LES DENTS DU QATAR

Les dents du Qatar

16.06.2015 Mohamed Louizi

Abdellatif El Korchi, le traducteur du livre « Pour les musulmans », vient de publier un billet de « soutien » à Edwy Plenel, contre ce qu’il considère comme étant une « attaque islamophobe » et une « compagne malfaisante venue des milieux conservateurs » ! C’est bien en ces termes là qu’il présenta, « sans précaution et sans nuance »,  en introduction le billet du directeur de Mediapart : « L’art pour lutter contre l’intégrisme », sur sa page Facebook, le 12 juin 2015 (voir l’image ci-après).

Après une longue hésitation, et pour plus d’éclairage, j’ai décidé donc d’engager ce dernier billet, très cordialement, pour répéter et redire les choses autrement, avec d’autres formulations, d’autres rappels et d’autres faits incontestables. En effet, il va falloir répéter et se répéter. Mon père me disait en arabe, tout le temps, exactement ce que disait, en français, le papa Plenel à son fils Edwy : « L’enseignement, c’est la répétition ». Comme quoi deux papas, parlant deux langues différentes, l’arabe et le français, des deux côtés de la Méditerranée, peuvent dire, avec sagesse, exactement la même chose. Mais lorsque deux fils parlant la même langue, exprimant peut-être les mêmes idées et dans le même pays, n’arrivent plus à s’entendre et à se comprendre, cela devient symptomatique d’une « triste époque » où les principes sont vidés de leur substance et où la fin justifie, hélas, tous les moyens. Un adage marocain ancien, qui rappellera au traducteur quelques souvenirs d’enfance, dit : « A force de répétition, l’âne finit par apprendre ». Répétons-donc !

Dans sa dite « mise au point » (ici) – son seul et unique billet sur Mediapart ! – force est de constater que le traducteur, dans un prolongement presque naturel d’une certaine posture victimaire non assumée, considère les interrogations légitimes exprimées, ici ou là, et qui restent hélas sans aucune réponse convaincante, comme étant l’expression d’un « procès d’inquisition » et un « tourbillon dans une tasse ». Ainsi, il a fait le choix, lui-aussi, d’éteindre les lumières, autour de lui  et autour de sa raison, et de maudire, avec une impuissance manifeste, l’éclat des lumières de ses voisins, celles de ses contradicteurs sur qui il n’hésite pas de coller sur leurs fronts l’étiquette d’islamophobe.

Bizarrement, il semble être quelqu’un d’ouvert d’esprit, de cultivé, de fin et d’intelligent. Nous partageons de nombreuses références littéraires et artistiques arabes comme, par exemple, le grand poète irakien Ahmed Matar, vivant en exil en Angleterre et qui demeure un modèle de constance et de combat pour les libertés contre les tyrans pétrodollars et contre l’islamisme guerrier d’un certain Youssef Al Qaradawi (ici la traduction de l’un de ses poèmes publié sur mon ancien blog en 2007) ; ou le caricaturiste palestinien Naji al-Ali, qui fut assassiné à Londres en 1987, par le Mossad israélien, ou par l’OLP de Yasser Arafat ; ou le grand intellectuel marocain Mehdi el-Mandjra, que j’avais invité en mars 2003, pour animer une conférence dans le cadre des journées culturelles de l’université plurielle, lorsque j’étais président de l’association EMF-Lille, etc.

D’ailleurs, après les attentats de Paris, le traducteur publia sur sa page Facebook, le 19 janvier, une caricature montrant un « islam radical » prenant en otage, au moyen d’un sabre, un autre «islam » (voir ci-après). Je ne sais pas si, à ce moment précis, lui-même était « islamophobe » ? Car ce qu’il ne semble pas comprendre désormais, c’est justement cette différenciation nécessaire que Mediapart refuse, obstinément, de faire et de voir entre un islam humaniste pacifié, et un autre islam radical, dans toutes ses représentations extrémistes, politiques et jihadistes. Au lieu d’assumer un humanisme indépendant et affranchi, la rédaction de Mediapart préfère le déni – l’islamisme n’existe pas, écrivait Pierre Puchot – et de fréquenter des « preneurs d’otages », jugés fréquentables, ceux-là même qui revendiquent, ouvertement, la lettre et l’esprit d’un certain héritage islamiste, sous la bannière d’un Coran, pris en otage à son tour, par deux sabres !

Ce Monsieur vient, visiblement, de s’abonner à Mediapart. Les données statistiques de son blog, relevées ce matin à 8h30, sont édifiantes : 0 contact (Même pas Edwy), 0 édition, 0 article dedition, 0 commentaire. Cependant, et avec un tel score, la rédaction de Mediapart a jugé bon de mettre en valeur, en « une », son billet (voir ci-après) et de continuer d’ignorer délibérément, pour ne pas dire de « censurer », tous mes billets, sachant que je fais parti des abonnés fidèles à Mediapart depuis 2007/2008, et que mes « billets », surtout les deux derniers, devaient, à mon sens, dans le respect d’une certaine déontologie, être traités égalitairement. L’on ne doit pas – disait mon maître – censurer la question et publier la prétendue réponse.  Mediapart préfère-t-elle, à ce point là, la parole qui flatte l’égo à celle qui interroge le sens ?

Par conséquent, en ne pouvant pas accéder aux éditions payantes, si mon constant est toujours vrai – ce que je crois intimement – comment ce Monsieur pouvait-il avoir le recul nécessaire et la hauteur de vue semblable à celle des anciens abonnés ? Ce recul permettant de constater des dérives progressives et inquiétantes quant aux virages idéologiques et autres points d’inflexion inexplicables, dans la ligne éditorialiste de ce journal numérique participatif. Des inflexions que l’on pourrait situer relativement, premièrement, au lendemain de la réclamation du fisc français d’une somme de quelques millions d’euros à la rédaction de Mediapart (lire ici), et deuxièmement, au moment de la disparition étrange du vocable « islamiste » de certains articles consacrés, entre autres aux « Frères Musulmans » – comme ceux de Pierre Puchot ?

En mars 2008 (ici), ce dernier utilisait abondamment des termes comme « islamistes », « islam radical », « islam politique », « salafistes », « djihadistes », « extrémistes », « terroristes », etc. En décembre 2013, le fisc français réclama la somme d’un million d’euros à Mediapart (ici). En juin 2014, le parti tunisien « Frère Musulman » Ennahda n’est plus considéré, au moins par Pierre Puchot, comme étant un parti « islamiste » mais uniquement comme un parti « musulman » (ici). Comme si, il fallait le préciser dans une Tunisie à 144 partis politiques, tous musulmans sans exception. En septembre 2014, le fisc corrigea son calcul et réclama une somme de 4,2 millions d’euros à la rédaction (ici). En mai 2015, l’islamisme n’est plus (ici) !

La question à laquelle Mediapart, et Edwy Plenel en particulier, refuse de répondre, en toute simplicité et transparence, est le sens de cette inflexion constatée et de ce changement de discours. Y’aurait-il, ou pas, une adaptation du langage journalistique qui serait dictée par une probable dépendance financière à une manne barbue étrangère ?  En langage mathématique, y’aurait-il ou pas, une corrélation entre la situation fiscale d’un côté, et l’amalgame entretenu, depuis peu de temps, entre « islam » et « islamisme », entre « musulmans » et « Frères Musulmans » au sein de la rédaction ? Mediapart sait produire des preuves et faire son métier, je n’en doute point. Puisse sa déontologie impartiale se manifeste au grand jour. Je précise ici, que je n’accuse personne et que je ne diffame personne. Je pose juste quelques interrogations que se posent aussi de nombreux abonnés.

Non le traducteur du livre de Plenel ne peut pas constater ces changements, très subtils, sur une durée relativement longue. Il ne peut pas comprendre la profondeur des nuances du sens des interpellations exprimées par de nombreux anciens abonnés, qui accompagnent ce modèle numérique depuis presque sa création ; depuis les années des vaches maigres ; depuis l’ère où Mediapart s’autofinançait et s’auto-appliquait, courageusement, un taux de TVA de 2,1 % comme la presse papier ; lorsque « le combat pour une presse libre » avait encore un sens et lorsque « la liberté de la presse n’était pas un privilège des journalistes, mais un droit des citoyens ». Mais les temps ont, paraît-il, changé depuis.

Je ne vais pas pouvoir reprendre, point par point, les éléments d’un argumentaire très superficiel qui étouffe, au passage, toutes ces questions profondes, en les noyant, involontairement me semble-t-il, dans un amas de détails presque insignifiants. Je suis d’accords avec lui lorsqu’il décrit la situation calamiteuse de l’édition dans le monde arabe, j’en sais quelque chose. Mais de là à considérer le Ministère de la Culture et des Arts qatari, et sa revue Al-Doha Magazine, comme seuls et uniques vecteurs de diffusion de la pensée humaniste d’Edwy Plenel, cela me paraît tirer par des cheveux, somme toute, voilés.

A aucun moment, dans mon propos, je n’ai dit que ce magazine appartenait aux « Frères Musulmans ». A aucun moment, jusqu’à preuve du contraire, je n’ai confirmé que les membres du comité de la rédaction de ce magazine, ou ceux de la commission consultative était membres de la confrérie. Ce que j’ai confirmé c’est le lien entre cette revue littéraire et le gouvernement qatari qui la finance et la contrôle, et qui, lui, a depuis de nombreuses décennies des relations affichées et assumées avec la confrérie, ses symboles et ses leaders, là-bas comme ici. J’ai démontré simplement la dépendance symbolique, financière et politique de cette revue au gouvernement qatari. Si l’on pousse les investigations encore plus loin, peut-être l’on découvrirait d’autres facettes inconnues jusqu’à lors, mais cela n’a pas beaucoup d’intérêt à mes yeux.

Pourquoi le faire donc, lorsque l’on sait déjà qu’en plus de la diffusion gratuite par cette revue gouvernementale du plaidoyer « Pour les musulmans », la chaîne qatarie Al-Jazzera lui avait déjà consacré, le 24 septembre 2014 – moins d’une semaine seulement après sa parution ici en France – un article sur son site Internet http://www.aljazeera.net (ici) ?

En effet, Boualem Ramdani, journaliste et correspondant d’Al Jazeera à Paris, a publié une présentation très tendancieuse de ce livre, intitulée, je traduis de l’arabe, mot par mot : «Pour les Musulmans … Un cri contre l’islamophobie en France ». Les qataris, en général, et Al-Jazeera en particulier, sont donc au courant de ce plaidoyer, au moins à partir de cette date précise. Et ce, bien avant la date du 23 octobre 2014, matérialisant la première rencontre, décrite comme fortuite, entre le traducteur et Edwy Plenel à Grenoble, bien avant le 28 janvier 2015 et bien avant le 1 juin dernier, la date de parution du numéro 92 du magazine qatari en question. Celui-ci, pour information, afficha sur sa couverture le caractère gratuit de cette diffusion ainsi que le titre du livre offert.

En effet, pour le magazine le livre d’Edwy Plenel, sur cette couverture, s’intitulait : « Pour l’islam », et non pas : « Pour les musulmans » (voir l’image ci-après). Dans la tête d’Edwy Plenel, c’était « Pour les Musulmans » mais dans la tête du Qatar, c’était plutôt « Pour l’Islam », un certain islam bien évidemment. Moi, je n’y vois qu’une erreur de frappe qui a visiblement échappé à la vigilance de la commission de correction. En somme, ce n’est qu’un détail me dirait-on, même si mon maître ne cesse de me rappeler que le petit Qatar se cache toujours dans les détails !

Ainsi les islamistes trop présents au sein de la rédaction d’Al-Jazeera le savaient déjà. Ici, je ne vais pas prouver, encore une fois, les liens anciens et permanents entre cette chaîne et les « Frères Musulmans » depuis sa création. J’aborderai, en détails, ces liaisons dans mon prochain papier. Je précise juste, pour un avant-goût, que le leader stratège « frère musulman » qatari, nommé Jassim Sultan, qui fut l’architecte de la dissolution de la branche qatarie des « frères » en 1999, pour raisons géopolitiques et pour pouvoir faire de l’entrisme dans les sphères du pouvoir, sans risquer d’être étiqueté idéologiquement, était aussi l’un des principaux conseillers en planification stratégique de la chaîne, lorsqu’un autre « frère musulman », le palestinien Waddah Khanfar occupait le poste de directeur général de la chaîne, entre 2003 et 2011. Ce « frère » directeur général avait passé un temps en Afghanistan, en couverture médiatique d’un certain Oussama Ben Laden à côté d’un autre « frère » nommé Tayseer Allouni, le premier journaliste à avoir interviewé le « frèremoujahid » à la tête d’Al-Qaïda. En 2011, Waddah Khanfar a été démis de ses fonctions pour différentes raisons, liées, selon diverses analyses, à un léger changement dans la ligne de la chaîne satellitaire, après le début dudit « Printemps arabe », paraît-il. D’autres évoquent ses liens flous avec la CIA américaine, dévoilées par des révélations WikiLeaks, etc. J’y reviendrai dans mon prochain billet. En attendant, un article du journal Le Monde à son sujet ici.

Je ne sais pas si l’auteur et son traducteur ont vraiment péché par naïveté dans un milieu obscur. L’avenir apporterait son lot d’éclairages nécessaires. Le traducteur, d’origine marocaine, dit simplement que son « premier mouvement » était de prendre contact avec ce magazine qatari, en prétextant, au passage, la large diffusion assurée et le prix abordable. Mais 13.300 exemplaires pour des centaines de millions de lecteurs potentiels, dans le monde arabe, c’est un chiffre insignifiant. C’est presque un grain de sable dans un désert. D’autant plus, qu’il y a de nombreuses maisons d’édition au Maroc, en Algérie et dans d’autres pays d’origine de la plupart des citoyens français musulmans. Des maisons d’édition, relativement indépendantes des pouvoirs politiques en place, pouvaient publier ce plaidoyer sans problème. Aussi, Edwy Plenel pouvait rester fidèle à sa conception du numérique et mettre cette traduction gratuitement sur des sites d’information et d’autres plateformes de partage et de téléchargement. Cela n’aurait provoqué aucun « tourbillon » dans aucune « tasse ».

Cela n’aurait pas contraint le traducteur à se défendre en essayant, tant bien que mal, à s’accrocher à de faibles branches flottantes, ici où là, au risque de dire parfois des énormités sablonneuses. Je cite : « Et après tout, où est le mal – s’interrogeait-il – si une petite partie de l’argent du pétrole, qui est d’ailleurs argent public, finance le livre et la culture et contribue au développement humain, en déficit dans notre région ». Ainsi, il parla d’ « argent public » comme si l’on était dans un pays démocratique  et non  dans une monarchie oligarchique  où ni le concept démocratique d’ « argent public » ni sa réalité politique et sociale n’existent en vérité. Quant au soutien au développement humain, en déficit dans la région arabe, à travers l’art et la culture, l’on ne trouvera pas mieux qu’un « frère » qatari, le même qui conseilla, sur le plan stratégique Al-Jazeera, pour décrire ce que fait déjà le Qatar depuis 2003, en faveur de la jeunesse musulmane, arabe et occidentale, pour la préparer, dans des centres de formation aux exigences du Tamkine, pour assurer des fonctions de leadership et devenir influents dans leurs pays respectifs. Le prochain article apportera des éléments prouvant toutes ces actions ciblant une jeunesse dans différents pays arabes et européens.

Par ailleurs, en faisant fi de tout ceci, je répète que ce n’est pas l’odeur de « l’argent du pétrole » qui me bouche les narines, même si, au sein de Mediapart, une certaine conception verte – au sens écologique évidemment – serait plutôt adaptée avec l’idéal humaniste en faveur d’une action culturelle non polluante et sans emprunte carbone. Ce qui demeure mystérieusement en suspens dans toute cette affaire, c’est plutôt l’orientation du traducteur, comme par réflexe pavlovien, en présence de nombreuses alternatives insoupçonnables, et l’acceptation par l’auteur lui-même, sans précaution, de l’idée d’être diffusé par les deniers pétroliers, entre autres, qui se trouvent entre les mains de l’oligarchie qatari. Pourquoi ? Pourquoi ? Et encore pourquoi ?

Ce n’est pas moi qui expliquais, il y a quelque temps, que les médias et les organes de presse devaient être totalement indépendants des industriels, des financiers et des cartels de la drogues et des armes. L’on expliquait sur tous les plateaux TV que des organes de presse français ne seraient plus crédibles car ils seraient détenus par des industriels de l’armement, entre autres. Je sais, jusqu’à preuve du contraire, que Mediapart n’a pas été racheté par des fonds qataris. Toutefois, le choix de cet éditeur et de cet émirat, en particulier, me parait pour le moins suspect. Et ce, tant que toutes les questions posées restent non élucidées, par la rédaction,  et demeurent ignorées pour des raisons encore plus suspectes !

Enfin, il est de notoriété publique qu’une énormité peut toujours en cacher une autre. Le traducteur expliquait, je cite : « Je me suis donc dit que ce livre méritait d’être traduit dans la langue d’Al-Mutanabbî ».

La langue d’Al-Mutanabbî ?

Effectivement, le traducteur utilise ici une périphrase pour désigner la langue arabe. Il pouvait dire aussi la langue d’Ismaël, ou la langue du Coran, tout simplement. Un peu comme lorsque l’on dit la langue de Molière, la langue de Shakespeare, la langue de Tolstoï, etc. Why not ?

Sauf que cette périphrase, chargée de symboles, est terriblement mal choisie, au regard du contexte actuel et des interrogations formulées, au sujet de cette diffusion « gratuite » de ce plaidoyer, par l’émirat du Qatar. Car bien qu’Al-Mutanabbî (915 – 965) fut incontestablement grand poète arabe, grand homme de culture, doué d’une grande sagesse et d’une facilité poétique presque inégalée, à imposer le respect, il était, aussi et surtout considéré comme un poète du palais, à la solde des princes.

Il chantait les louanges au plus offrant.  Il commença à l’ombre du prince abbasside Sayf al-Dawla (سيف الدولة) en Syrie. Une fois frappé par la disgrâce, il le quitta pour aller flatter le prince Kaffûr l’ikhchidide (كافور الإخشيدي) en Egypte. De même, il partit jusqu’en  Perse, pour chanter, dans un premier temps, les louanges du prince Ibn al-Ameed (ابن العميد), et puis, dans un deuxième temps, le prince Adhoud al-Dawla (عضد الدولة).

Ainsi, Al-Mutanabbî monnayait ses vers contre de l’argent. Comme d’autres poètes dans son genre, il laissa tout un héritage connu dans la poésie arabe sous le titre de la « Poésie de la courtisanerie » (الشعر التكسبي). Selon une étude littéraire, 80% de la poésie d’Al-Mutanabbî était composée de flatteries poétiques adressées aux rois et princes. Cela n’enlève rien de la beauté de son verbe et de la profondeur de sa sagesse.

Ainsi, lorsque le traducteur du plaidoyer exprime que son intention était de traduire la voix d’Edwy Plenel dans la langue d’Al-Mutanabbî, je ne pense pas qu’il a fait attention à ce détail énorme et à la pertinence de l’exemple litteraire qu’il a pris. Car :

– La langue d’Al-Mutanabbî était vendue aux princes. La voix humaniste d’Edwy Plenel se veut une langue sans compromission ;

– Al-Mutanabbî passa son temps à faire l’éloge des guerres et de la bravoure armée de son prince adoré. Edwy Plenel, en humaniste pacifique assumé, veut éviter les guerres par son plaidoyer et il a raison de le faire.

– Al-Mutanabbî ne jurait que par l’épée, en chantant : « La gloire est pour l’épée, non pour la plume ». Edwy Plenel ne jure que par la plume et par la liberté d’expression.

– Al-Mutanabbî était un courtisan des princes, Mediapart, sous la direction d’Edwy Plenel, s’est construite dans l’indépendance totale aux séductions de la cour.

– …

Toutefois, l’une des belles sagesses que ce poète arabe pouvait enseigner, encore et toujours, à toute personne censée et à Mediapart en particulier, c’est lorsqu’il dit : « Si tu vois que les dents d’un lion surgir, ne crois pas que le lion te sourit »!

L’on pourrait remplacer le mot « lion » par le mot «Qatar », l’avertissement reste aussi valable.

Fin


Mise au point importante en six points :

1- Je suis absolument responsable de ce que j’écris. Je ne suis en aucun cas responsable de la compréhension et des interprétations des uns et des autres.

2- Par manque de temps, je réagirais uniquement aux commentaires que je juge « sérieux ». Ceux qui s’engagent dans le cadre d’un débat d’idée.  Je ne réagirais pas à toute « attaque personnelle » et tout commentaire ne traitant pas, uniquement, le thème abordé, les idées développées et les interrogations formulées.

3- J’avais réagis quelques minutes après la présente publication à quelques commentaires sans respecter l’engagement du deuxième point, je me permets, pour la cohérence d’ensemble, de supprimer mes propos. Je ne peux discuter avec une personne qui ne vise pas l’échange d’idées mais qui vise simplement à donner des noms d’oiseaux à leurs contradicteurs. Peut-on vraiment discuter avec des spécialistes des noms d’oiseaux ?!

4- Il est absolument indispensable de situer ce billet sur un plan dialectique (Thèses + Antithèses => Synthèse). Pour le rappel de certains faits. « Pour les Musulmans » est paru en français, en septembre 2014. Je l’ai lu. Je l’ai trouvé très intéressant et courageux. J’avais quelques réserves sur la manière comment « les musulmans » y sont essentialisés et décrits. Je n’avais pas jugé nécessaire, pour autant, d’écrire un quelconque papier à son sujet. J’étais engagé sur d’autres questions en parallèle, en plus des exigences de mon boulot et de mes études (sans parler de ma petite famille !).

Huit mois plus tard, j’apprends que le plaidoyer d’Edwy Plenel a été traduit en arabe. Dans un premier temps, j’ai trouvé cela intéressant et même indispensable. D’autant plus que l’Occident est essentialisé et décrit par la machine islamiste comme un monstre haineux et que « les musulmans » – parce qu’ils sont musulmans – essentialisés à leur tour, en seraient les victimes ! Mais lorsque j’ai vu que c’est le Qatar qui diffuse et, en plus, « gratuitement », ce n’était plus l’arabisation du livre qui m’intéressait mais plutôt le pourquoi de cette diffusion par le … Qatar ? Pourquoi le Qatar ?

Dès lors, je ne suis plus dans un débat au sujet des idées intéressantes du livre ou la pertinence de cette traduction. Absolument pas ! C’est la prise en charge « qatarie » de cette diffusion qui me pose problème. Si je rajoute à cela toutes les interrogations que j’ai posées, en public ou par messages privés, durant les derniers mois à la rédaction de Mediapart, à Edwy Plenel en particulier, et qui sont restées hélas lettres mortes, si je rajoute, enfin, l’inflexion pour le moins langagière dans le traitement de la question de l’islam politique et des « Frères Musulmans », il y avait, dans mon esprit, matière à se poser toutes les questions, toujours avec précaution et prudence.

A ce moment là, Edwy Plenel publia un premier billet au sujet de cette traduction. J’ai à mon tour publié un premier billet avec de nombreuses interrogations que j’estime légitimes. Edwy Plenel publia, à nouveau, un deuxième billet laissant penser que ses contradicteurs, en l’occurrence l’auteur de ses lignes, aurait un problème avec la langue arabe et qui serait animée par des sentiments de haine et d’islamophobie. Il a dit plein de belles choses mais n’a répondu à aucune question de fond et surtout « Pourquoi le Qatar ?« , sachant qu’il y a d’autres alternatives. J’ai publié un deuxième billet pour redire certaines convictions, rappeler des antécédents, recentrer le débat sur la question du Qatar et reformuler mes interrogations autrement. Ensuite le traducteur publia un billet pour soutenir Edwy Plenel, expliquer les détails de ce choix mais sans expliquer ses raisons et comment ce choix « politique », avant qu’il ne soit « financier », pourrait influencer négativement l’image et l’indépendance de Mediapart. J’ai décidé d’engager un dernier billet, vraiment le dernier au sujet de Mediapart – et non pas au sujet du Qatar (Il y a encore des zones à éclairer). Pour redire mes interrogations légitimes, en âme et conscience et en toute liberté … d’expression. Au total, si je ne me trompe pas, il y aurait au moins six billets (Thèses et antithèses) à ce sujet, mais, pour l’instant, aucune « synthèse » digne de ce nom et respectueuse du débat contradictoire.

Encore une fois, il est absolument indispensable de situer ce billet dans son contexte et sur un plan dialectique(Thèses + Antithèses => Synthèse). Il ne s’agit pas d’une chasse à l’homme, en tout cas, pas dans mon esprit.

5- Je rappelle que vous êtes entrain de lire un billet dans un blog tenu par une seule personne (un blogueur). Je rappelle que je ne suis pas journaliste au sens où je n’ai jamais été formé à ce métier et que je n’ai pas de « carte de presse » – Ah, si j’avais cette carte ! Un blog, pour ceux qui l’ignorent est presque un « journal intime » ouvert à la curiosité de tout public. Personne n’est obligé de le lire. Personne n’est obligé de le prendre au sérieux. Personne n’est obligé de croire à ce que je raconte. Chacun pourra lire et laisser un commentaire, une question, une antithèse, etc. Personne n’est forcé de se rabaisser, humainement, en usant son vocabulaire du registre de l’insulte. Si vous n’êtes pas d’accord, dites-le et exprimez-vous mais n’oublions pas que l’insulte ne sera jamais le témoin d’une intelligence. Une insulte est une insulte (La charte de Mediapart est à lire ici).

6- « Avoir des liens avec la Qatar » n’a jamais été un « sixième pilier de l’islam ». Tout le monde a le droit de questionner les raisons déclarées et même obscures de ce choix, sans risquer d’être taxé d’islamophobe. Traiter quelqu’un d’islamophobe, ce n’est pas répondre à ses interrogations, c’est juste le traiter d’islamophobe. Que cela soit entendu !

Mes amitiés !

Mohamed Louizi

L’INSTANCE DE DIALOGUE

L’Instance de dialogue

15.06.2015 Fiammetta Venner

Presque tous les ministres de l’Intérieur ont été pris de la même fièvre. Ils se réveillent un matin, réalisent que l’organisation de l’Islam en France est une catastrophe, remettent en cause leurs prédécesseurs, et refont les mêmes erreurs.

Chacun d’eux s’est heurté aux mêmes trois écueils :

  • la main-mise de l’Algérie et du Maroc qui veulent par ce biais contrôler ceux qu’ils estiment être leurs ressortissants.
  • l’influence des Frères musulmans qui se disent hors Etat, qui revendiquent un « islam du juste milieu » tout en véhiculant un discours politique radical considéré comme terroriste par plusieurs pays.
  • l’impossibilité d’entendre la société civile ni religieuse, ni intégriste qui représente pourtant la quasi totalité de l’implication des Français par ailleurs musulmans.

Nous avons eu le Conseil de réflexion sur l’islam de France de Pierre Joxe, la Consultation de  Jean-Pierre Chevènement, le Conseil français du culte musulman de Nicolas Sarkozy, voici maintenant l’Instance de dialogue de Bernard Cazeneuve.

Les trois mêmes écueils sont présents dans ce projet qui a été fait à la main du CFCM et de l’UOIF. Quelques personnalités extérieures figurent bien mais ne sont pas représentatives de la société civile non religieuse représentant pourtant la quasi totalité de l’implication des Français par ailleurs musulmans.

120 personnes et associations se retrouveront au Ministère de l’Intérieur ce 15 juin 2015.

Europe 1 a interrogé le ministère de l’Intérieur sur l’absence d’un thème lors de cette rencontre : la radicalisation. « Nous avons estimé que ce serait un mauvais message adressé aux Français et à la communauté musulmane que de le mettre à l’ordre du jour de la première réunion de l’instance », indique la Place Beauvau, qui veut éviter toute « stigmatisation ».

Au programme :

  • «La sécurité des lieux de cultes, la lutte contre les actes antimusulmans et l’image de l’islam»
  • «La construction et la gestion des lieux de cultes».
  • «La formation et le statut des aumôniers et des cadres religieux»
  • Les «pratiques rituelles»

Officiellement, les seuls critères de la participation à la réunion sont : « L’adhésion au principe de laïcité » et le « respect des lois et des valeurs de la République ». Si tel était le cas, plusieurs participants ne devraient pas être présents.

On pense notamment au happening d’une des jeunes pousses des Frères musulmans, Anas Saghrouni, le président d’Etudiants musulmans de France qui a empêché l’Imam Hassen Chalgoumi de s’exprimer devant les caméras.

Voir ici.

En voyant son attitude on comprend mieux pourquoi il est impossible pour des musulmans laïcs de débattre avec des Frères musulmans.

CONSEIL THÉOLOGIQUE MUSULMAN

Conseil théologique musulman

15.06.2015 La rédaction

Le Conseil Théologique Musulman de France a été créé le 29 mai 2015. Cette instance a pour but d’édicter des Fatwas. La plupart des membres sont issus ou proches des Frères musulmans. Reprenant la réthorique des Frères, les membres du Conseil expliquent vouloir développer un « islam du juste milieu ». Ce Conseil vise à remplacer d’autres organisations des Frères considérées comme terroristes par plusieurs états et qui pourraient avoir leurs avoirs gelés.

Parmi les membres on retrouve :

Mohamed Bajrafildocteur en linguistique de l’Université Paris 7 Diderot. Professeur de théologie musulmane à l’Institut Alkhayria (Bruxelles). Imam de la mosquée d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Présenté comme l’antithèse de l’imam Chalgoumi par Oumma.com, il a déclaré

« Le Frère Tariq Ramadan, il est devenu porte-drapeau, mais il faudrait qu’il y en ait 36 000, pour faire savoir ce qu’est l’Islam, parce qu’il ne peut pas tout faire tout seul ! »  (Conférence « leçon d’humanité à la France »)

Ahmed Jaballah, docteur en droit canonique musulman, diplômé de Zitouna (Tunis) et de la Sorbonne, directeur de l’IESH Paris, secrétaire général adjoint du Conseil européen de la fatwa (CEFR), membre de l’Union internationale des savants musulmans (UISM).

Hassan El Houari, licence de théologie à l’Université d’Al-Quaraouiyyine (Agadir). Imam de la mosquée de Gonesse (Val d’Oise).

Larbi Kechat, docteur en sociologie de l’Université de la Sorbonne, recteur de la mosquée Adaawwa à Paris.

Larbi Becheri, docteur en islamologie de l’Université d’Aix-En Provence, diplômé en charia de l’Université de Médine, diplômé de la Sorbonne, membre du CEFR et de l’UISM, professeur de théologie musulmane et responsable de l’IESH de Château-Chinon.

Mohamed Mosadek, docteur en fiqh hanafite de l’Université d’Al-Azhar, professeur de théologie musulmane à l’Université d’Al-Azhar et chargé de cours à la faculté de droit de Strasbourg au master d’islamologie.

Mohammed Najah, docteur en Physique, professeur de théologie musulmane à l’Institut Tabari à Corbeil-Essonnes (Essonne), imam-khatib à la mosquée de Vigneux-sur-Seine (Essonne), professeur de mathématiques

Nawel Zinedocteur en médecine et diplômée d’un master en dogme et philosophie islamiques, professeur de théologie à l’IESH de Paris.

Ounis Guergah, diplômé en charia de l’Université de Médine, diplômé en philosophie de l’Université de la Sorbonne, membre du CEFR et de l’UISM, professeur de théologie musulmane et directeur des études à l’IESH de Paris.

MEDIAPART, LA QATARIE ?

Mediapart, la qatarie ?

11.06.2015 Mohamed Louizi

Il est de notoriété publique désormais que le Qatar achète des « voix » pour l’organisation des tournois sportifs internationaux ; finance des mosquées UOIF ; assure des fonds de roulement à des associations islamistes ; participe aux frais de gestion et de construction d’établissements scolaires privés, sous contrat d’association avec l’Etat ; accueille et finance un courant « Frère Musulman » très puissant depuis plus d’un demi siècle ; achète une chaire universitaire à Oxford, taillée sur mesure, pour y introniser un certain Tariq Ramadan ; abreuve les poulains qatarophiles de ce dernier – Nabil Ennasri & Co – dans l’Hexagone pour défendre des idées et projets islamistes sous couvert de lute contre l’islamophobie ; …  Le Qatar s’est offert désormais la « voix » d’Edwy Plenel. Son livre « Pour les Musulmans » vient d’être traduit en arabe (en accès libre ici), publié et offert « gratuitement » par la revue « Doha Magazine » ( مجلة الدوحة ) à ses lecteurs !  Mon maître disait que le « gratuitement » n’existe pas en vérité. Il doit y avoir toujours quelqu’un qui paie l’addition et efface l’ardoise.

Mais à quelles conditions ? s’interrogeait-il.  Je n’ai toujours pas compris certains « silences » de Mediapart. Des courriels que j’ai adressés à Edwy Plenel et à d’autres membres de la rédaction de Mediapart restent, pour l’instant, sans réponses. De nombreuses interpellations cordiales, sur certains fils de commentaires, ne semblent pas mériter l’attention des auteurs (Edwy Plenel, François Bonnet, Pierre Puchot …). Je ne sais pas si ces silences trouvent un début d’explication dans cette large diffusion gratuite du livre d’Edwy Plenel dans le monde arabe par un certain vecteur … qatari ?!

Par ailleurs, je ne sais pas si la rédaction de Mediapart a vraiment conscience de certains de ses choix, pour le moins incompréhensibles ?! Connait-elle les vrais desseins d’une politique culturelle qatarie faite de promotion d’un certain « modèle » pour le compte d’une certaine tendance visant à atteindre un certain « but ». Je ne sais pas si elle est au courant des tenants et des aboutissants de cette diffusion gratuite et qu’elles sont/seraient ses contreparties ?

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Pour que cela soit clair, je ne suis pas contre la traduction, la diffusion gratuite d’une littérature cosmopolite, dans un monde arabe où la crise de l’édition et celle des livres sont à l’image d’autres crises structurelles, dont souffre le monde arabe, depuis bien longtemps. Bien au contraire, je suis archi pour toute diffusion « gratuite » et surtout « inconditionnelle » et « non orientée », de toute sorte de littérature et pas seulement de celle qui est désormais « instrumentalisée » par des cheikhs pétrodollars conquérants, dans une course de déstabilisation et de « chaostisation » du monde arabe et d’ailleurs. Le livre de Plenel est le quarante-neuvième livre gratuit, édité et diffusé par cette revue du ministère de la culture et des arts qatari. Une série commençant par « Tabaîa Al-Istibdad wa Massariâ Al-Istiâbad» (طبائع الاستبداد و مصارع الاستعباد) – Les traits de la répression et le combat contre l’esclavage – d’Al Kawakibi. L’on y trouve aussi, dans le trente-quatrième rang, la traduction du magnifique texte d’Etienne de La Boétie : « Discours de la servitude volontaire » ainsi que d’autres essais traitant des conditions du renouveau arabe souhaité.  Bizarrement, aucun livre gratuit de cette série, ne traite du jeu trouble du Qatar et de son rôle dans ledit « printemps arabe » et dans le financement et le soutien permanent aux « Frères Musulmans » et aux groupes jihadistes. Aucun livre ne traite de la monarchie qatarie et de ses entorses aux droits de l’homme. Même un certain Tariq Ramadan n’a pas le privilège dont bénéficie désormais … Edwy Plenel !

Pour éclairer la lanterne de Mediapart, entre autres, je me chargerai prochainement et « gratuitement » de publier une enquête, en bonne et due forme, documentée et argumentée comme d’habitude, concernant l’historique incontestable de l’installation durable des « Frères Musulmans » au Qatar depuis les années cinquante du siècle dernier.  En effet, je proposerai au lecteur de remonter le temps, plus de cinquante années en arrière, pour expliquer les débuts de la confrérie sur ce désert qatari lorsque des « frères » ont fui la répression égyptienne à l’époque de Gamal Abdel Nasser. J’expliquerai comment ces « frères » s’y sont installés et comment ils ont misé sur « l’enseignement », la « culture », les « jeunes » pour préparer et endoctriner les futurs « agents » du Tamkine.  Je montrerai, en travaillant sur des documents historiques, que les « frères » sont à l’origine de la création du ministère de l’éducation et de la culture qui, aujourd’hui, diffuse « gratuitement » le livre d’Edwy Plenel. J’expliquerai comment ces « frères » se sont chargés de créer des établissements scolaires, de rédiger des programmes éducatifs officiels et de sélectionner et former les enseignants selon les standards idéologiques de la confrérie.  J’expliquerai comment ces « frères » ont réussi à atteindre un tel pouvoir aujourd’hui dont les efforts sont fournis, en permanence, depuis plus d’un demi-siècle. J’expliquerai aussi comment ces « frères » ont fini, vers l’année 1999, par dissoudre, pour des raisons sécuritaires et stratégiques, leur Tanzim qatari, affilié jusqu’à lors aux Tanzim international des « Frères Musulmans » égyptien. Et pourquoi ils ont opté pour une présence discrète, efficace et sans étiquettes, sous forme, disent-ils, d’un courant large de pensée et d’action, très puissant et intelligemment disséminé dans les sphères du pouvoir, à l’échelle de l’Emirat, comme à l’échelle internationale : Médias, Education, Culture, Politique, Economie, Justice, Associations, Instances internationales, etc.  Les agents de ce courant frériste, comme Al-Qaradawi et Tariq Ramadan, font toujours le boulot en Orient comme en Occident. Ils instrumentalisent quelques noms, quelques figures – comme celui d’Edgar Morin. Ils séduisent d’autres voix, d’autres alliés, par des procédés dont ils ont le secret : la victimisation à outrance !  La voix de Mediapart n’est plus à capter. Ici, Pierre Puchot nie l’existence de l’islamisme. Il ne qualifie plus, par exemple, le mouvement « Ennahda » tunisien, de Rached Ghannouchi, de parti « islamiste » mais uniquement de « parti musulman ». Comme s’il fallait rajouter le qualificatif « musulman » à un parti politique tunisien où tous les autres partis politiques, 144 au total, revendiquent, d’une manière ou d’une autre, une islamité – religieuse et culturelle – transcendant le jeu politique. L’on ne dit pas, par exemple, le « Parti socialiste … musulman ». Cela va de soit dans une Tunisie où 99 % de la population est considérée musulmane !

Là-bas, au Qatar, la « voix » d’Edwy Plenel est diffusée « gratuitement » et à grande échelle. Comme si les mécènes qataris voulaient primer Mediapart pour ses loyaux services. Si c’est cela l’objet de cette reconnaissance, qui en dit long, par ailleurs, sur certains « silences » assourdissants de Mediapart, maintenant c’est chose faite !

Mohamed Louizi

Ce article est également disponible en العربية.

FRÈRES MUSULMANS: ENQUÊTE SUR LA DERNIÈRE IDÉOLOGIE TOTALITAIRE

Frères Musulmans: Enquête sur la dernière idéologie totalitaire

08.06.2015 Michaël Prazan

Il y a quelques mois encore, ils dirigeaient l’Egypte. Aujourd’hui, traqués ou incarcérés, ils ont repris le chemin de la clandestinité. Qui sont les Frères Musulmans ? Disséminés dans le monde arabe, en Europe et aux Etats-Unis, constitués en associations, en partis politiques ou en organismes de charité, ils sont régulièrement soupçonnés d’être liés aux mouvements jihadistes. Tantôt présentés comme des islamistes modérés, tantôt comme des théocrates déguisés, les Frères intriguent autant qu’ils inquiètent. Michael Prazan a voulu percer leur mystère et les a suivis, rencontrés et interrogés pendant plus de deux ans.

Du Caire à Tunis, de Gaza aux camps afghans d’Al-Qaïda, on le suit dans le bureau de Khairat al-Shater, le vice-Guide suprême de la Confrérie, le salon de Rached Ghannouchi, leader du parti tunisien Ennahda, ou les appartements de l’Institut Français de Londres où se confie Noman Benotman, un terroriste repenti, naguère proche de Ben Laden. A travers ses échanges avec eux, avide de comprendre leurs principes, leurs buts, leur organisation, leur expansion fulgurante, leurs méthodes d’action et leurs ambigüités, l’auteur fait le récit d’une histoire presque centenaire, émaillée de succès, de répressions et de zones d’ombres. Entre les dirigeants haut placés qui jurent ne vouloir que la démocratie et les salafistes moins prudents, les discours pacifistes se mêlent aux harangues antisémites et aux invitations au jihad pour dessiner le visage trouble de la puissante confrérie islamiste.

Une enquête inédite et haletante.

Grasset, 2014

Auteur de nombreux documents et essais, journaliste et réalisateur de documentaires, Michael Prazan a notamment écrit Einsatzgruppen, Les commandos de la mort nazis, (Seuil, 2010) et Une histoire du terrorisme (1945-2011) (Flammarion, 2012). Cette enquête fait suite à son documentaire « La Confrérie, enquête sur les Frères musulmans », salué par la critique (mai 2013).

L’UOIF ET L’HÉRITAGE IDÉOLOGIQUE D’« AL-TANZIM AL-KHAS » !

L’UOIF et l’héritage idéologique d’« al-Tanzim al-Khas » !

08.06.2015 Mohamed Louizi

Le courant qotbiste, aux manettes de la confrérie, à l’internationale comme ici en France, et bien qu’il soit assurément fidèle à l’idéologie de Sayyid Qotb, n’a pas tout oublié de celle d’Hassan Al-Banna. Il en garde effectivement quelques souvenirs nécessaires pour sa « légitimité » et reprend quelques idées, en parfaite accord avec celles de Sayyid Qotb.

En effet, lors de la préparation de cet article, et après la lecture attentive de nombreux témoignages surprenants, voire choquants, formulés par des cadres « frères » et d’ « ex-frères », se trouvant au cœur égyptien de cette organisation internationale tentaculaire, j’ai découvert cette chose cruelle, effrayante et monstrueuse : mon ignorance et leur fausseté authentique. J’ai compris que ma connaissance de cette entité islamiste, malgré mes quinze années de loyaux services, reste très limitée et parcellaire, à cause de tous ces voiles opaques superposés, les uns entourant les autres, rendant, par absence de lumière, quasi impossible la lisibilité de l’identité réelle et des véritables projections  d’un dessein ultrasecret.

Par conséquent, je me dis que tous ces alliés objectifs, tous ces autres compagnons de routes, tous ces idiots utiles de bonne foi, tous ces complices, inconscients ou intéressés, de l’islamisme, dénoncés dans le dernier numéro de « Marianne »[1], tous ceux qui déroulent le tapis rouge, sur le terrain de la République Française, à l’idéologie qotbiste sont, peut-être, de là où ils sont, dans la même ignorance que moi, voire pire.

Il est conseillé par des sages que dans le doute, la moindre des choses, serait de s’abstenir. Il est aussi conseillé par un prétendu « sage » islamiste, que dans le doute aussi, il faut décréter un … moratoire. D’ailleurs, il est urgent et vital, pour la survie de ce qui reste de la République, d’exiger un « moratoire républicain contre l’islamisme », de faire un état des lieux détaillé et exhaustif et d’allumer de puissants projecteurs pour éclairer, sur la base du peu que l’on sait, l’étendu des zones obscures que l’on ignore. Le salut de la France en dépend.

J’ai découvert, par exemple, que « l’épître des enseignements » (رسالة التعاليم) – se trouvant en seize pages en arabe – n’était autre que le programme spirituel spécifique qui, à l’époque d’Hassan Al-Banna, était exclusivement réservé à la préparation militaire des membres d’ « al-Tanzim al-Khas », pour les amener à rejoindre cette fraction violente. J’ai découvert que ce texte n’était pas destiné à tous les « Frères Musulmans » engagés au sein de la confrérie. Il n’était pas destiné non plus aux différentes catégories socioprofessionnelles qui se cherchaient un chemin et un cadre pour donner sens à leurs existences et leurs engagements associatifs respectifs.

Non, cette « épître » était destinée uniquement, aux membres de cette branche pour leur donner la matière adaptée au conditionnement militaire et à la préparation psychologique des jeunes candidats au Jihad armé. Dans l’esprit du fondateur, il y avait deux catégories de « frères » : les civiles et les militaires. Les civiles avaient un programme idéologique adapté. Les militaires avaient un autre programme idéologique, adapté aussi. Ces derniers devaient, en plus d’être « frères », être prédisposés, à l’issue d’un parcours initiatique très contraignant, à obéir aux ordres du commandement militaire et à y témoigner, sans hésitation, à tout moment, une totale confiance.  Ils devaient être prêts à obéir, sans discuter les ordres, et à considérer les décisions des supérieurs comme étant indiscutables.

Le soldat, dans toutes les armées du monde, obéit aux ordres. Le soldat « frère »,  ce « frère » militarisé, membre de cette branche armée devait obéir, en toute confiance, aux ordres militaires exigeant de porter des armes, de conduire des opérations commando, d’incendier des bâtiments, d’appuyer sur une gâchette pour éliminer des ennemis et autres adversaires politiques, de faire exploser des trains et des bateaux, etc. Les responsables de ce Tanzim secret avaient cette « épître » d’Hassan Al-Banna qu’ils transmettaient, à leur tour, aux nouvelles recrues !

LE QOTBISME AU CŒUR DE L’EUROPE !

J’ai appris aussi que le troisième guide-suprême, Omar Tilmisani, avait interdit définitivement l’usage de cette « épître » purement jihadiste, durant son mandat de guide. Il l’avait écarté de tout programme éducatif de la confrérie, car il la jugeait catastrophique et dangereuse, à bien des égards, et qu’elle était source de nombreuses difficultés qu’a traversé la confrérie, avant et après, l’assassinat de son fondateur.

J’ai appris aussi que le courant qotbiste, et dès le décès du troisième guide a réussi progressivement, à réintroduire à nouveau l’enseignement de cette « épître ». Aussi, avec l’arrivée au pouvoir du cinquième guide-suprême,  Mustafa Machhour, qui était, pour le simple rappel, membre dirigeant d’ « al-Tanzim al-Khas », dans les années quarante, en plus, qu’il était le principal suspect dans « l’affaire de la Jeep » susmentionnée, datant de 1948, et qu’il était le fondateur du Tazim international, et accessoirement de l’UOIF, cette « épître »  a été officiellement réintégrée, non seulement comme support idéologique d’endoctrinement militaire pour de jeunes jihadistes, mais surtout comme étant « la » base idéologique à enseigner, un peu partout dans le monde, y compris ici en France, à toute personne repérée par les « frères » chasseurs de têtes et sélectionnée pour s’asservir et servir  la confrérie. Cette récente découverte m’a bouleversé profondément car sa signification idéologique m’est juste insupportable, bien qu’elle ait le mérite d’éclairer ma lanterne sur d’autres sujets.

Le prédicateur qotbiste, qui m’avait repéré et chassé dans une salle de prière, lorsque j’étais étudiant au campus universitaire de Lille 1, en 1999/2000, me considérait, en réalité, tel un « soldat », obéissant, docile, et apte à défendre l’idéologie qotbiste.  Dans sa tête, il voyait en ma pauvre personne, peut-être un jeune guerrier, potentiellement capable de porter des « armes » idéologiques pour défendre son qotbisme, ou des armes tout court, si besoin est. Maintenant, que j’ai découvert tout ceci, je serais intéressé de connaître les raisons réelles qui l’ont poussées à s’intéresser à mon cas, et à me proposer d’intégrer le bataillon de l’UOIF !

Il nous expliquait les dix piliers de l’allégeance. Exactement les mêmes piliers, expliqués dans les années quarante, à tout jeune paramilitaire, lors de sa présence devant un maître d’armes, intégralement voilé, lors de la cérémonie d’allégeance, où ce jeune candidat avait une main posée sur le Coran et l’autre main sur le pistolet. Il nous disait que le « frère musulman » devait s’engager, une fois cette allégeance attestée, à observer ces dix piliers, qui sont : La compréhension (Fahm en arabe) ; la sincérité ; l’action ; le Jihad, y compris le recours aux armes ; le sacrifice ; l’obéissance totale ; la persistance ; la fidélité à l’engagement ; la fraternité et la confiance totale placée à l’endroit de la direction et du commandement.

Les cercles suivants, ce recruteur nous expliquait le sens de chaque pilier ainsi que ses principes fondamentaux. Il nous expliquait les vingt principes de la compréhension et insistait, bizarrement, sur deux piliers en particulier, à savoir : « l’obéissance » et « la confiance totale en la direction ». Il nous expliquait les trente huit devoirs que chaque « frère » devait accomplir, au quotidien, en nom de son allégeance à l’UOIF. Ce sont les mêmes trente huit devoirs qu’Hassan Al Banna exigeaient aux membres de son bras armé, et qui sont explicités dans cette fameuse « épître des enseignements », sur environ cinq pages.

ESPRIT D’UNE ALLÉGEANCE, ENTRE HIER ET AUJOURD’HUI !

Cette découverte m’a fait plongée dans mes pensées. Car, que je le veuille ou pas, lorsque j’avais intégré l’UOIF, une organisation française visiblement civile, j’avais prononcé exactement les mêmes mots que prononçaient, jadis, uniquement les « frères soldats », les « frères moujahidouns » d’ « al-Tanzim al-Khas » !

J’avais prononcé les mêmes paroles que celles récitées par tous les « frères » assassins qui ont tué des hommes politiques égyptiens, brulé des bâtiments, saccagé des espaces publiques, explosé des bombes, etc. Une sorte de continuité et d’alliance symbolique, malgré moi, s’est matérialisée inconsciemment, au moment où j’ai serré la main de mon recruteur, et surtout d’un certain Amar Lasfar, pour lui exprimer mon allégeance et mon engagement de servir l’islam, fidèlement, à côté de mes autres « frères » et « sœurs » de l’UOIF. J’avais cru que j’étais un « simple frère musulman », je découvre aujourd’hui que cela n’était pas tout à fait le cas.

Car un simple « frère musulman », selon la propre littérature d’Hassan Al-Banna, devait juste exprimée une « allégeance générale », faite d’engagement de repentance et de bonnes actions pour servir les musulmans et soutenir la cause de l’islam. Force est de constater que cette « allégeance générale » ne suffisait pas, au début des années deux milles, pour adhérer à l’UOIF. L’UOIF préfère plutôt la version militaire de l’allégeance, en prenant le risque de contredire les recommandations de son guide fondateur et la différenciation, que celui-ci, faisait en son temps, entre des « frères musulmans » et des « frères moujahidouns » !

En introduction de cette « épître » – écrite dans un contexte de colonisation britannique et de guerre – Hassan Al Banna disait, je traduis :

« Voici ma lettre destinée aux « frères moujahidouns » parmi les « Frères Musulmans ». Ceux qui ont cru fermement en la suprématie de leur apologie, et en la sacralité de leur idée, et qui ont décidé véridiquement de vivre avec cette idée, ou de mourir pour sa cause.

A ces « frères moudjahidines », à eux uniquement, j’adresse ces quelques brèves paroles. Ce ne sont pas des leçons à apprendre par cœur, mais ce sont des instructions à exécuter.

Au travail, chers frères authentiques ! Dieu dit : « Dis leurs : Agissez ! Dieu appréciera vos œuvres, ainsi que le Messager et les croyants. Et quand vous serez ramenés vers Celui qui connait l’invisible et l’apparent, Il vous renseignera sur ce que vous aurez fait »[2]. Il dit aussi : « Telle est ma Voie dans toute sa rectitude. Suivez-là ! Ne suivez pas les pistes tortueuses qui ne feront que vous éloigner de la Voie du Seigneur ! Voilà ce que Dieu vous recommande de faire ! Peut-être serez-vous ainsi amené à le craindre ! »[3].

Par contre, les autres « frères musulmans » – poursuit Hassan Al-Banna – ils ont d’autres enseignements et conférences, des livres et des articles, des manifestations et des réunions.

A chacun sa direction vers laquelle il s’oriente. L’essentiel est de chercher à vous surpasser, les uns les autres, dans l’accomplissement du bien. Les promesses divines s’étendent aux uns et aux autres »[4] !

LA SIGNATURE DE MOSTAFA MACHHOUR ?

Ainsi, la différenciation entre les deux catégories, civiles et militaires, est plus qu’évidente. L’UOIF a choisit, elle, ce texte militaire pour engager de simples acteurs civiles, de différentes catégories socioprofessionnelles. Pourquoi ce choix ? Serait-il le choix d’un certain Mostafa Machhour, cet ultraqotbiste, ancien dirigeant d’ « al-Tanzim al-Khas », fondateur du Tanziminternational, qui encourageât en 1983, depuis Munich en Allemagne, son gendre à Nancy, pour créer et présider l’UOIF ? Je n’ai pas la moindre idée !

Ce qui est clair et limpide dans mon esprit, c’est que l’UOIF, minée par le qotbisme jusqu’à sa moelle épinière, n’a pas choisi de suivre les recommandations du fondateur. Elle suit depuis sa création, par des qotbistes, les injonctions des héritiers de Sayyid Qotb, les membres du fameux « Tanzim des dizaines ».

En vérité, ce ne sont pas des « frères musulmans » qu’elle recrute depuis le temps, mais ce sont des « frères moujahidouns ». Pire encore, cette épître prévue pour la branche paramilitaire est désormais enseignée à un public jeune, au sein de l’Institut Al-Qods, par le recteur de la mosquée de Villeneuve d’Ascq, en personne, qui est aussi professeur de mathématiques au « Collège-Lycée Averroès » !

La fidélité de l’UOIF à la lettre de cette « épître » ne s’arrête pas là. Elle se poursuit après l’expression rituelle de l’allégeance. Dès lors, chaque « frère » se doit d’observer les trente huit « ordres et devoirs » qui y sont annexés.  Parmi ceux-ci, le vingt-cinquième, dans l’ordre, par exemple, dit clairement, je traduis :

« Il faut que tu boycottes les tribunaux civils et toute justice non islamique. Il faut que tu boycottes aussi les clubs, les journaux, les associations, les écoles et les organisations qui s’opposent à ton idée islamique »[5] ! Le « frère moudjahid » de l’UOIF a apprit cela avant l’allégeance dans des cercles fermés. Par cet engagement, il/elle se doit d’observer les trente huit devoirs, y compris celui qui lui ordonne, sans équivoque, de boycotter les « écoles » qui s’opposent à l’idée islamique. La création d’un établissement privé musulman, comme le « Collège-Lycée Averroès », par les « frères moujahidouns » de l’UOIF est une forme d’exécution de cet ordre même si les prétextes exprimés, face caméra, ne s’y réfèrent pas !

L’UOIF ET LA JEUNESSE …

En octobre 2005, lors d’une assemblée générale élective des « Frères Musulmans » de la métropole lilloise, Amar Lasfar, et le bureau de sa « Ligue Islamique du Nord » (LIN), ont présenté le rapport « moral » de leur mandat précédent. Ce rapport dressait l’inventaire des priorités d’action de la LIN. L’on y trouve, par exemple, la vision claire des « frères » concernant l’école d’apprentissage du Coran et de la langue arabe.

A ce sujet, le rapport d’Amar Lasfar dit expressément, je cite : « Cette institution doit être une de nos préoccupations majeures. Elle est l’un des lieux de renouvellement de notre potentiel humain. Elle est le terrain de culture de nos idées et de notre pensée. Elle est l’institution qui héritera de nos acquis pour en faire un avenir meilleur » !

Ici, il faut comprendre que l’on parle bien d’enfants de cinq à quinze ans, considérés par les « frères moujahidouns » du Nord, comme un terreau fertile, où il est impératif de cultiver l’idéologie qotbiste de la confrérie, dès le jeune âge, pour assurer l’avenir.

Au sujet de la formation religieuse des jeunes, le rapport d’Amar Lasfar précise que: «  Ce secteur est très dynamique et affiche de grandes ambitions quant à l’encadrement d’une jeunesse qui a soif de savoir, et d’un public en besoin de langue arabe […]. L’institut doit continuer d’exister et constituer un des outils privilégiés dans la formation et l’éducation ».

A cette époque, la LIN avait un seul centre de formation : « L’institut Al-Imane ». Aujourd’hui, cet institut s’est beaucoup développé et diversifié. Il est très actif à la « Mosquée de Lille-Sud » et au « Centre Islamique de Villeneuve d’Ascq ». Mais de temps en temps, il déborde aussi sur le « Collège-Lycée Averroès », naturellement, avec la bénédiction de la direction actuelle. Et ce, pour deux raisons : D’abords, parce que certains formateurs, « frères moujahidouns », à « L’institut Al-Qods » sont aussi des enseignants au « Collège-Lycée Averroès ». Et ensuite, parce que certaines activités idéologiques de cet institut islamiste sont organisées au sein même de cet établissement privé, sous contrat d’association avec l’Etat !

La littérature idéologique et jurisprudentielle des « frères » y occupent une place centrale, comme en témoigne son programme éducatif et ses invités. Il ne s’appelle plus « L’institut Al-Imane » – Al-Imane, veut dire, selon une acception très répandue : la foi –  mais « L’institut Al-Qods » (Jérusalem) : Tout un symbole !

Reste à préciser, encore une fois, que l’idéologie dominante, au moins dans cette puissante baronnie nordiste, si ce n’est pas à l’échelle nationale, est celle d’un courant majoritaire d’obédience qotbistesalafistetakfiristetamkiniste et califaliste, défendant, si besoin est, ouvertement le recours à la violence, au nom de ladite résistance légitime. Un courant idéologique bien différent de celui des supposés « frères » réformistes séculiers, que pourrait représenter le très minoritaire, et le très médiatique aussi, l’imam Tareq Oubrou, sur l’échiquier national.

Ce courant qotbiste dominant ne se gêne point lorsqu’il s’agit de diffuser et de défendre, à travers tous les canaux, à sa disposition, et depuis plus de trente ans, les standards idéologiques de Sayyid Qotb, en plus de l’ensemble des épîtres d’Hassan Al-Banna. Plusieurs « frères » et « sœurs » participent activement à répandre l’idéologie qotbiste et ses pratiques takfiristes, à l’image de cette puissante « courroie de transmission » : Mon ancien recruteur !

Lorsque l’on sait que derrière le sourire vaurien, mécaniquement entretenu pour séduire les médias et autres interlocuteurs, d’un certain Amar Lasfar, se cache en vérité, un autre visage qotbiste grave et renfrogné, d’un certain Mohammed-Taïeb Saghrouni, de sérieuses inquiétudes devraient être exprimées. Cet homme est une mémoire vivante et très active du courant qotbiste. Il était aussi le « garde du sceau de l’allégeance » dans la région. Rien ne me permet de confirmer qu’il ne l’est plus. D’ailleurs, jusqu’en 2006, l’on ne pouvait pas être coopté pour adhérer à la confrérie qu’après sa totale bénédiction. En Egypte, derrière l’ex-guide-suprême Mohammed Badie, il y avait  Mahmoud Ezzat. En France, derrière Amar Lasfar, il y a naturellement, en arrière-plan idéologique, Mohammed-Taïeb Saghrouni, depuis toujours !

N.T.F.  : Première cible du « Collège-Lycée Averroès » !

Suite à la réélection d’Amar Lasfar, entouré du même noyau dur – du même arrière plan qotbiste – et de quelques autres « frères moujahidouns » très obéissants, celui-ci nous a réuni, le vendredi 18 novembre 2005, de dix-neuf heure trente à minuit, pour penser l’avenir des « frères », rêver ensemble à haute voix, formuler des propositions et définir des perspectives. La technique Brainstorming  a été privilégié et expliquée pour mener à bien cet exercice collectif de projection stratégique à long terme.

Ce soir là, nous étions trente-deux « frères ». Vingt-six ont exprimé diverses propositions et améliorations concernant tous les champs d’action de l’UOIF (Mosquées, CRCM, écoles, femmes, jeunes,…). Dix « frères » ont fait des propositions en lien direct avec la formation religieuse des jeunes et surtout avec le « Lycée Averroès ». Parmi ces dix intervenants, six assumaient, et assument toujours, des fonctions d’enseignement ou de direction au sein de cet établissement privé musulman. Amar Lasfar s’est chargé, à la fin de cette rencontre inhabituelle, de faire la synthèse, avec son bureau exécutif, et s’est engagé d’en faire sa feuille de route pour les années à venir.

Ici, je me permets de publier, pour la première fois, quelques extraits représentatifs d’un état d’esprit collectif, au sein de cette confrérie, et révélateurs de certaines convictions profondes, jamais avouées, surtout en ce qui concerne la raison d’être, le fonctionnement interne, un peu particulier, et les motivations réelles de la création même du lycée de la confrérie qotbiste.

Je ne vais pas respecter, hélas, l’ordre d’Amar Lasfar, qui, à la fin de la réunion, « nous » a interdit de parler de ces propositions en dehors de ce cadre, et par la même « nous » a interdit aussi de critiquer l’équipe dirigeante dans les couloirs ou dans les parkings des mosquées. Je ne respecte plus ce devoir de réserve. Parce que je ne fais plus parti de « ses » sujets. Et, parce que se taire et laisser prospérer l’infâme déni, dans de telles situations, c’est consentir et trahir la cause de la jeunesse française, musulmane en particulier, surtout en ces temps troubles !

Ci-après, je ne respecte pas l’ordre des citations tel qu’il s’est déroulé lors de cette soirée. Toutefois, j’atteste, en toute conscience et sur la base de preuves matérielles en ma possession, de l’authenticité de ces propos et j’assume totalement la responsabilité de les avoir rendus publiques. L’identité des auteurs ne sera pas révélée. La proximité avec le lycée le sera pour permettre au lecteur d’imaginer le degré d’influence, des uns et des autres, au sein de cet établissement. Les auteurs se reconnaîtront sans doute. Car bien que les années passent, le qotbisme idéologique reste sclérosé. L’essentiel n’est pas l’identité de la personne mais plutôt le contenu d’une pensée et les constances d’une stratégie qui, à partir d’un cotexte local, vise le Tamkine à long terme, avec des « armes » différentes de celles utilisées, jadis, par « al-Tanzim al-Khas » !

Pour commencer, je cite le propos d’un « frère », parmi les notables de l’UOIF, à l’échelle nationale, qui qualifia, d’entrée de jeu, la jeunesse française, de confession ou de culture musulmane, en utilisant l’abréviation : « N.T.F. » !?

En effet, bien que cette abréviation pourrait signifier quelque chose de particulièrement vulgaire, surtout lorsqu’elle serait prononcée par un jeune adolescent insouciant. Cette même abréviation, sortant de la bouche d’un « frère moudjahid» cumulard, qui a occupé des fonctions éducatives au sein du « Lycée Averroès » en plus de ses influences remarquées au sein de l’association EMF, est encore plus vulgaire et plus choquante !

« N.T.F. » signifie, pour ce « frère » les « Natifs en Terre Française », pour désigner – sourire aux lèvres pour cette trouvaille linguistique ! – des jeunes citoyens français, issues de familles musulmanes. L’identité de ces jeunes citoyens français est réduite à un territoire de naissance. C’est la terre qui serait française selon ce « frère », les jeunes, eux, ne sont que des « natifs » sur son sol, ce qui n’est pas faux, mais ô combien réducteur et révélateur d’une certaine conception.

« Il faudrait élargir l’UOIF pour qu’il soit profitable pour plus de monde. Il faudrait désigner une personne du bureau exécutif de la LIN, qui soit chargée exclusivement des N.T.F., de la formation et la préparation de ces jeunes », suggérait-il, avant de conclure son propos, en déplorant : « Nous sommes, chers frères, dans l’attentisme par rapport à la question des jeunes ».

Recrutement de jeunes : Comment redémarrer la machine ?

Un autre « frère » regrettait la même chose en disant : « Notre machine de recrutement est en panne, il faut aller davantage vers les jeunes ». Dans le même sens, un « frère » proposa de s’organiser plus, de sonder le terrain de la jeunesse en vue de sa conquête vitale : « Il nous faudrait une cartographie détaillée de la région. Notre esprit doit être un esprit de guerre ». Le propos ici, est celui d’un « frère moudjahid » !

« L’une de nos actions futures devraient-être la promotion de la pensée du « juste milieu » (الوسطية) » précisait un cadre, très intelligent, et l’un des rares à être nettement en dessous de la moyenne du qotbisme ambiant. Il faisait parti du premier cercle qui avait investi le projet de la mise en place du « Lycée Averroès ».

Un autre « frère », fin connaisseur de la littérature frériste – les « épîtres » – et de la pensée stratégique d’Hassan Al Banna, toujours professeur au « Collège-Lycée Averroès », et l’un des conseillers privilégiés de la direction, disait : « Il faudrait rappeler notre tâche principale : « une foi ancrée et profonde », « une formation spécialisée et qualifiante » et une « action ininterrompue ». D’où la nécessité de redéfinir de nouvelles compétences à atteindre. Il faudrait diffuser et promouvoir notre discours, tout d’abord dans les mosquées, et surtout auprès des jeunes » !

Ce « frère », en plus de son ciblage remarquable de la catégorie des « jeunes », utilisa délibérément, dans son propos, trois expressions qui ne sont pas neutres, ni idéologiquement, ni stratégiquement, je cite : « une foi profonde » (الإيمان العميق), « une formation précise » (التكوين الدقيق) et « une action ininterrompue » (العمل المتواصل). Pour comprendre la portée idéologique de ces trois expressions, il faudrait revenir un peu plus de soixante-dix ans en arrière. Ces trois expressions ont été utilisées, mot par mot, par Hassan Al Banna, vers les années 1940, dans une autre épître intitulée : « Entre hier et aujourd’hui » !

Il s’agissait, en effet, d’une épître d’évaluation d’étape et de rappel des idées essentielles du projet tamkiniste de la confrérie. Dans cette épître, le fondateur rappela que les deux buts principaux de sa mouvance islamiste sont : premièrement, libérer la patrie islamique de la colonisation étrangère, et deuxièmement, fonder un état islamique (un Califat), gouverné par les lois de l’islam, en Egypte, dans les pays arabes et sur toute autre terre qui connait le bonheur de la foi musulmane[6]. Le fondateur y explique ensuite les trois moyens généraux et synthétiques pour atteindre ces deux buts, en disant, je cite : «une foi profonde, une formation précise  et une action ininterrompue »[7].

Elite, leadership et Tamkine !

Hassan Al Banna avait, depuis la création des « Frères Musulmans » imaginait, pour mener à terme son projet stratégique d’islamisation, vers le Tamkine global, trois étapes : Premièrement, « présentation et diffusion de l’islam ». Deuxièmement, « sélection et formation » et troisièmement, « exécution ». Les échecs et obstacles qu’a connu la confrérie depuis l’assassinat du fondateur, ont convaincu des idéologues et stratèges contemporains de la confrérie – à l’image du libyen Ali Sallabi – d’intercaler une quatrième étape d’autoévaluation intermédiaire entre la phase dite « sélection et formation » et la phase « exécution » ou « Tamkine ». Par ailleurs, les trois expressions réutilisées par le professeur du « Collège-Lycée Averroès », dans le cadre de cette soirée de réflexion stratégique, au premier étage de la mosquée de Lille-Sud, s’intègrent parfaitement dans cette deuxième étape d’un processus à quatre marches et d’une main à quatre doigts. Les mots ont toujours un sens !

Ce professeur recommandait ensuite, je cite : « Il faudrait former nos cadres pendant les périodes des vacances et proposer aussi aux jeunes des stages de formation religieuse et spirituelle. L’objectif étant de faire émerger une élite pour garantir les besoins du leadership ». En effet, parler de la stratégie du Tamkine sans évoquer, naturellement, la notion et le rêve du leadership serait étonnant. Ainsi, les termes « élite » et « leadership » ont été lâchés, avec beaucoup d’assurance et d’espérances.

Ce même terme « élite » a été utilisé par un autre « frère », vieux routiers de la confrérie, à Lille et à Paris, totalement à l’aise avec la stratégie Tamkine, qui disait en arabe, je traduis : « En vue des prochaines élections présidentielles, parlementaires et municipales, il va falloir sélectionner et préparer une élite qui s’occupera de l’action politique. Il faudrait intégrer les partis politiques pour les influencer de l’intérieur » !

L’art de la guerre !

Toutefois, la stratégie Tamkine nécessite la prudence, recommande le secret et préconise la dissimulation. Sun Tzu, dans « l’art de la guerre », recommandait de joindre la ruse à la valeur, la sagesse à la force. « A quoi servent la bravoure sans la prudence ? La valeur sans la ruse ? » S’interrogeait-il.  Un « frère moudjahid » recommandait cette prudence nécessaire. Ainsi, l’image renvoyée au public et aux médias ne devrait pas refléter la réalité des faits, les faits de la réalité. Hassan Al Banna répétait toujours ce hadith, supposé authentique, attribué au Prophète : «la guerre est une ruse » !

Ce « frère moudjahid » semble avoir bien assimilé cette maxime stratégique. Lors de cette soirée, il avait juste murmuré : « Il faudrait assurer une indépendance [de façade] du Lycée Averroès et de l’Institut Al-Imane. Ces deux institutions ne doivent pas être présidées par un membre connu du bureau de la LIN ». Les présidents de ces institutions ne devraient pas « être connus » comme étant des « frères moujahidouns » !

D’ailleurs, la première directrice du « Lycée Averroès » fut Madame Sylvie Taleb Duchemin. Elle avait compris par la suite qu’elle n’était là que pour le décor. Elle a fini par démissionner. L’actuel directeur, Hassan Oufkir,  a été rapatrié du bastion valenciennois, d’un certain Hassan Iquioussen : son maître. Ce directeur, presque inconnu du microcosme islamiste de la métropole lilloise, est épaulé par un certain Eric Dufour, converti à l’islam, et conseillé par un certain Michel Soussan. Toutefois,  il est très difficile de ne pas apercevoir, en filigrane,  la main à quatre doigts d’Amar Lasfar !

Toujours au sujet de cet établissement privé musulman, un autre « frère » disait : « Nous devons parachever l’œuvre et la réalisation du Lycée » ! Quelques années plus tard, c’est chose faite. Cet établissement frériste à signer son contrat d’association avec l’Etat en 2008. Il s’est procuré de nouveaux bâtiments et a déménagé de la mosquée de Lille-Sud en 2012. Son exemple tente d’être exporté à d’autres baronnies, à d’autres bastions de « frères moujahidouns ».

Par ailleurs, le « frère moudjahid », fin connaisseur de la littérature d’Hassan Al Banna, que j’ai cité auparavant, toujours professeur dans cet établissement et élément incontournable de l’échiquier islamiste du Nord, après avoir expliqué certaines contraintes que rencontrait cet établissement depuis sa création, il déclarait : « Si aujourd’hui nous subissons les enseignants et les formateurs, demain nous devons les choisir. Il faudrait tout faire pour que nos cadres frères musulmans aient la mission de formation de nos jeunes, au sein du lycée et dans d’autres structures » !

Force est de constater que, désormais, l’Etat finance, avec l’argent du contribuable, et le soutien de l’UMP, plus de dix-sept postes d’enseignants au « Collège-Lycée Averroès ». Parmi ces dizaines de professeurs, il y a bel et bien des professeurs « frères moujahidouns ». Il y a aussi des professeurs, plus ou moins, proches de l’idéologie islamiste. Et il y a des professeurs lambdatiques, recrutés pour simuler l’ouverture et la diversité. Il est toujours conseillé de joindre la ruse à la valeur, dit-on.

Une interrogation me hante désormais : Si l’Etat peut, après la vérification du respect de certains critères, et au nom de la loi républicaine, prendre en charge les rémunérations des professeurs de l’enseignement privé, quel qu’il soit, l’Etat devrait-il continuer à financer des agents connus, qui ne se cachent plus, de l’islamisme et de nombreux héritiers d’Hassan Al Banna et de Sayyid Qotb ? Les fameux critères ne seraient-il pas appelés à évoluer ? Simples interrogations.

Pour le Tamkine, il faudra suivre le modèle juif !

Par ailleurs, puisqu’il est très rare que des « frères moujahidouns » traitent un sujet, un quelconque sujet, sans parler des juifs, les fils d’Israël,  ce « frère » recommandait d’étudier la [supposée] stratégie des juifs de France, qui selon ses dires, ont réussi leur Tamkine politique, ici en France et partout ailleurs.

Il disait : « Nous devons prendre l’exemple des juifs de France. Nous devons tirer des enseignements de leur expérience. Ils ont bien ciblé leurs besoins communautaires, en ce qui concerne les institutions et les domaines de spécialisation. Nous voyons le pouvoir qu’ils ont atteint depuis. Ils ont réussi à former des compétences. Nous devons étudier et suivre leur exemple ». Selon ses dires, si la communauté juive de France  a réussi à faire émerger une élite « juive » (!) avec des compétences diversifiées et spécialisées, qui influencerait (!) désormais toutes les institutions françaises, les « Frères Musulmans » n’ont qu’à reproduire ce modèle. Ainsi parla ce professeur, loin des caméras et des microphones.

Cette dernière citation résume, sans langue de bois, la visée politique tamkiniste de cet établissement scolaire, ses objectifs réels et le modèle – imaginé et imaginaire – qu’il souhaite produire en utilisant la jeunesse musulmane scolarisée – ces fameux N.T.F. – comme matière première à façonner, selon les standards idéologiques de la confrérie, et en sollicitant les deniers de l’Etat laïque pour financer des agents « d’usinage » islamiste, idéologiquement très « qualifiés » !

La recommandation de ce professeur « frère moudjahid » est parfaitement en phase avec le contenu de la plaquette de présentation[8] (en arabe) de cet établissement, rédigée par l’équipe d’Amar Lasfar, et adressée aux riches donateurs des pays du Golf (QatarKoweït, etc.). Celle-ci explique que l’un des objectifs de cet établissement est de : « mettre en place un nouveau prototype éducatif musulman, rivalisant avec les écoles françaises, et permettant de former, en son sein, des hommes musulmans et des femmes musulmanes qui, le moment venu, permettront d’atteindre le Tamkine, pour notre majestueux islam dans ces contrées » !

Quant au but ultime, cette plaquette explique clairement que ce lycée a l’obligation de : « former et préparer une élite, choisie parmi les enfants de la communauté musulmane, pour qu’ils puissent occuper des postes sensibles au sein de la société française comme : l’ordre des avocats, l’enseignement supérieur, la médecine, les médias, etc. » !

Hassan AL Banna, n’avait-il pas ordonné, dans son « épître des enseignements », à ses « frères moujahidouns » de boycotter, les « écoles » qui s’opposent à l’idée islamique ?

Le « Plan Tamkine » de 1992, découvert chez le qotbiste Mohamed Khayrat Chater en Egypte, ne préconisait-il pas comme recommandation stratégique d’utiliser l’élite des « Frères Musulmans » pour faire de l’entrisme politique et infiltrer les corps de « l’armée », des « médias » et de la « Justice », entre autres ?

Lorsqu’Hassan Al Banna menaça la France !

Je ne pourrais jamais décrire intégralement ce qui se trame réellement, dans le secret absolu, au cœur de ce véritable « nid de vipères ». Des vipères qui muent, certes, au gré des circonstances, des temps et des interlocuteurs, mais des vipères qui restent naturellement vipères. Chasser le naturel, dit-on, il revient en rampant ! Les « frères moujahidouns » n’oublient jamais leur identité, leur allégeance et leur projet. Ils n’oublient jamais les promesses et les menaces de leur guide-suprême. Ils n’oublient jamais cette « menace » directe d’Hassan Al Banna à l’adresse de la France en particulier. Ils la lisent dans le secret des cercles fermés, mais ne la traduisent jamais. Elle est là, écrite noire sur blanc, dans les « épîtres » qu’ils enseignent aux jeunes recrues, dans les cercles et dans les centres de formation religieuse.

En 1939, dans un discours très particulier traitant de la stratégie du Tamkine global, de ses trois étapes, de ses objectifs et de ses moyens, le fondateur adressa ces paroles dédiées à la France, à ses « frères », réunis au tour de lui, au cinquième congrès de la confrérie. Son propos est fidèlement transmis aux générations suivantes. Il disait, je traduis :

« … La France qui avait prétendu, pendant un temps, être l’ami de l’islam, elle devra rendre longuement des comptes aux musulmans. Nous n’oublierons jamais son honteux positionnement à l’encontre de notre chère Syrie. Nous n’oublierons jamais sa position vis-a-vis de la question marocaine et du Dahir Berbère[9]. Nous n’oublierons pas nos frères nombreux, tous ces jeunes de la patrie marocaine, libre et combative, jetés aux fonds des prisons et aux extrémités des exiles. Viendra le jour où ce compte sera réglé. C’est ainsi que nous faisons alterner les jours fastes et les jours néfastes parmi les hommes »[10], disait-il !

Ce compte sera réglé un jour, les « frères moujahidouns » le pensent vraiment. Certainement pas avec la force des armes mais au terme d’un processus stratégique, qui a commencé en 1983 et qui se poursuit. Un professeur du « Collège-Lycée Averroès » rappela la recette d’Hassan Al Banna, pour gravir chaque palier de la stratégie de règlement de ce différend historique. Je cite : «une foi profonde, une formation précise  et une action ininterrompue »[11]. (p. 108)

Pour Amar, l’ère de l’école est venue !

Les « frères moujahidouns » de l’UOIF poursuivent le chemin, petit-a-petit. Amar Lasfar expliqua, le 25 mai 2015, à une journaliste de l’Express qu’après la focalisation sur la construction des mosquées : « l’ère de l’école est venue »[12]. Et « après l’ère de l’école » ? Dommage, la journaliste ne lui a pas posé cette question. Dans la tête du guide français des « Frères Musulmans », à chaque ère, ses structures. « La présentation et la diffusion » de l’islamisme, exigent le contrôle des mosquées. « La sélection et la formation » des jeunes, exige des écoles, collèges et lycées. S’enchaînera, en parallèle, l’infiltration et l’entrisme, avant peut-être, l’assaut final, qui se produirait, ou pas, dans quelques décennies. La France devrait-elle se rappeler qu’elle a des comptes à rendre, tôt ou tard, aux islamistes d’Hassan Al Banna ?

La marche avance, à son rythme, mais elle avance tout de même. Dans le début des années 2000, il y avait une seule école privée musulmane en France. En 2015, la « Fédération Nationale de l’Enseignement privé Musulman »[13] (FNEM), créée et dirigée par les « frères moujahidouns » de l’UOIF depuis 2014, dénombre trente cinq établissements. La presse de cette semaine révèle la création prochaine d’une cinquantaine d’autres établissements. En quinze ans, l’on est passé d’un seul établissement à plus de quatre-vingt, qui sont, soit en phase projet ou en cours d’exploitation … islamiste !

Complicités Nord-Sud !

Mais l’UOIF, bien qu’elle soit soutenue généreusement par des cheikhs pétrodollars et financée, en partie, par les deniers publics sous couvert de contrats d’association avec l’Etat, cette entité islamiste, très organisée et très active par ailleurs, ne peut strictement rien sans le soutien effectif d’hommes politiques, de gauche comme de droite, et la connivence d’autres acteurs associatifs et médiatiques. Dans le Nord, à Lille, c’est bien la droite de Jean-René Lecerf (UMP) qui déroule le tapis rouge aux qotbistes de l’UOIF. Dans le Sud, au quartier Nord de Marseille, c’est bien la gauche de Samia Ghali (PS) qui passe l’aspirateur[14]. Cette dernière se vante aujourd’hui, sur sa page Facebook d’avoir défendu, au nom de l’égalité et de la diversité, auprès du « Ministère de l’Education Nationale » la demande d’un certain Mohsen Ngazou, de signer le contrat d’association entre l’établissement scolaire Ibn Khaldoun de l’UOIF et l’Etat.

Je ne sais pas si cette élue PS a au moins une idée de ce que représente le directeur de cet établissement privé, Mohsen Ngazou pour ne pas le citer, sur l’échiquier européen et hexagonal des « Frères Musulmans » ? Cumulant, à la fois, plusieurs responsabilités éducatives au sein de l’UOIF, de la « Fédération des Organisations Islamiques d’Europe » (FOIE) à Bruxelles et de la FNEM, ce « frère moudjahid» est aussi l’une des rares « plumes » de la confrérie, surtout en langue arabe, qui diffuse sans gêne l’idéologie d’Hassan Al Banna. Je ne sais pas si l’élue marseillaise a déjà eu l’occasion de le lire, avant de le soutenir auprès du Ministère de l’Education Nationale ! Je la renvoie simplement vers un article, en particulier, publié en mai 2006, en arabe, intitulé : « Les défis éducatifs que rencontrent la jeunesse musulmane en Occident »[15].

Dès l’introduction, la couleur idéologique est affichée. La référence à l’épître qu’Hassan Al Banna avait adressée à la jeunesse est clairement assumée, au mot près, et sans l’ombre d’un doute. Ses références bibliographiques, indiquées en marge de l’article, sont toutes fréristes sauf une : Jocelyne Césari. Les autres sont : Hassan Al BannaIssam Al AttarTariq RamadanKamel Helbawi et Badr Al Mas. Cet article mérite d’être analysé en profondeur. J’y reviendrai, peut-être prochainement. Toutefois, je me permets de citer un seul passage, je traduis : « La base de notre vie, c’est de vivre musulmans et libres. Chaque institution, parmi les institutions musulmanes, n’est qu’un moyen qui doit servir le but visant à permettre aux musulmans d’atteindre le Tamkine, pour qu’ils puissent vivre libres, par la guidance de l’islam » !

Aussi, cette élue PS a-t-elle lu, un autre article en arabe, intitulé : « Dis : Agissez … et ne désespérez pas ! », du même auteur Mohsen Ngazou, paru dans la même revue AL EUROPIYA, numéro 34 en juin 2003 (cf. photo ci après) ? Dès l’introduction de cet article d’exhortation, le ton est donné. Après avoir expliqué les conditions difficiles que subit ladite « Oumma » islamique, « sous l’ombre d’une mondialisation envahissante et d’un matérialisme tyrannique » déplorait-il, il dit avoir trouvé dans le Coran et la sunna du Prophète la promesse divine du … Tamkine !

Pour appuyer son propos, il cita le verset suivant : « Allah a promis à ceux d’entre vous qui ont cru et fait les bonnes œuvres qu’Il leur donnerait la succession sur terre comme Il l’a donné à ceux qui les ont précédés. Il donnerait force et suprématie à leur religion qu’Il a agrée pour eux … » (Coran, 24, 55). Ensuite, l’actuel directeur du « Collège-Lycée Ibn Khaldoun » de Marseille, expliqua, toujours en se basant sur des versets coraniques, le sens donné au concept Tamkine : la force, avoir de l’importance, s’élever de grade et devenir puissant et majestueux, etc. Il détailla ensuite tout un programme d’action, prenant de la « jeunesse » la cible et la matière brute.

Ainsi, les constances idéologiques depuis Hassan Al Banna sont les mêmes. Le projet tamkiniste est toujours le même. Les méthodes s’adaptent. Des alliances incroyables sont désormais scellées. Les « frères » muent. La jeunesse N.T.F. reste la cible privilégiée pour assurer l’avenir de l’islamisme. Des établissements islamistes sont désormais soutenus par les deniers publics. Une part des impôts payés par de simples contribuables tombent, tous les fins de mois, dans des comptes courants de nombreux agents d’Hassan Al Banna.

Enfin, au-delà des aides financiers de l’Etat, l’UOIF compte beaucoup sur des soutiens idéologiques, d’autres acteurs agissant, activement, sur le terrain de la prédication salafiste, qui parlent parfaitement le langage de la jeunesse. Le dernier article de cette série en présentera un cas, qui est loin d’être un cas isolé. Cela permettra au recteur Bernard Toulemonde de diluer un peu son propos, dans l’Express d’hier, je cite : « Il existe une forme de suspicion à l’égard des établissements musulmans. Mais ceux qui demandent à passer sous contrat ne sont pas tenus par des salafistes »[16] .

A vérifier !


[1] Marianne, Dossier : « Les complices de l’islamisme », n°944, du 22 au 28 mai 2015

[2] Coran, 9, 105.

[3] Coran, 6, 153.

[4] Hassan Al BannaÉpîtres de l’imam martyr Hassan Al-Banna (en arabe), Dãr Al-Hadarah Al-Islamiyyah, p. 355.

[5] Hassan Al BannaIbid. p. 367.

[6] Hassan Al BannaIbid. p. 107.

[7] Hassan Al BannaIbid. p. 108.

[8] Citée et analysée dans mon témoignage-citoyen d’intérêt public publié le 19 mars 2015.

[9] Lire ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dahir_berb%C3%A8re

[10] Hassan Al BannaIbid. p. 151.

[11] Hassan Al BannaIbid. p. 108.

[12] http://www.lexpress.fr/education/education-le-long-chemin-de-l-ecole-musulmane_1681519.html#kJodPYBdVqOfUkob.99

[13] Ici, le site officiel de la FNEM : http://www.fnem.fr/

[14]https://www.facebook.com/page.samia.ghali/posts/710989915678328

[15] Paru dans la revue « Al-EUROPYA », numéro 45, qu’édite la FOIE

[16] http://www.lexpress.fr/education/education-le-long-chemin-de-l-ecole-musulmane_1681519.html#kJodPYBdVqOfUkob.99

ROLAND LOMBARDI : QATAR ET FINANCEMENT DE L’ISLAMISME

Roland Lombardi : Qatar et financement de l’islamisme

07.06.2015 La rédaction

Le site Atlantico a publié le 7 juin 2015 un entretien suite aux propos de Florian Philippot sur le Qatar, qui selon lui « finance l’islamisme qui tue ». Il a été poursuivi par l’Emirat. 
Roland Lombardi, consultant indépendant 

« En juin 2013, les Talibans n’ont-ils pas été autorisés à ouvrir un bureau diplomatique à Doha ? Le rôle du Qatar semble aussi important en Afrique du Nord. Ainsi, la presse française et certains spécialistes ont révélé que le Qatar apportait un soutien financier à des éléments djihadistes dans le Nord du Mali mais aussi à certaines tribus séparatistes touaregs. Les services spéciaux français mais aussi algériens ont alerté les autorités françaises sur un probable financement d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) par Doha. D’ailleurs, avant l’intervention de l’armée française au Mali, rappelons que la seule organisation humanitaire autorisée dans le nord du pays était le Croissant-Rouge du Qatar… (…)

Quant à la Syrie et l’Irak, ce sont peut-être les zones où le Qatar a été le plus actif ces dernières années. En effet, depuis le début de la guerre civile en Syrie, le Qatar, dans sa véritable lutte d’influence avec l’Arabie Saoudite, a mis toute son énergie pour dominer l’opposition syrienne. C’est pourquoi, jusqu’à la scission d’avril 2013, le Qatar a soutenu le Front Al-Nosra. Cette organisation, qui rappelons-le, est affiliée à Al-Qaïda et inscrite pourtant sur la liste noire des terroristes de Washington ! Après le printemps 2013, lorsqu’Al-Nosra s’est donc séparé de l’Etat islamique (EI) dirigé par al-Baghdadi, Doha s’est alors tourné vers l’EI à l’inverse de Riyad qui poursuit son financement d’Al-Nosra… Toutefois, le Qatar peut encore être amené à soutenir des milices se revendiquant d’Al-Nosra pour des intérêts ponctuels…

Enfin, le Qatar reste le plus grand bailleur de fonds des Frères musulmans au Moyen-Orient et en Europe. Mais les Frères musulmans peuvent-ils être considérés comme des terroristes ? En tout cas, ils le sont officiellement pour l’Arabie Saoudite, la Russie et le président égyptien Al-Sissi.

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Par ailleurs doctorant à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) d’Aix-Marseille Université, il est également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement sur la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense

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UOIF : 200 ASSOCIATIONS FANTÔMES

UOIF : 200 associations fantômes

06.06.2015 Fiammetta Venner

Que représente l’Union des organisations islamiques de France ? Médias et politiques s’accordent pour expliquer que l’UOIF est la première représentante des musulmans français et leur accordent une place en fonction de cette a priori. Mais dans la réalité de combien de militants peut-elle se revendiquer ? C’est ce que nous avons voulu savoir.
L’Union des organisations islamiques de France compterait plus de 200 associations. Le conditionnel est de mise car ce chiffre, repris par tous les observateurs, vient de l’Union elle-même et n’a jamais été vérifié. Sur son site internet, l’UOIF diffuse une liste de 59 noms et déclare : « Pour une liste plus complète, nous contacter ». À plusieurs reprises, j’ai demandé à l’UOIF la liste des associations en question. On a fini par me répondre que cette liste était confidentielle. J’ai donc limité ma première enquête à cette liste qui, au fond représente sans doute bien l’UOIF puisqu’elle a décidé d’en faire sa vitrine[1]. Pour la plupart, de toutes petites structures, pensées sur le même mode, afin de représenter l’Union dans une région. Mais encore ? La législation française permet à tout citoyen de demander en préfecture les statuts d’une association légalement déclarée. Ce que j’ai fait pour chacune d’elle. Sur les 59 associations : 12 ne sont répertoriées nulle part, ni en préfecture, ni même dans l’annuaire. Sur les 47 associations restantes, seule une dizaine semble avoir une réalité autre que spectrale.

La plupart des statuts de ces associations satellites sont construits sur la même base. Le statut de membre se perd sous certaines conditions, ce qui est fréquent, mais les motifs possibles d’exclusion restent assez originaux : quasiment toutes s’autorisent la possibilité d’exclure un membre pour apostasie. Pour l’Association des musulmans de Picardie, par exemple : « la qualité de membre se perd par la radiation prononcée par le Conseil d’administration pour défaut d’application de l’Islam et des présents statuts ». L’association Islam sans frontières considère que pour être membre, il faut : « être musulman pratiquant ». On perd son statut de membre en cas de « reniement de valeurs auxquelles se rattache le musulman ». On n’en saura pas plus sur la manière dont l’apostasie est prononcée. En cas de dissolution de l’association, la plupart des statuts prévoient que « les biens mobiliers et immobiliers de l’association seront automatiquement cédés au profit de l’UOIF ». Une autre particularité frappe à la lecture de ces documents : aucune femme n’est présente dans les bureaux des associations (c’est-a-dire au niveau décisionnel). Un autre exclut même qu’une femme puisse être membre. Dans son article 9, elle déclare « toute personne du sexe féminin est exclue de l’association quelque soit son âge ». La formulation est amusante. Le « quel que soit son âge » est rédigé sur le mode d’une formulation non discriminatoire… dans la discrimination. Le fait de parler d’« exclusion » est également amusant. Car pour être exclue, il faut d’abord avoir eu le droit d’intégrer l’association !

D’autres associations, celles où militent des convertis ou des membres de niveau d’études plus élevé, sont dotées de statuts plus élaborés, feignant davantage le respect des principes républicains. C’est par exemple le cas de l’Association des musulmans de Picardie. Le président et le secrétaire sont tous deux enseignants. Le trésorier, Pascal Vanlanduyt, est un converti. L’article 2 des statuts de l’association de l’AMP déclare vouloir « organiser périodiquement des colloques de dialogue interreligieux, des conférences et des débats permettant une meilleure compréhension de l’islam loin de tout fanatisme et extrémisme dénués de fondements. D’établir et d’améliorer les relations avec le monde associatif, (…) de défendre l’islam et les musulmans contre les répercussions de l’amalgame fait entre cette religion de tolérance et l’extrémisme ». À noter, le très joli « loin de tout fanatisme et extrémisme dénués de fondements ». À ne pas confondre avec le fanatisme qui s’appuie sur des « fondements », comme le fanatisme fondamentaliste par exemple…

Plus sérieusement, de nombreuses associations déclarées sont à la limite de la légalité. En effet, selon la loi de 1901, une association doit organiser chaque année une assemblée générale et un compte-rendu, même partiel, doit être envoyé en préfecture. Or presque aucune organisation satellite de l’UOIF n’a rempli cette obligation. Certaines associations revendiquées par l’UOIF n’ont même pas été déclarées en préfecture. C’est le cas, par exemple, de l’Association de l’éducation et l’enseignement d’Ahlluin, ou encore de l’Association socioculturelle et éducative de Thuir. Inconnues au bataillon. Notons cependant que si la loi de 1901 est très souple, elle a le mérite de permettre en échange un certain contrôle : il va de la responsabilité des préfectures de veiller à l’application de la loi et au refus de l’incitation à la haine. La radiation pour « manquements aux principes sacrés de l’islam » — ce qui revient à traiter un membre d’apostat et donc à le désigner à un châtiment qui doit être la mort selon la loi musulmane — pourrait rentrer dans ce cadre. Il en est de même pour des associations n’ayant pas procédé à des élections depuis près de dix ans, alors que ses statuts en imposent une par an[1].

Voilà qui nous amène à la question du nombre : si l’UOIF a gonflé le nombre de ses associations satellites, elle peut tout aussi bien exagérer le nombre de ses sympathisants. Nous le verrons plus bas, son Congrès annuel du Bourget — qui sert de point de ralliement à tous ses adhérents mais aussi à ses sympathisants et même aux curieux — ne réunit pas 60 000 personnes mais plus probablement 10 000. Ce dernier chiffre est incontestablement une estimation large du réseau que représente réellement l’Union des organisations islamiques de France. Ses forces vives, elles, se concentrent autour d’une dizaine d’associations ayant une véritable existence, dont deux mosquées : celle de Lille et celle de Bordeaux.

[1] D’autres associations proches de l’UOIF ont joué à contourner la légalité. C’est le cas de l’Union des jeunes musulmans (UJM), l’association de Lyon sous la houlette de Tariq Ramadan, qui a créé une Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée. Ce qui, comme son nom l’indique, est réservé à des individus et non à des personnes morales, donc aux associations. Mieux, l’UJM peut désormais s’appeler SODELIM mais continuer à percevoir des subventions en tant qu’UJM.

[1] Association culturelle éducative et sportive La Madrassa, A.S.C.C.M.T, Association musulmane Foi et unicité de Sarcelles, Association cultuelle musulmane vietnamienne, Association des Français musulmans de Villiers le Bel, Association éducation culturelle enfants Africains, A.I.A.E.L.A, Association musulmane africaine en France, Association de coopération islamique de la communauté africaine, Association islamique et culturelle du Calvados, Association culturelle musulmane de Saint-Nazaire et sa région, Association musulmane de Sully/Loire, Association culturelle islamique, Association islam sans frontières, Association islamique d’Alençon et sa Région, Association socio-culturelle des musulmans de Haute-Normandie, Association islamique de l’Ouest de la France, Communauté musulmane du Loiret, Ligue islamique du Nord, Association de la mosquée et du Centre islamique de Reims, Association des musulmans de Lorraine, Association islamique clémence, Association des musulmans de Picardie, Association islamique de l’Est de la France, Association cultuelle islamique de Laon, Association des musulmans en Alsace, Association de la solidarité islamique des Ardennes, Association culturelle Islamique de Dole et sa Région, Association islamique, Association solidarité musulmane, Association de l’éducation et l’énseignement, Centre culturel et mosquée des musulmans de Tourcoing, Croissant de l’Islam, Association « ASSALAM », Association espoir, La jeunesse musulmane de France en Bourgogne, Centre culturel islamique de Franche-Comté, Association soleil pour la culture et l’éducation de la jeunesse, Association de la fraternité islamique, Centre islamique, Association musulmane de Saint Chamond, Association action espoir, Association islamique culturelle de la Haute-Loire, Association socioculturelle et éducative de Thuir, Association pour la promotion culturelle des familles d’Orange, Association culturelle islamique, Association d’orientation islamique, Association culturelle les amis du Maghreb, Association des musulmans des Alpes Maritimes, A.C.E.P., Association des musulmans de Libourne, Association des musulmans de la Gironde, Association activités recherches culture et sport, Association des musulmans de Limoges pour la Fraternité, Association des musulmans de la Charente, Association culturelle islamique de la Charente-Maritime, Association des musulmans de la Réole, Association mosquée de Pau

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