtout si elles concernent des blancs, chrétiens, de droite ». L’auteur blâme la mobilisation en soutien à Charlie Hebdo, comparée à celle de Charleston ou Dylann Roof tua neuf afro-américains dans une église.
De plus, Alain Gabon prend le parti de définir Bachar al-Assad et Saddam Hussein comme des tyrans laïcs . Il oublie que ces deux personnages n’ont pas tué leur peuple au nom de la laïcité, que la Syrie et l’Irak n’étaient pas laïcs au sens propre, et qu’il n’a jamais existé de mouvement laïque terroriste appelant à soutenir ces criminels. Le général al-Sissi est également épinglé pour avoir massacré « 1000 civils sans défense supporter de Morsi ». Le fait que ces régimes ne soient pas taxés de terroristes prouveraient que nous ne sommes pas loin du « négationniste révisionnisme » au service d’ « objectifs de politique étrangère des Etats-Unis ».
Dans son rapport Alain Gabon affirme que croire que « le terrorisme est une menace majeure pour la vie humaine dans les sociétés occidentales est une grosse erreur ». Il s’agirait même de la « plus petite cause de mortalité, violente ou non violente, de toutes »…. En la comparant à des accidents domestiques ou de la route, donc par définition, non prévisibles ! Il rajoute même, avec cynisme, qu’un cancer est « bien plus long et plus douloureux qu’une mort rapide ».
Alain Gabon parle de « mythe de la radicalisation islamique », qui induirait que de nombreux jeunes hommes musulmans « se radicaliseraient ». Il considère que la notion de radicalité ou d’extrémisme est arbitraire, et qu’elle ne veut rien dire. Il rejette l’idée selon laquelle des comportements « salafistes », comme refuser de serrer la main à une femme, mèneraient au djihadisme. Alain Gabon ne propose cependant pas d’autre qualification pour désigner cette « radicalité ». Il pointe du doigt Manuel Valls pour avoir déclaré que « la France doit combattre le djihadisme, mais également le conservatisme et le fondamentalisme » dont « les Frères musulmans et les salafistes (…) et en particulier l’UOIF ». Manuel Valls irait même « plus loin » en faisant appel à la société civile, ou en proposant une ligne téléphonique contre le djihadisme ou en mettant en ligne des vidéos comme antidote à la propagande de Daesh. Les signes de radicalisations décrits seraient « paternalistes ». Alain Gabon dénonce également la fermeture de trois mosquées salafistes, qui serait « injustifiée ».
Finalement, selon Alain Gabon le djihadisme serait un « minuscule phénomène », et ce serait avant tout le médias et les gouvernements, qui travaillent à convaincre et à apeurer les populations.
Personnalité montante de l’islam en France depuis la parution de son livre Islam de France, l’an I, l’imam d’Ivry-sur-Seine Mohamed Bajrafil est rapidement devenu la nouvelle coqueluche des médias qui lui ouvrent leurs pages d’entretiens et leurs plateaux télé. (ICI, ICI)
Ancien enfant précoce (il connaît par coeur le Coran depuis l’enfance), multidiplômé, incisif et cabotin, il aime à se flatter d’avoir lu tous les livres et de parler un français châtié et précis, résultat de ses études de linguistique. Très sollicité par ses fidèles sur les réseaux sociaux et lors de ses prêches et conférences, il prône un « islam du juste milieu » et les conseille aussi bien sur leur spiritualité la plus haute que sur la longueur de leurs sourcils : « Il est très déconseillé (…) de modifier le corps (…)… Les raser complètement, non, mais peut-être les disposer de manière à ce que (sic) vous plaisiez à votre époux. »
Ce qui séduit chez ce bel homme policé, c’est aussi son talent pour les punchlines et le patriotisme à toute épreuve qu’il affiche volontiers.
Revendiquant lumineusement son salafisme, qu’il qualifie de vrai salafisme, il œuvre à la réconciliation des divers courants de l’islam dans le giron de la France qui, selon lui, applique la charia mieux que n’importe quel pays au monde, au sens où cette dernière générerait in fine le régime politique le plus sage, le plus tolérant et le plus pacifique.
Ce premier article s’attache aux figures de l’islam contemporain auxquelles il se réfère.
Coutumier depuis 2011 des conférences en duo avec Tariq Ramadan, Mohamed Bajrafil affirmait à la mosquée de Vigneux-sur-Seine que celui-ci est « un penseur musulman respectable » bien qu’il ne soit « pas d’accord avec lui sur deux ou trois choses, ou une centaine de choses ». Une prise de distance respectable et suffisamment floue pour que l’on ne sache rien de ce désaccord. Sauf à entendre une explication donnée quatre ans plus tard à l’UOIF : « L’essentiel c’est que je le porte dans le cœur, mais que je sois divergent avec lui sur le plan des idées, parce que c’est ce qui va nous faire avancer. »
Et pour être certain d’être bien compris, il ajoute : « Si vous voulez que l’on soit intellectuellement siamois, on va rester là et faire du sur-place. »
Mohamed Bajrafil ne fait pas de sur-place, effectivement. Il applique la stratégie développée par Tariq Ramadan : « gagner en visibilité ».
« Le Frère Tariq », comme il le nomme affectueusement, ne peut en effet réaliser seul cette tâche : « Il est devenu porte-drapeau (…), mais il faudrait qu’il y en ait 36 000 comme lui pour faire savoir ce qu’est l’islam », déclare-t-il en 2015.
Pourtant, il parvient à persuader du contraire. Comme l’affirme le site FMMonitor, « d’une façon plus générale, il conspue également les intégristes déguisés, l’UOIF, Tariq Ramadan et certains de ses confrères, ajoutant que les jeunes musulmans ne se reconnaissent pas dans l’UOIF. »
Mais Tariq Ramadan n’est pas le seul Frère à bénéficier des faveurs du jeune prédicateur. L’imam d’Ivry, qui engage à l’amour et au lissage des désaccords mineurs et somme toute tellement humains, rend aussi hommage à Youssef Al Qaradawi à de nombreuses reprises. En 2012, il déclare que « c’est un humaniste convaincu avec lequel on peut être d’accord ou ne pas être d’accord » qui « n’est pas contre le peuple ou la religion judaïque ». Il questionne la véracité de l’antisémitisme de Qaradawi et considère qu’il s’agit d’une erreur négligeable, simplement à la mesure du prédicateur : « S’il l’a dit, c’est une erreur. Mais les erreurs des grands hommes sont grandes. » Selon lui, Qaradawi « est un très grand savant, quelqu’un qui a fait énormément de bien à notre communauté ». Et comme à l’accoutumée, il il prêche le juste milieu (« Il n’est pas prophète, donc on prend de lui des choses et on en contredit d’autres ») et la sagesse (« Mieux vaut une mauvaise action dont émanera une prise de conscience et de la modestie qu’une bonne action dont émanera de l’orgueil. Le prophète lui-même l’a dit dans un haddith. Et c’est ça l’esprit de Qaradawi et ce que je veux retenir de lui »), conseillant de « surtout éviter d’être manichéen ».
Mohamed Bajrafil prétend condamner l’antisémitisme : « Celui qui s’oppose fermement à l’importation en France du conflit israélo-palestinien de quelque bord que ce soit, rappelle également que l’antisémitisme est une hérésie. » Mais s’oppose-t-il à cette importation ?
Au sujet de l’antisémitisme de Qaradawi, il déclare en 2012 : « C’est mal connaître Qaradawi que de dire qu’il est contre les juifs et les chrétiens. Par contre, il a des positions claires sur l’occupation des Territoires palestiniens. (…) Plus de 99% des habitants de la planète trouvent la situation palestinienne inacceptable. »
Un an plus tôt, tandis qu’il s’exprime sur la démocratie, il déclare qu’elle « est bonne quand elle opprime les Palestiniens, mais quand ces derniers veulent jouir de la démocratie on leur dit Non » et précise au sujet d’Israël et du Droit international que « des personnes nous donnent des leçons, mais elles n’existent plus dès lors qu’elles sont applicables par un groupe de personnes bien précis ».
Par ailleurs, les mots clés (tags) sur son compte Dailymotion sont les suivants : « Gaza, droit international, politique, colonisation, indigène, Gandhi, Occident … ».
Enfin, il a participé à la Fondation Kawakibi avec d’autres Frères musulmans, mais l’a quittée après qu’elle a reçu des accusations en sionisme, insulte et soupçon suprêmes.
Que doit-on en déduire ?
L’imam d’Ivry défend et promeut des prédicateurs radicaux violemment antisémites.dnan Ibrahim est imam à la mosquée Shura de Vienne (Autriche). Il tente de se bâtir une réputation de personnalité progressiste, alors qu’il est le disciple de Saïd Ramadan al Boutih, l’un des plus violents Frères musulmans syriens prônant le djihad et la haine d’Israël. Adnan Ibrahim est accusé par Al Hayat TV d’avoir, le 16 septembre 2012, qualifié les Juifs de « nains bâtards » ayant empoisonné le prophète de l’islam et provoqué finalement sa mort des années plus tard, enjoignant à « venger Muhammad ». Dans ce prêche, Adnan Ibrahim maudit les Juifs qui « ne savent que faire vile infamie, meurtre, assassinat et trahison ». (Voir ici et ICI)
Mohamed Bajrafil s’étonne de l’indignation suscitée par ces propos : « Pourquoi se fait-il attaquer autant ? Ce qu’il dit, c’est pas lui qui l’invente. »
Comment, dès lors, interpréter son affirmation selon laquelle « il n’y a pas de verset poussant à tuer dans le Coran » ?
Mohamed Bajrafil fait la promotion, sur son compte Dailymotion, du blog de Tariq Ramadan et de celui de Zakir Naik, un télé-prédicateur conspirationniste et suprémaciste interdit de séjour au Royaume-Uni et au Canada depuis 2010, qui préconise la peine de mort pour les apostats, les musulmans qui renient leur foi et les homosexuels. Il a été accusé par des terroristes notamment de l’attentat de Dakha de les avoir radicalisés, bien qu’il condamne publiquement avec la plus grande fermeté l’État islamique, qu’il juge anti-islamique, et bien qu’aucune preuve n’ait pu être retenue contre lui. Pour lui, seul l’islam peut apporter la paix dans le monde.
Est-ce parce qu’il a « lu Ibn Salah avec lui » qu’il ne renie pas son maître Safwat Hegazy, figure majeure des Frères musulmans d’Égypte, mais que, bien au contraire, il s’en réclame ? Celui-ci fut nommé en 2012 candidat à la présidence de la Jamaa Islamiya, une branche dissidente et armée de la puissante Confrérie, créée en 1970, dont l’ancien président, Omar Abdelramane, est soupçonné d’avoir participé à l’attentat de 1993 contre le World Trade Center. La Jamaa El-Islamiya est également tenue responsable de l’attentat de Louxor en novembre 1997. Considérée comme une organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne, la Jamaa El-Islamiya a affirmé renoncer à la terreur en 2003 et s’est convertie à la politique en créant en 2011 le Parti de la Construction et du Développement qui prône l’établissement de la charia.
Quant à Safwat Hegazy, il a été arrêté près de la frontière libyenne par les autorités égyptiennes pour avoir incité à la violence au Caire en 2013. Il tentait de fuir le pays, déguisé en femme sous un niqab.
Comment, dès lors, interpréter son affirmation selon laquelle « en islam, même en temps de guerre, tu n’as pas le droit de tuer quelqu’un sans l’avertir » ?
« Je ne suis pas frériste », assure-t-il. « Je suis universitaire, je n’ai pas une pensée post-it. Il y a des gens parmi les Frères musulmans qui ont des convictions qui ne sont pas différentes de celles que moi je partage. Mais il y en a d’autres, qui ont été exclus, qui ont des positions pas très loin de celles de Daech. »
Invité jeudi 15 septembre 2016 sur France 2, Mohamed Bajrafil a repris le discours prononcé la veille par Amar Lasfar sur Europe 1, selon lequel les terroristes ne fréquentent pas les mosquées. Un discours type des Frères musulmans en France et dans le monde.
Pas frériste, mais favorable à Tariq Ramadan et Nabil Ennasri, qu’il cite comme s’ils étaient des (et comme s’ils étaient les seuls) représentants légitimes des Français musulmans en raison de leur connaissance de la culture occidentale et, surtout, comme s’ils étaient des représentants potentiels que les médias refuseraient d’entendre. Il ironise sur le frérisme : « On nous dit, c’est la franc-maçonnerie ! » Car ces Frères musulmans sont, selon Mohamed Bajrafil, bien plus légitimes que l’imam Chalghoumi, leur bête noire. Ce pourquoi l’imam d’Ivry clame à qui veut l’entendre que l’imam de Drancy n’est pas imam et qu’il n’a pas de mosquée.
Pas frériste, mais présent au congrès de l’UOIF en 2014, en compagnie de Abdallah Benmansour , Tariq Ramadan, Hani Ramadan, Amar Lasfar, Ahmed Jaballah, Nabil Ennasri… Cette même année, il invite dans sa mosquée Nabil Ennasri, Abdallah Benmansour et Mohamed Ashaini.
Mohamed Bajrafil se rendra de nouveau au Bourget en 2015 et en 2016. En 2015, il est aussi présent à la Foire musulmane de Bruxelles, où se trouve également l’Égyptien Omar Abdelkafi, Frère musulman violemment antisémite délivrant par ailleurs des prêches violents contre les femmes non voilées. On retrouve Mohamed Bajrafil en compagnie de Moncef Zenati et Hassan Iquioussen (et Tareq Oubrou) à la première Rencontre annuelle des musulmans de Rouen.
Pas frériste, mais ne dédaignant pas disserter au côté d’Hassan Iquioussen, il défend le « prêcheur des cités » des « dénigrements » dont celui-ci serait victime. Membre de l’UOIF, Iquioussen affiche un antisémitisme et un négationnisme décomplexé. Selon lui, « les sionistes ont été de connivence avec Hitler » car « il fallait pousser les Juifs d’Allemagne, de France à quitter l’Europe pour la Palestine. Pour les obliger, il fallait leur faire du mal ». Il estime que Hamas, la branche palestinienne des Frères musulmans responsable de nombreux attentats et de vagues de terreur dans Gaza même, « fait du bon boulot ».
Pas frériste, mais partie prenante du Conseil théologique des musulmans de France (CFTM), dont l’UOIF a annoncé la création le 5 mai 2015 dans un communiqué de presse. Le CFTM rassemble une cinquantaine de théologiens, imams et prédicateurs gravitant dans la mouvance des Frères musulmans. Le Bureau exécutif se compose de neuf membres, dont Mohamed Bajrafil et quatre professeurs de l’IESH, inclus Ahmed Jaballah. Le CFTM s’inscrit selon celui-ci « dans une vision de modération » et a pour but demettre des avis juridiques (fatawas) sans les imposer sur la citoyenneté, l’enseignement, le ramadan…
Pas frériste, mais ardent défenseur du concept d’islamophobie et du CCIF , dont il loue les mérites et pour lequel il appelle aux dons le 20 janvier 2015, quelques jours seulement après les attentats de Charlie et de l’HyperCasher.
Havre de Savoir est un site internet qui relaie la prose des Frères musulmans en français. Dans sa présentation, Havre du Savoir explique :
« Havre de Savoir est une association qui a pour but de présenter l’Islam à travers une compréhension saine et authentique. Elle se donne pour objectif également de promouvoir ses valeurs éthiques et morales. »
De nombreuses organisations de la mouvance des Frères musulmans prétendent représenter la voie officielle et « authentique » de l’islam, alors qu’il s’agit en réalité de délivrer un message politique. Moncef Zenati, membre du bureau de l’UOIF et chargé de « l’enseignement et de la présentation de l’Islam » est l’auteur de la plupart des textes et vidéos du site. Les autres principaux intervenants sont Hassan Iquioussen ou Hani Ramadan. Un Club de lecture de l’organisation est organisé au Havre. Y ont été invités Christophe Oberlin, Nabil Ennasri ou encore Médine pour son livre avec Pascal Boniface.
L’organisation se félicite de la « réussite » des islamistes turcs et n’hésite pas à déclarer que la Turquie est le seul pays « où l’islam et la démocratie ont réussi là où aucun pays musulman n’a réussi ».
Par le biais de Havre de Savoir, de jeunes français apprendront à se méfier des Chiites, Zaydites, Alaouites et Yazidis, à « comprendre pourquoi ils ne sont pas conformes à la voie du Prophète ». En d’autres termes pourquoi ils sont l’ennemi. Rappelons qu’en Syrie, sous la loi de l’Etat islamique, les Yazidis sont réduits en esclavage et exterminés.
• Hussem AYLOUCH, président du CAIR de Los Angeles pour expliquer comment résister au « discours médiatique véhiculé après des événements comme le 11 septembre ou Charlie hebdo« .
Hassan Al Banna est régulièrement cité comme un guide incontournable, comme on peut le voir sur cette capture d’écran. L’organisation se réclame non seulement du fondateur des Frères musulmans mais aussi de Sayyid Qutb qui jusqu’à peu était renié par la Confrérie qui avait du mal à présenter sous un jour positif son apologie de la violence.
En juillet 2015, l’organisation illustre son profil Facebook avec une symbolique de la Rabaa.
108 000 personnes suivent le profil Facebook de Havre du Savoir. 108 000 personnes qui ont pu lire qu’il fallait se méfier des médias et des politiques français. Moncef Zenati a en effet déclaré lors de la condamnation à mort de Mohamed Morsi :
« Pas un mot dans le journal de 20h de France2. La France pays qui a vu naître les droits de l’homme, le pays défenseur de la démocratie n’est même pas capable de dénoncer une telle injustice. La France des valeurs républicaines est en train de tourner le dos à ses valeurs. Quand je pense que Manuel Valls ne s’est pas empêché de rappeler aux musulmans de France sa phobie des Frères Musulmans qu’il qualifie de mouvement inquiétant. Les opprimés sont inquiétants, alors que leur bourreau est accueilli à l’Elysée avec les honneurs. écœurant!!! »
Ce que Moncef Zenati oublie de dire c’est que :
• comme de nombreux autres leaders des Frères musulmans, il a été invité par le gouvernement de Manuel Valls à parler de l’Islam de France.
• plusieurs intellectuels, journalistes et militants ont déclaré leur opposition à la peine de mort pour des raisons politiques. Y compris parmi nos éditorialistes, qui ne sont pourtant pas connus pour être tendres avec la Confrérie.
Mais le dire impliquerait d’éviter de radicaliser les lecteurs de Havre du savoir, de leur donner le sens de la nuance, ce qui n’est visiblement pas le but de l’organisation.
Havre du savoir jouit d’une très bonne réputation en France. Le rappeur Médine n’a pas hésité à déclarer lutter contre l’islamophobie, au sein de l’association Havre De Savoir.
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Voici le programme des rencontres de l’UOIF telles que diffusées par le site de la RAMF en avril 2008.
Jeudi 8 mai 2008 : 16H35 Lecture du Saint Coran – Cheikh Abdellah BASFAR 16H40 Mot de la Directrice de la 25e RAMF – Mme Latifa Aït Taleb 17H00 Exposé introductif du thème de la Rencontre – Hassan SAFOUI (Responsable des programmes) 17H20 L’échange entre générations : mémoire, enrichissement et considération mutuelle – Hassan IQUIOUSSEN 18H00 Pause, prière de l’Asr 18H30 Pour une ambiance coranique dans nos foyers* – Cheikh Abdellah BASFAR 19H15 Le prophète Mohammed, mari, père et grand-père* – Cheikh Omar Abdelkafy 20H00 Soirée artistique – Partie 1 21H15 Pause, Prière Maghreb 21H45 Soirée artistique – Partie 2 23H00 Prière de l’Ichaa et Quiyame (salle de prières)
Vendredi 9 mai 2008 :
10H00 Lecture du Saint Coran 10H10 Se développer intérieurement pour réussir sa vie familiale – Mme Noria ADDOU (lsf) 10H55 Prises de parole 11H10 Le « mariage musulman » en France : lecture théologique et canonique – Cheikh Larabi BECHERI 11H50 Prises de parole 12H10 Les facteurs de la réussite conjugale * – Cheikh Yasser AL MESADDI 12H45 Faire vivre la foi aux jeunes générations : une oeuvre méritoire … – Cheikh Ratib NABULSI 13H30 Pause et Prière du Vendredi 15H00 Lecture du Saint Coran 15H15 Famille et école : pour une dynamique de complémentarité – Mohcen NGAZOU 16H00 Prises de parole (JMF, EMF) 16H15 Se former et échanger pour réussir l’éducation de ses enfants… – Docteur Mamoum MOBAYED 16H50 Prises de parole 17H05 La famille musulmane : des fondements à bâtir et des risques à prévenir…* – Cheikh Mohammed BEN MOUSSA ASHARIF 18H00 Pause et prière de l’Asr 18H05 Le rôle de la famille dans la promotion des relations sociales – Abou Jarra SOLTANI 18H35 Table ronde : questions, réponses, Dar Al Fatwa – Cheikh Abdellah Ben BIYA, Cheikh Ounis GUERGAH, Cheikh Larabi BECHERI, Cheikh Ahmed JABALLAH 19H30 Intervention Abdellah MOTLAK, membre du centre internation (juste milieu)
Samedi 10 mai 2008 : 10H00 Lecture du Saint Coran 10H10 La transmission des valeurs au sein de la famille – Cheikh Tareq OUBROU (lsf) 11H00 Prises de parole 11H15 Ecoles et lycées privés musulmans : état des lieu, et projets 12H05 Etat des lieux des libertés religieuses en France – Comité 15 mars et libertés 12H35 Table ronde : quelle famille pour demain ? 13H20 Pause et prière de Dhor 15H00 Lecture du Saint Coran 15H10 Les enfants, les adolescents et l’impact des écrans « télé, jeux vidéo et internet » – Docteur Serge TISSERON 15H55 A cœur ouvert … – Abdellah BENMANSOUR (lsf) 16H45 Quel avenir pour la représentation de l’Islam en France ? Fouad ALAOUI 17H20 Les devoirs du musulman * – Cheikh Abdallah BEN BIYA 18H00 Pause et prière de l’Asr 18H30 25 ans de Rencontres des Musulmans de France : Hommage, témoignages, perspectives 19H25 La famille : de l’idéal à la réalité ; des étapes, des exigences, un jihad – Tariq RAMADAN 20H20 Soirée artistique – Partie 1 21H15 Pause, Prière Maghrib 21H45 Soirée artistique – Partie 2 23H00 Prière de l’Ichaa, suivie des prières du Quiyame (salle de prières)
Dimanche 11 mai 2008 : 10H00 Lecture du Saint Coran 10H10 Les fondements de la stabilité familiale – Cheikh Ahmed JABALLAH (lsf) 10H55 Prises de parole 11H10 L’enfant : un projet spirituel de la famille – Yacob MAHI (lsf) 12H00 Prises de parole 12H15 La famille musulmane stable : une richesse pour les sociétés européennes – Chakib BEN MAKHLOUF 13H00 Chants 13H20 Pause 15H00 Lecture du Saint Coran 15H10 Le modèle universel de la famille en Islam – Hani RAMADAN (lsf)