MARTINE BRUNSCHWIG GRAF OPPOSÉE À L’INTERDICTION DE LA BURQA EN SUISSE

Martine Brunschwig Graf opposée à l’interdiction de la Burqa en Suisse

30.08.2016La rédaction

Martine Brunschwig Graf, ancienne rédactrice auprès de l’Association suisse des employés de banque est membre du Parti Libéral-radical qui prône une économie libérale et une politique sociale libérale. Depuis 2012,  elle préside la Commission fédérale contre le racisme. Elle se dit « féministe, tendance Elisabeth Badinter ». En 2002, alors conseillère d’Etat et responsable du Département de l’instruction publique, Martine Brunschwig Graf avait pris la décision d’éloigner Hani Ramadan de l’école publique suite à se tribune du Monde, «la Charia incomprise», ou il justifiait la lapidation.

Dans un entretien à la Tribune de Genève, Martine Brunschwig Graf, déclare être opposée à l’interdiction de la Burqa, du Niqab et du Burkini. Selon elle, « derrière la burqa ou le burkini, la discussion porte sur l’islam avec une confusion, qui doit être combattue, entre religion et terrorisme. Il suffit de regarder les discussions sur les réseaux sociaux pour voir que les discours se libèrent. Cela ouvre la porte à l’expression de toutes les craintes. Certains vont jusqu’à dire que porter le niqab revient à cautionner le terrorisme.« 

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NewsRevue de presse

RASSEMBLEMENT ISLAMIQUE DU SÉNÉGAL

Rassemblement Islamique du Sénégal

20.08.2016Carla Parisi

Le Rassemblement Islamique du Sénégal (RIS-Alwahda) a été fondé en 2009 dans le but de regrouper et d’unir les différentes organisations islamiques sénégalaises. Le RIS est actuellement presque entièrement aux mains des Frères musulmans. Son site internet regorge de liens vers la  Jamatou Ibadou Rahmane (JIR) qui a pour but d’ « instaurer une société véritablement islamique au Sénégal » et l’AEEMS (Association des Elèves et Etudiants Musulmans du Sénégal) qui s’oppose à la laïcité, et participe à une « ré-islamisation » de la société, selon le mode des Frères musulmans. Le Rassemblement Islamique du Sénégal ne cache pas ses domaines d’intervention :

  • « Social, en renforcement des liens de fraternité et de solidarité islamique
  • Economique, par la promotion d’une alternative économique islamique crédible et la contribution à éradication de la pauvreté ;
  • Politique, par l’effort d’exercice d’une influence sur les processus de décisions publiques, pour une prise en compte des préoccupations des musulmans ;
  • Culturel, par la proposition d’une alternative culturelle islamique ; de la communication, par une visibilité des actions du mouvement islamique et en informant juste ; de la prédication et de l’orientation, par une compréhension juste et une pratique saine de l’Islam ; de l’éducation, par l’érection d’institutions éducatives et d’enseignement préscolaire, scolaire, moyen et supérieur ».

Le RIS entend également : « guidé par le Coran et la Sunnah, prôner l’authenticité du Message et son adaptabilité, au-delà du temps et de l’espace, sans risque de trahir les principes directeurs, ainsi que l’Ijtihad et le Djihad à la fois méthode, esprit et action, la globalité et l’universalité de l’Islam ». Ce qui peut être entendu comme une condamnation des pratiques animistes des musulmans sénégalais.

En pratique le RIS organise des conférences sur des sujets de sociétés, met en place des camp de vacances islamiques pour les enfants, donne des cours coraniques aux élèves, et produit des vidéos islamiques en ligne ; en diffusant l’idéologie des Frères musulmans. Lors des conférences, femmes et hommes sont séparés. Sur sa page Facebook, le RIS relaie de nombreux posts en faveur de Tariq Ramadan, ou d’Hassan Al Tourabi.

RIS Ramadan

Le RIS participe également au défilé commémorant l’indépendance du Sénégal, véritable jour de fête, en faisant défiler sa branche féminine, voilée, de façon militaire.

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En août 2013, le RIS manifeste à Dakar pour défendre Mohamed Morsi et les Frères égyptiens, qu’ils appellent « les militants de la cause juste ». Le RIS déclare que « le Peuple sénégalais épris de justice et de paix civile joint sa voix à celle des esprits libres en considérant ce qui s’est passé en Egypte le 03 juillet 2013 comme un coup detat pur ». Il demande également au président Macky Sall de convoquer l’Ambassadeur d’Egypte pour « lui signifier son opposition au coup detat et à la violation des droits de l’homme et du peuple en Egypte ». La JIR a de nombreuses fois appelé au boycott d’Israël, à la « rupture des relations avec le régime sioniste », en « soutien avec Gaza ». En 2014, le RIS manifeste à nouveau à Dakar, avec parmi les slogans : « Vive la Palestine, à bas Israël ».

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En 2015, le gouvernement sénégalais à pour projet d’interdire le port du voile intégral sur son territoire. Le RIS mène la fronde contre le projet de loi, face au gouvernement qui considère que l’Islam sénégalais n’est pas compatible avec cette pratique wahhabite sexiste. Le RIS lui répond qu’il « considère l’évocation exclusive d’un « particularisme islamique sénégalais » comme une source d’amalgames qui menace la cohabitation pacifique de toutes les tendances doctrinales au Sénégal ». Il accuse également le gouvernement de « dogmatisme conduit à la dictature, au chaos », en qualifiant le voile intégral de « pratique traditionnelle », et en assimilant islam et voile intégral : « l’islam peut, en effet, être un puissant médium pour la paix et la stabilité. Mais il est surtout une référence pour notre libération, notre développement, notre épanouissement à la fois spirituel, social et économique ». La loi contre le voile intégrale est finalement adoptée fin 2015.

En janvier 2016, le RIS organise une table ronde sur les Valeurs Sénégalaises face à la Menace de l’Homosexualité, en association avec d’autres mouvements islamistes, pour former le Collectif Non à l’Homosexualité. Le communiqué de presse est édifiant :

« Constatant les scandales liés au phénomène de l’homosexualité, dans ses multiples formes qui se résument dans l’acronyme LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres), se développent de manière inquiétante au Sénégal, le pool des associations membres du COLLECTIF NON A L’HOMOSEXUALITE a décidé d’engager un combat énergique afin deradiquer ce mal rampant dans notre pays. Dans une conférence publique tenue au Lycée Cheikhou Oumar Foutiyyou de Saint-Louis, M. Aboubacry Mbodj, le Secrétaire général de la RADDHO déclarait : « Le Sénégal compte au total 9 associations d’homosexuels reconnues. Parmi elles, 4 évoluent à Dakar et les 5 restantes sont basées à voir ce nombre augmenter. Ce, au regard de l’ampleur prise par cette pratique »…
En octobre 2012, un certain Djamil Bangoura, se disant leader d’Association d’homosexuels, déclarait péremptoirement que : « Nous allons nous battre pour la légalisation de l’homosexualité au Sénégal », n’hésitant pas à publier sa photo à la une des journaux.
Récemment à Kaolack, au moment où des fidèles musulmans célébraient la naissance du Prophète Muhammad, paix et salut sur lui, 11 présumés homosexuels ont été appréhendés entrain de célébrer, à leur manière, des mariages gays ! Traduits devant le Procureur de la ville sainte de Cheikh ibrahima Niass, celui-ci les libéra à la stupéfaction générale des populations de Kaolack et des Sénégalais « faute de preuves suffisantes » !
Plus grave, le Ministre Sénégalais de la Justice, Me Sidiki Kaba, affirmait à l’occasion de l’inauguration du « Quartier des détenus mineurs » à la Maison d’Arrêt de Thiès : « Aux yeux de la loi au Sénégal, il n’y a pas d’homosexuels. Nous avons une législation qui condamne ceux qui pratiquent des actes contre nature dans un lieu public, c’est-a-dire ce qui est attentatoire à la pudeur. C’est ce qu’il faut surtout retenir », avant de s’empresser de préciser : « toute personne, quelle qu’elle soit, a des droits »…
Des porteurs de projets aux antipodes de nos valeurs veulent manifestement nous imposer ces pratiques contre nature qui heurtent la conscience de l’écrasante majorité des Sénégalaises et des Sénégalais et qui visent à saper les valeurs fondatrices de notre société. Considérant qu’il n’y a pas pire terrorisme morale et sociétal que l‘homosexualité, nous, les Associations, Personnalités et Structures signataires :
1- Interpellons le chef de l’Etat sur sa responsabilité de préserver nos valeurs culturelles, religieuses et morales, base de la paix et de la cohésion nationale ;
2- Exigeons du Ministre de l’intérieur, M. Abdoulaye Daouda Diallo, au cas où les déclarations de M. Mbodji s’avèrent exactes, de dissoudre, dans les meilleurs délais toutes les Associations homosexuelles ;
3- Demandons la démission immédiate de M. Sidiki Kaba de son poste de Ministre de la justice du Sénégal, à cause de sa propension manifeste à défendre les homosexuels ;
4- Exigeons de nos députés à l’assemblée nationale de réviser les lois portants sur les actes contre nature en interdisant nommément : l’homosexualité, le lesbianisme, la bisexualité et le transgenre, afin de maitre fin à toute interprétation perverse de la loi en question ;
5- Avons décidé de porter plainte contre les 11 présumés homosexuels de Kaolack pour les délits d’attentat à la pudeur, atteinte aux bonnes mœurs et à la conscience des croyants que nous sommes, toutes obédiences confondues et pour avoir traumatisé et porté atteinte à l’innocence des enfants de cette école à qui les juridictions nationales et internationales accordent une protection sociale en raison de leur manque de maturité physique et intellectuel ».

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Le RIS diffuse une morale rigoriste et anti-choix, il appelle également à lutter « contre les maladies endémiques et les fléaux qui assaillent la jeunesse sénégalaise comme la drogue, l’usage du tabac et de l’alcool ».

Suite à la tentative de coup d’état en Turquie, le RIS soutient ardemment Recep Tayyip Erdogan. Il le félicite de faire primer un élan islamique qui permet d’ « islamiser » la société, en opposition à d’autres visions nationalistes ou régionalistes. Le RIS fustige l’Occident qui en fait « l’homme à abattre », et l’accuse de « complot international », aux manettes derrière le coup d’état. Le RIS se félicite : « l’échec de cette opération diabolique est un miracle divin et salvateur », car selon l’organisme, une réussite aurait fait émergé « dizaines de millions de personnes s’autoproclamant DAESH ».

En conclusion, les libertés individuelles, la liberté d’expression, la liberté de presse attendront : « la Turquie est en ce moment le poumon par lequel la Oummah respire. Elle est le refuge des exilés et l’espoir de tout ceux qui sont épris d’un islam modéré et rayonnant. Bref, les raisons qui poussent l’Occident à s’opposer à Erdogan et à son régime sont les mêmes qui poussent les musulmans à le soutenir. Qu’Allah protège et « islamise » la Turquie ».

Carla Parisi 

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TARIQ RAMADAN AU SÉNÉGAL

Tariq Ramadan au Sénégal

16.08.2016Carla Parisi

Tariq Ramadan est intervenu au Colloque International des Musulmans de l’Espace Francophone (CIMF) du Sénégal en 2013. Comme il le fait régulièrement depuis les années 90.

Voici une partie du discours de Tariq Ramadan au CIMEF :

« Si je viens au CIMEF et si j’y participe, et continue à faire tous ces voyages et à venir ici, c’est pour entendre des voix divergentes, pour entendre des voix différentes pour que nous établissions notre unité non pas dans l’uniformité mais dans l’esprit critique.

Et j’aimerais dire une chose, c’est que quand on voit ce qui est en train de se passer dans le monde majoritairement musulman, quand à l’heure où je vous parle, on voit ce qui est en train de se passer au Moyen-Orient, quand on voit ce qui se passe ici dans la région, et vous avez parlé du Mali, mais on peut parler de ce qui se passe à l’intérieur du Sénégal, on peut parler de ce qui se passe dans toute la sous région, comprendre aujourd’hui que nous ouvrons des espaces où on dialogue, où on est pour l’esprit critique, où on est pour le respect des opinions divergentes, c’est l’un des plus grands jihad de la pensée musulmane contemporaine. C’est en fait un jihad du dialogue, de la diversité et du respect mutuel. Pourquoi ? Parce que ce qui est en train de se passer sous nos yeux, c’est une formidable pression interne et externe pour nous pousser à la division, à la déstabilisation, et au conflit interne […]

Dire aujourd’hui que nous avons besoin d’un dialogue interne, c’est la plus grande résistance à ce que nous sommes en train de faire de nous-mêmes et dont nous sommes les premiers responsables. Les musulmanes et les musulmans sont les premiers responsables de leurs propres divisions, et de leur incapacité à s’écouter, à s’entendre et à dialoguer. Ce n’est pas l’Occident ; l’Occident n’est fort que de nos faiblesses. Il nous divise que parce que nous sommes divisables et il nous colonise que parce que nous sommes colonisables. »

Tariq Ramadan a souvent profité de ses voyages en Afrique et notamment au Sénégal pour y exprimer ses positions parmi les plus rétrogrades, notamment à propos des femmes comme la décrypté Caroline Fourest dans son livre Frère Tariq et que nous reprenons ici. Il a produit trois cassettes enregistrées lors de conférences au Sénégal dès 1998, intitulées « La femme musulmane. Réalités et espoir », « Islam et laïcité, compréhension et dialogue » ainsi que « le renouveau islamique ».

Dans ces cassettes, toujours disponibles, Tariq Ramadan affirme l’obligation islamiste de se voiler pour les femmes : « ce qui est demandé, c’est le port de ce qui couvre les cheveux et qui fait en sorte qu’on ne voit pas les apparences du corps », alors que le Coran ne parle que de se couvrir la poitrine.

Il enchaîne : « le voile est une obligation mais il ne peut faire l’objet d’une contrainte. C’est un acte de foi ».

Il dit respecter les femmes qui font le « cheminement » vers le voile, entendez le chemin tout tracé jusqu’au port définitif du voile. Son explication est toute trouvée : « s’il est demandé à la femme de porter le voile, c’est parce que le plus faible d’entre les deux, ce n’est pas la femme (…) c’est l’homme et que le regard de l’homme sur la femme est beaucoup plus fragile qu’en sens inverse, ce voile est une protection pour le plus faible d’entre les deux ».

Plutôt que de lutter contre le viol en éduquant les hommes, présentés comme incapables de retenir des pulsions sexuelles innées que n’auraient pas les femmes… Tariq Ramadan préfère voiler les femmes, par un tour de passe-passe qui vante une soi-disant force féminine pour les inviter à se montrer plus soumises.

Tariq Ramadan raille également le féminisme, occidental à ses yeux : « nous n’allons pas rentrer dans la logique qui s’est produite dans les pays européens où les femmes sont devenues féministes contre les hommes, et il y en a même qui ne voulaient plus saluer un homme parce que c’était l’ennemi, nous n’avons pas du tout cette logique ».

Personne ne saura de qui Tariq Ramadan veut bien parler, et son discours complètement mensonger pourrait faire rire si la manipulation façon « choc des civilisations » n’était pas si grave. Il décrit une société occidentale décadente : « quand nous voyons ce qui est en train de se passer dans le monde et vous en avez des exemples par télévision interposée, par la presse, où toute pudeur est oubliée… quand la pudeur est oubliée, c’est fais ce qu’il te plaît, et quand tu fais ce qu’il te plait, il n’y a ni valeur, ni limite, ni sens, il y a permissivité totale ».

Tariq Ramadan assure aussi la promotion du « féminisme islamique », en précisant : « cela ne veut surtout pas dire que pour une femme libérée, il faut forcément ressembler au modèle de libération de l’Occident (…) nous devons apporter un nouveau modèle de présence féminine, dans son être et non pas dans son apparence, dans son intelligence, et non pas dans sa séduction ». Il met en garde : « dans notre société, on voit se développer des discours féministes qui sont des discours empruntés à l’extérieur de notre référence, vous voyez des jeunes femmes qui sont extrêmement négligentes avec elles-mêmes dans leur foi et vis-a-vis de Dieu », et conclut : « Malheur à ceux qui tiennent un discours de libération et qui s’enferment dans l’oubli de Dieu ! ».

Tariq Ramadan, toujours devant son auditoire sénégalais, vante l’exemple du Pakistan, où « la mobilisation des femmes a dépassé la mobilisation des hommes (…) les responsables vous disent elles ont pris les choses en main, elles sont intelligemment formées, religieusement orientées ». Pour le prédicateur, une femme active est donc acceptable… si elle suit le cadre religieux qui lui est imposé. Il cite également l’exemple de son grand-père, fondateur des Frères musulmans : « je viens d’une famille où mon grand-père, chaque fois qu’il faisait une école pour les hommes, il en faisait une pour les femmes (…) ça l’obnubilait, vous ne faîtes pas une société islamique avec la moitié de la population ».

Au Sénégal, Tariq Ramadan utilise la même rhétorique que l’extrême-droite chrétienne à propos de la famille : « pas de libération de la femme au dépens de la famille ! ». Tariq Ramadan parle de lui-même comme d’un « résistant »  et  affirme « nous voulons propager l’expression de la famille dite traditionnelle », « ce qui nous intéresse, c’est un papa, une maman, et des enfants qui trouvent cet équilibre là ». Il martèle une conception patriarcale : « une des choses sur lesquelles nous tiendrons, même aujourd’hui dans nos sociétés contemporaines où tous les repères sont mis en cause, c’est qu’il y a dans l’Islam, effectivement, cette notion d’un homme responsable de son foyer sur le plan financier, responsable de son foyer sur le plan de l’orientation ».

Carla Parisi

PERCÉE DES FRÈRES MUSULMANS AU SÉNÉGAL

Percée des Frères musulmans au Sénégal

16.08.2016Carla Parisi

95% de musulmans, 4% de chrétiens forment une population qui pratique à 99% l’animisme. Le Sénégal est un pays unique au monde. En effet, l’Islam s’accommode avec les marabouts, les amulettes, ou encore les convocations d’esprit. Il s’agit d’un statut particulier, puisque pour les littéralistes, il n’existe normalement pas d’intermédiaire entre l’Homme et Allah. L’Islam, arrivé sur le territoire au IX ème siècle est structuré en confréries soufies plus ou moins en concurrence, dont la plus grande, la confrérie Mouride, a été fondée par Ahmadou Bamba au XX ème siècle. Il existe une multitude d’associations islamiques, parfois réformistes, dans chacune des confréries.

Fruit de la mondialisation et de l’influence financière de riches mécènes musulmans pour construire écoles et mosquées, un mouvement plus rigoriste prend de l’ampleur au Sénégal depuis le début des années 2000 : le mouvement Ibadou Rahmane (Association des Serviteurs de Dieu). Il rejette l’organisation en confréries soufies et les pratiques animistes, et fort de la jeunesse de ses membres, propose un Islam plus ostentatoire avec notamment le port du voile islamique pour les femmes. Les Ibadou Rahmane désignent le plus souvent les Frères musulmans sénégalais, bien qu’il existe aussi des fondamentalistes apolitiques de tendance wahhabite, parfois regroupés avec les Frères musulmans sous cette appellation. Nous désignons dans cet article uniquement les Frères musulmans. Les étudiants Ibadou Rahmane sont essentiellement regroupés dans l’Association des Étudiants Musulmans de Dakar (AEMUD), dont le nom rappelle son équivalent français Etudiant Musulman de France, association frériste étudiante propulsée par l’UOIF et Tariq Ramadan pour investir les campus universitaires.

Les Ibadou Rahmane se présentent comme réformateurs, militent pour un retour aux textes fondateurs, tout en pratiquant un activisme politique dans les écoles, universités, ou centres sociaux. Créée en 1978 par des dissidents de l’Union Culturelle Musulmane, jugée trop soufie, la Jamatou Ibadou Rahmane (JIR) a pour but d’ « instaurer une société véritablement islamique au Sénégal », avec pour modèles les Frères musulmans égyptiens, le pakistanais Mawdudi, et l’algérien Ben Badis. Longtemps restée assez confidentielle, la JIR prend de l’essor dans les années 90 en soutenant des candidats islamistes, puis dans les années 2000 avec l’influence de sa branche jeunesse, l’AEMUD, qui détient les clés de la mosquée de l’université de Dakar. L’AEMUD revendique l’héritage radical des Frères Sayyid Qotb ou Hassan Turabi, tandis que leurs aînés de la JIR sont plus proches des thèses d’Hassan Al-Banna. L’Association des Elèves et Etudiants Musulmans du Sénégal (AEEMS) s’oppose elle aussi à la laïcité, et participe de façon conjointe et parallèle à une « ré-islamisation » de la société, selon le mode des Frères musulmans.

Le mouvement frèriste sénégalais a son propre candidat aux élections législatives de 2001 avec l’imam Mbaye Niang. Il dirige le parti MRDS (Mouvement de la Réforme pour le Développement Social), qui a pour objectifs déclarés «  la conquête du pouvoir par les urnes, pour participer au développement économique et socioculturel du Sénégal ; la généralisation de la justice sociale et de la solidarité nationale ; l’éducation civique et politique de ses membres ; la consolidation de l’unité africaine ». Bien que la Constitution du Sénégal interdise la formation de partis religieux ou ethnique, ce bras politique des Frères musulmans met l’accent sur « la crainte de Dieu en politique » et l’infiltration du tissu social. Bien que d’un faible poids électoral, Mbaye Niang a été brièvement conseiller du Président actuel Macky Sall, ainsi que Président du Réseau des Parlementaires Africains contre la Corruption au Parlement en 2013. L’imam donne des gages de démocratie au corps politique laïque sénégalais d’un coté, tout en vantant les mérites de la Charia et en militant pour l’application de la peine de mort.

Le Rassemblement Islamique du Sénégal (RIS-Alwahda) a été fondé en 2009 dans le but de regrouper et d’unir les différentes organisations islamiques sénégalaises. Le RIS est actuellement presque entièrement aux mains des Frères musulmans. Son site internet regorge de liens vers la JIR et l’AEEMS, et ne cache pas ses domaines d’intervention :

–      « Social, en renforcement des liens de fraternité et de solidarité islamique

–      Economique, par la promotion d’une alternative économique islamique crédible et la contribution à éradication de la pauvreté ;

–      Politique, par l’effort d’exercice d’une influence sur les processus de décisions publiques, pour une prise en compte des préoccupations des musulmans ;

–      Culturel, par la proposition d’une alternative culturelle islamique ; de la communication, par une visibilité des actions du mouvement islamique et en informant juste ; de la prédication et de l’orientation, par une compréhension juste et une pratique saine de l’Islam ; de l’éducation, par l’érection d’institutions éducatives et d’enseignement préscolaire, scolaire, moyen et supérieur ».

Le RIS entend également : « guidé par le Coran et la Sunnah, prôner l’authenticité du Message et son adaptabilité, au-delà du temps et de l’espace, sans risque de trahir les principes directeurs, ainsi que l’Ijtihad et le Djihad à la fois méthode, esprit et action, la globalité et l’universalité de l’Islam ». Ce qui peut être entendu comme une condamnation des pratiques animistes des musulmans sénégalais.

En août 2013, le RIS manifeste à Dakar pour défendre Mohamed Morsi et les Frères égyptiens, qu’ils appellent « les militants de la cause juste ». Le RIS déclare que « le Peuple sénégalais épris de justice et de paix civile joint sa voix à celle des esprits libres en considérant ce qui s’est passé en Egypte le 03 juillet 2013 comme un coup detat pur ». Il demande également au président Macky Sall de convoquer l’Ambassadeur d’Egypte pour « lui signifier son opposition au coup detat et à la violation des droits de l’homme et du peuple en Egypte ». La JIR a de nombreuses fois appelé au boycott d’Israël, à la « rupture des relations avec le régime sioniste », en « soutien avec Gaza ».

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La plus grande démonstration de force des Frères musulmans au Sénégal est très certainement la tenue du 7ème Colloque International des Musulmans de l’Espace Francophone (CIMEF) en 2013 à l’Université de Dakar. Regroupant les leaders du RIS, de la JIR, mais aussi quelques représentants de confréries soufies et des personnalités politiques, elle a reçu le soutien du Président Macky Sall qui y a envoyé sa représentante Penda Mbow. Tariq Ramadan, reçu en VIP, participait à la conférence « Ethique, Gouvernance et Paix : Quelles contributions de la pensée islamique ? ».

Dans un débat télévisé précédant la conférence, le Dr Bakary Sembe, enseignant-chercheur, accusait Tariq Ramadan « de vouloir faire de l’Afrique francophone sa nouvelle zone d’influence pour régler ses comptes avec l’Occident», et les Frères musulmans d’ « impérialisme » et de « paternalisme sous couvert de d’une œuvre d’islamisation considérant les africains comme d’éternels musulmans de seconde zone ». Bakary Sembe enfonça le clou : « alors qu’en France, il se vante d’être pleinement européen, en Afrique, il désigne l’Occident comme l’origine de tous les maux des musulmans ». Le face-a-face télévisé provoqua une polémique, et permis de faire tomber le masque de Tariq Ramadan. Bakary Sembe fut par la suite l’objet de campagne de diffamation, le présentant comme « anti-arabe » et « pro-israélien ».

A la fois membre de l’Organisation de la Coopération Islamique  et de l’Organisation Internationale de la Francophonie, le Sénégal est un pays clé pour les Frères musulmans, qu’ils considèrent à l’intersection entre l’Islam et l’Occident. Le terrain, fait de différentes confréries soufies, animistes, leur permet de proposer un Islam plus homogène et de premier abord assez investi dans le domaine social. L’opération-séduction n’empêche pas les militants frèristes de pratiquer une certaine pression sur les musulmans pratiquant des rituels animistes, et parfois de les écarter de certaines mosquées à cause de leur impiété. Après l’infiltration réussie du RIS, la mise en place d’un réseau d’associations étudiantes et sociales fréristes, les appels du pied au Président Macky Sall, ainsi que l’imam Nbaye Niang placé dans les plus hautes sphères politiques, il est à craindre que les Frères musulmans étendent leur influence au Sénégal – à moins que des chercheurs avisés tels que Bakary Sembe tirent suffisamment fort la sonnette d’alarme.

Carla Parisi

Ce article est également disponible en العربية.EnquêteNews

POKISLAMISTES GO

Pokislamistes Go

14.08.2016Mohamed Louizi

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En 2001, le frère musulman Youssef Al-Qaradawi avait interdit dans une fatwa en arabe, au nom de sa vision obscurantiste de l’islam, le dessin animé japonais « Pokémon » ainsi que toutes ses dérivées ludiques et commerciales (Lire l’article de la chaîne Al-Jazeera). Cette fatwa a resurgit à nouveau dans la presse arabe après le 6 juillet 2016, la date de sortie du jeu « Pokémon Go », rappelant que Youssef Al-Qaradawi s’est appuyé sur cinq considérations pour conclure que le « Pokémon » est un interdit islamique, un « haram » (حرام) en arabe !

Le cheikh égypto-qatari – « la référence » suprême et absolue de l’UOIF d’Amar Lasfar – juge ce dessin animé dangereux pour la foi musulmane (telle qu’il la conçoit), par « sa banalisation » de la théorie de l’évolution darwinienne, que rejettent catégoriquement les Frères musulmans. Pokémon représente, à en croire le cheikh, d’autres dangers intellectuels et comportementaux. Pis, ces « monstres de poche » de Satoshi Tajiri sont « responsables » de la « normalisation » avec certains « symboles très significatifs », comme « l’Étoile de David » qui renvoie au « sionisme et à la franc-maçonnerie » et qui est « l’emblème de l’État de viol, nommé Israël » disait-il expressément.

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Depuis, des familles musulmanes suivent à la lettre cette étrange fatwa et privent leurs enfants de ce dessin animé et de ses dérivées ludiques. Cependant, le comportement politique des Frères musulmans montre bel et bien que les vrais « monstres », cachés dans les différentes « poches » des différents états, au Mashreq, au Maghreb et en Occident, ce sont ces « Pokislamistes », ces Frères musulmans, prêts à opérer toutes les « mutations » opportunistes pour atteindre à terme le pouvoir suprême, le Tamkine.

En mai dernier, le parti islamiste Ennahdha, après avoir été écarté du gouvernement, avait dit vouloir séparer « la prédication islamique » de « l’action politique » pour espérer retrouver une nouvelle place sous le soleil de Tunis. Une tactique. Après cette « mutation » purement médiatique, relayée en France par le journal Le Monde, le viel islamiste Rashed Ghannouchi a été reçu, presque en chef d’état, par la cour parisienne, dans des institutions de la République, par des personnalités de gauche et de droite. En 2014, un site francophone avait titré, je cite : « Tunis : Tel un serpent, Ennahda fait sa mue sans changer ! »

Des années plutôt, après la démission du premier ministre islamiste turc Necmettin Erbakan (1926 – 2011), les Frères musulmans ottomans avaient fait croire, à la face du monde, qu’ils avaient opéré une « mutation » laïque. Le « Parti de la félicité » fut fermé. L’AKP fut. Depuis, Erdogan, en fidèle élève d’Erbakan, est passé par-là. Inutile de décrypter la nature de cette mutation. Le sultan islamiste s’en charge tous les jours et démontre, de par son autoritarisme théocratique, que « l’islamiste », au fond, est un « Pokémon » qui mute continuellement, au grès des profits, mais sans changer véritablement de nature.

En France, l’on ne serait pas loin d’un scénario similaire. L’UOIF est classée organisation terroriste par les Émirats Arabes Unis depuis novembre 2014. Deux ans plutôt, Youssef Al-Qaradawi fut invité au RAMN de l’UOIF avant l’interdiction de son séjour par le Ministère de l’Intérieur. L’UOIF a galvaudé son propre nom par ses imprudences assumées et ses liens plus que formels avec l’internationale islamiste, de l’axe Doha-Ankara. L’après « Charlie » et « l’Hyper Cacher » n’arrange rien. Du « 13 novembre » à l’assassinat du Père Hamel, en passant par l’attentat de Nice et de « bien » d’autres attentats, le nom de l’UOIF est souvent cité, non comme responsable direct de cette terreur, mais comme vecteur puissant de diffusion de l’islamisme et de ses idées obscurantistes et violentes. Certains appellent à la dissolution pure et simple de l’UOIF.

Ainsi, face à ce déficit en terme d’image, les VRP de la branche frériste française seraient, en les connaissant, tôt ou tard, tentés de changer de nom, de siège social, de façade, de taille de la barbe, et de mettre de jeunes mignons « Pokislamsites » 3G au-devant de la scène. Les « requins » eux, et les autres « idéologues » resteront toujours actifs sur ledit terrain de la « représentativité », mais dans l’ombre. Peut-être, très prochainement, l’UOIF ne s’appellerait plus l’UOIF. Un peu comme lorsque « Le Crédit Lyonnais » avait changé de nom en 2005, pour devenir « LCL », en espérant faire oublier les scandales « Tapie » et « Exécutive Life ». Ou comme lorsque l’UMP de Nicolas Sarkozy est devenue « Les Républicains » en raison d’autres scandales concernant la … sarkozie.

Mon fils de neuf ans m’explique que la nature de l’évolution d’un Pokémon dépend de son dresseur. Un Pokémon gentil peut évoluer en Pokémon méchant, si son dresseur est méchant. Un méchant peut devenir gentil si le dresseur est gentil. La vérité sort de la bouche des enfants, dit-on. Lorsque l’on connait la nature des dresseurs des « Pokislamistes » depuis toujours, toute mutation fort probable de l’UOIF, des Frères musulmans français, à l’image des « frères » turques, tunisiens, marocains et autres, sera un leurre. Les dresseurs barbus ne jouent pas.

Mohamed Louizi

Lien de la fatwa de Youssef Al-Qaradawi :
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http://www.aljazeera.net/…/القرضاوي-يصدر-فتوى-بتحريم-البوكي…News

BARIZA KHIARI

Bariza Khiari

05.08.2016La rédaction

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Bariza Khiari est considérée comme une figure importante de l’islam libéral. Elle même se définit comme « farouchement républicaine et laïque, et sereinement musulmane. »

• Avril 2005. Bariza Khiari est reçue, avec plusieurs personnalités  à l’Institut international de la pensée islamique aux Etats-Unis (IIIT). Think tank des Frères musulmans, créé sous les auspices de Youssef Al Qaradawi dont ils traduisent les textes, ils s’attellent à remettre sur le droit chemin les brebis égarées. Ce qu’ils feront quelques années plus tard pour Mohamed Morsi en Egypte et en Malaisie.

• 12 janvier 2011. Suite aux attentats islamistes contre des chrétiens à Bagdad et Alexandrie, Bariza Khiari signe l’appel de Repect Mag déclarant : »ces meurtriers ne sont pas l’islam, et qu’ils ne représentent en rien les musulmans ».

• 23 septembre 2011. Bariza Khiaria est présente à la remise du Prix « Richesse dans la Diversité » décerné par l’ambassade du Qatar.

• 14 novembre 2013. Inaugure le colloque « La République à l’épreuve de l’islam » à l’IRIS, think tank créé par Pascal Boniface.

• 11 décembre 2013. Bariza Khiari reçoit le prix Cojep 2013 de la personnalité politique. Cette organisation regroupant une partie de Turcs alsaciens est surtout connue pour son soutien sans faille de l’AKP et de Recep Erdogan. L’organisation, n’hésite pas à protester  lorsque certains politiques d’origine turque s’avisent de soutenir les manifestants de Taksim. Dans un communiqué du 5 juin 2013, on peut lire : « Cette attitude froisse en outre, la majorité des associations turques de la ville, favorables en très grande majorité au parti de l’AKP et de Recep Erdogan, et qui correspond à une part non négligeable de l’électorat strasbourgeois » La Cojep lutte aussi contre la vilénie de la gauche française au sujet des arméniens : « le PS semble vouloir rester sous l’emprise du discours de la diaspora arménienne de notre pays« .

• 15 février 2015. Maghreb Confidentiel révéle que Bariza Khiari était présente à l’anniversaire de Sihem Souid.

• 1er septembre 2015. Bariza Khiari  défend l’usage du terme « islamophobie » dans les colonnes de Salam News. Elle y voit un synonyme de racisme et de discrimination mais n’évoque à aucun moment l’autre aspect du terme. Son utilisation dans des campagnes violentes visant à éliminer les personnes critiquant l’islamisme.

• 3 février 2016. Intervention lors de la Mission d’information sur la place l’organisation et le financement de l’Islam en France. Bariza Khiari y développe son concept de « analphabètes bilingues ».

• 15 avril 2016. Le journal Marianne liste Bariza Khiari comme une des personnalités des réseaux Macron.

• Avril 2016.  Bariza Khiari  est élue nouvelle présidente de l’Institut des cultures d’islam (ICI). Parmi les premiers invités, figurent les rédacteurs de Téléramadan. Une revue présentée par Bariza Khiari comme magnifique, émouvante et drôle. Pourtant Mehdi Meklat, un des responsables de la revue avait regretté quelques semaines plus tôt qu’on ait pas cassé les genoux d’Alain Finkielkraut à Nuit debout. Autre intervenant de la revue : Medine. L’homme qui voulait « crucifier les laïcards » promoteur de l’association frériste Havre du Savoir qui justifie la discrimination (et même un peu plus) des chiites et des yézidis.

• 31 juillet 2016. Bariza Khiari était une des signataires du texte : « Nous, Français et musulmans, sommes prêts à assumer nos responsabilités » . Le texte commençait par une liste des victimes des attentats depuis janvier 2015 en oubliant les victimes juives de l’Hypercasher. Suite à la polémique Bariza Khiari a déclaré : « Nous, Français et musulmans tenons à dire avec la plus grande clarté que nous ne faisons aucune différence entre les victimes du terrorisme aveugle qui frappe notre nation depuis de nombreux mois.« . En 2012, elle avait clairement invité « les musulmans de France à marquer clairement leur refus de l’antisémitisme, du racisme et des discriminations sous toutes leurs formes« .

• 3 août 2016. Nathalie Goulet, sénatrice lance une campagne pour que Bariza Khiari soit la présidente de la Fondation pour les Oeuvres de l’Islam. Pascal Boniface fait lui aussi un tweet en sa faveur.

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LE CONSEIL CENTRAL ISLAMIQUE SUISSE DANS LA TOURMENTE

Le Conseil Central Islamique Suisse dans la tourmente

05.08.2016La rédaction

Selon la Tribune de Genève, la police suisse a découvert chez Abdullah C, jeune converti à l’islam de 31 ans résidant à Arlesheim, plusieurs produits chimiques destinés à la fabrication de bombes. Abdullah C., a participé à la création du Conseil Central Islamique Suisse (CCIS), où il a été responsable de l’information jusqu’en 2010. Il est toujours membre du CCIS, et est décrit comme un proche du sulfureux président du CCIS, Nicolas Blancho. Il affirme que phosphore rouge retrouvé à son domicile était destiné à des « expérimentations scientifiques », et que sa « sympathie envers l’EI diminue de plus en plus». Face à la polémique, le CCIS dit «suspendre ses activités de membre actif et passif », tout en l’invitant à la prochaine assemblée générale pour « s’expliquer ». Abdullah C. avait affirmé en novembre 2015 que « la France l’avait bien mérité ».

Le CCIS est déjà sous le coup de poursuites par le Ministère Public de la Confédération suisse pour des vidéos de son communicant Naim Cherni, qui mettent en scène un leader de l’organisation terroriste Jaysh al-Fath, ou encore des responsables d’Ahrar al-Sham en 2013, toutes deux proches de Jabhat al-Nosra (Front Al Nosra) et d’Al Qaïda. Le responsable des relations publiques du CCIS, Qaasim Illi, a été condamné en 2005 pour détention d’images pornographiques, violation de la loi sur les armes et discrimination « raciale » envers les Juifs. En 2015, il rend hommage à Majd N, un dihadiste ayant rejoint les Shebab en Somalie.

Très actif sur les réseaux sociaux, les responsables du CCIS pratiquent également un fervent prosélytisme avec des stands sur la voie publique. Invité sur des chaînes TV comme Al Jazeera, ou dans des conférences enregistrées sur son site internet izrs.ch, le président Nicolas Blancho se prononce souvent sur le thème controversé de l’ « islamophobie ».

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D’obédience neo-salafiste, le CCIS invite régulièrement des orateurs proches de Frères musulmans comme Hani Ramadan, directeur du Centre Islamique de Genève, qui participe à la Conférence Annuelle de 2013, et qui invite les musulmans à se rendre à cet événement dans une vidéo. Ali Al-Qaradaghi, membre de l’International Union of Muslim Scholars du guide frériste Youssef Qaradawi, était également orateur lors de cette conférence.

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En 2014, le CCIS est présent aux manifestations de Bern et de Zurich en soutien aux Frères musulmans égyptiens et à Mohamed Morsi. Nicolas Blancho est présent à la tribune, où il s’adresse en soutien à ses « frères égyptiens » aux cotés des symboles de la Rabia, et des portraits du maréchal al-Sissi piétinés.

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La secrétaire générale du CCIS, Ferah Ulucay, était présente à la tribune du World Hijab Day de Francfort en 2015, où elle appelle toutes les musulmanes à se voiler. Elle a créé en juin 2015 un hotline pour les « jeunes en cours de radicalisation », dont elle a assuré la promotion dans de nombreuses écoles alémaniques.

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L’enquête pénale suite à la découverte des produits explosifs est en cours.

Mise à jour : 21/09/17 : Trois dirigeants du Conseil central islamique suisse, Nicolas Blancho, Naim Cherni et Qaasim Illi ont été inculpés pour propagande et réalisation de vidéos sur Al-Qaïda en Syrie. Qaasim Illi se défend en accusant une « vague islamophobe ». 

Carla ParisiNews

INSTITUT INTERNATIONAL DE LA PENSÉE ISLAMIQUE

Institut international de la pensée islamique

02.08.2016La rédaction

L’Institut international de la pensée islamique, IIT en anglais, a été créé en 1977 lors de la conférence islamiste à Lugano, Suisse. Les organisateurs étaient membres de la confrérie égyptienne : Jamal Barzinji, Dr Hisham Yahya Altalib, Dr Abdul Hamid Ahmad Abu Sulayman. Youssef al-Qaradawi participait à cette conférence tout comme Youssef Nada, banquier de la confrérie.

L’Institut s’est installé aux États-Unis en 1981. Le siège de l’Institut est situé à Herndon, en Virginie, dans la banlieue de Washington DC. L’Institut est dirigé par un conseil d’administration qui se réunit régulièrement et élit périodiquement un de ses membres pour servir en tant que président.

L’organisation publie les traductions de  Yousef al-Qaradawi.

Les Frères musulmans ont par la suite confirmé que l’Institut international de la pensée islamique était l’une de ses organisations : ICI

Tête de pont des intellectuels intégristes

Jamal Barzinji a été vice-président IIIT pour la recherche et des publications. Il est identifié par les autorités américaines comme l’un des leaders des Frères musulmans aux États-Unis. En 2003, sa maison a été perquisitionnée à cause de ses liens avec le Jihad islamique palestinien et aussi avec le Hamas.

Tarik Hamdi, employé par IIIT a fourni du matériel à Oussama Ben Laden, selon un ancien fonctionnaire américain du Département du Trésor en 2002.

« Tarik Hamdi, un employé de l’IIIT, a personnellement fourni Ben Laden avec une batterie pour son téléphone par satellite. Un téléphone décrit comme« la téléphone de Ben Laden  utilisé pour mener à biens guerre contre les Etats Unis. «  » * (Sénat américain )

Bashir Musa Nafi, fondateur du Jihad Islamique Palestinien, ancien employé a été expulsé des États-Unis en 1996 pour fraude d’immigration et interdit pendant 5 ans.

« Les deux SAAR (Sheikh SuleimanAbdel Aziz al-Rajh) et IIIT sont également soupçonnés de financer le Hamas et le Jihad islamique palestinien (JIP), y compris (WISE) et le Comité islamique pour la Palestine (ICP), fronts JIP depuis fermé en Floride « . ** (Sénat USA)

Le co-fondateur et directeur des finances Hisham Al-Talib a travaillé pour Al-Taqwa Bank géré par membre des Frères musulmans Youssef Nada. Il est un Frère musulman Irakien.

 Ishaq Farhan du Front d’action islamique (parti politique jordanienne des Frères musulmans) était un fonctionnaire de IIIT 2005-2007.

Visiteurs de prestige

• S.E. Pehin Dato Mohammad Yasmin Umar, ministre de l’Énergie, Brunei est venu à l’IIIT le 7 Juin, 2014.

• Rachid Ghannouchi, co-fondateur du Mouvement En-Nahda, la Tunisie, est venu à l’IIIT le mercredi 26 Février 2014.

• M. Saadine El Othman, un ancien ministre des Affaires étrangères du Maroc, actuellement président du parti de la justice et du développement,est venu à l’IIIT le lundi 3 Février, 2014

• Le 24 Septembre 2012 Dr. Hisham Altalib et le Dr Abubaker Al Shingieti – IIIT, ont rencontré le Président Mohamad Mursi d’Egypte à New York dans le cadre d’une rencontre interreligieuse. Le Président Morsi a salué la participation de l’IIIT dans la réforme de « l’enseignement supérieur en Egypte ».

• En avril 2005, la sénatrice francaise Bariza Khiari s’est rendue au siège de l’IIIT en compagnie de Nadia Bourdi, maire-adjointe de Saint Etienne et Franck Fregosi, chercheur à Strasbourg. Le mois suivant, Olivier Roy y fera une conférence. ICI

Réseau

• Les succursales et bureaux ont également été mis en place dans un certain nombre de capitales du monde entier dans le but de mener à bien les activités et les programmes de l’Institut. L’Institut international de la pensée islamique a des bureaux en France, en Egypte, la Jordanie, le Pakistan, l’Arabie Saoudite, la Bosnie, le Liban, l’Indonésie, le Maroc, le Nigeria, l’Inde, le Bangladesh, le Brunei et le Royaume-Uni.

• L’Université de Georgetown présente l’IIIT comme un centre régulier, sans mentionner ses liens problématiques.

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AL JAMA’A AL ISLAMIYA

Al Jama’a al islamiya

25.07.2016La rédaction

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En 1950, le leader syrien des Frères musulmans, Mustafa al-Sibai’i s’installe à Beyrouth.. C’est la genèse de Al Jama’a al-islamiya au Liban. En 1948,  Mohammad Al Daouk en réponse à la défaite arabe en Palestine, crée Jama’at Ubbad ar-Rahman à Beyrouth, qui deviendra en 1964 Al Jama’a al-islamiya.

L’ouverture des bureaux officiels du groupe à Beyrouth en 1964 annonce le début de son action sur la scène politique libanaise. Son secrétaire général Fathi Yakan disciple de Sayyed Qotb, suit la doctrine des Frères Musulmans en Egypte et en Syrie, cherchant à établir un système socio-politique basé sur la Chari’a.

En 1967, dès le début de la guerre arabo-israelienne, Fathi Yakan, principal idéologue d’Al Jama’a al-islamiya à Tripoli, rejoint le syrien Said Hawwa des Frères musulmans, pour prêcher le jihad contre Israel et l’Occident. La défaite des pays arabes et le déclin du nassérisme renforcent les groupes islamistes dans la région du Moyen-Orient.

Opérations militaires

1975 marque le début de la guerre du Liban où l’on assiste à la création de la milice d’Al Jama’a al-islamiya, sous le nom de «  Moujahedines » qui combat les milices chrétiennes. A Tripoli, Fathi Yakan prend la tête des « Moujahedines » pour défendre les intérêts sunnites islamistes.

Avec l’invasion israélienne du Liban en 1982, la milice d’Al Jama’a participe auprès des palestiniens dans les combats. Lorsque l’armée syrienne entre à Tripoli, en 1985, Al Jama’a al-islamiya poursuit ses prêches contre « les sionistes », sous l’œil vigilant de Damas qui utilise les groupes islamistes libanais pour faire pression sur Israel.

Ce n’est qu’en 1987 qu’Al Jama’a rejette tacitement le modèle de l’état islamique du Hezbollah tout en maintenant des relations cordiales avec le parti de Dieu. En 1992, Al Jama’a remporte 3 sièges aux élections parlementaires signant sa victoire au sein de la communauté islamiste. Seulement en 1996, il ne lui reste qu’un seul siège au Parlement tandis que sa popularité grandit dans les villes de Tripoli, Beyrouth et Sidon pour atteindre en 1997, le nombre de 5000 membres.

La participation des « Moujahedines » dans les opérations militaires contre l’armée israélienne aux côtés du Hezbollah est vécue comme une victoire par Al Jama’a avec le retrait des israéliens du Liban-sud en mai 2000. Le conflit israélo-palestinien représente, dès lors, le principal enjeu de la ligne politique et de la stratégie d’Al Jama’a al-islamiya.

En 2006, la guerre d’Israël contre le Liban entraîne la mobilisation de certains « Moujahedines » qui combattent au sud sous les ordres du Hezbollah.

Seulement Al Jama’a al-Islamiya prend position auprès du 14 Mars ou le Bloc du Futur, (principal ennemi du 8 Mars), aux élections parlementaires de 2009 ayant des intérêts communs, dont ceux de la communauté sunnite et le soutien à l’opposition syrienne ainsi que l’aide aux réfugiés. Bassam Hammoud, chef du bureau politique au sud-Liban nie l’alliance d’Al Jama’a avec le 14 Mars et assure avoir des relations à égale distance avec les autres partis libanais.

La même année, un rapport détaillé sur les groupes islamistes met l’accent sur le rôle et le fonctionnement d’Al Jama’a dans la vie socio-politique libanaise, et à sa tête Faysal Mawlawi qui décède en 2011, aussitôt remplacé par Ibrahim al-Masri.

La ligne officielle d’Al Jama’a s’oppose à l’intervention militaire en Syrie et assure son soutien aux opposants par l’envoi de secours humanitaires. L’hôpital Sifa’a à Tripoli est mis à la disposition des réfugiés syriens.

Le chef du bureau politique d’Al Jama’a, Azzam al-Ayoubi, considère que toute ingérence en Syrie pourrait avoir des répercussions négatives sur le Liban.

Par ailleurs, al-Ayoubi est critiqué par les groupes sunnites islamistes pour sa participation à l’Iftar en 2015 en compagnie de membres des Gardes de la Révolution iranienne. Ce geste symbolique empoisonne les relations entre Al Jama’a et les islamistes.

Cela n’empêche pas le secrétaire général Ibrahim al-Masri de rencontrer l’ambassadeur iranien à Beyrouth pour discuter des évènements au Liban et en Syrie et trouver un moyen d’y mettre fin.

En 2016, le rapprochement entre Al Jama’a et Hezbollah a lieu par l’intermédiaire du leader du Hamas, Osama Hamdan, à l’occasion d’un Iftar ayant rassemblé 4 membres d’Al Jama’a, des cadres du Hezbollah ainsi que Hamdan. Malgré l’intervention militaire du Hezbollah en Syrie et son soutien à Bachar al- Assad, Al Jama’a partage avec la République islamique d’Iran une idéologie commune et des ennemis communs : Israël et l’Arabie saoudite.

Aux parlementaires de 2016, la liste de coalition entre le courant du Futur, l’ancien ministre Safadi, l’ancien ministre Karamé et Al Jama’a, parrainée par l’ancien Premier ministre Mikati perd les élections à Tripoli face à la liste de Rifi, ancien ministre et principal adversaire de Hariri.

Adversaires d’Al Jama’a al-Islamiya :

L’un des groupes les plus controversés en raison de son appartenance au soufisme (qui n’épouse pas l’islam traditionnel), les Ahbaches, sont décriés par Al Jama’a pour leur grande popularité au sein de la classe moyenne sunnite ( 8000 membres ) et leur modération à l’échelle politique. Les Ahbaches rejettent le radicalisme de Sayyed Qotb (prôné par Al Jama’a) et l’établissement d’un état islamique au Liban.

Harakat al-Tawhid al-islami est le rival d’Al Jama’a, né à Tripoli en 1982 sous la houlette de Said Sha’ban (ex-leader d’Al Jama’a et issu de la branche radicale des Frères Musulmans). Al Tawhid engage des combats en 1983-1984 à Tripoli contre les autres groupes islamistes dont Al Jama’a.

Par ailleurs, Dar al –Ifta’ (Institution sunnite traditionnelle ) et les leaders de Tripoli dont la famille Karamé, de Beyrouth dont Salam et de Sidon dont Hariri, sont considérés par Al Jama’a comme des instruments au service des intérêts occidentaux.

Alice Boustany

Références :

Islamism in Lebanon : A guide to the groups, by A. Nizar Hamzeh, Sept,1997

http//www.meforum.org/362/islamism-in-lebanon-a-guide-to –the-groups.

Iran and the muslim brothrhood in the arabic-speaking world. The best of enemies ?, by Helmut Pisecky and Alex Grinberg. Jan, 2016

Islamic Movements in Lebanon. A study implemented by Masar Association, Aug, 2009EnquêteNewsOrganisations

CONFÉRENCE EUROPÉO-TURQUE SUR L' »ISLAMOPHOBIE » À SARAJEVO

Conférence européo-turque sur l’”islamophobie” à Sarajevo

06.07.2016Carla Parisi

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Un « Premier Sommet Européen sur l’Islamophobie » a eu lieu à Sarajevo du 24 au 26 juin 2016. Malgré le titre « conférence européenne », la rencontre était surtout une l’initiative du think-tank turc SETA (Fondation pour la recherche politique, économique et sociale).

Seta est un think tank gravitant autour de l’AKP. La SETA, a été mise en place sous la tutelle du Ministère des Affaires Etrangères, qui finance les projets de recherche et les nominations. Appelés « Instituts de Recherche Stratégique » (stratejik düşünce kuruluşu), ces think-tank font le relais entre l’AKP de Recep Tayyip Erdogan et le milieu universitaire, en circuit quasi-fermé. Le Monde diplomatique s’était félicité en 2010 de la présence d’un tel maillage du milieu intellectuel et politique et avait même osé un titre : « Les think tanks turcs, agents du changement ». Tout un programme.

Gilles Kepel a qualifié la SETA de « boîte à idées d’Ahmet Davutoglu ». Universitaire, ancien premier ministre, ancien ministre des Affaires Etrangères turc, ancien patron de l’AKP il est considéré comme le penseur de la « profondeur stratégique » de la Turquie post-kémaliste de l’AKP ».

La SETA possède une antenne à Washington. La Seta y fait du lobbying, invite des militants de l’association controversée CAIR. Ou même Dalia Mogahed. Un lobbying qui a du succès puisque les responsables de cette Fondation sont invités sur des chaines internationales sans que soit systématiquement rappellé pour qui il font du lobbying. Sur France 24, le 7 octobre 2014 Kadir Ustun était invité à parler de Kobane ! La SETA a conservé son implantation au Caire. Elle considère le maréchal Al-Sissi comme illégitime, et fait l’éloge de l’ancien président Morsi.

La SETA a présenté au Parlement Européen en mai dernier un rapport sur l’ « Islamophobie en Europe » portant sur l’année 2015. Le rapport de 600 pages a été rédigé par Farid Hafez, chercheur de l’université de Salzbourg, et Enes Bayrakli, responsable de département à l’université germano-turque d’Istanbul. Plusieurs rédacteurs se sont chargés des parties nationales. Des « universitaires extraordinaires » selon les mots du Think Tank. On noter Olivier Esteves, Agrégé d’Anglais, qui a rédigé la partie consacrée à la France.

La partie anglaise a elle été rédigée par Arzu Merali. Elle est une des contributrice de l’ Islamic Human Rights Commission, la maison mère pro-khomeiniste qui a diffusé le terme confus en Grande Bretagne. En 2015, Islamic Human Rights Commission a trouvé pertinent de remette à Charlie Hebdo le prix de l’islamophobe de l’année.

Une cinquantaine de personnalités politiques, n’ont pas du tout été gênés de participer à un forum organisé par un think tank de L’AKP. Parmi eux Bernard Kouchner, José Luis Zapatero, Jack Straw et Mustapha Chérif ancien ministre algérien de l’Enseignement supérieur.

Que nous dit ce rapport ?

Au delà d’un paragraphe sur la montée du Front National et le danger qu’il représente, ou sur les quelques odieux cas de racisme décrit, le reste du rapport est édifiant.

Le rapport reprend tout d’abord les chiffres peu fiables du CCIF concernant les cas d’ « islamophobie » en France. Plusieurs observateurs ont à de nombreuses reprises signalé les erreurs, les approximations et les affabulations des chiffres du CCIF. Comme l’histoire tragique d’un musulman assassiné. Un crime islamophobe d’après le CCIF qui oubliera tout simplement que cet homme assassiné est certes musulman mais qu’il est assassiné par un autre musulman dans une affaire de règlement de comptes et de stupéfiants. (Pour en savoir plus voir IciIciIci, et Ici.)

La partie française du rapport met en accusation ceux qui ceux qui refusent d’utiliser le terme « islamophobie » pour décrire le racisme anti-musulmans : Manuel Valls, Caroline Fourest ou encore… Charb.

S’ensuivent des interviews de personnalités membres ou proches des Frères musulmans : des membres d’Etudiants Musulmans de France, du CCIF, du lycée musulman Averroès de Lille…

La laïcité est plusieurs fois décrédibilisée : « la laïcité sert souvent à légitimer une respectable forme d’hostilité anti-musulmans ».

Le journal Charlie Hebdo est à nouveau pointé du doigt, avec la même rhétorique qui a conduit au pire : les assassinats de Charb, Cabu, Bernard Maris… ont « provoqué des conditions difficiles pour les musulmans pour exprimer à la fois leur détestation des attaques mortelles ainsi que leur distance critique envers Charlie Hebdo qui a largement flatté et attisé des préjudices islamophobes dans la société française et européenne ».

Le slogan « Je suis Charlie » fait également partie du rapport contre l’ « islamophobie ». Emmannuel Todd aurait même eu le tord de le renforcer…

Plusieurs livres sont qualifiés d’ « islamophobes », avec au coté d’Eric Zemmour, les ouvrages d’Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq ou Isabelle Kersimon. Au contraire, le livre d’Edwy Plenel, Pour Les Musulmans, est salué.

Le rapport est également critique envers le CFCM et Anouar Kbibech qui a déclaré au gouvernement que le CFCM allait « certifier les imams pour qu’ils ne donnent que des sermons de paix, et non-radicaux ».

La conclusion est attendue : finalement, les « voies de la radicalisation » sont les « prisons surpeuplées, le faible niveau académique, les discrimination dans le monde du travail, ou comme le dit Olivier Roy, un environnement où la seule cause romantique est le djihad »… mais au lieu de ça le gouvernement fait du seul problème « l’Islam, via les imams radicaux, les mosquées qui ont des choses à cacher, ou les musulmans médiatiques qui ont du mal à embrasser la laïcité ». Jamais l’idéologie islamiste, la propagande religieuse, ne sont mis en cause : « le manque de causes politiques et le déclin de la foi expliquent que François ou Marie embrassent le djihadisme ».

La conférence de Sarajevo a donc été l’occasion de reprendre les éléments de langage anti-laïcs de ce rapport.

Yasser Louati, porte-parole du CCIF pour l’année 2015, a pris la parole pour démontrer via un tableau la « Guerre institutionnelle de la France envers ses citoyens de confession musulmane ». Une hallucinante liste dans laquelle on trouve mêlé des lois qui viennent de l’état et qui concernent juifs, chrétiens et musulmans comme visant uniquement les musulmans. Ou des affaires provoquées par une revendication communautaire. Ou même un débat.

Nu besoin de décrire la mauvaise foi de cette liste, mêlant Charte de la laïcité, crèche privée, voile intégral… et dont les effets législatifs concernent toutes les religions.

Devant un auditoire international, le ton est volontairement catastrophé :

− « voici ce qui est en train d’arriver aux français de confession musulmane au XXIème siècle, une série de mesures prises pas les institutions, l’État lui-même, pour rendre acceptable le fait de toucher a la constitution pour cibler les musulmans ».

− « on a transformé la laïcité pour en faire un outil de stigmatisation et de ciblage des musulmans, en appliquant l’obligation de neutralité religieuse aux citoyens,(…) c’est comme si on vous disait par exemple : vous avez votre liberté d’expression, très bien, mais à la maison »

− « une série d’abus ciblant spécifiquement les jeunes filles de confession musulmane »

− « nous venons de recevoir un nouveau projet de loi pour contrôler de manière plus sévère l’émergence d’écoles privées ». A noter que Yasser Louati rejoint ici le seul parti politique vent debout à s’opposer au projet de loi, qui est le Parti Chrétien Démocrate de Christine Boutin.

− « ce qui est en train de se passer, c’est ce que j’appelle une Résistance des français de confession musulmane »

Yasser Louati présente ensuite, selon ses termes, « plusieurs histoire (de réussite) qui ont fait la Une en France » :

− « Wahiba », une jeune entrepreneuse, a qui un chef d’entreprise aurait dit: « avec ce bout de tissu sur ta tête, nous ne t’embaucherons pas, nous embaucherons des LBGT, des transsexuels, tout autre être humain, mais pas toi ».

− En recherchant sur Internet, il s’agirait de Wahiba Khallouki, qui a tweeté en réponse à une journaliste d’Orient XXI, Warda Mohamed : « Le recruteur d’une célèbre agence m’a dit de me réorienter parce qu’un transsexuel avait plus de chances que moi ».

− « Al Kanz : célèbre bloguer, un des plus influents de twitter, avant gardiste qui donne le la, quand il tape quelque chose, tout le monde suit ».

− Ah bon. Intéressant, pour un blogeur salafiste.

− « Le Lycée Averroès, premier lycée confessionnel musulman de France, meilleur de France, meilleures notes au bacs chaque année scolaire ».

− Yasser Louati oublie que le Lycée Averroès a quitté le top 100 depuis plusieurs années, et qu’il est classé 258ème en 2016.

− « Les coalitions pour faire face à l ‘état d’urgence en France »,

− où « la communauté musulmane a été traitée par le gouvernement comme l’ennemi intime », comme « lorsque Valls dit plusieurs mois avant le 13 novembre : ‘nous menons une guerre contre un ennemi invisible, un ennemi interne’. L’état d’urgence décrété après le 13 novembre est un projet qui avait déjà été écrit quelques mois avant même les attaques de novembre 2015 ». Preuve irréfutable, bien que complotiste, pour Yasser Louati.

− La suite est explicite : « la coalition a gagné, notre victoire majeure a été d’harceler les membres du parlement, harceler les médias, travailler avec la CNCDH ». Yasser Louati avoue que c’est « première victoire, d’une convergence d’associations non musulmanes et musulmanes travaillant ensemble ». Le CCIF tente depuis plusieurs mois d’associer la lutte contre l’ « islamophobie » à des luttes sociales, sous couvert de « convergence de lutte », comme lors de sa présence à Nuit Debout contre la Loi Travail.

− Yasser Louati affirme enfin : « Le gouvernement français a dit : nous allons nous retirer de la Convention Européenne des droits de l’homme ». Il déforme une fois de plus la réalité. L’article 15 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme prévoit de déroger à certains droits en cas de danger public menaçant la vie de la nation, la France a donc fait une demande officielle au vu des attaques terroristes, tel que le prévoit le droit, sans se retirer de la Convention.

Yasser Louati dit rapporter les paroles d’une rédaction d’un journal majeur : « nous avons des ordres clairs, ne pas critiquer l’état d’urgence en France ».

Il compare la France aux pires régimes dictatoriaux sanguinaires : « le guide du ministère des affaires étrangères, 10 Idées Reçues sur la France, l’Islam et les musulmans, ça m’a rappelé la propagande de l’ère soviétique ou de l’Afrique du Sud pendant l’apartheid »

Pour l’ancien porte-parole du CCIF, la France « fabrique l’ennemi interne », comme en 2003 « pour faire passer lois régimes de retraites », ou actuellement pour « faire passer l’état d’urgence ». Les musulmans seraient donc « le baromètre de la démocratie et de l’état de droit dans les « démocraties » occidentales ».

Il conclue sur son plan d’action :

− 1) faire parler les victimes

− 2) faire du lobbying (UN, EU, Conseil européen, OSCE, association non musulmanes, réseaux sociaux, médias)… pour « ridiculisez votre pays face à l’opinion internationale »

− 3) éduquer (fonctionnaires, journalistes, événement public…) et investir les médias.

Le mot de la fin revient à Haroon Moghul : « les efforts contre l’islamophobie sont essentiels pour les efforts contre l’extrémisme. » Au moins tout le monde est prévenu.

Carla Parisi

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